****·BD

Les filles des marins perdus

La BD!
BD de Teresa Radice et Stefano Turconi
Glénat (2020), 123p., one-Shot…?

L’album est au format comics, compact, proche de celui du précédent. Toujours dans leur idée de proposer un récit romantique british les auteurs ont travaillé la très élégante (et classique) maquette. Un très bel ouvrage qui aurait pu être terminé par quelques croquis.

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En 2016 les italiens Radice et Turconi créaient un évènement BD qui allait durer. Leur Port des marins perdus, monumental pavé tout en crayonné proposait ce qui n’arrive qu’une fois tous les cinq ans, un alchimie parfaite de ce que tous les amoureux de la BD espèrent avec envie. Ce choix technique, s’il permettait une spontanéité, une pureté folle appuyée sur une maîtrise sans faille de Stefano Turconi était aussi sans doute poussé par des considérations « économiques », les trois-cent pages de l’album auraient mis des années s’il avait fallu les encrer et les coloriser… C’est probablement en partie de cette frustration qu’est sortie cette vraie-fausse suite, qui prend chronologiquement la continuité du premier en nous donnant une idée de ce qu’aurait été le Port avec de la couleur!

Les filles des Marins Perdus - BD, informations, cotesAu travers de deux parties, ces « Histoires de terre, de mer, de marins et de filles de joie » suivent deux des prostituées de cette magnifique maison close découverte dans le précédent album, qui chercheront pour des raisons différentes deux hommes liés par le lointain. C’est là pratiquement la seule coloration marine du volume qui reste solidement ancré au plancher des vaches, à Plymouth qui plus est et en majorité dans la maison. Ce sont les récits des uns et des autres qui créeront le voyage, avec ce texte, cette douceur qui nous avait tant ravi. Le verbe de Teresa Radice est aussi doux que les mines de son conjoint et donnent à cette activité « vulgaire » ses lettres de noblesse. Car c’est cet univers féminin qui enchante, cette sorte de coopérative de l’amour où des filles libres, diablement belles et en pleine possession de leurs moyens mènent leur barque loin des corsets de la société.

Les récits croisés nécessitent par moment de la concentration pour suivre le narrateur, mais la facilité du texte virevolte comme jadis, s’alliant par moment au texte sur quelques séquences dynamiques très proches de ce que peut proposer l’animation made in Disney. On sent ainsi poindre, dans les traits, dans la dynamique des cases cette influence évidente qui donnerait presque envie de voir enfin un film « classique » adulte exonéré du puritanisme de Mickey.

Avec toute la modestie de cette prolongation, sur un texte aussi agréable que les planches, le duo confirme ici qu’il est l’un des plus intéressant du circuit et donne très envie de lire leur toute récente sortie La terre, le ciel, les corbeaux, en attendant très probablement d’autres histoires de filles de joie et de marins que la richesse de leur univers rend tout à fait nécessaire.

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****·BD·Documentaire·Nouveau !

Le piège américain

Le Docu BD
BD de Matthieu Aron et Hervé Duphot
Delcourt (2021), 136p., one-shot.

Cet album est l’adaptation de l’ouvrage de Mathieu Aron paru en 2019 intitulé  Le piège américain : l’otage de la plus grande entreprise de déstabilisation économique raconte.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur fidélité.

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En 2014 éclate l’affaire Alsthom, qui va éclabousser l’industrie française avec des remous politiques jusqu’au sommet de l’Etat. Alors qu’il vient d’obtenir la création d’une cellule d’investigation sur des dossiers longs, le journaliste de France Inter Matthieu Aron tombe par hasard sur le début d’une pelote qui va lui faire découvrir une histoire digne des meilleurs thrillers, mêlant marchés publics faussés, diplomatie économique des Etats-Unis et mœurs sanglantes du capitalisme…

Le piège américain - les dessous de l'affaire Alstom de Frederic Pierucci,  Matthieu Aron, Herve Duphot - BDfugue.comPourtant fidèle lecteur des enquêtes de Mediapart, de l’affaire Alsthom je n’avais suivi que le traitement superficiel par la presse et les interrogation sur cette vente bien étrange en 2014 d’un fleuron de l’industrie française au concurrent américain, sous le quinquennat de François Hollande et alors qu’Arnaud Montebourg venait d’entrer au ministère de l’Economie, Emmanuel Macron étant conseiller du président. C’est toute l’importance de cet album qui aborde frontalement un scandale diplomatico-politico-judiciaire qui interroge sur le rôle joué par l’actuel chef de l’Etat dans les tractations dignes d’un roman d’espionnage.

Matthieu Aron est alors journaliste à France-Inter et vient d’obtenir de haute lutte la création d’une cellule d’investigation dans la foulée de l’explosion des affaires révélées par Mediapart et juste après l’affaire Cahuzac. A la recherche de sa première grosse affaire qui lui permettrait de sécuriser ce fragile organe d’enquête il tombe par le jeu des connaissances sur le bout du fil d’une pelote dont il n’imagine pas un instant la longueur et la profondeur. Sous la forme d’un récit principalement axé autour du calvaire judiciaire d’un haut cadre d’Alsthom (co-auteur de l’album…) aux Etats-Unis, c’est un monde des marchés publics internationaux remportés par les multinationales à coups de corruption qui nous est révélé. Si la pratique est connue dans le milieu de l’armement, du Pétrole et des matières premières, notamment en Afrique, on apprend que ce système est généralisé dans bien d’autres domaines dont ceux occupés par Alsthom. Dans ce jeu de dupes, le perdant du marché (qui nous rappelle la très récente brouille franco-américaine autour des sous-marins australiens) attaque judiciairement le gagnant. Incroyables mauvais-perdants, appuyés sur une législation totalement orientée pour permettre à Washington de poursuivre ses concurrents commerciaux sur le terrain de la vertu (et de la corruption), les Etats-Unis arrêtent de hauts cadres de l’entreprise française afin de faire pression sur l’Etat français et la direction d’Alsthom dans l’otique d’une vente forcée. un véritable racket où la morale toute mercantile et sans foi ni loi des américains utilise avocats de la défense, procureurs et jusqu’aux juges dans le seul intérêt commercial du pays. Inoui!

Le piege americain: les dessous de l'affaire alstom | 9782413037385 ::  BdStock.frDans ce récit aux airs de Midnight express on sent toute de même une once de mauvaise foi en évitant soigneusement d’aborder le rôle réel de Frederic Pierrucci (devenu amis avec le journaliste) dans la corruption effective par Alsthom et n’enrichissement important de ces cadres de l’Industrie qui ne semblent pas avoir beaucoup d’Etats d’âme dans le quotidien de leur activité avant d’être personnellement inquiétés. Cela n’enlève rien à l’attitude machiavélique du PDG qui selon le livre a littéralement vendu l’entreprise aux américains pour sauver sa tête et se protéger d’un risque judiciaire réel. Le plus passionnant se situe lorsque Matthieu Aron obtient un entretien avec l’ex-ministre de l’Economie, chantre du nationalisme industriel et qui se présente comme un chevalier blanc joutant avec le PDG d’Alsthom jusqu’à le convier avec force gendarmes à la descente de l’avion pur exiger des explication à son projet. Et lorsque la messe est dite dans le bureau du Président où le conseiller Macon semble jouer un rôle de premier plan dans l’affaire. Le journaliste n’en dira pas plus mais on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la continuation de ces pratiques chez le futur Président et les incidences peut-être encore présentes aujourd’hui dans la diplomatie économique de la France.

Passionnant de bout en bout, autant récit d’une injustice carcérale, judiciaire, humaine qu’un pavé dans la marre des dessous des ministères et des entreprises du Cac 40, le Piège américain est à lire absolument!

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***·Comics·Nouveau !·Numérique·Rapidos·Rétro

Injustice – les dieux sont parmi nous, année 5

Comic de Brian Bucchelatto et collectif.
Urban (2014-2021), édition intégrale par année, 5/5 vol. parus., 320p./volume.

Chaque volume d’intégrale par année rassemble deux volumes de la série publiée de 2014 à 2018 plus les épisodes « annual » intercalés et permettant de développer les interstices de cette bataille des Dieux… A savoir que DC a sorti récemment un Omnibus rassemblant l’intégralité de la série en deux volumes, mais qui ne semblent pas prévus pour le moment chez Urban

Attention spoilers!

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Désormais seul aux commandes du Régime, sans adversaires, Superman reste hanté par la résistance pourtant si faible de Batman. Alors que ses propres alliés commencent à manifester des signes de lassitude face à son comportement autoritaire, les seuls qui semblent en mesure de faire pencher la balance sont les super-vilains libérés par l’action folle d’Elastic-man. Rompant toute morale, l’Homme d’acier décide de faire appel aux services des plus grands criminels de la Terre pour retrouver le chevalier noir…

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Ça y est, c’est la fin de cette immense saga qui aura su pour une fois me faire presque totalement adhérer à une intrigue de la Justice League grâce au grand talent de Tome Taylor (dont je parlais hier sur Dceased2). Pour une raison qui m’échappe, alors qu’il a tenu l’essentiel des quatre premières « années » d’Injustice, Taylor a ici complètement passé la main, avec pertes puisque cette ultime intégrale revient à un niveau qualitatif assez moyen où les incohérences et trous dans la raquette scénaristique deviennent bien plus visibles au milieu des affrontements. Est-ce à cause du ménage fait dans les rangs des héros ou simplement du fait d’une moins bonne liberté créative, cet opus retombe dans une certaine banalité qui siéra aux fans de DC mais risque de décevoir ceux qui comme moi ont vu dans Injustice un miracle inattendu.Slings & Arrows

Si le principal intérêt de ces derniers actes réside dans la faiblesse de Batman et la quasi disparition de sa résistance, les événements de crise qui avaient pu justifier jusqu’ici l’allégeance sans faille des autres héros n’ont plus lieu ici et on tique pas mal sur l’acceptation par des personnes à la morale la plus élevée des crimes perpétrés par le tyran. Il manque cette friction que l’on attend depuis le début, ce qui rendait le précédent opus intéressant lorsque l’Invincible Wonder Woman se retrouvait face à Superman. A la place on nous instille l’idée que Luthor pourrait agir en coulisse sur différents plans dont on ne nous révèle finalement rien, laissant entendre que certains événements sont à lire dans d’autres publications. Ainsi ce qui faisait la force de cette intégrale à savoir rassembler la totalité de l’intrigue (vraiment!) semble ne plus marcher et nous confronte a l’éternel problème des ties-in, devenus souvent indispensables. Par exemple ces séquences rattachées au spin-off Ground zero (non inclu) et qui nous laissent sans conclusion. De même avec cette conclusion qui part d’une bonne idée… mais semble attendre une suite immédiate.Superman VS Batman (Injustice Gods Among Us Year 5) – Comicnewbies

Si la structure de cette Année cinq ne diffère pas fondamentalement des autres, elle n’a pas la thématique et les rebondissements des précédentes années et se résume à une interminable série d’affrontements avec les vilains et autour de ce faux superman dont on ne saura au final pas grand chose. Comme si les auteurs n’avaient pas su achever leur histoire et que Taylor avait un peu lâchement abandonné le bateau avant l’arrivée au port. Assez décevante donc, cette conclusion donnera suite deux ans plus tard à une série Injustice 2, bien moins volumineuse et décrivant semble t’il l’évolution du monde après la chute du Tyran (… et sans sa protection). A suivre donc…

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Injustice – les dieux sont parmi nous, année 4

Comic de Tom Taylor, Brian Bucchelatto et collectif.
Urban (2014-2021), édition intégrale par année, 4/5 vol. parus., 320p./volume.

Chaque volume d’intégrale par année rassemble deux volumes de la série publiée de 2014 à 2018 plus les épisodes « annual » intercalés et permettant de développer les interstices de cette bataille des Dieux… A savoir que DC a sorti récemment un Omnibus rassemblant l’intégralité de la série en deux volumes, mais qui ne semblent pas prévus pour le moment chez Urban. En fin de volume un carnet de croquis des personnages et des couvertures d’épisodes.

Attention spoilers!

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badge numeriqueAprès l’année zéro hier, on enchaîne avec le même plaisir sur cette quatrième année de la dictature de Superman… La couverture ne l’annonce pas mais l’avant-dernière année de cet improbable miracle (voir les billets précédents pour un rappel du projet) fait intervenir rien de moins que le panthéon olympien dans le conflit entre Batman et Superman… Je ne sais pas si les irruptions de Zeus, Hera et autres Atlas sont fréquentes dans l’univers DC mais il est certain que si leur intervention était apparue plus tôt on aurait risqué le grand n’importe quoi. Or après trois volumes pleins on est devenus habitués aux petites pilules vertes qui vous transforment n’importe qui en super-héro et aux affrontements WTF de dimension galactique. Taylor a d’ailleurs la grande intelligence de laisser tout le monde mortel dans les limbes, ne nous faisant apparaître les gouvernements sidérés que très rarement. On reste donc entre nous, confortablement, pour assister à des bourre-pif entre superman et Heraklès ou entre Aquaman et Neptune. On passera sur le syncrétisme tout américain qui ne s’embête pas à mélanger les noms latins et grecs des personnages et sur l’échelle de puissance qui nous laisse par moment circonspects à voir les dieux « mineurs » se faire botter le train par Robin ou Huntress..

The Gods Of Olympus (Injustice Gods Among Us) – ComicnewbiesOn sentait monter le rôle de Wonder Woman, prise entre deux feux avec sa fidélité envers son peuple et son père (Zeus pour rappel) et sa place dans l’équipe de Superman. Moralement toujours à peu près lucide, elle reste la seule voix capable de faire entendre raison à Kal-El et on reste tout à fait satisfait quand au traitement réaliste des choix de chacun des personnages dans cette bataille. Batman se trouve en retrait alors que son camp se voit très fortement diminué et soumis aux manigances d’un Luthor dont on ne sait jamais (en « homme le plus intelligent du monde » qu’il est) ce qu’il va manigancer. Les histoires de Superman regorgent de tellement d’attendus qu’on passe les quelques facilités de cette quatrième année pour profiter d’un palier où pour la première fois l’homme de Krypton semble relativement démuni quand à sa capacité à reprendre la main. Le cœur de l’intrigue se passant sur Themyscira (l’île de WW), on peut profiter des très jolis For Those Who Really Want Wonder Woman And Superman To Split Up, Read  Injustice Gods Among Usdessins de l’équipe artistique dans un style antique. Je regretterais juste l’intervention finale de l’inévitable Darkseid et son pendant divin dont je ne cesse constater l’aspect décalé. Un peu moins puissant que l’épisode Green Lantern, cet arc grec a le mérite de préparer un affrontement entre Diana et Clark qui semble inévitable et dantesque de puissance.

On notera que pour la première fois Tom Taylor passe la main à un autre scénariste sur l’essentielle de cette année qui voit (chose remarquable!) grandir Robin qui, devenu quasi-adulte depuis le début du règne de Superman, semble plus déterminé que jamais à écraser Bruce Wayne. Nouvelle illustration de la spécificité de cette saga d’une maîtrise incroyable en parvenant à chaque année à évoquer un aspect de l’immense univers DC sans perdre en cohérence. A l’approche de la conclusion on ne peut qu’être inquiet quand à la conclusion choisie par les auteurs et en même temps confiant quand on voit la solidité de l’entreprise depuis le début. On enchaîne…

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Injustice – année zéro

esat-westComic de Tom Taylor et collectif.
Urban (2021)/2017, 160p., one-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur confiance.

Avant l’incident déclencheur d’Injustice, la Justice League et la Justice Society se retrouvent pour un moment de partage. Lorsque le Prince du crime se retrouve en possession d’un artefact très ancien, un engrenage meurtrier s’enclenche, constituant petit à petit les fondements sur lesquels la dictature de Superman va pouvoir s’installer…

Injustice: Year Zero Reveals the Secret History of This Dark DC Universe -  IGNTom Taylor est décidément un sacré loustic! Alors que je découvre en même temps sa dernière saga Dceased et celle qui l’a révélé, Injustice, je ne cesse de prendre un plaisir que je croyais impossible dans l’univers DC une fois sorti des chefs d’œuvre dédiés au Chevalier noir. Mes tentatives sur JL m’ont toujours laissé de marbre (y compris des events réputés comme Crise d’identité) et les aspects nostalgiques et érudits sur l’Age d’or et d’argent trop étrangers et kitsch). Surtout, l’aspect commercial de nombre d’évènements à rallonge me laisse très sceptique dès que sort un spin-off d’une série à succès. Tout ça pour dire qu’après le ratage de Hope at world’s end je m’attendais à pas grande chose de ce Year zero… Si je vous dis tout ça c’est évidemment par-ce que ce volume me fait mentir de façon magnifique puisque j’ai toujours cru qu’un Catwoman à Rome était une anomalie de réussite (sur Un long Halloween) et qu’un spin-off avait vocation à être au mieux correcte. Or ce préquel, outre de nous passionner sur des personnages crédibles dans leur humanité, de jeter un pont avec le Watchmen que tout le monde connaît mais dont pas grand monde n’a lu les inspirations, de reprendre les codes addictifs de Injustice, pose des bases incroyablement fines et construites permettant de comprendre ce qui nous paraît le plus aberrant dans le dévissage de l’Homme d’Acier!

Sur des planches franchement de très haut niveau du trait aux couleurs (dans un style entre Immonen, Varanda et Hairsine), on suit donc la folie meurtrière du Joker qui décime la SJ en parallèle d’un éloignement de Harley qui va rejoindre sa chérie Poison Ivy. Si les couples homosexuels mis en avant dans le spin off de Dceased m’avaient paru lourdingues et inutiles, les deux présentés ici sont très attendrissants et l’aspect psychologique particulièrement bien présenté. Le premier est un couple de vieux très aimant qui va être mis à mal par les attaques de Mister J, le second nous montre l’itinéraire de Harley dans Injustice et son émancipation de la mainmise psychologique du Joker. On approfondit ainsi la psychologie du personnage le plus intéressant de DC depuis Batman après Harleen et White knight.INJUSTICE: YEAR ZERO Features JLA vs. JSA (Exclusive Preview) - Nerdist

Taylor envoie du pâté en matière de dialogues cash et de morts véritables. Sans se vautrer dans le cracra mais dans une cohérence avec Injustice. Surtout (et en cela il est bien entendu vivement conseillé de lire Année zéro après le premier Injustice) il apporte une sacrée profondeur à l’acte initial du Joker et aux bascules de Kal-El, Wonder Woman et Harley. En Tom Taylor on Twitter: "Batman spars with Wildcat with the Justice League  and JSA watching on. Have you checked out our first chapters of Injustice:  Year Zero yet? @Rogeantonio @rainberedo @jesswchen https://t.co/wpgPbpCIM7…une fluidité épatante le scénariste parvient à lier une grande part du DCverse en nous donnant envie de prolonger chacun des thèmes mis en avant (les nazi, l’Age d’or, Hawkman, la filiation, la tradition, la morale,…). Tout pousserait à une exploitation commerciale de cette efficacité or cette année zéro restera (a priori) respectueuse du lecteur en restant dans le cadre fixé d’expliquer le contexte initial et de donner des racines à un event révolutionnaire qui sonnait jusqu’ici comme un elseworld. Je m’aperçois en écrivant ce billet que Batman Metal aura décidément été plus important que je ne le pensais en créant un exemple de ce que ne devrait pas être le DCverse et que l’on pouvait bien viser un pareil syncrétisme dans une optique bien plus accessible et élégante. Avec un tel Talent on ne peut qu’espérer que Tom Taylor prenne du galon chez DC et qui sait, puisse donner un petit coup de pouce à la re-création du Snyderverse au cinéma…

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Les veuves électriques #1: deuil atomique.

La BD!
BD de Relom, Geoffroy Damne et Degreff (coul.)
Delcourt (2021), 62p., série en cours.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

A Chissouane la centrale nucléaire fait vivre toute la commune. Aussi quand un accident tue trois employés, pas grand monde ne vient mettre son nez dans les défaillances… sauf les trois veuves qui se retrouvent bien malgré elles transformées en dangereuses militantes radicalisées contre lesquelles la machine répressive mediatico-policière se met en marche…

Les veuves électriques - BD, informations, cotesSacrée surprise que cet album à cheval entre l’humour potache et la charge politique au vitriol tout droit sorti des Vieux Fourneaux. Encore qu’il serait injuste (malgré tout son talent!) de donner à Wilfried Lupano la paternité d’un genre que le magazine Fluide Glacial a érigé en art. Car dans ces Veuves électriques tout respire le Fluide glacial, du sujet au type d’humour appuyé en passant par les dessins… et les auteurs, tous deux habitués à la maison de Gotlieb et Maëster. On se demande juste ce qui a pu se passer pour que cette série atterrisse chez Delcourt. Passons…

les auteurs ne vont pas par quatre chemin puisque dès les toutes premières pages l’accident survient. Tragique certes mais sans oublier d’être drôle dans toutes les situations, l’album enlève toute tension et se donne des airs de Duhamel à cette charge énervée contre un pouvoir politique (et policier!). Les auteurs ne cachent rien puisque si aucun nom de ministre actuel n’est cité on reconnaît bien Macron jouant à cache-cache (ou plutôt touche-touche) avec son garde du corps (toute ressemblance…). Tous plus débiles les uns que les autres, les personnages vont foncer dans un engrenage où surnage juste un peu de compassion pour ces pauvres filles bien nunuches. Les journalistes proclament l’attentat après que le maire se soit malencontreusement pris une pancarte sur la tête, l’expert écolo est déclaré terroriste-misogyne après que ses propos aient été détournés, les ministres se déplacent en avion (fonctionnant au charbon à en croire le panache de fumée qui s’en dégage) et le jeune « Tanguy » va de lâcheté en lâcheté. Notre trio de pieds-nickelés bien que victimes de cet emballement multiplie les absurdités, et on rit franchement à cette succession de scènes que d’autres auraient monté en drame social.

Ce qui plait dans ce deuil atomique c’est la franchise des auteurs qui ne cherchent pas à cacher leur gauchisme derrière leur petit doigt, ce qui fonctionne bien mieux qu’un format thriller pas toujours équilibré. Car derrière la satire c’est bien le gouvernement Macron qui est dénoncé, cette irresponsabilité criminelle qui envoie les policiers bardés de flashball éborgner les militants de tous ordres comme les télé d’info et leur storytelling tout à fait orienté. C’est l’incurie d’une politique nucléaire qui à force de réductions de coûts mets tout le parc de réacteurs en danger (et nous avec!), c’est la faiblesse démocratique de la France d’en bas, soumise à son emploi et que seule une injustice crasse pousse à la révolte. Au vu de la quantité de sujets abordés j’ai même hésité à placer cet album en rubrique documentaire. La farce m’en a dissuadé mais ce premier tome montre que l’humour est souvent capable de dénoncer avec une très grande efficacité.

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Injustice – les dieux sont parmi nous, année 3

Comic de Tom Taylor et collectif.
Urban (2014-2021), édition intégrale par année, 3/5 vol. parus., 320p./volume.

Chaque volume d’intégrale par année rassemble deux volumes de la série publiée de 2014 à 2018 plus les épisodes « annual » intercalés et permettant de développer les interstices de cette bataille des Dieux… A savoir que DC a sorti récemment un Omnibus rassemblant l’intégralité de la série en deux volumes, mais qui ne semblent pas prévus pour le moment chez Urban

Attention spoilers!

injustice-integrale-annee-trois

badge numeriqueAprès deux années dont une seconde qui introduisait le Green Lantern Corp dans une surenchère jouissive on comprend désormais la structure de la série dans une ambition sidérale qui vise à balayer l’intégralité du corpus DC en parvenant à rendre presque crédibles les agencement théoriquement totalement WTF de personnages. Ainsi cette troisième année laisse un GL corp dévasté, un superman équipé de l’anneau jaune du corps de Sinestro et se concentre sur l’univers magique de DC (esquissé au travers de Zatana) avec un personnage central: le magnifique anti-héro John Constantine!

Injustice - Year 3 #02 | John constantine, Injustice, Comics onlineJe le répète souvent, je ne suis pas un fana de l’univers DC que j’ai toujours trouvé soit kitsch soit trop complexe et foutraque, tout cela trouvant son acmé dans l’archi-bancale Batman Metal. Certains aiment cela mais le principal problème est de ne jamais ouvrir la porte à des lecteurs occasionnels… Et justement, sous un aspect fun en mode What if? Tom Taylor est parvenu avec cet Injustice à l’improbable de rassembler tout le canon DC en le rendant absolument accessible, ce que je ne pensais tout simplement pas impossible jusqu’ici! De la même manière que le très qualitatif Black label en proposant des one-shot déconnectés ouvre une porte vers les lecteurs de franco-belge, cet Injustice a les mêmes vertus que les dynamitages Millardiens de Marvel (je pense à Red son ou Old man Logan) en évacuant le certificat de dcologie du lecteur avant de pouvoir lire l’album. C’est d’autant plus remarquable que le nombre de personnages du DCverse convoqué est très important. Mais leur intégration et surtout la fluidité du récit font que ce qui était bloquant sur Batman Metal passe Nikol crême ici.

Cette année est moins engageante que la précédente en laissant un peu de côté l’aspect gigantesque du combat entre Superman et les Green Lantern mais n’en oublie pas le canon de Georges RR Martin que Taylor a fait sien: exécuter sommairement les personnages à rythme régulier. C’est désormais une technique classique pour maintenir le lecteur en état de sidération permanent et c’est redoutablement efficace! Un poil plus complexe donc avec l’apparition de mondes parallèles, d’enfer, de mondes entre les mondes et autres états non mort/non vivant… tout ceci est lié par le personnage absolument craquant de Constantine qui joue le rôle d’un Deadpool de chez Marvel à force de vannes et de remarques en décalage (j’aime beaucoup le lattage de burnes de batman…). Le comic code authority est fort loin et nous assistons sans censure à des éviscérations, morts diverses (généralement bien brutales et inattendues), langage fleuri, j’en passe et des meilleures. L’humour très présent et très efficace participe également à ce déminage des aspects les plus grossiers de l’opération.

Mister Mxyzptlk And Trigon's Effect On Reality – ComicnewbiesDerrière toute cette action (magique donc) on devine une éventuelle explication à cet énorme craquage de l’homme d’acier qui une fois le Rubicon du meurtre du joker franchi ne semble plus avoir aucune limite morale hormis quand les personnes de Wonder Woman (la femme) et de Shazam (l’enfant) se rappellent à lui. Si la déconstruction des codes DC est jouissive on tique par moment sur ce qu’est devenue  l’éducation de papa et maman Kent malgré le traumatisme vécu par Kal-el et on espère que l’auteur a prévu sa chute. Comme toujours, plus on aime moins on tolère un atterrissage raté. Pour le moment, à mi-série, on reste dans un bon gros kiff que vous invite sincèrement à rejoindre à l’occasion de la ressortie de ces intégrales.

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****·Manga·Service Presse

My broken Mariko

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Manga de Waka Hirako,
Ki-oon (2021) – One-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Les éditions Ki-oon ont eu un coup de cœur pour ce premier one-shot d’une jeune mangaka et ont particulièrement soigné l’édition. Outre un dossier de presse aux petits oignons, le volume proprement dit a une jaquette gaufrée avec sa superbe illustration de couverture et ajoute au manga un passionnant et profond entretien et last but not least, le premier manga dessiné par elle, une histoire courte dont elle parle dans l’entretien. On ne peux pas demander plus pour entrer dans la tête de l’autrice et tout cela mérite un Calvin!

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Lorsqu’elle entend à la télévision que sa meilleure amie Mariko s’est donné la mort, Tomo n’en croit pas ses oreilles. Les deux amies se connaissent depuis l’école, dans une relation intime où la fragilité de Mariko a répondu au besoin maternel de Tomo. Dévastée, la jeune femme décide alors de se rendre chez le père tortionnaire, alcoolique, de Mariko pour récupérer l’urne funéraire de son âme sœur…

My Broken Mariko - BD, informations, cotesSur le suicide, sujet particulièrement sensible au Japon, il y a deux approches possibles. Celle de Guillem March l’an dernier était fantastique et allégorique en se concentrant sur la suicidée. Celle de Waka Hirako se focalise sur celle qui reste, Tomoyo. la sensibilité de cette histoire est surprenante d’autant que l’autrice n’y va pas par quatre chemins: Mariko a eu une vie brisée par un père dément d’alcool, victime de violences quotidiennes, de viol incestueux et bien entendu de harcèlement psychologie culpabilisateur… Un cocktail tristement classique dans ce genre de cas et l’on comprend vite que ce suicide est un soulagement pour la victime. Le manga n’aborde pas le pourquoi ni les raisons familiales et sociétales de ce phénomène mais se concentre sur le souvenir de la disparue et la difficulté à accepter la réalité du deuil par son amie. Le scénario prend ainsi la forme d’un road-story nerveux où le trait hargneux, comique et subtile selon les séquences, accompagne magnifiquement une traversée de l’esprit fiévreux de Tomo qu’il nous est proposé d’accompagner.

Outre le ton étonnamment plutôt léger qui facilite notre voyage, la surprise vient de la personnalité du personnage principal. Hirako explique dans l’entretien final ses références culturelles résolument occidentales, voir franco-belges pour ce qui est de la BD (citant Frederik Peeters ou Vivès, deux auteurs à la technique et à l’expressivité très fortes). Et l’on ressent dans ce personnage ce trait très peu japonais, avec une jeune fille masculine, refusant de se soumettre au sacro-saint respect des anciens et des traditions. En cela cette histoire est assez rock-n’roll et il est agréable de savoir qu’elle a parlé aux lecteurs japonais (le manga a été un grand succès et a été primé) tellement il semble destiné à un lectorat européen, tant dans le dessin que dans la narration.

TheFrenchPhenom on Twitter: "J'ai été très touché par le manga "My Broken  Mariko" qui raconte l'histoire d'une femme qui essaie de surmonter le  suicide de sa meilleure amie. C'est bourré de momentsLe découpage reflète l’intrusion subite de souvenirs dans la tête de Tomo, comme possédée par une douleur psychologique qu’elle ne parvient pas à contrôler. Les jolis moments de tendresse succèdent aux sauvetages violents de Mariko par son amie. Soucieuse de ne pas tomber dans un gros pathos, l’autrice ne parle presque pas de culpabilité, plutôt d’incrédulité devant l’inéluctable, l’incapacité à voir venir ce qui nous semble pourtant à nous lecteurs inéluctable. On sent ainsi la complexité à dissocier un quotidien d’une analyse qui nécessite du contexte. Mariko se précipitant dans les bras du premier tortionnaire venu dès qu’elle a atteint l’âge adulte, convaincue qu’elle mérite sa situation, Tomo incapable d’anticiper les conséquences d’une vie détruite et se contentant de jouer les pompiers.

On ressort de cette lecture touchés par ces deux vies, amusé aussi par les grimaces du personnage principal et ses acrobaties cartoonesques. Dans ce récit intime on ressent la sensibilité et la grande intelligence de l’autrice dans la façon de raconter des ressentis intérieurs, une tempête dans une tête, sans plomber à aucun moment le lecteur. Rarement un entretien avec un auteur aura autant donné envie de poursuivre une bibliographie. Ce récit court et plein d’amour marque la naissance d’une véritable autrice que l’on suivra avec grande attention.

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La Force de l’Ordre

Le Docu du Week-End

One-shot de 100 pages, adapté du livre éponyme de Didier Fassin, qui est ici assisté par Frédéric Debomy au scénario, et Jake Raynal au dessin. Parution le 2/10/20 aux éditions Seuil-Delcourt.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Monopole de la violence légitime

Il est fascinant (voire parfois fascisant) de réaliser que le crime est en soi un phénomène endogène à toute société. En effet, c’est du concept même de société et de civilisation, propre à l’Homme, que découle celui de Loi, et donc, par voie direct de conséquence, celui de crime.

En effet, le crime n’existe pas dans l’état de Nature, et l’on ne saurait reprocher au lion d’avoir étripé une gazelle. C’est donc tout le paradoxe que l’Homme s’impose à lui-même et qui détermine son comportement avec les autres.

Dans un monde toujours plus complexe, parcouru de nos jungle civilisées, une question devient récurrente: qui est la gazelle, qui est le lion ? Dans un système rejetant et condamnant la violence des individus, qui peut se prévaloir d’une violence légitime ?

Suis-je le gardien de la Paix ?

La sociologie nous apporte des pistes de réflexions intéressantes. L’Etat, cette entité intangible et supérieure à la somme de ses parties, a bel et bien le monopole de la violence légitime sur son territoire. Il est paradoxal de penser que pour maintenir la paix dans une société, il faille parfois recourir à la violence. De ce point de vue, il semblerait que ce soit la raison d’être d’institutions étatiques telles que l’armée ou la police. Violenter pour protéger, protéger en violentant, voilà un sacerdoce oxymorique qui pourrait expliquer les heurts récents et la défiance actuelle envers elles.

Didier Fassin a accompagné une Brigade Anticriminalité (BAC) durant deux ans afin de mieux en appréhender le fonctionnement, les enjeux et les difficultés. En effet, beaucoup de problématiques liées aux forces de l’ordre se cristallisent autour de ces BAC, connues pour leur virulence et pour les frictions avec les habitants de certaines zones urbaines.

Ce que le professeur a découvert s’éloigne radicalement de l’imagerie véhiculée tant par la fiction que par les médias, et tend à dépeindre un quotidien morne, un ordre social maintenu par des agents partagés entre la désillusion et la pression institutionnelle.

Face à ces découvertes édifiantes, les a priori d’un lecteur peu familier du domaine judiciaire/pénal en seront certainement ébranlés. Loin du manichéisme généralement de rigueur sur les chaines de la TNT, les auteurs font la retranscription d’un système conçu pour reproduire les inégalités, favorisant ainsi la perpétuation d’un cycle sans fin de violence.

Servi favorablement par la transition graphique, l’ouvrage choc de Didier Fassin est à diffuser largement. Plus vous pensez savoir ce qu’il se passe entre les jeunes de cité et les policiers, dans la rue et au commissariat, plus il est urgent pour vous de lire cette BD/ce livre.

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Injustice – les dieux sont parmi nous #3-4

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  • Injustice, les dieux sont parmi nous – Année 2, 1° partie (Taylor/Collectif/Urban) – 2015couv_253967

badge numeriqueLe kiff continue sur cette série qui commence à ressembler à tout ce que j’ai toujours voulu lire chez DC… Ce début de seconde année simplifie (ou densifie) encore l’intrigue et les dessinateurs puisqu’on se retrouve avec seulement deux artistes et l’impression d’une très grande cohérence graphique tout le long de la centaine de pages centrées autour de l’intervention du Green Lantern corp pour raisonner Superman. Batman et Wonder Woman, laissés mal en point à la fin du premier arc, sont absents et laissent donc la place à différents green lantern (qui ne pensent pas tous pareil bien entendu!) et une résistance au pouvoir totalitaire qui s’organise à Gotham. Les morts des héros dans les précédents volumes ont laissé des traces indélébiles qui cristallisent un affrontement qui va encore s’annoncer très violent. L’épisode a en outre le mérite de représenter une véritable porte d’entrée vers la thématique des Green lantern en étant très didactique pour les nouveaux venus dans cet univers et on s’aperçoit progressivement que le scénariste fait un gros travail de pédagogie permettant à tout un chacun d’entrer dans l’univers DC via cette dystopie fascinante. On continue!

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  • Injustice, les dieux sont parmi nous – Année 2, 1° partie (Taylor/Collectif/Urban) – 2015couv_257190

badge numeriqueInjustice est un peu le Game of Thrones des super-héros… Le taux de mortalité de héros majeurs est très élevé et bouleverse tous les codes de l’univers. Il est impressionnant de voir combien la seule bascule psychologique de Superman (le drame originel) ouvre un infini des possibles dès lors que l’on a renoncé au manichéisme des codes du héro. Si l’on peut à la longue s’interroger sur ce qui peut faire basculer autant de braves à la morale d’airain (Superman est un être troublé par son origine, mais Wonder Woman? Flash? …), on participe très volontiers à cet affrontement cosmique qui fait monter d’un cran les enjeux avec l’arrivée du Green lantern corp, du corp de Sinestro et la conclusion franchement inattendue et énorme de cette seconde année. L’équilibre est parfait entre les enjeux terriens (la résistance sous l’égide de Batman), le tourment de Kal-el et le rôle des Gardiens de l’ordre et des Green lantern. Car à chaque intervention dramatique, si les actes de Superman sont d’évidence injustifiables, les remises en question qu’il porte sur le rôle des héros qui l’affrontent sont souvent pertinentes. Toujours beaucoup d’action mais là encore beaucoup plus équilibrée que dans la plupart des comics débordant de testostérone. Jouant sur la psychologie des héros, sur la fuite en avant totalitaire et on peut le dire, démoniaque de Superman (on se demande toujours après quatre volumes ce qui pourrait bien rompre cette dynamique), cette série reste en tout point exemplaire et parvient brillamment à faire ce que le Batman Metal de Scott Snyder n’a pas réussi, bouleverser tranquillement, intelligemment, l’univers DC.

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