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La Trouvaille du vendredi #11

La trouvaille+joaquim

Rocher rouge,
BD d’Eric Borg et Michaël Sanlaville
Casterman (2009) collection KSTR, 117 p. Album ressorti en 2018.

Couverture de Rocher rouge - Tome 1

Une bande de jeunes, enfants de riches, vont passer trois jours sur une île déserte. Trois jours de farniente, d’aventure, de drague… Sauf qu’une légende raconte que ce Rocher rouge serait le territoire du terrible Maboukou croqueur de têtes…

La définition d’une série B c’est un thème éculé mais prenant, traité avec conviction… Rocher rouge est donc bien une série B, illustrée par un collègue de Bastien Vivès et dotée des mêmes qualités graphiques que ce dernier: avec un trait grossier, cartoonesque, simpliste, il parvient à créer un dessin paradoxalement très précis par son évocation du mouvement, du bruit et des regards. Derrière des atours de dessin rapide c’est très technique (notamment sur les anatomies). Les personnages sont ceux d’un film d’horreur classique: un couple pas si stable que cela, des lesbiennes, un puceau, un costaud… et des filles en bikini. Tout cela sur une plage de sable fin avec un monstre qui rode et un rationalisme forcené des héros. Le décors est planté.

Résultat de recherche d'images pour "rocher rouge sanlaville"Et lorsque les personnages et le thème sont familier, ce qui fait prendre la mayonnaise c’est le rythme. Ça tombe bien puisque cet album est édité par la collection KSTR de Casterman qui se présente comme la collection « du mouvement et des jeunes auteurs ». Cet album ne vise pas à l’esthétique mais bien (comme ceux de Vivès) le dynamisme, les effets comiques ou terrifiants. Les auteurs, comme dans un film, jouent donc très efficacement sur les cadrages et utilisent la déformation des corps comme des effets optiques ou pour produire un style dessin-animé, comme si la persistance rétinienne pouvait être remplacée par la mémoire graphique du lecteur. Et ça marche! Les pages s’enchaînent, rythmées par les dialogues et le mouvement. Les dessins et les scènes sont sexy juste ce qu’il faut, les personnages attachants pour certains, détestables pour d’autres et l’on attend avec impatience le premier mort et la confrontation avec le monstre. Résultat de recherche d'images pour "rocher rouge sanlaville"Du coup l’album se lit d’une traite sous des couleurs numériques éclatantes et provoque une petite frustration tant on est pris par les aventures violentes de cette bande. Le scénariste a sorti un second album avec un autre dessinateur, pour ceux qui voudront prolonger l’aventure.

Les auteurs parviennent à nous surprendre avec ce scénario pourtant attendu, d’abord par la frénésie des enchaînement des scènes, des dialogues (on passe d’un thème, d’une blague à une autre), mais surtout par une fin vraiment bien vue et totalement inattendue. On aimerait une prolongation, que l’on prenne plus de temps passé sur cette plage en compagnie de cette joyeuse bande, mais cela aurait sans doute été au détriment de ce dynamisme donc, et l’on fait confiance aux auteurs tant le résultant est enthousiasmant. Attention, comme tout film d’horreur c’est gore et brutal. Mais le dessin permet que cela ne soit très vivable pour peu que l’on ne craigne pas le genre.Résultat de recherche d'images pour "rocher rouge sanlaville"

Personnellement j’ai passé un excellent moment sur la plage du Rocher rouge et n’attend qu’une adaptation ciné qui pourrait donner un autre regard. J’ai bien envie de lire la suite mais cela dépendra beaucoup du dessin qui me semble moins efficace, et je vais prospecter les albums de Sanlaville qui m’a contre toute attente (comme Vivès) conquis.

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BD·Service Presse

Les Déchaînés

 BD de Fred Pontarolo
 Editions Sarbacane (2017)
 Reçu en SP version numérique

Les Déchaînés nous emporte en Martinique quelques années après l’abolition de l’esclavage, alors que la vie entre propriétaires blancs et ouvriers noirs peine à sortir des traditions de propriété, de violence, de haine. Le fils du propriétaire, éduqué par un précepteur féru des Lumières passe son temps avec ses amis noirs et notamment Amélia. Au sortir de l’enfance les premiers émois sexuels tendent à changer leur relation d’amitié ainsi que le fragile équilibre entre les deux communautés.

La très jolie illustration de couverture masque quelque peu la dureté de cette histoire intéressante aux atmosphères des romans de Le Clezio. Il n’est pas question de voiliers ou de mer mais bien de relation entre noirs et blancs dans cet album. J’avoue que le dessin m’a laissé sur ma faim par une technique que l’on peut trouver dans des premiers albums et il est heureux que la colorisation et l’apposition de jolies textures (bien maîtrisées) donnent du corps à ces images. De même le découpage est par moment un peu rapide (mais la lecture sur écran a pu accentuer cela).

les-decc81chainecc81s-bd_p34-35L’histoire en revanche est bien menée, intéressante et transcrit bien le mélange de violence latente et de torpeur lascive d’une vie chaude dans les îles. Certains dialogues peuvent sembler manichéens mais les thématiques (l’ouverture des Lumières, la liberté individuelle, l’émancipation des individus de leur condition, la jalousie des faibles,…) enrichissent cette histoire d’amitié enfantine. L’auteur aurait pu laisser plus de place aux aventures des gamins dans des paysages de terre et de feuilles. Au final cet album laisse une impression mitigée d’ouvrage semi-amateur par un auteur qui a déjà presque 20 ans de métier. J’avais eu les mêmes difficultés avec le dessin de Bablet sur « Shangri-la«  mais de l’ensemble ressortait une impression bien plus maîtrisée.

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