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Terra Prohibita #2: Patient Zéro

La BD!

Second tome de 48 pages de la série écrite par Denis-Pierre Filippi est dessinée par Patrick Laumond. Parution le  14/04/2021 aux éditions Glénat

Zone de Quarante-Haine

Au début du XXe siècle, l’Angleterre a été ravagée par l’expansion incontrôlée d’une faune et d’une flore mutantes, ce qui a conduit à l’évacuation de l’île et sa mise en quarantaine.  Dans ce laps de temps, l’étude de ces mutations et des nouveaux matériaux qu’elles engendrent à permis des avancées techniques impressionnantes, parmi lesquelles des cités flottantes et des véhicules au look résolument steampunk.

Le tome 1 nous introduisait le personnage de Dorian Singer, un biologiste slash tueur à gages lancé dans une quête obscure visant à explorer les origines de la mutation, quitte à sacrifier des innocents avec un brin de sadisme froid. Dans le sillage morbide de Singer, on trouve l’inspecteur Melville, de la sureté parisienne, déterminé à stopper le tueur, quitte à lui-même sacrifier quelques règles au passage.

En parallèle, la détective Valérie Kerveillan se lance dans une périlleuse enquête, mandatée par une veuve éplorée souhaitant retracer le parcours de son époux disparu en zone de contamination. Lors d’une exploration impromptue, Singer, Melville, Kerveillan et compagnie se retrouvent et se voient forcés de collaborer, afin d’échapper aux forces gouvernementales qui souhaitent maintenir une chape de plomb sur les événements liés à la contamination.

Patience Zéro

Comme vue dans la chronique du premier tome, Terra Prohibita souffre de problèmes d’écriture qui peuvent rendre la lecture laborieuse, mais disposait tout de même du matériau nécessaire à une bonne aventure. L’univers riche mêlant des thèmes SF et horreur au souffle steampunk des œuvres de Jules Verne, n’est malheureusement pas adroitement exploité, la faute à des objectifs peu clairs et des personnages-fonctions qui parcourent l’intrigue sans l’impacter de façon significative.

Le résultat est un diptyque qui aurait pu être complexe mais qui n’est finalement que confus, des lignes narratives qui auraient pu être iconiques mais qui demeurent anecdotiques. Même le retournement de situation du dernier acte ne suffit pas à rehausser le tout, puisqu’il ne change pas la lecture ni la perspective de l’histoire.

S’agissant du mystère qui est au cœur de la série, et qui était sensé être révélé à l’issue de ce second album, il est délayé et remis à un troisième album, l’éditeur ayant apparemment décidé de poursuivre. Cette manœuvre est un tant soit peu malhonnête, puisqu’elle aliène aux lecteurs qui pensaient s’être engagés dans un diptyque la résolution de l’intrigue (si bancale soit-elle).

Les dessins de Patrick Laumond sont toujours aussi beaux, et peuvent à eux seuls constituer un prétexte d’achat, toutefois, ils ne suffisent pas à rattraper les failles du scénario.

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Jules Verne et l’astrolabe d’Uranie

BD du mercredi
BD d’Esther Gil et Carlos Puerta
Ankama (2019), intégrale des deux volumes, 92 p., cahier graphique final.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

couv_376818L’album reprend les deux volumes de la série agencés sans coupure. L’éditeur a oublié d’insérer les très belles illustrations de couvertures originales mais nous propose un cahier graphique très sympathique qui permet de mieux décortiquer extrêmement mystérieux dessin de Carlos Puerta et propose quelques textes de background intéressants mais qui ne révolutionnent pas la lecture de l’album. Si j’apprécie la carte ancienne en intérieur de couverture, l’illustration de cette intégrale est complètement ratée, à la fois illisible, pas très esthétique et créant un effet pixelisé (dû à la technique du dessinateur) très gênant. C’est d’autant plus gênant que la couverture du tome un notamment était superbement évocatrice et très graphique. Ce détail ne va pas aider à faire connaître une BD qui revêt pourtant beaucoup de choses intéressantes…

Alors que le monde s’apprête à découvrir les incroyables innovations de l’exposition universelle de Paris, Jules Verne peine à écrire, frappé d’une mélancolie liée à la perte d’un amour fugace. Son frère Pierre décide de l’embarquer avec lui sur le plus gros bateau jamais construit, traverser l’Atlantique et découvrir le Nouveau Monde. Là-bas il va vivre des aventures qui alimenteront plus tard l’imaginaire de ses romans…

Résultat de recherche d'images pour "puerta jules verne astrolabe"J’ai découvert le dessinateur Carlos Puerta sur le premier tome de la trilogie Maudit sois-tu qui m’avait à la fois fasciné et pas mal perturbé de par une technique indéfinissable. Depuis je me suis un petit peu documenté et le fait que cette série soit plus ancienne permet de voir quelques différences, notamment, je pense dans l’utilisation du numérique (plus léger sur Jules Verne). Après des crayonnés poussés où l’on note sa technique très classique et sans faute vers le réalisme, Puerta travaille à la peinture traditionnelle en même temps qu’au numérique, sans que l’on puisse distinguer les deux. C’est assez perturbant car il crée des effets de flou qui peuvent par moment rappeler de mauvaises textures numériques mais créent dans le même temps un effet de matière et de lumière ultra-réalistes. Sur cette série les planches semblent plus traditionnelles et créent un effet cinématographique très efficace. L’album est indéniablement même si le style ne plaira pas à tout le monde.

Résultat de recherche d'images pour "puerta jules verne astrolabe"L’idée de départ n’est pas neuve, a été exploitée ailleurs… mais fonctionne plutôt bien sur cette série. Transposer un des génies de l’imaginaire dans son propre univers est un pitch toujours alléchant mais pas toujours abouti. Sur l’Astrolabe d’Uranie on a un découpage assez différent entre les deux tomes, ce qui a un peu dérangé les lecteurs avant l’intégrale et ce volume comble clairement un reproche fait alors: la première moitié se concentre presque exclusivement sur Jules, ses relations avec son éditeur, son frère et son histoire d’amour, mais aussi le paris Haussmanien, les avancées technologiques (on est alors proche de l’ambiance de Blake et Mortimer) et l’action démarre ensuite de façon ininterrompue sur toute la seconde moitié de l’album. Le rassemblement en un seul tome fluidifie grandement la lecture en faisant monter progressivement la tension et et nous plongeant ensuite dans un grand cinémascope du film d’aventure hollywoodien sans répit. L’histoire aurait probablement mérité un troisième volume pour avoir le temps de mieux gérer les transitions (un peu brutales), mais l’ensemble se laisse lire avec plaisir. On peut en revanche reprocher un déclenchement franchement téléphoné. C’est dommage car toute la séquence chez Hartman est assez fascinante autant que belle visuellement, en nous montrant l’origine de Némo et de toutes les futures inventions littéraires du romancier. Comme si les Résultat de recherche d'images pour "puerta jules verne astrolabe"auteurs avaient construit toute leur série autour de cette seule séquence. Du coup on a le sentiment d’une affaire un peu expédiée, ce qui en affaiblit la portée. Esther Gil est néanmoins parvenue à faire coïncider dans une BD d’aventures un peu désuète les idées politiques de Hetzel sur l’éducation de la jeunesse, un contexte politique très réel du bellicisme prussien ou des guerres indiennes, des éléments techniques comme le navire transatlantique ou l’astrolabe, tout en adaptant les écrits de Jules Verne au monde réel.

Malgré quelques défauts de montage Jules Verne et l’Astrolabe d’Uranie est donc un très beau voyage digne de l’auteur nantais, à la fois hommage et variation sur son univers. On prendra le caractère improbable comme un esprit série B assumé en profitant des peintures d’un illustrateur vraiment à part et qui par moment fait sortir ses créations de l’écran…

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Dessous #1 et #2

BD du mercredi
BD de Bones
Sandawe (2016-2019), 86 p./album. Série en cours 2/3 parus.

bsic journalismMerci aux éditions Sandawe pour cette belle découverte!


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Sandawe est un éditeur participatif qui fonctionne sur le crowdfunding: un projet est présenté par l’auteur, le budget détaillé et le montant nécessaire affiché. Les édinautes financent sur différents montants correspondant à des paliers permettant d’avoir l’ouvrage seul ou plus ou moins de bonus.

J’essaye toujours de parler du travail (ou du non travail…) d’édition sur les bouquins que je critique et je dois dire que lorsque j’ai reçu ces deux volumes j’ai été plus qu’agréablement surpris par la qualité de la finition. L’aspect couverture abîmée (avec des textures très propres et différentes sur les deux volumes), la précision et l’élégance de la maquette, la force évocatrice des couvertures, tout est aux petits oignons niveau édition et ça mérite amplement un Calvin pour cela (chose assez rare sur ce blog), surtout venant d’un petit éditeur participatif. Je précise que la couverture est format comics mais reliée (donc en dur pour les non initiés à la terminologie bibliophilique…). Dernier point, l’imprimeur a changé entre les deux tomes, le premier volume proposant un papier épais mat, le second un papier glacé plus fin. Je préfère le premier que je trouve plus adapté au dessin fort noir de l’auteur.

En 1916, sur le Front, les allemands ont disparu… Explorant le Tötendom, la montagne des morts, les poilus découvrent des scènes indicibles, des humains modifiés et autres abominations. L’armée fait appel à un spécialiste du Muséum d’Histoire Naturelles pour aller éclaircir ce mystère. Là-bas, s’enfonçant dans les entrailles de la terre il mettra à jour des révélations qui bouleverseront la réalité telle que nous la connaissons…

Vous l’aurez compris en lisant ce court résumé, on a affaire ici à une histoire inspirée du Mythe de Ctulhu. J’adore le fantastique, j’adore le monde de Lovecraft et je trouve que l’on n’a pas si souvent l’occasion de lire une bonne histoire s’inscrivant dans ce genre. Bones, l’auteur de ce triptyque (le troisième est en préparation) est en outre dans la ligne graphique de l’école Mignola (… et ô sacrilège, je préfère le dessin de Bones à celui de l’américain, le trouvant plus clair).

Si cette série est une très grande réussite c’est d’abord par-ce qu’elle remplit son cahier des charges de genre en transposant l’intrigue dans le contexte de la Grande Guerre (le premier tome pendant, le second juste après). Les histoires fantastiques à base de tentacules ne sont jamais fondamentalement originales de la même manière qu’une histoire de chevaliers et de dragons ne l’est pas. L’auteur et le lecteur cherchent avant tout à donner des images titillant notre imaginaire collectif. Ainsi ce sont les éléments clés d’une telle histoire et leur articulation, le montage, qui plaisent ici: le savant fou, les allemands, la civilisation pré-civilisation, l’indicible et le traitement visuel de l’horreur, avec ses gros-plans et ses bruits en onomatopées omniprésentes. Le contexte est ainsi idéal et le scénario, particulièrement équilibré, arrive en 86 planches à nous présenter l’intrigue principale, du flashback, l’arrière-plan (Paris, les généraux, le Muséum) et à présenter un début, un milieu et une fin, sans que la chute ne soit expédiée comme c’est souvent le cas quand on est en présence de ce genre d’intrigue. L’histoire a été construite en format one-shot avec la possibilité d’une prolongation après le tome 1, Bones ayant sans doute envisagé dès le début une trilogie. La fin du premier album est ainsi un peu vague si vous en restez là alors que l’articulation entre les deux tomes peut sembler avoir quelques difficultés par moment (manque d’explication sur l’ellipse de trois ans entre les deux volumes). Cela est sans doute dû aux incertitudes éditoriales et je gage que le troisième tome sera bien mieux articulé.

De la même manière les personnages sont archétypaux mais je les ai trouvé très réussis, notamment le capitaine-courage et Bär, le volumineux allemand équipé d’une mitrailleuse et furieusement bad-ass! Si les méchants sont essentiellement à base de monstres sur le premier volume, ils montent d’un cran dans Un océan de souffrance en cultivant un mystère bien orchestré en restant tapis dans l’ombre. Les trois thèmes Terre/Eau/Espace rattachés aux trois volumes peuvent sembler artificiels mais personnellement j’aime bien quand une série développe des thématiques, des colorations rattachées aux albums. Ils permettent en outre d’éviter la redite, ne serai-ce que graphiquement, si La montagne des morts est une histoire de tranchées et de monde souterrain, le second introduit la thématique vernienne qui nous sort un peu du seul Ctulhu (même si on en reste très proche) avec des constructions sous-marines et navires de guerre. Globalement la progression dramatique, la divulgation des infos, coups de théâtre et l’approche scénaristique générale sont remarquables.

Visuellement les planches sont vraiment belles et l’on sent à la fois la quantité de travail et la maîtrise technique dans cette grande lisibilité et propreté des architectures et arrière-plans. Le style est particulier et certains n’aimeront pas. Mais force est de reconnaître qu’il colle parfaitement à l’atmosphère et montre un dessinateur qui a largement passé le stade de l’amateur. Nombre de dessinateurs œuvrant dans des styles ombre et lumière (dernièrement Eduardo Risso sur Moonshine) rendent des planches parfois confuses. Je n’ai jamais ressenti cela à la lecture de Dessous. Bones propose surtout nombre de visions fantastiques qui font frémir notre imaginaire.

Comme il faut aussi pointer les manques, je parlerais (mais cela a été relevé et corrigé sur le tome 2) des dialogues en allemand non traduits sur le T1 (comme sur Black Magick, tiens, est-ce que les scénaristes germanophones oublient que tout le monde ne parle pas la langue de Goethe?) et des halo lumineux ajoutés par l’auteur dans le T2 et qui me semblent trop artificiels au regard d’un projet qui respire l’artisanat et l’encre.

Hormis cela Dessous est une vraie bonne BD de genre, un vrai bon dessin d’un auteur qui a clairement de l’avenir. J’ai retrouvé dans cette lecture beaucoup du plaisir des illustrations de Lauffray et un peu de ce qu’il pourrait produire s’il sortait enfin sa grande BD d’exploration lovecraftienne. Si vous avez peur des poulpes et imaginez des temples ensevelis dans votre jardin, si vous aimez les encrages profonds, les savants fous et les machines steampunk, rattrapez vite votre retard avant Un regard vers les étoiles, que vous pouvez aussi pré-financer sur le site de l’éditeur.

Une interview de l’auteur est disponible ici.

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***·BD·Littérature·Numérique·Service Presse

20.000 lieues sous les mers

BD de Gary Gianni
Mosquito (2018) – Flesk publications (2009), 61 p.

couv_343981L’ouvrage édité par Mosquito reprends l’édition américaine de 2009 en supprimant la préface de Ray Bradburry et en ajoutant une nouvelle  de H.G. Wells illustrée par Gianni. La très belle couverture originale est reprise avec la maquette habituelle de l’éditeur grenoblois.

Je passerais sur l’intrigue que tout le monde connaît pour m’attarder sur le travail d’adaptation de Gianni et la proximité avec le matériau d’origine. Je vous confesse que je n’ai pas poussé le zèle jusqu’à relire l’ouvrage de Jules Verne à l’occasion de cette critique, néanmoins il me semble que l’auteur de l’album a recherché plus une reprise graphique des éditions originales de l’éditeur Hetzel qu’une fidélité totale au roman. A ce titre, le style de Gianni et ses aspirations graphiques correspondent parfaitement aux illustrations des ouvrages originaux et il est assez fascinant d’imaginer que si la BD avait existé à l’époque, nulle doute qu’elle aurait ressemblé à l’adaptation aujourd’hui proposée par Mosquito. Le travail de hachures, les positions héroïques et théâtrales ainsi qu’un design résolument rétro, tout concours à faire de cette BD une adaptation plus qu’une oeuvre originale. Les visions proposées pour l’Atlantide, les forêts sous-marines, l’Antarctique ou  les calamars sont saisissantes et nous replongent dans nos jeunes années.

Résultat de recherche d'images pour "20000 lieues gianni"Gary Gianni était semble-til conscient des lacunes du récit de Verne, terriblement naturaliste et linéaire, au risque de rendre la BD ennuyeuse. L’auteur américain s’est ainsi efforcé de concentrer son ouvrage sur les moments clés et les séquences d’action, plus que sur des personnages plutôt survolés. Il y a ainsi un paradoxe entre une oeuvre passée dans l’imaginaire collectif et dont on attend souvent une nouvelle version redigérée par des auteurs qui y introduiraient leurs propres visions (comme ce projet avorté de film porté par Mathieu Lauffray) et des adaptations fidèles, trop respectueuses, qu’on retrouve le plus souvent. C’est partiellement le cas ici même s’il me semble que certains éléments sont rajoutés, précisée au-delà du texte original. Résultat de recherche d'images pour "20000 leagues gianni"Nos cerveaux ont absorbés tellement d’images de films, d’illustrations, d’adaptations qu’il est difficile aujourd’hui (à moins de faire un comparatif texte en main) de distinguer ce qui vient de Verne et ce qui vient d’autres, jusque dans la personnalité de Némo.

J’ai trouvé cette version résolument agréable à lire et proposant une très bonne synthèse, au point que je la conseillerais volontiers aux CDI afin de pouvoir faire travailler les collégiens dessus. Entendons nous bien, l’intérêt n’est pas que pédagogique, à commencer par le trait classique d’un des meilleurs dessinateurs américains actuels, mais aussi une vraie fluidité de lecture de cette BD d’aventure autour du monde. Cet album respire la passion de Gianni pour cet univers, moins baroque que ce qu’il produit habituellement mais résolument élégant.

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Littérature·Manga

City Hall

East and west

Manga de Guillaume Lapeyre et Rémi Guérin
Ankama (2012-2015) 7 volumes  et 2 arcs (série finie).

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City Hall est un manga européen, avec la qualité de fabrication attendue pour un manga; le sens de lecture est donc européen. Les couvertures des volumes sont attrayantes et les auteurs se sont éclaté sur la maquette, remplie d’engrenages et autres effets « Steampunk » qui immergent dans l’ambiance. Les chapitres sont entrecoupés de « character files » (description d’un personnage de l’histoire) issus du monde du jeu vidéo comme les japonais les adorent. Enfin, des phrases de lancement de l’épisode suivant sont insérées en dernière page afin de renforcer l’effet feuilleton. Le manga est découpé en deux cycles de 3 volumes puis 4 volumes reliés. Un boulot sérieux.

La grande force de cette série (qui n’a pas convaincue les premiers éditeurs contactés!) réside dans son idée principale, à savoir un monde où le papier a été banni car tout ce qui y est inscrit prends forme instantanément… La seconde idée est celle d’un univers steampunk où le niveau technologique proche du notre est basée sur la vapeur, la mécanique et la technique de la première révolution industrielle… et où les grands auteurs et personnages de la littérature fantastique et policière du XIX° siècle sont présents dans l’histoire. Cela fait longtemps que je n’avais lu une idée aussi forte, peut-être depuis la Ligue des Gentlemen extraordinaires d’Alan Moore à laquelle se réfèrent de façon évidente les auteurs. Ainsi les personnages principaux ne sont autres que Jules Verne, Arthur Conan Doyle, Marie Shelley ou encore Harry Houdini. C’est parfaitement assumé et les auteurs s’amusent à débarquer une nouvelle figure connue dans un jeu à la fois totalement libéré de toute contrainte et qui apporte une familiarité très efficace avec le lecteur.

Mais là où les idées fabuleuses d’un Alan Moore ont souvent buté sur le choix d’artistes aux qualités très discutables, le dessin de Guillaume Lapeyre est étonnant de précision et de souplesse. L’imagination et le bon goût graphiques immergent dans cet univers aux contrastes superbes. Le jeune auteur a une marge de progression dans certains plans fouillis et certaines anatomies, mais le tout est globalement très maîtrisé et surtout décomplexé. Le plaisir des deux auteurs transparaît à chaque planche, dans un style ado qui colle parfaitement au format manga et que les plus exigeants pardonneront. Sur le plan scénaristique, les mêmes défauts transparaissent, à savoir des sauts brutaux qui nuisent à la lecture et une difficulté à tenir la longueur de trois gros volumes même si l’intrigue dans son ensemble est de très bonne tenue.

Nous sommes donc en présence d’un manga plaisir qui remplit plutôt très bien son envie de départ. Une énergie communicative sort de ces centaines de pages. Et l’imagination du duo continuera puisque leur nouvelle série, Booksterz reste dans la même veine: un manga de baston mettant en confrontation les créatures et personnages des contes et classiques de la littérature…

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Fiche BDphile