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Visionnage: The old guard

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La sortie du comic The old guard a produit son lot de très bons commentaires et joui de la réputation sans faille de Greg Rucka, scénariste notamment de l’acclamé Lazarus et Black Magick. Annoncé pour une déclinaison en film Netflix dès sa publication j’avais hâte de le découvrir tant le thème et le traitement m’avaient emballé… au contraire de dessins vraiment pas au niveau. A noter que le second volume relié du comic paraît aux Etats-unis à la rentrée et l’on peut gager sur une édition Glénat d’ici janvier.

The Old Guard 2 release date, cast and more about Netflix sequel

Alors cette adaptation  que donne -t’elle? Jusqu’à Netflix les adaptations de comics en films ou pire en téléfilms étaient rarement réussies faute à des budgets et ambitions à la baisse. Or dès l’annonce du casting on a pu envisager les moyens artistiques mis en oeuvre: Charlize Theron (la Furiosa de Mad Max et qu’on ne présente plus tant son charisme, sa plastique et son jeu en font une grande actrice crédible autant dans l’action que dans le drame), Chiwetel Ejiofor (le héros de 12 years a slave notamment et qui a commencé avec Stephen Frears excusez du peu), Matthias Schoenhaert (acteur de Jacques Audiard) et des seconds rôles par des acteurs inconnus mais très impliqués et crédibles.

L’histoire confiée à Rucka lui-même, transpose le premier volume en empiétant sur le second (je ne me souviens pas que le comic parlait déjà de cette immortelle bannie…) et Un baiser gay dans « The Old Guard », le nouveau film Netflix avec ...arrive à proposer un mix très équilibré entre action attendue (et efficace), traque par une société maléfique et surtout, le cœur de l’ouvrage, les peines de la vie des immortels. Sur ce plan l’originalité du traitement du comic est vraiment bien adapté avec un ajout indéniable du jeu des acteurs (mention spéciale au couple) pour enrichir cette psychologie particulière de personnes toutes puissantes mais pouvant perdre soudainement leur immortalité à tout instant et pouvant voir arriver un nouvel immortel également n’importe quand… Le gros de la trame, après la mise en place de cette « famille » autour de la Scythe (peuple ayant inspiré le mythe des amazones), porte sur l’initiation de la nouvelle arrivée, sa découverte des implication à l’immortalité et sur la nécessité de changer son paradigme de vie.

https://www.journaldugeek.com/content/uploads/2020/07/old-guard-3-720x480.jpgJe me demandais si le coût permettrait des scènes historiques et la réponse est oui, même si elles sont courtes. Cela permet une vraie densification du background et c’est louable même si il ne faut pas vous attendre à de grandes batailles de chevaliers à Jérusalem. On espère cependant voir illustrées certaines séquences du passé dans les deux autres films prévus. Il n’est pas si fréquent que l’interaction entre une œuvre comic et sa transposition filmée soit si étroite et c’est une bonne chose en permettant une grande fidélité. J’ai été notamment étonné de la proximité entre les gueules de l’album et les acteurs trouvés. La tentation de réaliser une série TV a du être grande et après visionnage du film je pense qu’une trilogie de longs métrages est plutôt pertinente en évitant le risque de dilution. Il reste maintenant aux auteurs à achever le comic (en trois tomes j’imagine donc) pour pouvoir lancer la production de la suite des films.

An 'Old Guard' Sequel Could Take A While — Here's Why – Deadline

En conclusion, une très bonne adaptation, très fidèle et qui procure autant de plaisir aux scènes d’actions (la réalisatrice est plutot novice et assez sobre) que dans les dialogues intimistes, avec des intermèdes historiques qui créent des respiration et une utilisation de l’immortalité dans les scènes d’action très originale.

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****·Comics·East & West·Numérique·Service Presse

Skybourne

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Comic de Frank Cho
Delcourt (2018)/ Boom!s studios 2016, 133 p., comprend les épisodes 1-4 de la série US, en cours.

 

couv_333070Ah Frank Cho! Cet artiste est pour moi un truc fascinant, inatteignable, improbable… Je connais depuis pas mal de temps sa séries Liberty Meadows, Shannah et son amour des jolies filles pêchues mais je n’avais pas eu l’occasion de lire un album entier. Est-ce que le passage de l’illustration à la BD ne perdrait pas de la qualité, comme c’est souvent le cas? La précision anatomique des mouvements, la clarté de son trait et de ses encrages en font un de mes dessinateurs favoris, aussi je me suis précipité par cet album, le premier entièrement réalisé par l’artiste.

Niveau fabrication, on a un gros volume format comics avec reprise des couvertures des fascicules originaux et galerie de couvertures alternatives comme le font souvent les américains. Rien à redire ni à souligner.

Après sa résurrection, Lazar eut trois enfants portant le patronyme de Skybourne. Immortels, ils combattent le mal depuis deux-mille ans. Lorsqu’un étrange magicien s’en prend à l’un des membres de la fratrie, Thomas Skybourne est contraint de sortir de sa retraite et de se remettre au service de l’organisation occulte qui protège l’humanité des monstres. Le combat sera violent, rageur, cru…

Résultat de recherche d'images pour "cho skybourne"Allons droit au but: Skybourne est un petit miracle et une grosse claque dans la gueule! Pas étonnant qu’il soit édité aux Etats-Unis par l’une des petites maisons s’exonérant des réminiscences du Comic code authority: ça saigne et ça parle un langage de charretier (… mais étonnamment pour cet amateur de jolies filles il n’y a à peu près pas de nénés!). Car Frank Cho a la grande qualité d’être directe et de se faire plaisir en même temps qu’il nous fait plaisir. Comme quelques rares films au cinéma parviennent à trouver la pierre philosophale entre le plaisir coupable et la qualité artistique, Skybourne nous propose une révision du mythe arthurien à la mode « pain dans la gueule » en la personne de Grace Skybourne. La bimbo jure tout ce qu’elle peu (on appelle ça « badass » de nos jours…), étripe, désarticule ou tranche du dragon pour le petit déjeuner avec un froncement de sourcil permanent. Il ne faut pas enquiquiner la donzelle! Cela donne lieu à des séquences d’action d’une lisibilité folle, d’une élégance superbe et très loin du politiquement correcte. J’y ai retrouvé un peu de la passion primale que Toulhoat mets dans ses BD.

Résultat de recherche d'images pour "skybourne"Pour équilibrer cela son grand frère Thomas est d’un caractère posé, organisateur, mais tout aussi increvable, ce qui lui permet de faire du plane-jump sans parachute, de se réchauffer avec des bombes atomiques ou de faire digérer un dragon… Si le premier épisode de la série ne nous montre pas le troisième Skybourne on peut supputer que Cho en garde sous le coude pour les prochains volumes. Les cent-trente pages filent à deux-mille à l’heure dans un impressionnant équilibre scénaristique. Soyons clair: Skybourne est une BD d’action façon blockbuster mais qui instille rapidement plein de bribes d’informations sur l’univers. Pas de temps d’exposition, on entre sans aucun temps mort dans l’intrigue et l’on comprend (je parlais de lisibilité graphique, elle est aussi scénaristique) très bien qui est qui et ce qu’il se passe dans ce monde occulo-technologique. On pourra alors dénoncer une vision caricaturale mais n’est-ce pas le propre des albums de genre et d’action? L’équilibre entre maintien du mystère et avancée de l’action est remarquable. L’auteur a clairement pris le parti de mettre dans une grosse BD qui fait « boom » tout ce qui lui plait (… et qu’il dessine tellement bien): des immortels, des militaires, une organisation occulte dotée de moyens infinis, l’implication du Vatican, des dragons, minotaures et autres sirènes, des mafieux turcs et des bourre-pif qui ne se finissent pas qu’avec un coquard…

Résultat de recherche d'images pour "cho skybourne"Bien entendu (on est chez Frank Cho) le personnage le plus attrayant est celui de Grace Skybourne, bourrine au possible, plastiquement sublime, tête de cochon et sans peur. Le personnage de Dorison sur Red Skin reprenait clairement les grandes lignes de l’héroïne « Choïenne », pour notre plus grand plaisir. A côté d’elle son frère désabusé par sa vie immortelle n’arrive pas à se concentrer pour contrer la menace. Très charismatique également, il est entouré d’un cardinal très moderne (sic), d’un général bourru et d’un méchant très puissant en la personne de Merlin! Si les traces arthuriennes sont très ténues (on espère que la série prendra le temps de développer le background), l’idée de rattacher l’époque moderne à un Merlin passé du côté obscure est très bonne.

Résultat de recherche d'images pour "skybourne cho"Que dire du dessin de Cho? Si vous ne connaissez pas vous risquez de tomber amoureux de son trait (très subtilement colorisé)! Le bonhomme sait tout dessiner et sa pratique de longue haleine du format strip (sur Liberty Meadows) lui permet d’insérer nombre de scènes très drôles reprenant les codes de ce format.

Skybourne est une grande réussite dans un esprit « sale gosse » que j’ai adoré et où j’ai beaucoup ri. Ce n’est pas très fin, le langage est très fleuri (et les échanges verbaux très drôles du coup), l’immortalité permet à l’auteur de faire joujou avec ses personnages et on se régale autant à la lecture qu’aux images. Skybourne est pour moi l’un des gros plaisir BD de cette année 2018!

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