****·Cinéma

Visionnage: La tortue rouge

Film d’animation de Michael Dudok de Vit, 1h21, (2016)

Résultat de recherche d'images pour Ce film avait fait grand bruit à sa sortie avec sa bande-annonce très belle et mystérieuse, sa bande-son hypnotique et son prix « Un certain regard » à Cannes. Étrangement il n’était pas en compétition à Annecy. L’idée du film provient du studio Ghibli qui voulait travailler avec ce réalisateur de courts-métrages d’animation et après que Isao Takahata ait reconnu une proximité du hollandais avec son univers.

Un naufragé échoue sur un ilot au milieu de l’Océan. Après l’avoir exploré il s’efforce de s’en échapper en construisant un radeau de bambous. Mais une mystérieuse force démantèle son esquiffe chaque fois. Résigné à passer le reste de ses jours sur cette terre il rencontre une tortue rouge qui va devenir sa compagne pour les années à venir…

Film magnifique visuellement, doté d’une animation d’une fluidité rarement vue, il ne contient pas de dialogues et son style poétique et symbolique n’est pas forcément facile d’approche pour les enfants notamment. Je pense que des jeunes peuvent regarder ce film mais risquent de s’ennuyer de ce rythme lent et assez contemplatif.

Résultat de recherche d'images pour Le scénario est remarquablement dynamique pourtant, assumant donc des séquences passives visant à refléter cette vie rythmée par la Nature, sans vitesse et se répétant. on ne s’ennuie pas un instant, ne serait-ce qu’à admirer ces images et animation superbes. La portée politique du film m’a sauté aux yeux comme une parabole de notre société matérialiste multitâche. Il est fascinant de voir cette famille vivre une vie calme, oisive, sans besoins, sans ennui (l’ennui n’existe que par rapport à ce qu’on n’a pas), qui nous questionne sur nos modes de vie, nous incite à nous poser. Il y a beaucoup d’humour aussi dans ce film qui emprunte au mime et au théâtre muet. Les séquences récurrentes des crabes, compagnons d’isolement de l’homme sont très drôles avec leurs mimiques qui en font un personnage collectif. Mais la grande réussite du film repose, (faute de dialogues), dans l’expressivité des personnages grâce à l »animationalytique »: technique d’animation qui emprunte à la rotoscopie (technique très utilisée par les premiers Disney et consistant à redessiner des images filmées d’acteurs) mais de façon traditionnelle. Les animateurs observent des mouvements d’acteurs mais les reproduisent directement à main levée, sans calque. La fluidité et le réalisme sont identiques mais on ressent en effet une différence avec le trop grand réalisme des plans de rotoscopie et cette méthode apporte en outre l’expérience et l’aspect artistique des dessinateurs. L’animation est dirigée par le réalisateur du très bon film d’animation Zarafa sorti en 2012.

Résultat de recherche d'images pour N’oublions pas enfin la superbe musique aux thèmes puissants pour faire de film un classique instantané que tout amateur d’images et d’animation se doit de voir et revoir. Je craignais un peu l’aspect contemplatif, qui crée souvent un peu d’ennui dans l’animation japonaise mais le sens du rythme et l’équilibre parfait du scénario rendent ce long-métrage agréable de bout en bout. A noter que le  producteur Wild Side, traditionnellement attaché à de belles éditions collector de ses films, propose un coffret comprenant le artbook du film, la bande originale et le film Blu-ray. Comme pour la BD, quand un éditeur fait un aussi bon boulot il ne faut pas se priver!

 

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***·Comics·East & West·Nouveau !·Numérique

Savage #1

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Comic de Clay Moore, Clayton Henry et Lewis Larosa
Bliss (2018) – Valiant (2016), série en cours.

bsic journalismMerci à Bliss comics pour cette découverte.

Traitement habituel chez Bliss: descriptif du contenu et crédits et début d’album, galerie de couvertures et analyse de la répartition du travail entre scénariste, dessinateur, encreur et coloriste en fin d’album. Très jolie couverture « sauvage » qui montre le talent de Lewis Larosa

Il y a quinze ans un avion privé s’écrase sur une île déserte. A son bord la famille d’une célébrité du football. Et sur l’île, une faune sauvage… des dinosaures, mais pas que!

Savage n’aurait pu s’intituler autrement tant l’ensemble du projet est porté par le titre. Avec les deux talentueux dessinateurs habitués de Valiant Lewis Larosa (Bloodshot Salvation) et Clayton Henry (Harbringer wars), Bliss nous propose avec  ce faux one-shot – une suite est annoncée en fin d’album – un exercice de style pour l’enfant qui subsiste dans ces dessinateurs et leurs lectures pulp d’alors… Cet album est la variation de Valiant du thème « dinofighting » ou celui de la terre intérieure qui a fait les beaux jours des BD pulp de la première moitié du XX° siècle et du Shanna de Frank Cho

Résultat de recherche d'images pour "savage larosa"L’histoire est simple et (comme souvent chez Valiant) alternée entre maintenant et avant qui permet de changer de dessinateur. Le trait classique et élégant de Clayton Henry appuie la relative normalité du début et le sentiment de contrôle, et tranche avec les sections de son comparse, utilisant allègrement un découpage atypique pour illustrer la violence, la sauvagerie, la folie du jeune survivant devant déployer d’autant plus de rage pour compenser sa nature humaine face aux féroces reptiles. L’album Rocher Rouge critiqué récemment utilisait également cette technique classique du thème du naufragé sur une île (pas) déserte sur une d’un basculement progressif de la normalité à l’horreur. Le gros point fort de cet album est donc sa partie graphique, vraiment impressionnante, tant par le style des auteurs que par leur capacité à s’adapter pour exploiter totalement le média BD pour transcrire une ambiance qui se passe souvent de dialogues. Les scènes de combat du héros contre les dino sont réellement impressionnantes de dynamisme et de rage, notamment via des cases au détour indispensable au dessin. Je découvre Lewis Larosa après Bloodshot et je crois qu’aucun dessinateur ne m’a autant impressionné dans son découpage depuis Olivier Ledroit.. Le principal regret est que le tome soit si court et ne permette pas de développer la vie sur l’île, l’utilisation des dinosaures (certains passages rappellent le mythique Gon). La partie post-apo avec les hommes est un peu plus faible mais permet une ouverture sur la suite qui permettra de donner une vraie stature à ce projet en le sortant du seul plaisir coupable de dessinateurs qui jouent avec leurs jouets.

Cet album (un peu court) est donc une vraie réussite, sans grande ambition mais qui parvient grâce à une intrigue simple et un découpage général très talentueux à donner de l’enjeu à cette chasse continue et se paie le luxe de poursuivre le jeu, avec on l’espère, la même équipe aux manettes!

Un colloque a eu lieu en 2015 et donné lieu à un magnifique article sur le thème du dinosaure dans l’imagerie populaire, avec des centaines d’images et références.

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Et un autre avis très content de l’ami Yradon.