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Thor: la mort de la puissante Thor

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Recueil de la série Mighty Thor, écrite par Jason Aaron et dessinée par Russel Dauterman. Contient les numéros 700 à 706, parution en France chez Panini Comics le 10/07/2019.

Les rumeurs sur ma mort n’étaient…pas si exagérées.

Depuis des millénaires, le nom de Thor rime avec guerres, batailles, gloire et tonnerre. De ses exploits antiques à ses faits d’armes modernes, le dieu du tonnerre a tissé sa légende à travers les siècles, secondé par Mjolnir, son fidèle marteau d’Uru.

Confronté à Gorr, le massacreur de dieux, Thor a fini par admettre une vérité, qui lui fut révélée durant le chant du cygne de Nick Fury (saga Original Sin): Gorr avait raison, les dieux sont indignes de l’honneur et de la vénération qui leur sont faits par les mortels. Ce choc à suffi à rendre le fils d’Odin indigne de brandir son marteau, qu’il laissa planté sur le sol lunaire, signe ostensible de sa disgrâce.

La nature ayant proverbialement horreur du vide, le marteau ne tarda pas à trouver un nouveau maître, en la personne de Jane Foster. C’est donc l’ancienne amante du fils d’Odin qui devint la nouvelle déesse du tonnerre, recevant par le biais de l’enchantement divin les pouvoirs asgardiens.

Malgré la rage d’Odin, Jane reprit le rôle et le nom de Thor de façon flamboyante, se révélant cent fois à la hauteur du défi. Mais le pouvoir et l’héroïsme ont un prix élevé, et Jane ne tarde pas à en faire les frais. Souffrant d’un cancer sous sa forme humaine, chaque transformation annule les bénéfices des traitements qu’elle subit, affaiblissant progressivement et dangereusement sa santé.

Confrontée aux plus terribles adversaires d’Asgard, Jane sera face à un dilemme : poursuivre son combat contre le cancer, ou brandir le marteau une dernière fois.

A Thor et à travers

Alors que les neufs royaumes sombrent peu à peu dans la guerre et les ténèbres par l’action malveillante de Malekith le Maudit, le terrible Mangog refait surface. Créature bestiale et gigantesque personnifiant le plus grand crime d’Odin, Mangog ne vit que pour un seul but: à l’instar de Gorr, sa rage envers les dieux le pousse à tous les massacrer.

Après des années passées à forger le destin du dieu du tonnerre, après l’avoir fait choir de son piédestal, après nous avoir introduit et fait aimer cette nouvelle Thor, Jason Aaron s’ingénie à nous offrir une épopée digne de son héroïne. On peut dire que les enjeux sont de taille, tant sur le plan externe (la force de Mangog, qui est sans égale) qu’interne (Thor, tout comme Odinson avant elle, affronte un être dont la rage contre les dieux est largement justifiée, ce qui la confronte aux valeurs qu’elle défend en tant que déesse). Le tout est sous-tendu par le thème fétiche d’Aaron, le rapport à la divinité.

L’intrigue est donc simple, mais solide, et nous offre un final émouvant pour des personnages attachants, dotés d’arcs narratifs construits avec élégance et cohérence. Tous les personnages crées ou remis au gout du jour par Aaron sont présents (Thor le Guerrier, Odinson l’indigne, Odin, le Roi Thor…), ce qui donne à l’ensemble une agréable sensation de boucle bouclée.

Coté graphique, notons que le numéro 700 qui ouvre l’album accueille de nombreux artistes, parmi lesquels Daniel Acuna et James Harren. Russel Dauterman livre quant à lui de très belles planches à la hauteur du défi représenté par la conclusion de cette Thor féroce et déterminée.

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Avengers #2: Tour du monde

Deuxième tome de la série écrite par Jason Aaron, et dessinée par David Marquez et Ed McGuiness, dont un épisode dessiné par Sara Pichelli. L’album comprend les épisodes 7 à 12, parution le 21/10/2020 aux éditions Panini

Lames de fond

Après leur combat cataclysmique contre les Célestes, les Avengers reprennent leur souffle alors que retombent les poussières cosmiques de leur affrontement. 
Suite à cette crise sans précédent, un nouveau groupe d’Avengers s’est formé: le trio de tête composé de Captain America, Iron Man et Thor, suivi de près par des piliers du groupe tels que Black Panther, Doctor Strange, Captain Marvel et Miss Hulk, et un petit nouveau en la personne du tout récent Ghost Rider, Robbie Reyes. 

A peine installés dans leur nouveau QG, qui n’est rien de moins que la carcasse éternelle du tout premier Céleste ayant foulé le sol terrestre, les Avengers s’organisent pour mieux protéger le monde en évitant si possible de reproduire les erreurs du passé. Mais sauver le monde est une tâche ingrate, et les Avengers ne tarderont pas à le découvrir lorsqu’un ancien allié va faire surface, littéralement. 


Namor, souverain du royaume d’Atlantis et ancien avenger, refait parler de lui avec grand fracas. Connu pour son caractère ombrageux peu prompt aux concessions, le Sub-Mariner ne supporte plus les dégâts causés aux océans par les hommes de la surface, et entend bien leur en interdire l’accès, quitte à faire quelques victimes au passage. Pour cela, il a réuni son propre groupe de surhumains aquatiques, s’opposant directement aux Avengers. 

Namor est un personnage ambigu aux allégeances changeantes. D’abord vu comme un antagoniste, il finira par rejoindre les héros qu’il aura tenté de détruire, avant qu’il ne soit révélé qu’il combattait déjà les nazis aux cotés de Captain America au sein des Envahisseurs. Plus récemment, Namor avait cédé à l’influence du Phoenix lors de son arrivé sur Terre (Avengers vs X-men) et utilisé son pouvoir pour noyer le Wakanda sous un tsunami, ce qui lui a valu la haine inextinguible de Black Panther, qu’il retrouve dans cet album en sa qualité de président du groupe. 

L’affrontement écologique prend donc ici une tournure toute personnelle, sachant que les héros ne seront pas dans leur élément, c’est le moins que l’on puisse dire. 

Avengers, passés et présents

Après un démarrage aux enjeux dantesques, Jason Aaron poursuit sa saga vengeresse en revoyant l’échelle cosmique à la baisse pour un arc plus terre à terre. Il n’en oublie toutefois pas de glisser des petits implants çà et là, pour bien rappeler au lecteur que quelque chose de grand se prépare. 

L’album s’ouvre avec un flash-back explorant le concept-phare du scénariste, à savoir les Avengers Préhistoriques. Peu utile pour la compréhension de l’ensemble, ce flash-back aura au moins le mérite d’éclaircir un tant soit peu les origines de ces héros précurseurs. Aussi fun soit ce concept d’Avengers préhistoriques, le seul bémol qui demeure après lecture est le côté parfois trop invraisemblable qui s’en dégage. Certes, tout fan de comics est plus que largement habitué à suspendre son incrédulité, il n’en reste pas moins que certains éléments auraient pu être mieux amenés (je pense à certains détails de temporalité, ou au langage qui est vu comme un don qui aurait émergé soudainement chez une certaine catégorie d’individus, sans plus de détails). 

Le cœur de l’album, à savoir la bataille contre Namor, remet immédiatement les choses à leur pas de course et nous amène une myriade de nouveaux personnages, dont la Winter Guard, héros russes souvent rivaux des Avengers, et se paye même le luxe d’introduire (de nouveau) l’Escadron Suprême, ce qui promet son lot de batailles épiques. 

Jason Aaron n’en a toutefois pas que pour l’action et prend du temps pour développer certaines intrigues interpersonnelles, comme le duo Miss Hulk/Odinson, Stark/Danvers, et nous surprend même avec un duo Ghost Rider/Odin ! 

L’introduction de Blade en guise de cliffhanger nous laisse entrevoir un troisième volume axé sur le surnaturel. La suite bientôt !

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Avengers 1: La dernière armée

Premier tome de 160 pages de la nouvelle série Fresh Start Avengers, scénarisée par Jason Aaron et dessinée par Ed McGuiness. Parution le 17/06/2020 chez Panini Comics.

Unis malgré tout

Après des années de combats et de sacrifices, l’heure n’est toujours pas au repos pour les plus puissants héros de la Terre. En effet, une nouvelle menace se profile, face à laquelle les forces conjuguées de Captain America, d’Iron Man et de Thor risquent de ne pas suffire. Le glorieux trio va donc devoir reformer une nouvelle escouade, et vont faire appel à quelques poids lourds ayant fait les grandes heures de l’équipe, telles que Captain Marvel et Miss Hulk, des vétérans et experts dans leurs domaines comme Black Panther et Docteur Strange, et un jeune talent en la personne du nouveau Ghost Rider.

Le groupe a peine formé sera confronté à l’arrivée d’une nouvelle armée de Célestes, géants extra-terrestres quasi-divins, ayant engendré la vie aux quatre coins de l’univers et rasant occasionnellement les mondes qu’ils ont ensemencés pour des raisons qu’eux seuls peuvent appréhender. Les Avengers risquent de ne pas être de taille face à cette titanesque menace !

Jason Aaron, remarqué pour son run sur The Mighty Thor, qui déjà a l’époque avait redéfini le dieu du Tonnerre, nous embarque dans une nouvelle bataille cosmique contre des adversaires à la puissance incommensurable. L’introduction est simple, et sans ambages: Captain, Thor et Iron Man, ont chacun besoin d’un nouveau départ, chacun besoin de prouver à eux-mêmes qu’ils peuvent encore mener le bon combat tout en formant une nouvelle génération prête à leur succéder. Thor revient d’un long calvaire durant lequel il a du se réinventer et faire face à ses échecs, Iron Man se remet à peine de sa période Superior et des séquelles de Civil War 2, tandis que Captain a vu sa nature même dévoyée par Crane Rouge, qui a fait de lui un agent d’Hydra convaincu et dangereux qui a conquis rien de moins que l’Amérique. Tous trois s’appuient donc fortement sur la famille Avengers, en cette période particulière où les trois piliers ont montré les limites causées par leurs fêlures.

Cette fois-ci, le roster de l’équipe est un peu plus sage que ce qui avait pu se faire auparavant, avec des personnages connus des fans, et un seul véritable nouveau. Les dynamiques interpersonnelles sont donc assez facilement anticipables, avec néanmoins quelques petites surprises osées par l’auteur (franchement, qui aurait vu ces deux-là ensemble ?).

Le choix des Célestes comme antagonistes n’est pas anodin, étant donné qu’ils sont considérés comme les créateurs de la vie dans le marvelverse. En revanche, on peut déplorer le manque de continuité avec leur dernière grande apparition, dans le premier volume de la série Uncanny Avengers, où ils jouaient un rôle essentiel, et étaient destinés à revenir en force suite aux événements de la série.

Avengers (The) (2018) -1- The Final Host

Ici, Aaron ignore méticuleusement tout ce qui avait été révélé par Remender sur UA, et n’en mentionne aucun des éléments importants. Pour un lecteur assidus des Avengers, il y a donc là de quoi semer la confusion, mais rien de rédhibitoire pour un nouveau lecteur qui voudrait profiter du Fresh Start. En revanche, on retrouve bien dans ce premier tome la volonté farouche de l’auteur de déconstruire la figure du divin en la ramenant à des réalités et des mécanismes très prosaïques.

Le réel plus de la série est le saut temporel qu’elle nous offre, en nous rendant témoins des exploits des premiers vengeurs, héros préhistoriques et antédiluviens ayant déjà repoussé la menace céleste. Le casting est pour ainsi dire parfait, en ce sens qu’il est cohérent avec les lignées de héros décrites dans l’univers Marvel. On trouve de façon assez ironique Odin, le premier Black Panther, la première Iron Fist, le premier sorcier suprême Aggamoto, le Starbrand et le Ghost Rider et le Phoenix de cette époque.

Reconnaissons-le, le final de cet arc ne manque pas de panache, et l’on peut même risquer le petit jeu de mot en révélant que c’est du lourd. La partie graphique est assurée par un Ed McGuiness qui aime toujours autant injecter des stéroïdes à ses personnages, mais le tout reste cohérent et correct.

Ce premier tome du Fresh Start revient aux fondamentaux des Avengers, idéal si vous prenez (ou reprenez) le train en marche !

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Thor – le massacreur de dieux

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Comic en 2 volumes de Jason Aaron et Esad Ribic
Panini (collection Marvel NOW) en 2014. Parution US 2012-2013.

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Les éditeurs de super-héros ont pris l’habitude de rebooter leurs personnages régulièrement. La série « Marvel NOW! » lancée en 2012 visait à proposer des album plus on moins one-shot permettant aux novices de s’introduire dans une histoire sans posséder une thèse en super-héros. Cet « arc narratif » (continuité scénaristique ayant un début et une fin même si elle s’inscrit dans une chronologie plus vaste) propose donc les épisodes 1 à 5 (pour le volume 1) et 6 à 11 (volume 2) de « Thor: god of thunder », publié en fascicule aux états-unis. La série se poursuit sur des tomes 3 et 4 toujours chez Panini, mais dissociés au niveau de l’histoire.

La fabrication éditoriale du livre est propre comme d’habitude chez Panini, avec des volumes reliés format comics incluant un Ours de l’édition américaine, un texte introductif original permettant de se situer dans la 7994922815b5c57b6e7be9e5cc7acb82trame du personnage et les couvertures originales des volumes US ainsi que des couvertures alternatives incluant un Thor par Manara (si-si !). Rien à redire.

Comme beaucoup d’albums que je chronique, l’élément déclencheur est le dessin. Ici une recommandation d’un libraire m’expliquant que Thor n’était pas forcément sa tasse de thé mais qu’il tenait là une pépite tant graphique que thématique. En effet, si la découverte d’Esad Ribic, fabuleux illustrateur croate très inspiré par Frazetta, est un choc, l’histoire et sa construction se hissent au niveau des meilleurs one-shot de la BD tout genre confondu. Totalement en phase avec le personnage de dieu, le massacreur de Dieux  propose de suivre le dieu du tonnerre dans une enquête galactique à la poursuite de 176e7b9d4a087a4e9be423ed814d08f7Gorr, celui qui cherche à éliminer toute trace divine dans l’univers. Il est rare qu’un nouveau méchant atteigne un tel niveau de charisme et de noirceur et je peux dire que Gorr est à inscrire dans le panthéon maléfique de la BD! Ses motivations sont cohérentes, sa puissance infinie et les combats récurrents avec Thor sont à l’échelle planétaire voir galactique. La construction de l’histoire est très intelligente puisqu’elle entrelace les Thor de 3 périodes: le jeune loup n’ayant pas encore dompté le marteau Mjolnir, le Thor des Avengers et le roi Thor, borgne et manchot, ayant succédé à Odin et luttant contre l’infinité de créatures sombres envoyées par Gorr au faîte de sa puissance dans un combat éternel… L’agencement des trois linéarités permet un grand dynamisme ainsi qu’une interaction très intéressantes entre les trois personnalités du même dieu. Enfin, le caractère mythique assumé de l’intrigue permet de donner toute la puissance graphique de l’album dans des planches décomplexées en dispensant de toute cohérence rationnelle (puisque nous sommes chez les dieux!).

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Quelques séquences sont dessinées par des tacherons peux alléchants graphiquement mais l’essentiel du double album est illustré par Ribic, un vrai régal oculaire. Et cerise sur le gâteau, rarement une fin aura été aussi aboutie, montrant la cohérence totale du projet. Marvel est décidément toujours aussi fort à allier la créativité réelle à la lourdeur des projets industrio-éditoriaux. Si le massacreur de dieux se clôt en deux volumes, Jason Aaron poursuit l’intrigue sur un tome 3 et 4 dont seul le 4 est illustré par Ribic. Ce dernier bien que valant le détour pour le combat d’anthologie entre Thor et Galactus (sic), reste un peu feignant niveau crayons et histoire.

Personnellement cette découverte m’a lancé dans une quête des précédents ouvrages de Ribic, notamment Namor: voyage au fond des mers, Loki et Silver surfer Requiem.

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Fiche BDphile