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Batman Metal #1: la forge

esat-westComic collectif
Urban (2018) – DC (2017), 232 p. Batman Metal vol 1/3.

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L’édition Urban est un peu étrange, et pour cause, Métal étant l’aboutissement des Rebirth de l’éditeur, il est particulièrement ardu d’aider la lecture tant le nombre d’éléments et de publications aboutissant à Métal sont nombreux. Du coup on nous propose une double page introductive avec quelques-uns des personnages qui interviennent dans le volume et un résumé de l’histoire éditoriale des « Crises » de DC eu le principe du Multivers. Cela a le mérite de donner quelques bases pour les nouveaux venus ou ceux qui ne passent pas leur vie à ne lire que du DC, mais c’est insuffisant pour aider la lecture. Du coup je conseille de lire les pages situées en fin de volume avant la BD. Côté maquette c’est classique (j’apprécie la rapidité de la sortie de la version française), avec une jolie couverture de Greg Capullo correspondant au premier volume US de Métal… pas l’illustration la plus belle de cette saga mais ca reste très bon. L’album comprend les épisodes des différentes publications: Dark Days: la forge #, Dark days: le casting ,#1, Metal #1 et 2, puis des épisodes de Teen titans, Nightwing, Suicide squad et Green Arrow. Cela aura une importance comme je vais l’expliquer…

Depuis des siècles Hawkman enquête sur un étrange métal qui serait lié à la naissance des héros. Batman lui-même semble avoir découvert des éléments suffisamment graves pour qu’il les cache à la Ligue de Justice. Le journal d’Hawkman semble indiquer que depuis la nuit des temps une des tribus humaines primordiales est liée aux chauves-souris et à un démon caché dans un Multivers noir. Soudain le monde bascule…

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Metal est présenté comme l’événement majeur (… comme tous les six mois chez les Marvel/DC?) de ces dernières années, au même titre que le Doomsday Clock. Après la lecture de ce premier volume (Urban va publier rapidement la suite, le second volume étant sorti, le dernier paraissant en novembre) je peux dire que c’est à la fois vrai et faux, sans doute du fait de l’agencement choisi par l’éditeur français. Dans ce volume il y a en effet une première partie assez monumentale et complexe, constituée du prologue et des deux premiers épisodes de Dark Knights Metal (je signale le pluriel dans le titre de la VO, qui a une raison…). On nous propose de découvrir via l’enquête mystérieuse du Batman, ce qui pourrait être à l’origine de tout, des univers DC, de Batman, des super-héros! L’impression que tout se tient et que les scénaristes ont préparé cet événement depuis des années, depuis la Cour des Hiboux notamment est assez impressionnante! Il est toujours très plaisant de trouver une cohérence dans un univers imaginaire, surtout dans les mondes de super-héros qui nous ont habitués à des tombereaux d’incohérences et de Deus ex machina fastoches. En outre les auteurs font un réel effort de pédagogie pour ne pas perde les non spécialistes. Cette alliance d’enquête (pour la forme), de cohérence d’univers et d’un design vraiment fort donne beaucoup de points à ce Métal et donne vraiment envie de continuer la lecture (ce qui est rarement le cas pour moi dans les BD Marvel/DC je le précise).

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Après le deuxième épisode de Dark Knights: Metal… on tombe malheureusement dans du « porte-monstre-trésor » avec l’avancée des Teen Titant et de la Suicide Squad dans un Gotham transformé et se confrontant aux méchants de l’univers Batman… alors que celui-ci a disparu. Graphiquement ça c’est plus que correcte, c’est drôle par moment, mais ça manque terriblement d’ampleur. J’imagine qu’Urban était un peu obligé de présenter ces épisodes dans la trame général du run mais c’est vrai que ça fait un peu remplissage et très franchement l’album aurait pu s’arrêter après les quatre premiers épisodes. A voir sur l’ensemble si cet agencement était vraiment nécessaire.

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La partie graphique est en revanche de très haut niveau et je peux dire que sur les huit dessinateurs aucun ne peine à la tâche. Les design et thématiques visuelles liées à l’apparition des créatures du Multivers noir et globalement le design des anti-batman créés par Capullo sont l’une des grosses réussites de ces dernières années en matière de héros DC et l’on a un certain nombre de planches vraiment très graphiques, comme les américains savent les faire.

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On a bien quelques idées visuelles totalement WTF (le robot à la mode Power-Rangers du début!!!), mais c’est assez vite oublié… pour peu que la suite de l’intrigue assume le côté sombre, cauchemardesque et révolutionnaire de l’univers DC. J’avoue qu’avec la White Knight de Sean Murphy (… je dois en parler à chaque billet Comics, non? 🙂 ) les visuels postés à grand renfort de teasing par Snyder et Capullo sur Metal avaient créé une très grosse envie chez moi… cette envie graphique s’est transformée en envie scénaristique tant les concepts développés sont intéressants et novateurs (au niveau de ma connaissance très limitée de cette histoire éditoriale). Pour moi l’essai est en passe d’être transformé… en fonction des deux volumes à venir.
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Comics·Guide de lecture·Rétro

Comment débuter avec Batman?

Question que je me suis posé il y a une poignée d’années avec l’envie d’entrer dans cet univers BD très particulier (circulaire?), fait de dizaines d’albums allant du chef d’œuvre au très anecdotique. Personnage mythique s’il en est, Batman a la particularité de revenir avec les mêmes antagonistes, lieux, thèmes, en une multitude de variantes, le poids du temps ayant fait de certains albums des cathédrales qu’il est peut-être temps de réévaluer. Surtout et enfin, la propension des éditeurs de comics à lancer de nouvelles formules, sortes de plans pluriannuels justifiant la vente de moultes fascicules presse, pousse à lire les versions reliées publiées aujourd’hui par la filiale de Dargaud, Urban Comics, toujours à la tête d’un très bon travail éditorial.

– Les albums mythiques:

killing-joke-joker-alan-moore-l-w00vyvLorsque l’on parcourt le Web comme moi à la recherche de conseils, différents classements de lecteurs arrivent tous à la même short-list incluant Killing Joke (Alan Moore et Brian Bolland, 1988), Dark Knight (Frank Miller, 1986) et Year One (Miller et Mazzucchelli, 1987). L’objet de ce billet étant une mise à jour avec un avis personnel, je vais m’autoriser une profanation tout en confessant n’avoir pas lu la totalité des Batman cités…

Beaucoup du mythe porté sur ces ouvrages des années 80 repose sur le fondement et le changement de ton qu’ils apportent sur le personnage et son univers. En cela, il est certain que sans Moore et Miller le Batman 2017 n’existerait pas. Cependant il faut reconnaître que tant graphiquement que thématiquement, ces albums ont vieilli (voilà, c’est fait…) et ont depuis largement été recyclés, réappropriés et revisités par des illustrateurs et des scénaristes de grand talent. Les albums que je vais citer ci-dessous doivent beaucoup aux pré-cités qu’ils remplacent pour beaucoup. Petite précision: les ouvrages que je considère comme majeur ont comme point commun d’être chaque fois l’œuvre de deux auteurs (scénariste/illustrateur) et non d’une écurie de tacherons comme les américains en ont malheureusement l’habitude…

– Le triptyque de Tim Sale et Jeph Loeb:

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En 1996 sortait un monument du polar ramenant le chevalier noir à ce qu’il était à l’origine, un détective (l’éditeur DC signifie « Detective Comics« ). Un long halloween plonge Batman et le commissaire Gordon dans une enquête sur un tueur en série qui n’officie que pendant les fêtes américaines. Nous voilà plongé dans la noirceur de Gotham et de sa mafia, avec un traitement tout en ombres et en aplats de couleurs par le grand Tim sale. L’album introduit Harvey Dent et d’autres personnages iconiques de l’univers de la chauve-souris dans une ambiance visuelle classique de Gotham, celle des années 40. Suivra Amère tumblr_lhpz8l0iyn1qfejy5o1_500victoire, du même duo, suite directe qui revêt les mêmes qualités et qui est pour moi indissociable de Halloween. Enfin, souvent oublié et tout aussi indispensable, l’intermède de Catwoman à Rome (situé pendant Amère victoire) nous propose de suivre la féline accompagnée d’Edward Nygma partie chercher des réponses auprès de la Mafia italienne, sur l’enquête du Batman, mais pas que… Cet intermède, s’il ne porte pas directement sur Batman, est pour moi le meilleur album du tandem créatif Sale/Loeb. Ce triptyque est indispensable pour faire connaissance en douceur avec Batman.

Batman: un long Halloween, 416 p, relié, Urban comics. Une version N/B existe chez le même éditeur.
Batman: Amère victoire, 392 p, relié, Urban comics. Une version N/B existe chez le même éditeur.
Catwoman: à Rome, 132 p, broché, Panini comics. L’album n’est plus édité mais trouvable à un prix raisonnable en occasion.

Silence devant le crayon de maître Lee:

news_illustre_1369480692_460Jim Lee est un monstre sacré pour tout lecteur de comics. Sorte d’exception de qualité dans un océan éditorial s’accommodant souvent du médiocre, il est un modèle pour toute une génération d’illustrateurs. Associé (encore) à Jeph Loeb, il livre avec Silence, une pépite graphique bien plus insérée dans la mythologie de Gotham (le lecteur novice pourra par moment être perdu entre les personnages) que les ouvrages de Tim Sale mais qui donne le plaisir de voir apparaître la totalité du « bestiaire », incluant Superman. Comme souvent dans les comics on se fait balader, manipuler avec plaisir, tout hypnotisés par le trait de Jim Lee, au sommet de son art. Et la version Noir et blanc est encore plus belle

Batman: Silence, 320p, relié, Urban comics. Une version N/B existe chez le même éditeur.

– La saga de Snyder et Capullo:

76520377.jpgAvec La Cour des Hiboux (publié en deux tomes avec « La Nuit des Hiboux« , Snyder et Greg Capullo ont marqué une pierre blanche en créant ex-nihilo une organisation occulte et adversaire de Batman à Gotham. Le tour de force est d’avoir réussi cela en l’insérant chirurgicalement dans l’ensemble de la mythologie existante sans rien briser. Hormis l’absence du Joker (qui reviendra dans le volume 3 de la saga), tout est cohérent, si bien que l’on irait presque vérifier dans les vieux albums si des références aux hiboux n’apparaîtraient pas. Capullo, connu surtout pour Spawn et Sam&Twitch, devient un auteur majeur du comics par son trait extrêmement précis et élégant qui n’a par moment rien à envier à Jim Lee. L’investissement des deux auteurs et la précision des dessins malgré des plans et des visions fantasmagoriques parfois dantesques force l’admiration. Cette histoire est passionnante et le Batman n’a jamais été aussi charismatique. Il est étonnant qu’aucun projet de film inspiré de cette histoire originale n’ait vu le jour.

news_illustre_1360746947La saga est publiée en albums reliés par Urban, en 10 volumes faisant des aller-retour dans l’histoire du chevalier noir (avec une reprise de Year One de Frank Miller). Les deux volumes de la Cour des Hiboux et le 3° « Le deuil de la famille » (référence directe à l’album culte « Un deuil dans la famille » illustrant la mort de Robin) sont de loin les meilleurs. Ce troisième volume, voyant le retour du Joker après que son visage lui ait été retiré (littéralement) est absolument terrifiant et pour moi peut-être le meilleur album de Batman existant.

Ces trois créations illustrent par ailleurs une évolution du romantisme graphique à un certain réalisme dur, comme une évolution de la société et de l’édition de comics. Maintenant il ne reste plus qu’à vous y mettre!

 

Un autre avis chez Lire en bulles et My Gook actu.