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War of The Realms, la Guerre des Royaumes

Intégrale de la mini-série en six chapitres, écrite par Jason Aaron et dessinée par Russell Dauterman. Parution le 09/06/2021 chez Panini Comics.

War (huh!) what is it good for ?

Après le catastrophique Infinity Wars, intéressons-nous maintenant à War of the Realms, dont l’intégrale est sortie peu avant l’été. Le pitch est, ma foi, relativement simple: l’elfe noir Malekith mène une offensive globale contre les dix royaumes, ce qui inclue bien évidemment Midgard, la Terre. Il revient donc à Thor et à ses alliés de sauver l’ensemble des mondes.

Montrant qu’il n’y a finalement pas trente-six façons de faire la guerre, Malekith commence par envahir New York avec ce qui ressemble fortement à une blitzkrieg. Le roi des elfes noirs la joue fine et retire du jeu son principal adversaire, Thor, qu’il exile sur Jotunheim, le royaume des géants de glace, afin de le garder au frais en attentant de terminer son invasion. Odin, quant à lui, s’est exilé dans les ruines d’Asgard où il rumine ses nombreux échecs. Mais Malekith ne l’a pas oublié pour autant.

A la tête d’une armée invraisemblable de géants, de trolls, d’elfes, de démons du feu et autres créatures issues des neuf, pardon, des dix royaumes, Malekith va représenter un défi de taille pour les Avengers, ainsi que pour tous les autres héros prêts à se dresser contre la tyrannie. On ne doit pas ignorer la proverbiale force octroyée par l’union, néanmoins, si les héros espèrent s’en sortir, ils vont devoir se séparer en plusieurs factions et couvrir ainsi plusieurs fronts.

Une première équipe, constituée de Captain America, Spider-Man, les inséparables Luke Cage et Iron Fist, et le nouvellement ressuscité Wolverine, sont parachutés sur Jotunheim pour porter secours à Thor. Une seconde escouade, menée par Freyya, emmène Miss Hulk, le Punisher, Blade et le Ghost Rider à Svartalfheim afin de détruire le Bifrost Noir, atout majeur des envahisseurs. Et enfin, les War Avengers de Captain Marvel, supposés tenir la ligne de front. Le tout est supervisé par Daredevil, qui se substitue à Heimdall et devient le dieu Sans Peur, nouveau gardien du Bifrost.

This is a Thor’s world

Durant son run, Jason Aaron a laissé une empreinte non négligeable sur le marvelverse, notamment sur la frange asgardienne, qu’il a revisité et transformé de bien des façons. Cela commença par la saga du Massacreur de dieux (bientôt adaptée au cinéma), qui sema la graine de la dévastation chez Thor, une dévastation qui durera plusieurs années et qui laissera le héros irrémédiablement transformé. Le tournant majeur du parcours de l’auteur sur son personnage fétiche sera Original Sin, crossover quelque peu inégal mais qui marquera les esprits par ses conséquences et ses ramifications.

La principale, c’est la déchéance de Thor, qui perd le bénéfice de son mythique marteau, et devient Thor l’Indigne. La nature (et Marvel!) ayant horreur du vide, un nouveau Thor brandit le marteau. Jane Foster, ancienne amante de Thor, devient donc une déesse du tonnerre peu commune, mais abandonnera son rôle lorsque Mjolnir sera détruit.

War of the Realms fait donc office de baroud d’honneur pour le scénariste, qui profite de l’occasion pour boucler toutes les pistes narratives initiées depuis 2012. Il y va donc de ses références et rappels aux évènements qui ont précédé le crossover, ce qui peut nécessiter d’avoir suivi les séries Thor et les événements susmentionnés.

On ne peut pas nier l’aspect épique d’un tel event, même si, encore une fois, les antagonistes, si forts soient-ils, laissent quelque peu à désirer côté charisme et motivations. Enfin, on ne va pas se plaindre pour autant, la bataille dantesque qui résulte de ce conflit manichéen fait plaisir à voir et ne laisse pas de sentiment d’incohérence, ni de confusion, que l’on pouvait voir dans Infinity Wars, par exemple.

Revoir certains team-ups était tout à fait satisfaisant, comme celui de l’équipe de secours de Jotunheim, qui rappelait la belle époque des New Avengers de Bendis. Le retour de certains personnages lors du climax apporte également son lot de satisfaction, ne serait-ce que par le sentiment de boucle bouclée que l’on y perçoit à première lecture.

Pour les lecteurs un peu plus anciens, War of the Realms rappellera forcément un autre event sorti en 2011, Fear Itself, qui impliquait lui aussi une incursion de la mythologie nordique dans le reste du marvelverse. Dans Fear Itself, Tony Stark utilisait déjà la forge des nains afin de créer un arsenal magique pour les héros de la Terre. Ici, il fait la même chose, mais le résultat est…beaucoup plus cool.

Bien sûr, à l’issue de WOTR, le statu quo de Thor et compagnie évoluent encore, les lectures à venir nous confirmerons, ou pas, l’intérêt de ces changements.

War of The Realms relève donc le niveau des crossovers chez Marvel, en offrant à la fois action épique, casting élargi, et références nombreuses au long run d’un auteur talentueux.

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Porchery

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Histoire complète en 144 pages, écrite par Tyrone Finch et dessinée par Mauricet. Parution chez les Humanos le 19/05/2021.

Cochon qui s’en dédit

Ellis Rafferty est un homme brisé. Brisé par des années de prison, durant lesquelles il a ruminé ses échecs et ses fautes, parmi lesquelles la mort de son épouse, Becky, pour laquelle il a été condamné. Néanmoins, Ellis connaît la vérité et l’identité réelle du tueur, et il compte bien profiter de sa liberté conditionnelle pour se faire justice. Ce que toutes les tragédies à travers les siècles nous ont appris, c’est qu’un homme qui n’a rien à perdre est toujours plus déterminé, et donc beaucoup plus dangereux.

Cependant, Zoey, la sœur de Becky, persuadée qu’Ellis est le coupable, attend sa sortie depuis longtemps pour lui régler son compte. La jeune femme vindicative va vite s’apercevoir que sa sœur fut victime d’une terrible conspiration, dont les ramifications insoupçonnées pourraient bien causer la destruction du monde.

Après sa tentative de vengeance, Zoey s’aperçoit bien malgré elle, qu’Ellis était bien sur la piste du tueur-ou plutôt des tueurs-depuis sa sortie. L’ex-détenu s’en prend violemment à une troupe de cochons…qui parlent !

De la confiture pour les cochons

Ellis explique bien vite à sa belle-sœur, que Becky a été tuée par des cochons démoniaques dont elle avait percé à jour la mascarade. Désireux de couvrir leurs traces, les perfides porcins l’ont taillée en pièce et fait porter le chapeau au mari. Depuis des millénaires, ces démons chassés de la voûte céleste sont piégés dans ces corps animaux, et une catastrophe après l’autre, préparent leur revanche sans rien ni personne pour les en empêcher. Après tout, qui soupçonnerait des cochons d’être en réalité des rejetons de l’Enfer ?

Ce qui suit va être un jeu de massacre (jusque dans un abattoir !) au cours duquel les deux protagonistes vont devoir pondérer leur désir de vengeance tout en se confrontant à une menace totalement improbable.

Violence animalière et humour noir sont les ingrédients principaux de ce cocktail détonant. Les cochons peuvent paraître incongrus en tant qu’antagonistes, mais il s’avère que d’autres esprits tordus les ont déjà utilisés auparavant (Razorback en 1984, ou plus récemment La Traque en 2010). Cependant, ces précédentes itérations se faisaient sous le sceau de l’épouvante et de l’horreur, tandis que Porchery adopte l’angle du second degré tout en assumant son côté série B.

Malgré quelques maladresses mineures (comme des méchants qui capturent nos héros, les suspendent par les pieds façon barbaque mais sans les désarmer au préalable), le tout reste bien écrit et inventif sur le long du récit. Chaque chapitre à l’élégance de terminer sur un joli cliffhanger qui, mine de rien, donne envie de connaître la suite.

Porchery est donc une lecture à conseiller pour qui souhaite voir des khaloufs démoniaques comploter pour prendre le contrôle du monde!

**·BD·Nouveau !·Rapidos

Les dominants #2: les dieux stellaires

La BD!
BD de Sylvain Runberg et Marcial Toledano
Glénat (2020), 58p. + cahier graphique de 6p., couleur, 2 volumes parus, série en cours.

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In aliens we trust

Dans un futur proche, l’Humanité a été ravagée par un virus répertorié sous le nom de Grande Souche. Les survivants ont ensuite assisté à la conquête de la Terre par des êtres vivants jusqu’alors inconnus, présumés d’origine extraterrestre.

Ces êtres, nommés les dominants, se distinguent en plusieurs catégories, selon l’effet qu’ils produisent sur les humains qui les approchent, ou bien en fonction de leur comportement: nausées, migraines… Face à ce phénomène sans précédent, les humains ont montré trois grands types de réaction: survivaliste, néo-religieuse, ou belliqueuse.

Andrew Kennedy est un américain ex-agent du FBI, qui a tout perdu dans cette crise. Du moins le croyait-il. En effet, le premier tome se concluait par la découverte par Kennedy de la survie de sa fille, tombée dans l’escarcelle des résistants !

Devenue une féroce guerrière (tout comme la sœur de Yorick dans Y, The Last Man), la fille d’Andrew a été endoctrinée pour être une tueuse impitoyable à la solde d’Adam, le chef des Résistants. Andrew a donc pris le parti d’abandonner son groupe de survivants afin de suivre sa fille, espérant la convaincre de quitter le groupe et partir avec lui.

Cthulhu Président

Pour ce second tome, Sylvain Runberg continue de nous faire profiter de son worldbuilding et après nous avoir fait partager le quotidien des survivants, fait la lumière sur la faction des Dévots tout en continuant de nous faire la démonstration de la cruauté des Résistants, dont le fanatisme n’a finalement rien à envier à celui de leurs ennemis naturels. Les journaux illustratifs en fin d’album continuent d’ailleurs (… dans une écriture pas forcément des plus subtiles).

Les enjeux montent donc d’un cran, tant pour le héros que pour l’ensemble de l’Humanité. Tandis qu’Andrew fait tout ce qu’il peut pour s’intégrer chez les Résistants, ces derniers préparent un assaut d’envergure tout en continuant leurs exactions particulièrement impitoyables contre les Dévots qui communient avec les créatures. Si l’action-héro et les relations humaines étaient particulièrement bien sentis sur le précédent volume, le scénariste nous laisse cette fois un peu perdu avec ce personnage-marionette qui ne semble plus avoir guère de psyché et une certaine lourdeur dans la façon d’appuyer sur le côté manichéen des relations entre groupes.

L’album contient donc son lot de tension, bien qu’il ne tente pas d’apporter de réponses aux questions qui taraudent le lecteur depuis le premier tome, avec un léger sentiment de surplace. Qu’à cela ne tienne, l’action est bien présente, et, si le cliffhanger de fin n’est pas de nature à vous retourner l’estomac, l’intérêt pour l’univers de la série est bien présent, notamment autour de ces fascinantes créatures alien au design et concept très intéressants.

Côté graphique, on a tout de même l’impression que Marcial Toledano s’est mis sur la réserve, comme s’il souhaitait inconsciemment s’économiser, peut être pour une série qui s’annonce sur le long cours. Impression générale de baisse de niveau donc sur ce second tome sorti très (trop?) vite en ramenant une série très bien partie dans le peloton pléthorique des BD SF post-apo. En espérant que les auteurs redressent la barre d’une série qui a du potentiel.

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Wild’s End #1: Premières Lueurs

Jeunesse

Wild’s End est une série écrite par Dan Abnett et dessinée par I.N.J. Culbard, parue aux US chez Boom! Studios à compter de 2015. L’édition française est assurée par les éditions Kinaye, à travers ce premier volume de 160 pages couleur.

Parution repoussée à 2021 en raison du changement de planning lié au COVID.

Si Jeff Lemire le dit, c’est que c’est vrai !

La guerre des (autres) mondes

badge numeriqueClive Slipaway, un vétéran de la Marine Britannique, vient s’installer dans la bourgade tranquille de Lower Crowchurch afin d’y couler des jours paisibles. Accueilli chaleureusement par les notables du village, il est rapidement remarqué pour son caractère taciturne et son attitude placide, voire taiseuse.

Ce qui contraste nettement avec les frasques alcoolisées de Fawkes, petit braconnier méprisé par le reste des habitants. Lorsque celui-ci revient un soir, affolé, annonçant l’arrivée d’une catastrophe, c’est presque naturellement que les habitants de Lower Crowchurch balayent ses avertissements en le traitant de fou et d’ivrogne.

Et si, à l’instar du personnage de Russel dans Independance Day, ou de Cassandre dans la mythologie grecque, celui que l’on prend pour un fou avait raison depuis le début ?

Le début de la Fin

C’est ainsi que Clive, que l’on soupçonne traumatisé par les horreurs de la guerre, va devoir s’embarquer à nouveau dans une bataille, qui aura cette fois pour enjeu la survie de l’Humanité… ou du moins d’une version anthropomorphique. Car la particularité de cette aventure que l’on pourrait penser sortie de l’imagination de H.G. Wells, est qu’elle met en scène des personnages humains aux traits animaux, comme une façon de refléter la nature humaine grâce à nos 30 millions d’amis, ce qui est d’autant plus à-propos thématiquement que les antagonistes n’ont absolument rien d’humain, ni de terrien.

On peut tout de suite souligner que l’anthropomorphisme est ici utilisé à bon escient par Dan Abnett, qui en fait une sorte de totem à l’effigie de ses protagonistes, ce qui a pour effet de refléter leurs caractères. Par exemple, le vétéran placide et taiseux est un dogue allemand, tandis que l’écrivaine revêche est un chat siamois, et que le roublard craint de tous est un renard.

La succession des péripéties se fait de façon fluide et permet à chaque personnage de briller, par des dialogues savoureux et des situations toujours plus dangereuses. L’auteur garde le mystère quant à ses envahisseurs venus des étoiles, mais on comprend bien vite que ce cauchemar n’est que le début…le début de la fin.

Wild’s End est une excellente lecture, qui reprend les codes du récit d’invasion tels que définis par La Guerre des Mondes de H.G. Wells. On attend le second tome avec impatience !

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Les Dominants #1: la grande souche

La Grande Souche, premier tome de 54 planches d’une série écrite par Sylvain Runberg, dessinée par Marcial Toledano, paru le 08/01/2020 aux éditions Glénat.

 

Merci aux éditions Glénat pour cette découverte.

 

L’ouvrage est très classieux, avec une belle maquette, un design de titre travaillé, un pitch de quatrième de couverture efficace et une couverture très attirante (et pas trompeuse!). L’album comprend huit pages de bonus, recherches de personnages, storyboard et texte journalistique agrémenté de descriptions des Dominants. On n’apprend rien de plus que dans l’album (dommage) mais ça reste toujours très agréable. Le travail éditorial des auteurs et de l’éditeur sont de ceux qui mettent dans d’excellentes conditions et atténuent l’impression de classicisme qui ressort de ce premier volume.

The end is here

Il y aura toujours différentes façons d’envisager la fin de notre monde. Les récits eschatologiques divers nous renseignent tous sur la façon dont notre réalité tirera sa révérence, à grands renforts de cataclysmes cosmiques et de tables rases divines, sur fonds de Jugement Dernier purificateurs.

Et si la fin n’était pas aussi tonitruante que ce que l’on s’imagine ? Et si notre civilisation, note engeance humaine, s’éteignait sans bruit, dans le mutisme plat d’un univers indifférent ? Que se passerait-il si cette hécatombe silencieuse était scrutée par des êtres Résultat de recherche d'images pour "toledano dominants"inconcevables arpentant la Terre pour témoigner de notre chute ?

C’est l’intrigante prémisse choisie par Sylvain Runberg et Marcial Toledano pour l’entrée en matière de leur nouvelle série, Les Dominants.

Ce que beaucoup craignaient est arrivé: un mal d’origine inconnue, nommé « la Grande Souche« , a fait son apparition en 2020. En l’absence de remède efficace, l’épidémie s’est répandue au-delà de toutes les prévisions, pour finir en une pandémie qui a ravagé les populations de par le monde.

Les conséquences furent sévères: des milliards de morts, ce qui a précipité la chute du monde tel que nous le connaissions. Parmi les ruines, errent les survivants, qui ont du de surcroît faire face un nouveau problème: des organismes extra-terrestres, débarqués en masse après la pandémie, évoluent sur Terre, toisant de façon insondable une Humanité déclinante qui, face à ces bouleversements, se divisent en trois grandes catégories. Les Résistants sont ceux qui ont choisi de se battre contre ces envahisseurs muets, certains de leurs intentions néfastes, et déterminés à reprendre le contrôle de leur planète. Les Croyants sont quant à eux mus par une ferveur religieuse à l’endroit de ces créatures, considérés comme de nouvelles divinités à qui il faut vouer un culte. Résultat de recherche d'images pour "les dominants toledano"Enfin, on trouve les Survivants, pour qui seule compte la perspective d’un jour de plus passé en vie.

Au sein de ce monde à la fois nouveau et au bord de l’agonie, Andrew Kennedy fait ce qu’il peut pour tirer son épingle du jeu. Écumant les musées à la recherche d’œuvres d’art lui rappelant sa famille perdue, il vit au jour le jour en aidant une communauté de survivants, sorte de famille de fortune réunie autour de quelques terres cultivables. Cependant, s’il est possible de composer avec les mystérieux envahisseurs, certains groupes d’humains optent pour une approche plus radicale de la survie…

 

La Gigantomachie n’aura pas lieu

 

Les Dominants est une énième entrée dans le genre désormais pléthorique du Post-Apocalyptique. Seulement, cette série, en jouant sur ses codes, parvient à créer l’intérêt dès les premières pages en cultivant le mystère, notamment autour du bestiaire original crée par le scénariste.

En effet, les fameux Dominants, que ce soit par leur stature, leurs formes relevant parfois de l’étrange, voire de l’indicible, ou leurs indéchiffrables motivations, captent immédiatement l’intérêt du lecteur: d’où viennent-ils ? pourquoi la Terre ? quel lien avec l’épidémie ? Autant de questions qui vont certainement nous tenir en haleine tout au long de la série. L’insertion en début et fin d’album des chroniques d’une journaliste avant et après la pandémie permet de perturber notre chronologie des évènements. C’est bien vu même si cela rend du coup certaines explications des personnages redondantes. On se demande si ce texte n’est pas le projet envoyé à l’éditeur et il aurait peut-être été préférable de l’insérer en bonus final.

Certaines créatures m’ont rappelé les fameux Ogdru Hem de l’univers Hellboy et du B.P.R.D., notamment de par leur design empruntant à la fois à l’insectoïde et au crustacéen.

Là où Les Dominants reste classique en revanche, c’est dans les luttes claniques qui agitent les survivants. En effet, comparés à certains individus violents et/ou fanatiques, les aliens s’apparentent davantage à une nuisance, ou à des forces semi-naturelles avec lesquelles il faut composer. Car c’est bien connu, et suffisamment ressassé dans les œuvres de fiction, lorsque tombent les carcans légaux et les structures étatiques, l’Homme laisse libre cours à ses pulsions basiques quitte à se retourner contre les siens (Hobbes avait raison, vive le Léviathan !), tout en cherchant à instaurer un semblant d’ordre par la force.

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Sylvain Runberg, à l’instar d’un Kirkman au travers du personnage de Negan, illustre ce propos grâce à la caste des Résistants, qui tyrannisent tout le monde au nom d’un intérêt commun qu’ils sont les seuls à concevoir. On retrouve également la thématique de la très bonne série du duo Toulhoat/Brugeas Chaos Team où l’irruption extra-terrestre est surtout là pour rebattre les cartes de l’équilibre socio-politique mondial.

Le rythme du récit est très justement dosé (bien que d’un didactisme un peu appuyé), l’exposition que représente ce premier album distillant adéquatement les informations essentielles tout en cheminant progressivement vers un cliffhanger très bien amené, et dont la teneur m’a immédiatement rappelé Y, Le Dernier Homme.

Sylvain Runberg et Marcial Toledano nous offrent le début d’une série très prometteuse, au pitch inventif et à l’exécution accrocheuse, dont on attend la suite !

Billet écrit à quatre mains par Dahaka et Blondin

**·Comics·East & West·Rapidos·Service Presse

L’armure de Shanhara

esat-westComic de Robert Venditti et Cary Nord
Bliss comics (2017), Ed. US Valiant 2012) 118p. Série X-O Manowar #1/5
Lu en version numérique grâce à Iznéo.

x-o-manowar-tome-1-couverture-bliss-comics-600x923Comme décrit dans mes précédentes chroniques de comics Valiant, l’édition française est remarquable, en proposant systématiquement une cartographie iconographique très originale et qui aide bien à s’y retrouver dans le contexte soit historique comme ici, soit dans l’univers Valiant afin de raccrocher les wagons entre les différentes séries et personnages.

Aric le Wisigoth part dans une guerre perdue d’avance face à la puissance de l’envahisseur romain lorsqu’il est enlevé par une race d’extraterrestres qui vouent un culte à la légendaire armure de Shanhara. Contre toute attente c’est lui, un étranger, qui sera « choisi » comme hôte par l’armure, le dotant de pouvoirs surpuissants. De retour sur Terre plusieurs siècles plus tard, Aric va se retrouver confronté à une conspiration impliquant ce fameux peuple extra-terrestre…

Ce premier épisode de la seconde série X-O Manowar  (la première date des années 90 et la troisième vient de faire l’objet d’une édition intégrale chez le même éditeur Bliss avec des dessins modernisés) introduit l’histoire entre trois univers: l’antiquité tardive pour le début de l’histoire, le vaisseau des Vignes sur une période de plusieurs années d’esclavage et l’époque actuelle à laquelle réapparaît le héros. Tout va très vite et la cohabitation entre ces trois univers graphiques et thématiques intrigue. Les grandes lignes de l’histoire se devinent néanmoins dans les dernières pages avec la découverte de cette armure (qui fait un peu penser à Iron Man) et d’une conspiration initiée en début d’album et qui permettra de se raccrocher sans doute avec les autres arcs et héros de l’univers Valiant, à commencer par Ninjak, dès le second épisode. A noter les très belles couvertures des épisodes et notamment celle du premier, réalisée par l’excellent Esad Ribic.

Cette introduction est assez bateau dans sa trame et l’on a du mal à s’intéresser au personnage principal. Les dernières planches éveillent notre intérêt et j’espère que les choses sérieuses commencent rapidement dans le second volume. L’intérêt de l’univers Valiant est son interconnexion avec certains personnages vraiment attrayants (Ninjak rencontré dans The Valiant, Toyo Harada ou les organisations non gouvernementales). Surtout, les dessins sont assez faibles en regard des autres productions Valiant. Le reboot de la série qui vient de sortir semble dotée de graphismes beaucoup plus forts et personnellement je continuerais sur la nouvelle version.

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**·Cinéma

Visionnage: Annihilation

La grosse com’ faite par Netflix autour de ses films originaux, la filmo très intéressante (et très SF!!) d’Alex Garland et surtout les premiers retours très positifs sur le film m’ont donné envie de voir Annihilation.

Ma réaction varie entre intérêt graphique et conceptuel et déception… alors que je n’en attendais pas grand chose. En effet il est sommes toutes assez rare que des films de SF parviennent à se sortir d’une étrange manie des scénaristes et réalisateurs de virer soit au Slasher soit au n’importe quoi… Comme si le poids du genre SF (probablement le plus ambitieux de tous les genres littéraires) écrasait les auteurs en les ramenant à des idées très plan-plan. J’avais adoré la première partie de Sunshine (réalisé par Danny Boyl mais scénarisé par Garland), très technique… jusqu’au virage slasher complètement débile. J’ai été enthousiasmé par le premier Planète des singes et son développement de concepts et très déçu par ses suites qui restaient très basiques sur des opérations militaires. Dernièrement, si l’Ex-Machina de Garland m’a beaucoup plu, notamment par sa fin assumée, j’ai été déçu par l’inévitable pétage de plomb de la créature. La SF a souvent du mal à surprendre…

Résultat de recherche d'images pour "annihilation garland"Et bien malheureusement on a un peu de tout ça dans Annihilation. Un mélange de vraie ambition artistique et de talent écrasé par des codes du genre désormais redondants (cela avait d’ailleurs tué le très moyen Interstellar de Nolan). L’esthétique générale avec une mutation de la faune et de la flore (trop peu montrés, sans doute pour des raisons de budget) est vraiment emballante et un certain nombre de tableaux (à mesure qu’on s’approche de la fin) sont magnifiques. La séquence finale dans le phare, très inspirée de la danse contemporaine (Portman est danseuse) apporte une vraie originalité avec ce duo improbable et mimétique. Quelques fulgurances également, comme cet ourse dont émane un cri impossible… A côté de cela de grosses maladresses (les mêmes que dans Ex-Machina) appuyées, comme ce regard final inutile. La SF et les films ambitieux en général nécessitent une part d’interprétation, une sollicitation du spectateur à qui le réalisateur doit confier une part des rennes de son oeuvre. La bascule est ténue alors entre le truc incompréhensible (reproche fait à Terrence Malick notamment) et le cliché fluoté. A ce titre j’ai trouvé le dernier Cloverfiel (également sur Netflix) ou Life très bien terminés.

Résultat de recherche d'images pour "annihilation garland"Annihilation se montre comme un étrange projet qui ne semble pas avoir emballé grand monde parmi des acteurs semblant ne pas trop savoir ce qu’ils font là. Oscar Isaac, capable du très bon comme du pitoyable est ici assez informe, tout comme Jennifer Jason Leight (pourtant terrible en affreuse salope dans le dernier Tarantino). Portman, à qui on demande de porter tout le film ne sais pas si elle est une frêle scientifique en deuil ou une Action-girl à la Ripley. Le déroulement du film, assez lent et linéaire, n’apporte pas assez de progression, tout devant se dérouler au bout du chemin, on finit par se foutre un peu du sort de ces nénettes que l’on n’a même pas pris le temps de nous présenter/caractériser. Résultat de recherche d'images pour "annihilation garland"Du coup on s’émerveille devant quelques idées belles ou inquiétantes (le principe du found-footage, très intéressant, est juste esquissé), on se fout du mari comme de l’an 40 et on sait que la belle s’en sortira (elle témoigne dès le début, ce qui enlève toute tension sur son destin). La fin est honnête et cohérente mais on a déjà vu ça. Annihilation est donc un correcte film SF dans la moyenne haute, assez intéressant visuellement mais qui n’a pourtant pas la fraîcheur des séries B que JJ Abrams a le talent de dénicher ou que des festivals comme Gerardmer nous proposent de temps en temps.

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Dans le genre, ces dernières années je vous conseille: Cloverfield, Pandora, Pitch Black, Planète Hurlante, Looper ou Donnie Darko…