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Peer Gynt, acte I

La BD!
BD de Antoine Carrion
Soleil (2021), diptyque en cours, 92p./album., n&b.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Maquette à tomber, autant que la couverture, et qui frise la perfection. Aucun bonus particulier hormis un avant-propos de l’auteur détaillant sa démarche d’adaptation théâtrale et romantique de l’œuvre originale. La couverture et Quatrième sont équipées d’un très discret film argenté surlignant l’habillage et les trois Actes proposent de somptueux panorama en double page. La page de titre reprend la thématique des livrets de théâtre pour se fondre dans l’ambiance…

couv_414622Dans les landes norvégiennes, le jeune Peer est un rêveur vantard qui sait s’attirer les foudres de ses contemporains et porte misère à sa pauvre mère. Porté sur la boisson et les femmes, il se retrouve contraint de fuir à force de promesses non tenues et de dilettantisme libertaire… jusque de l’autre côté du monde, dans les fosses troll où sa légèreté le mettra devant ses responsabilités…

D’Antoine Carrion on se souvient de ses deux dernières séries, l’ésotérique et Jodorowskyen Temujin et la trilogie Nils, qui nous avaient tous deux subjugués par une liberté, une technique et une esthétique graphique hors norme. Pour sa première production en solitaire (effet de l’expérience sur le très bancal Nils?) l’auteur qui aime décidément les landes désolées du Nord et les héros tourmentés choisit la difficulté en adaptant une pièce de théâtre du norvégien Henrik Ibsen dans un diptyque grand format monochrome. Austère à première vue direz-vous. Comme toute la production de Carrion, et pourtant… je serais bref: ce premier volume de Peer Gynt est un choc graphique comme je n’en ai pas eu depuis longtemps et un très sérieux canddiat au titre de plus bel album de l’année! Nils était déjà d’un très haut niveau, sa nouvelle œuvre surpasse de loin tout ce qu’il a pu faire, du fait peut-être de ces niveaux de gris qui permettent tantôt de friser le photoréalisme dans une technique numérique proche de celle d’Adrian Smith sur ses Chroniques de la Haine, tantôt proposent une poésie proche de ce qu’à pu faire un Alex Alice sur Siegfried. L’univers est le même: ces landes nordiques où la frontière entre monde des hommes et monde des légendes est ténu et où la bascule peut se faire sans coup férir au détour d’un bosquet, d’un rocher.

UMAC - Comics & Pop Culture: 2021Peer Gynt nous narre l’itinéraire tragi-comique et romantique en diable d’un jeune homme élevé par son père dans une ambition inatteignable ; beau parleur et libre penseur dont les errements et provocations sur ses contemporains auront des conséquences. Comme pièce de théâtre, vous aurez droit à beaucoup de dialogues, monologues surtout, dont le cadre serré, sombre (parfois noir) nous rappelle l’atmosphère lente et lyrique de l’art dramatique. On retrouve le type de découpage utilisé par Serge Scotto et Eric Stoffel sur Marius, très orthogonal et essentiellement centré sur les personnages en gros plan ou en pied. Par moments l’auteur reprend semble t’il les textes originaux, proposant une prose très poétique et parfois des rimes.

La grande technique de Carrion donne une expressivité surprenante à ces personnages à la physionomie pourtant simple, issue de l’animation. La grande lisibilité des mouvements rappelle le travail de Pedrosa qui parvenait dans un style naïf à créer une action percutante dans son Age d’or. Si on retrouve l’envie d’aérer les séquences dialoguées par des arrière-plans et panorama grandioses, Carrion nous happe littéralement dans ses dessins qui en plus d’être sublimes jouent un véritable rôle narratif en évitant la lassitude d’un texte résolument porté sur le verbiage du héros et la difficulté de mettre en image du théâtre. Le récit se découpe ici en trois actes (les deux dernier composeront le volume deux) à la trame simple: dans le premier Peer « pirate » un mariage, dans le second il noce la fille du roi des trolls, dans le troisième il accepte l’amour d’une jeune fille avant de devoir y renoncer. Le marqueur de cet itinéraire c’est l’incapacité à la constance et la place des femmes qui, de sa vieille mère laissée à l’abandon à ces amantes trompées, sont systématiquement victime du caractère volage de Peer. Pourtant on peine à détester ce personnage que l’imaginaire forcené et le refus des réalités sociales rend libre et sans mauvaise pensée.

Ode à la liberté autant que critique de l’inconstance, Peer Gynt est un sublime drame romantique, un opéra mis en scène par un artiste au sommet de son expression. Il est surprenant qu’un Tirage de Tête très grand format ne soit pas prévu pour profiter de ces planches qui vous hypnotisent dans leurs noirs et leurs lumières. Projet ambitieux et exigeant, Antoine Carrion en fait un objet pour tous par la précision et la finesse de son travail. Un coup de cœur évident et un candidat sérieux à la BD de l’année.

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Le garçon-sorcière #2 et #3

Rufus Stewart

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. En espérant que ça vous plaise. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à treize ans elle aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

Comic de Molly Knox Ostertag
Kinaye (2021), 208 p. série terminée en trois volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour leur confiance.

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Tout semble rentré dans l’ordre depuis qu’Ariel participe aux enseignements magiques de la famille d’Aster. Tous deux continuent de voir Charlie et les cousins et vivent leur vie de collégiens faite de petits moments de bonheur partagés. S’annonce alors le Festival du Solstice sui désigne chaque année le Métamorphe du solstice et la sorcière du solstice. Ce moment festif de partage va réactiver des peurs et rivalités entre les enfants, alors qu’une menace venue du passé d’Ariel mets en danger cet équilibre…

Salut Talia. On se retrouve après un petit moment sur les deux albums qui concluent la série du Garçon-sorcière. Depuis tu as lu quelques autres histoires de sorcellerie, comme l’Atelier des Sorciers. Est-ce que tu peux comparer ces deux univers?

Ce sont des mondes très différents car dans l’un les sorts sont dessinés (secrètement) et dans l’autre ils sont parlés / dits / récités.

Résultat de recherche d'images pour "la sorcière du solstice ostertag"Les familles de Charlie et d’Ariel sont particulières…

Les parents de Charlie sont homosexuels (hommes) et Ariel ne connaît pas sa famille jusqu’à ce que sa tante la contacte (contre son gré) et lui donne un moyen de l’appeler.

Lors du festival du Solstice qu’est-ce qui dérange le grand cousin Métamorphe dans le fait qu’Aster participe au tournoi de sorcière?

Pour lui, les garçons doivent être métamorphes et les filles sorcières, et il ne devrait y avoir aucune exception. Le fait qu’Aster soit sorcière et non métamorphe le trouble.

Aster, Ariel et Sedge ont un point commun, lequel?

Ils ne suivent pas la même voie que leur famille. Ils paraissent « différents » , « anormaux »… aux yeux des autres: Aster devrait être métamorphe pour sa famille, Ariel devrait être une sorcière maléfique, Sedge était métamorphe et a choisi de côtoyer les humains normaux dans le collège de Charlie.

Selon toi pour quelle raison Ariel décide de partir avec sa tante en devenant soudain méchante avec ses amis?

Elle a peur de leur faire du mal et préfère aller là où elle est sûre de ne pas pouvoir les toucher. Elle pense peut-être réussir à apprendre à maîtriser ses pouvoirs pour être sûre de ne rien leur faire.

Du coup, entre Harry Potter, l’Atelier des Sorciers (et d’autres?) quelle série a ta préférence et pourquoi?

Je n’ai pas de préférence. L’Atelier et Harry Potter sont plus proches l’un de l’autre, le Garçon-sorcière est le plus différent mais j’aime aussi beaucoup.

Merci Talia! C’est fini pour les aventures d’Aster… Qui sait quelles aventures on va chroniquer la prochaine fois?

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Merci Talia tu peux retourner étudier ton grimoire!


Voilà pour le retour des enfants… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Résultat de recherche d'images pour "solcière du solstice ostertag"Après le très bon premier volume, ce qui est désormais une trilogie (clôturée) apparaît comme un vrai miracle de la littérature jeunesse de par la très grande subtilité et intelligence thématique de l’autrice Molly Ostertag. En introduisant le plus simplement du monde des personnages souvent qualifiés de « minorités », elle détourne le caractère de « normalité » avec une approche toujours très positive. Quand les deux papa de Charlie sont bien intégrés, l’un d’eux directeur d’école, ce sont les appartenances magiques qui créent à l’inverse des tensions d’intégration. Le second volume est le plus dur avec ce personnage de sorcière puissante de par sa rancœur intérieure (le « côté obscure de la Force »…) que la bonté d’âme et le positivisme omniprésent de Charlie va forcer à accepter l’aide et l’amitié des autres. Ce personnage est un axe central, de par sa force de caractère, autour duquel les autres personnages plus abîmés vont tourner.

Que ce soit l’identité sexuelle, l’homoparentalité, l’adoption et simplement la différence et la norme familiale, cette série parle aux jeunes avec simplicité, dans un graphisme pas si basique qu’il n’y paraît en montrant la différence de la meilleure façon possible: en la rendant normale. Du coup les problématiques des jeunes deviennes des difficultés de construction très classique chez les ado, faisant comprendre que ce qui est compliqué ce n’est pas ce qui sort de la norme, c’est le fait de savoir qui l’on veut être. Message hautement positif, jamais manichéen et qui fera du bien à tout ado et pré-ado, cette série pouvant se lire assez tôt avec les parents. Un classique!

A partir de 9 ans.

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Batman: Curse of the White knight

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Comic de Sean Murphy et Matt Hollingsworth (coul.)
Urban (2020) – DC (2019), One-shot.

Suite directe de White Knight.

Parmi la foultitude de sublimes cover de l’auteur, Urban a choisi quelque chose d’assez banal… Franchement dommage! L’ouvrage s’ouvre sur un résumé de l’épisode précédent et se conclut par un gros cahier comportant les huit cover alternatives, seize planches de l’album crayonnées, six pages de recherches graphiques, cinq illustrations originales et une bio des auteurs. N’en jetez plus! Comme sur le précédent ouvrage c’est très gourmand! A noter qu’une histoire sur Freeze est insérée en intermède avant le chapitre final (… coupant franchement le rythme et sans lien avec l’histoire, je vous conseille clairement de ne le lire qu’à la fin de l’album).

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L’épisode Napier a rebattu les cartes à Gotham où Bruce Wayne semble plus déterminé que jamais à en finir avec sa double identité en se révélant à la population comme le Dark knight. Mais lorsque le Joker lance sur l’univers du Batman un chasseur mortel et fanatique, Bruce voit son monde s’effondrer et doit remonter aux sources d’un conflit séculaire à Gotham city…

Sean Murphy avait marqué un grand coup avec son White Knight et la suite très tôt annoncée était un sacré pari au vu du risque de s’embourber dans des prolongations commerciales qui risquaient d’affadir la prise de risque originale. La mythologie Batman a grandement évolué ces dernières années, plus que jamais sans doute pour un personnage vieux de quatre-vingt ans tout de même, et Murphy a avec son dernier ouvrage entamé rien de moins qu’une proposition de conclusion de cette histoire…

Napier a fait beaucoup de bien. Mais il m’a détruit pour y arriver…

Batman: Curse of the White Knight (2019) -8- Book EightDisons-le tout de suite ce second volume est un peu en retrait par rapport au précédent, la surprise en moins sans doute. Si la partie graphique reste de haut vol, notamment avec la présence très charismatique du méchant Azrael, variation DC du Punisher, mais surtout par le talent indéniable de l’auteur à croquer des expressions dans les scènes de dialogues (Harley et le Joker sont à ce titre tout à fait charmants!), l’intrigue est moins innovante. En faisant le choix de mettre au cœur de son intrigue l’histoire secrète d’Edmond Wayne et de la fondation de la dynastie Wayne, Murphy alterne les séquences entre le XVII° siècle et aujourd’hui. Cette fondation est intéressante mais l’on ne peut s’empêcher de penser qu’on nous a déjà fait le coup environ un million de fois, ne serait-ce que dans la Cour des Hiboux. Du coup l’auteur se retrouve, un peu pris à son propre piège de courir après les coups de théâtre pour compenser une intrigue secondaire (l’historique) nécessairement lente puisque calée pour se révéler progressivement jusqu’à la conclusion. Et à ce niveau on peut dire qu’on va être servi avec un Sean Murphy qui assume comme dans le précédent tome une radicalité et une liberté de traitement des personnages assez bluffant. Pour le dire clairement, ça saigne dans Curse of the white knight, ça saigne beaucoup et ça ne s’arrête pas! On pourra dire à nouveau que Game of Thrones est passé par là, ça devient la ritournelle dans un monde de l’Entertainment tellement habitué depuis si longtemps à avoir des personnages increvables. Des morts il y en a déjà eu, exceptionnellement, chez DC, mais toujours de façon réversible. Ici on est pourtant suffisamment décroché du canon officiel pour envisager un côté définitif aux décisions scénaristiques de l’auteur. Surtout c’est l’essence même du projet que de déconstruire, détruire le mythe. Ainsi, Jack Napier a révélé les failles du système Batman et cet album vise à achever cette destruction.

J’ai gâché ta vie Dick…

Ce sont ainsi les liens avec le premier volumes qui posent les séquences les plus intéressantes. Si on perd l’aspect politique sulfureux on va plus loin dans l’exploration du batverse et de son questionnement adulte. Le personnage de Harleen est en cela passionnant comme une sorte d’insertion rationnelle dans un monde de fou, ses interventions sont diablement drôles, sexy, fortes. Bruce est abimé comme jamais, affaibli psychologiquement en nous montrant tantôt Barbara, tantôt Nightwing, tantôt Harleen seuls à même de penser la situation. Le doute a été instillé par le Chevalier blanc plus encore dans l’esprit du Chevalier noir que dans celui de la population. L’ouvrage aurait pu s’intituler Batman Apocalypse car nous assistons à la destruction d’un monde et sa renaissance. Projet sacrément audacieux, cohérent et intelligent.https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH551/batman_cotwk_-_01-7cfbe.jpg?1603631934

Difficile de dire si Sean Gordon Murphy aurait dû s’arrêter au White Knight. Il a pris un vrai risque et s’il ne parvient pas à égaler ce désormais mythique album fondateur, il propose une suite sacrément burnée, graphiquement superbe et profondément dépressive (comme tout bon Batman?). Il enfonce un avant-dernier clou dans un univers dont il se propose d’être un magnifique fossoyeur en offrant une courageuse conclusion à tous ceux qui pensent qu’une histoire doit avoir une fin. Des renouvellements de personnages il y en a toujours eu chez les super-héros, Marvel est un spécialiste de cela et personne n’a d’inquiétude sur la possibilité de repartir avec un nouveau personnage. La véritable conclusion de la trilogie doit arriver après que Murphy aura lancé son nouveau projet indé en crowdfunding, avec Beyond the white Knight. Mais Murphy croit à sa fin et moi, je le suis très volontiers.

Le « Murphyverse » prévoit d’autres histoires dans cette chronologie, avec prochainement un album dessiné par Matteo Scalera sur Harley Quinn mais également des ouvrages sur Nightwing et Batgirl annoncés.

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Kim Trauma #1: silicon carne

BD du mercredi
BD de Florent Maudoux et Rebeca Morse
Ankama (2020), 128p. couleur. Série en cours, univers Freaks’ squeele

bsic journalismMerci à Ankama pour leur fidélité.

Comme d’habitude chez Ankama et Label 619 l’édition est superbe et pleine de goodies. La couverture est moins alléchante que les précédentes propositions de Maudoux (pourtant un des meilleurs « couverturistes » du circuit!) et annonce dès la quatrième que l’on a affaire à un spin-off de la série mère Freaks’ squeele avec des histoires courtes qui peuvent se lire séparément et dans n’importe quel ordre. L’intérieur de couverture comporte quatre sublimes illustrations reprenant les personnages de l’album habillés à la façon des illustrations art Nouveau. Quel dommage de ne pouvoir en profiter en couverture… Une préface de la psychologue clinicienne Marion Haza, spécialiste des troubles de l’adolescence ouvre l’album en nous signalant que Florent Maudoux a illustré son ouvrage sur le sujet. Puis se présentent les deux histoires, l’une intégralement réalisée par Maudoux, l’autre scénarisée par lui et dessinée par Rebeca Morse (à l’œuvre sur Dragons et poisons), séparées par un texte de sept pages (carnet de visites du Traüma center, moyennement intéressant) et une double page d’idées de scénarii pour le jeu de rôle Freaks’ Squeele. Le tout se termine par une planche de stickers illustrés par Maudoux.

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Comme toute université, la FEAH a une infirmerie où l’on peut soigner ses petits bobo. Mais a public particulier, remèdes particuliers… Kim la tatoothérapeute, Val l’infirmière de choc et Castor/pollux le psy utilisent eux-aussi leurs pouvoirs/déviances pour soigner l’âme compliquée des êtres surpuissants qui peuplent cette université des héros…

Si vous êtes nouveau venu dans l’univers si particulier de Flaurent Maudoux, pas de panique, Kim Traüma est une très bonne porte d’entrée pour découvrir si vous êtes compatibles avec ce monde de super-héros truffé de références, de problématiques young-adult et de l’univers personnel de l’auteur. Depuis maintenant douze ans l’auteur formé dans l’animation et creuset des cultures BD des trois mondes (franco-belge, Comics, Manga) développe l’univers de Freaks squeele. J’ai déjà parlé (voir eu début d’article) de la cohérence étonnante entre les auteurs qui composent le Kim Traüma : Silicon Carne (0), bd chez Ankama de Morse, MaudouxLabel 619 et leurs créations qui recouvrent des préoccupations loin d’être mainstream. Après avoir conclu sa série mère, bien entamé sa préquelle héroïque il développe quelques spin-off au gré de ses envies comme le formidable Vetsigiales qui abordait dans une virtuosité graphique folle la question de l’identité sexuelle complexe des générations Y et Z. C’est là qu’arrive Kim Traüma, conçu comme une série et qui prolonge un peu l’envie de jeu de rôle de l’auteur après la publication du jeu basé sur son univers.

Auteur rapide mais très détaillé, Florent Maudoux fait le choix à la fois « économique » (le gain de temps) et essentiel (la conception du travail comme un partage avec d’autres créateurs) de ne réaliser que la moitié de l’album et reprend sa pratique d’insérer des textes au cœur de ses BD. J’avoue que si le concept est cohérent dans une anthologie comme Midnight Tales de son camarade Bablet j’ai trouvé que cela faisait un peu remplissage en apportant très peu au concept hormis, comme les aides de jeu, à développer l’esprit jeu de rôle de son univers hybride. Ce qu’il y a de particulier chez Maudoux c’est la liberté totale, apportant littéralement des Super-Sayan dans une séquence avant de placer les personnages de Breaking Bad ou Captain Marvel sans autre justification que son envie de dessin. Il en va de même pour le design général des décors et des personnages, intégrant un salon de dinner 60′ avec une référence au https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH1068/kmt5-039f5.jpg?1603450938Fonzie de Happy days avant de voir la Valkyrie adopter une tenue issue de Macross… On est en pleine pop-culture et il est toujours très agréable de voir une telle profusion de références, d’imagination, de bon goût (quoi que…) sans besoin de fil conducteur. Il en ressort souvent une impression de foutraque et de WTF mais c’est ce qu’on appellera l’esprit Rock’n’roll du XXI° siècle!

Sur le plan du scénario le premier est tout à fait sympathique, notamment avec l’éclairage psychanalytique de la préface, et associe fonds et forme avec comme souvent dans Freaks Squeele un tout qui aboutit à un combat comme on n’en a jamais vu! On y découvre une cadette de famille de super-guerriers tout droit issus de Dragon-ball qui ne parvient pas à déclencher ses pouvoirs, écrasée par le poids de sa famille… Les marqueurs de Maudoux sont là (les grosses, le tatouage, le mysticisme et la médecine chinoise,…) et mine de rien si nombre d’auteurs franco-belges se sont essayés à des variations françaises du genre super-héroïque, je pense que peu ont réussi autant que Florent Maudoux à créer de la nouveauté en reprenant le thème des adolescents mutants (X-men) mal dans leur peau avec la maîtrise compliquée de leurs pouvoirs dans un contexte hyper-moderne quand aux thématiques abordées (la sexualité, le couple, l’identité, la fonction,…). La seconde histoire, outre qu’on perd la découverte et la présentation des trois personnages fort sympathiques de la clinique, est moins accrocheuse avec ce vampire plein de sève amoureux littéralement d’un Regard Critique - Bandes dessinées - Critique Kim Trauma T.1 de Florent  Maudoux & co.sac d’os en la personne de Gunther, la fille squelette au cœur d’artichaud. Hormis l’étrangeté permanente dans FS et l’idée d’équiper le squelette d’une peau de poupée gonflable, la réflexion est moins profonde et les dessins moins forts.

Pour conclure, cette nouvelle série est totalement dans la ligne de la série mère Freaks Squeele avec les mêmes qualités et devrait plaire sans réserve aux amateurs de Maudoux de la première heure. L’idée d’un spin-off sans trame et pouvant se lire isolément est plutôt une bonne idée qui pourrait élargir le lectorat. Avec son univers très défini et résolument original, Florent Maudoux peut bien entendu faire peur à un lectorat adulte éloigné des préoccupations d’adolescents en construction. A eux il offrira ses planches et encrages toujours superbes, bonne compensation! Cet univers n’est pas facile d’accès et pas destiné à tout le monde malgré l’omniprésence de la pop-culture. Mais la variété de ce que propose l’auteur lyonnais peut permettre de découvrir une facette ou l’autre d’un monde unique dans la BD.

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Naomi, #1

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Comic de Brian M. Bendis, David F. Walker et Jamal Campbell
Urban (2020) – (DC (2019), série en cours.

Dans sa recherche de renouvellement DC a confié au grand manitou Brian Michael Bendis la charge d’une nouvelle collection Wonder Comics qui se destine clairement aux teen/young adults en axant ses histoire sur de jeunes super-héros avec des planches particulièrement colorées. Le troisième et dernier album sorti en France est ce Naomi, dont le volume 1 est intitulé « saison un » en référence aux séries TV. L’album s’ouvre sur une préface de Bendis racontant la genèse du projet (assez pompeux et autocentré comme souvent dans les préfaces de comics) et se termine sur un cahier de recherches graphiques de quatre pages, deux illustrations et une interview assez creuse du dessinateur. Très formaté et sans grand intérêt niveau éditorial.

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Lorsque Superman s’écrase sur la bourgade de Port Oswego dans un affrontement avec Mongul, toute cette petite population tranquille s’en retrouve échauffée. Naomi, elle, découvre à cette occasion que ce n’est pas la première fois qu’un extra-terrestre survient dans ce lieu paisible et que ce qu’elle croyait connaître de son existence est bien différente…

MYSTERY COMICS: NAOMI #1, de Brian Michael Bendis, David F. Walker et Jamal  CampbellEn terminant ma lecture de ce premier tome mon sentiment est ambivalent, entre l’impression d’être tombé dans le piège commercial du lancement très joli d’une nouvelle série calibrée pour son public cible et le réel plaisir graphique d’un personnage réellement neuf (ce n’est pas si fréquent) dans une galaxie DC surchargée. La lecture des préface et post-face confirment le produit très peu artistique d’un producteur qui tel un Mark Millar, va piocher dans le vivier des jeunes prodiges de l’industrie ce qui va caresser les yeux de lecteurs amoureux de graphisme, sans aucun travail de collaboration entre le scénariste et le dessinateur qui œuvre ici comme simple employé.

Une fois cela dit le démarrage de l’album est alléchant et titille la curiosité. Dès la couverture, très réussie, on repère la maitrise formelle inhabituelle de Jamal Campbell avec cet effet de flou et la gestion des informations sur différents plans y compris derrière le quatrième mur. Et dès les premières pages on est accroché par un découpage innovant comme cette alternance de gaufrier en mode témoignage qui rappelle le récent Mister Miracle et le jeu sur les cases dans le repas de famille où le cadre se rétrécit à mesure que Naomi sort de la conversation. De Superman il est question physiquement sur les toutes premières pages de l’histoire puis uniquement en références dans les dialogues, de façon lointaine comme pour le reste de la mythologie DC. Les connaisseurs repèreront sans doute des éléments connus mais pour le grand public il n’est absolument pas handicapant de ne rien connaître à ces univers puisque les explications sur le contexte se font de façon très didactiques et progressives. Il faut reconnaître une maîtrise scénaristique très propre avec une progression à la fois régulière, progressive et sans ces révélations brutales qui deviennent vite lassantes en comics.

Naomi (2019) No.5 - Comics de comiXology: WebEn seulement cent-soixante pages la mise en place psychologique de Naomi, enfant adoptée s’interrogeant sur ses origines, reste assez simple pour permettre de beaux combats et une conclusion dès cette première saison. On pourra trouver cela trop rapide mais force est de constater que l’on en a pour son argent, tant visuellement que dans le déroulé d’une histoire avec un début, une progression et une fin, sans fautes, sans ventre mou. C’est beau, c’est pro.

On pourra noter une expressivité assez limitée de l’héroïne qui découvre des révélations plus incroyables que la survenue de Superman sans beaucoup de réaction mais sur toute la première partie le lecteur est franchement pris par cette jeune fille qui voit se croiser son histoire personnelle de simple humaine adoptée avec celle de l’orphelin le plus célèbre de la Terre et de Krypton sans que l’on sache pendant longtemps si nous assistons simplement à un miroir psychologique du personnage. Comme souvent c’est la petite histoire rencontrant le fantastique qui fait le sel du genre super-héroïque. Par la suite on bascule dans un grand space-opera rappelant les Gardiens de la Galaxie, certes superbe au niveau des design et des dessins en général ce qui ramène Naomi à plus de banalité.

Pour le démarrage d’une nouvelle série et d’un tout nouveau personnage le produit est parfaitement calibré et réussit son office en proposant ce qui se fait de mieux en dessins de comics super-héroïques. Si l’étincelle d’originalité peine à se maintenir une fois la grande révélation sortie, on pourra aisément prendre cette première saison de Naomi comme un one-shot en espérant, sait-on jamais un rebond ambitieux dès le prochain tome.

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Les sisters #15: fallait pas me chercher!

Rufus Stewart

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. En espérant que ça vous plaise. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!


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BD de Cazenove et William
Bamboo (2020), 48p., série en cours, 15 tomes parus.

Le billet sur le tome 14 détaille l’édition et le concept de la série.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour leur confiance.

Les sisters c’est Wendy et sa petite sœur Marine. L’une grandit et arrive à l’âge des amours et des copines quand sa sister n’a pas du tout envie de lâcher ses doudous… A force de se chamailler, la terrible Marine, jamais en manque de bêtises, a pris une décision: cette fois c’est sur, elle remplace sa sister!

Salut Talia! Ça fait longtemps qu’on ne s’était pas retrouvés sur un Avis des kids et ça tombe bien puisque le dernier Sisters vient de paraître. C’est une de tes séries préférées je crois… Peux-tu nous dire ce qui te plaît tellement dans cette série?

J’adore la personnalité des deux sisters et le format en sketch super drôles! Marine n’arrête pas de se faire des délires…

A ton avis est-ce que c’est complètement inventé ou ça te rappelle des choses avec ton grand frère?

Avec mon frère on se chamaille mais pas sur les mêmes choses vu qu’on n’est pas sur les mêmes centres d’intérêt. Marine Titille sa sister pour obtenir ce qu’elle veut. Elle veut toujours savoir ce qu’il y a dans le journal intime de Wendy et l’enquiquine quand elle est avec Maxence parce qu’elle est très jalouse!

Elle ne veut pas voir sa sister grandir?

Depuis le début de la série elles ont à peu près le même âge sauf sur quelques sketch où on les voit petites et la dernière page où on les, voit adultes… et les choses ne changent pas beaucoup…

Peux-tu nous parler des petits bonhommes en haut des pages?

C’est puduk le doudou de Wendy (qui pue par-ce qu’elle ne veut pas le laver) qui résume en une image drôle le thème du sketch. [comme sur la coccinelle de Gotlib]

Est-ce que Marine est tout le temps aussi affreuse?

Non pas toujours. Il leur arrive de faire volontiers des bêtises ensemble, comme avec les cartons de polystyrène qu’elles utilisent comme de la neige… Et parfois c’est Wendy qui lui fait des crasses et se venge en lui tendant des pièges avec les parents!

Est-ce que tous les albums sont identiques et penses-tu que la série se terminera?

Il y a un thème général sur l’album mais sinon les personnages sont toujours les mêmes et les blagues du même type. Ça peut se prolonger à l’infini car il n’y a pas vraiment d’histoire. Tant que c’est drôle…

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Les Sisters - tome 15: Fallait pas me chercher !: Amazon.fr: Cazenove,  Christophe, William, William: Livres

Merci Talia, Nikol crême!


Voilà pour le retour des enfants… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Comme chaque année c’est le retour des Sisters! On est encore loin des vétérans Tuniques bleues mais avec quinze années de publication et une ribambelle de séries dérivées sous divers formats on imagine effectivement que ces blagounettes toujours drôles peuvent durer encore quelques années. Le thème de l’album est donc Marine qui fait la tête à Wendy et les auteurs nous montrent les efforts des copines des deux sisters pour les rabibocher. On voit moins les parents que sur le tome précédent il me semble, et le cœur de la BD reste bien sur la petite peste qu’on adore voir chambouler la vie de sa petite famille! Avec une excellente maîtrise technique qui permet de jolis gags visuels, une palette de couleurs flashy très adaptée à une série jeunesse et des références à tout va, qu’elles viennent de l’histoire de la BD d’humour (les classiques Gotlib, Waterson ou Gosciny) ou de la vie quotidienne de la plupart des familles, les Sisters mérite amplement son succès et arrive à plaire autant aux parents qu’aux enfants.

A partir de 9 ans.

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Croke park -Dimanche sanglant à Dublin

Le Docu du Week-End

BD Sylvain Gâche et Richard Guérineau
Delcourt (2020), 136p., one-shot. Collection Coup de tête.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Cet album est le premier de la nouvelle collection « Coup de tête » de Delcourt. Impulsée par Kris, fana de sport et déjà scénariste de l’excellent Un maillot pour l’Algérie (un des tous premiers billets de ce blog!) chez Dupuis et de la très estimée série Violette Morris chez Futuropolis, il devient donc éditeur dans le genre où il a déjà officié avec talent: le croisement du sport et de l’Histoire. Avec un planning de parution déjà bien fourni et courant jusqu’en 2022 avec trois à quatre albums par an, cette collection proposera sur une pagination conséquente et un dossier documentaire de douze pages en fin d’ouvrage.

Lire le dossier de presse.

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Le 21 novembre 1920, en pleine guerre d’indépendance de l’île irlandaise, l’armée de Sa Majesté tire sur la foule lors d’un match de football gaélique à Croke Park, Dublin. En 2007 lors du tournoi des 6 Nations de Rugby, l’équipe d’Irlande reçoit le 15 de la rose dans la même enceinte, pour un match à la portée hautement symbolique…

C’est un rêve éveillé que vit l’historien Sylvain Gâche en publiant son premier album avec rien de moins que Richard Guérineau en ouverture d’une nouvelle collection! Il faut dire que le dessinateur du Chant des Stryges s’est résolument orienté depuis la fin de sa saga fantastique vers des projets beaucoup plus réalistes, entre littérature et histoire. Pour le coup le sport n’était pas forcément un sujet familier mais on sent l’envie d’illustrer une époque popularisée par la série Peaky Blinders. La reconstitution graphique du Dublin des années 1920 est ainsi très convaincante malgré un trait et une colorisation qui se sont simplifiés depuis quelques temps. Le talent du dessinateur pour la mise en mouvement et les postures est toujours aussi élégant.

Le choix de construire cette histoire en intervalle avec le déroulé du match de Rugby parait pourtant un peu artificiel tant il y a finalement peu de lien entre les deux séquences dans la narration. L’intérêt de l’album réside bien dans la progression froide, lente, de cette journée un peu confuse qui voit une action d’envergure des indépendantistes de Michael Collins assassiner une dizaine d’officiers du renseignement britannique avant que les représailles n’aboutissent au massacre du titre. A ce titre les références de l’album portent bien plus sur les films traitant de l’indépendance irlandaise (Michael Colins, le Vent se lève ou Le général) que sur le récit sportif. On est d’ailleurs un peu frustrés de ne pas voir les exactions nombreuses des forces occupantes qui expliquent beaucoup ce qui passe dans l’album pour une démarche criminelle presque gratuite des irlandais. La mise en regard de l’altercation presque bon enfant du train avec l’exécution froide  des officiers pourrait induire chez le lecteur une mauvaise compréhension de la situation à l’époque… En tant que BD l’ouvrager a donc une portée assez limitée (notamment par un démarrage qui n’aide pas beaucoup le lecteur), mais c’est en parcourant l’excellent et très joli dossier documentaire (qui comporte d’abondants documents d’époques, photos et illustrations de Guérineau) que l’intérêt de l’album monte d’un cran. On saisit ainsi la portée politique de jouer en 2007 au Rugby, sport anglais, dans l’enceinte historique du sport culturel gaélique par excellence. On oublie combien a été dure la colonisation de l’île au trèfle par les anglais et que l’Irlande est une République d’un petit siècle d’existence seulement. Le processus non achevé du Brexit se rappelle d’ailleurs à notre bon souvenir quand à la « question territoriale irlandaise » loin d’être résolue…

Ce premier ouvrage de « coup de tête » est donc un très bon étalon pour une collection ambitieuse qui semble se donner les moyens artistiques de voir grand. Le sujet choisi est au final un peu bancal avec une intrigue surtout historique certes dramatique, mais qui aurait peut-être pu prendre le temps des pages de sport (très bien dessinées, reconnaissons le) pour détailler un peu l’origine du conflit et de la situation à l’ouverture de cette journée sanglante. Mais dans le genre documentaire, pas si fourni et souvent assez maigre graphiquement, on est avec ce Croke Park tout de même dans un ouvrage luxueux.

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***·Comics·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Le garçon-sorcière

Rufus Stewart

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. En espérant que ça vous plaise. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à douze ans elle aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

Comic de Molly Knox Ostertag
Kinaye (2020), 210 p. premier volume de la trilogie.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour leur confiance.

couv_385267Le garçon-sorcière est paru chez la maison d’édition américaine Scholastic (spécialisée en publications pédagogiques) en 2018 et suivi de La sorcière cachée et la sorcière de l’hiver fin 2019. L’ouvrage suit l’édition classique des ouvrages Kinaye, format broché, couverture à rabats, vernis sélectif, imprimé en Italie. Le tome deux est annoncé en quatrième de couverture et sur le deuxième rabat avec son résumé. Il s’ouvre sur un arbre généalogique (très utile!) de la famille d’Aster et se conclut sur une double page de recherches de personnages. A priori l’ouvrage a été publié en format one-shot, ce qui explique l’absence d’illustrations de chapitres. La couverture n’est pas la plus attirante que j’ai vu, c’est dommage.

Dans la famille d’Aster les filles apprennent la magie et les garçons se préparent à être des métamorphes, capables de se transformer sous la forme d’un esprit animal. Mais Aster n’est pas comme les autres. Il veut apprendre la magie et ne s’intéresse pas beaucoup aux jeux des garçons. Lorsqu’une menace issue du passé lointain de la famille ressurgit il va devoir assumer ses choix pour sauver ses proches…

Salut Talia. Aujourd’hui on va parler des aventures d’Aster, le garçon qui voulait être une sorcière. Peux-tu nous résumer rapidement cette histoire?

Résultat de recherche d'images pour "the boy witch ostertag"Il y a une grande famille qui a comme tradition que les filles deviennent des sorcières et les garçons des métamorphes. Aster n’arrive pas à trouver d’esprit animalier et préfère la sorcellerie. Il espionne les cours des filles et se fait virer… Du coup il prends des notes dans un carnet et essaye la magie. Au bout d’un moment ses cousins disparaissent et on ne sait pas pourquoi! Un esprit prend alors contact avec lui pour lui proposer de l’aider à condition qu’il ne dise rien à personne…

Est-ce que tu trouve sa famille sympa? Est-ce qu’ils l’aident?

Pas vraiment car il se fait gronder car il ne suit pas les règles. Sa mamie l’aide Résultat de recherche d'images pour "le garçon sorcière ostertag"discrètement.

Et Charlie? Pourquoi Aster aime aller la voir?

C’est une amie qu’il a rencontré et elle n’est pas sorcière et ne connaît rien à ce monde. Elle l’aide après que le démon l’a contacté et elle lui donne des conseils car elle n’est pas impliquée dans ce problème de sorcellerie. Elle n’est pas soumise aux mêmes secrets.

A ton avis pourquoi Aster ne se transforme pas?

Ce n’est pas sa faute, il est différent, comme son grand-père Mikasi. Celui-ci a mal tourné car il voulait mélanger magie et métamorphose et se famille l’a rejeté en le chassant.

Et toi tu préférerais être une sorcière ou un métamorphe?

Sorcière… sauf si on peut se métamorphoser en chat! La magie peut faire plein de choses et nous protéger alors que les métamorphes peuvent être blessé même s’ils sont forts.

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Merci Talia tu peux retourner étudier ton grimoire!


Voilà pour le retour des enfants… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Résultat de recherche d'images pour "the boy witch ostertag"Comme à leur habitude les éditions Kinaye nous ont encore dégoté un très intéressant album jeunesse d’une grande richesse thématique. Le titre m’avait fait attendre une histoire sur l’homosexualité… et ce n’est pas tout à fait ça puisque si la différence est bien au cœur de cette histoire, rien n’indique que le personnage principal est homosexuel. C’est simplement un garçon plus attiré par l’univers des filles. L’ouvrage porte plutôt sur les règles sociales et familiales imposées à un individu qui n’a pas vraiment le choix d’être qui il veut. La transposition dans un univers fantastique facilite l’approche pour les jeunes mais j’ai trouvé très subtile ce discours expliquant aux lecteurs qu’une famille peut être oppressante et ne pas laisser libre court à ses capacités personnelles, du fait de règles anciennes que personne ne remet en question et de secrets cachés. On découvrira ainsi avec Aster que cette famille d’apparence si soudée et organisée a des fissures niées ou inconnues. L’amitié avec Charlie, une personne « normale » va aider Aster à assumer ses choix. On pourra bien sur également voir dans le rite de passage et le refus d’Aster de se transformer une parabole sur le passage à la puberté avec la transformation des garçons en animaux (on se rapproche du très bon Coyotes sur ce plan). Tout cela est déroulé de façon fluide avec des dessins agréables, doux et assez peu de scènes dures. Le genre jeunesse est un genre difficile en ce qu’il doit associer simplicité d’approche et profondeur des thèmes qui doivent parler aux jeunes lecteurs. Le Garçon sorcière réussit sur tous ces plans et est donc particulièrement adapté à son lectorat. Ma fille a adoré!

A partir de 9 ans.

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Identités troubles

BD du mercredi
BD de Benoit Rivière et philippe Scoffoni
Les humanoïdes associés (2020), intégrale.

bsic journalismMerci aux Humanos pour cette découverte.

couv_381448Cette intégrale est une ressortie de la série Milo, parue en trois volumes chez Delcourt entre 2008 et 2011. Le format est plus compact que les albums d’origine, ce qui n’est pas gênant. Une illustration originale plutôt inspirée et dans l’esprit de l’album habille la couverture et la page de titre reprend la couverture du tome deux d’origine. Le volume se termine par quatre pages de recherches graphiques poussées. Une plutôt belle édition, qui aurait pu être un peu plus aboutie en matière de bonus mais qui propose pour vingt-cinq euros un très agréable one-shot. A noter que le renommage de cette trilogie est une très bonne idée tant le héros éponyme est loin d’être central dans l’intrigue.

Los angeles 2050, lors d’une patrouille de routine, le criminagent Milo Deckman assiste à un assassinat en pleine rue. Balancé malgré lui dans une enquête qui lui glisse entre les doigts, il va devoir résoudre la double identité d’une jeune femme au destin tragique, alors que barbouzes et truands semblent s’intéresser également à ce dossier…

Résultat de recherche d'images pour "scoffoni milo"Dans un bon polar il faut un mort, un mystère et des truands tête de con. Identités troubles a les trois, et trois de très bon niveau… Si l’environnement est futuriste c’est à dose très homéopathique et très sincèrement cette histoire aurait pu être transposée en époque contemporaine tant elle est classique. Attention, d’un classicisme qu’on aime! Celui des villa de Mulhollande drive, des femmes mystérieuses et des amours contrariées. Celui des flics ripoux et des incorruptibles. Celui des agents d’Etat qui ont moins de morale que les barons de la drogue. Dans ce maelstrom, Milo, une gueule qui vous attire la sympathie (non sans rappeler la gueule d’ange de Slots), une ténacité qui en font un bon flic, aussi prêt à se jeter dans les emmerdes que oralement tenu de ne jamais laisser tomber. Le personnage n’est pas central mais il est absolument réussi en ce que l’on a envie de l’accompagner et de lui souffler à l’oreille d’aller voir derrière le rideau. Les auteurs maîtrisent suffisamment leur création pour éviter les fausses bonnes idées comme celle d’une histoire d’amour à laquelle on ne croirait pas. Non, Milo est un flic, juste un flic. Pas un super-flic. Pas un justicier. Juste un type payé pour résoudre des crimes et qui ne parvient pas à recoller les morceaux de cette histoire de morte à deux noms.

Résultat de recherche d'images pour "scoffoni milo"A côté du personnage, qu’on voit finalement assez peu, une bonne histoire. Celle d’une femme prise dans des filets sans échappatoire. Les filets de la lutte d’Etat contre la drogue. Placez une agence gouvernementale, des services de police qui se tirent dans les pattes et des barbouzes que le pouvoir sans limite à laissé loin de la ligne de la justice et vous aurez une histoire triste mais passionnante, une histoire humaine où tous les personnages sont réussis dans leurs motivations individualistes. Un monde d’hommes décidés à tout prendre. Un monde de cyniques qui ne croient pas à l’amour et une femme qui voulait y croire. Au milieu de cela le petit criminagent Milo, avec sa gueule de cocker apporte de l’humanité.

Pour sa première BD Philippe Scoffoni livre une partition impressionnante, du dessin à la couleur, notamment sur le premier volume. Progressivement la technique se normalise, épurant un peu le trait pour laisser une importance un peu trop importante à la colorisation venant remplir les vides. Le caractère traditionnel se perd pour quelque Résultat de recherche d'images pour "milo scoffoni"chose de plus plat. Mais on reste de bout en bout dans une grande élégance et précision technique qui maintiennent une harmonie que peu de jeunes auteurs ont sur leurs albums de démarrage. L’école rappelle celle des Servain ou Hirn de la fin des années 2000. C’est reconnaissable mais très loin d’avoir vieilli. L’esthétique urbaine vaguement anticipation est rehaussée de quelques séquences oniriques de réalité virtuelle qui permettent de faire respirer les pages et de montrer l’étendue du talent de Scoffoni. Très classe tout en présentant bien ces ambiances nocturnes illuminées des néons numériques. Que ce soit dans les séquences d’action, assez brèves, ou les dialogues, le dessinateur est à l’aide dans toutes les situations.

Excellente surprise, ce polar à l’ancienne attire une grande sympathie par des personnages fort réussis et dont le dessin colle parfaitement avec le texte. Les quelques coquilles surprenantes qui parsèment les bulles ça et là ne suffisent pas à nous faire lâcher l’attention. Sachant surprendre part des thématiques que l’on attendait pas dans ce genre, les auteurs nous livrent une randonnée nocturne autour de l’identité, du libre arbitre et de l’amour, tout simplement. Une bien belle BD.

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****·BD·Nouveau !

Leonard 2 Vinci

BD de Stéphane Levallois
Futuropolis (2019), 84 p. nb+couleur, one-shot

couv_371481mediathequeAttention, avec cet album expérimental vous allez découvrir une pointure! Un auteur que je ne connaissais pas et qui, doté d’une technique sans faille propose un projet très ambitieux dans le seul genre qui peut permettre ce type d’hypothèse: la Science-fiction… Je suis venu à lire cet ouvrage dans un second temps, freiné par l’aspect « catalogue d’exposition » de la couverture et le logo du Louvre, craignant d’avoir affaire à un ouvrage un peu « culturel » sur Léonard. Soyons donc clair: il s’agit bel et bien d’un vrai bon gros morceau de Science-fiction à tendance intellectuelle… L’ouvrage est  en grand format, papier épais rendant très bien les dessins à la technique traditionnelle et les pleines pages. Un cahier graphique est proposé en fin d’ouvrage avec quelques explications sur le projet et le travail de recherche de l’auteur dans la section des manuscrits du Louvre sur les œuvres de Léonard.

Quatorzième millénaire de notre ère. La terre n’existe plus que par des fragments flottant dans le vide spatial. Une ombre gigantesque s’approche: il s’agit du vaisseau spatial rassemblant ce qu’il reste de l’humanité. Pourchassés par un peuple extra-terrestre redoutable les sages n’ont plus qu’un espoir: cloner le plus grand génie de tous les temps, Léonard de Vinci. Car seule la vision d’avant-garde du génie peut trouver la solution avant l’extinction…

Image associéeLa science-fiction est un genre particulier, à la fois le seul permettant des innovations visuelles associées à des réflexions intellectuelles poussées, mais très difficile quand à l’imagination de ce qui pourrait être dans très longtemps. le défaut est souvent de ne pas parvenir à s’extraire de nos concepts et formes contemporaines. Ainsi il y a la hard-science et l’anticipation, sur laquelle excelle un Fred Duval. Parfois certains tentent des innovations, comme Christophe Bec sur son récent assez réussi Crusaders. D’autres partent en space-opera (le plus facile) ou en expérimental au risque de perdre les marqueurs de la BD. Avec cet ouvrage Stephane Levallois, fort de son expérience en design et de son parti-pris d’extrapoler les improvisations du génie de la Renaissance parvient à nous proposer de la SF particulièrement crédible car novatrice dans ses formes (qui échappent à nos concepts immédiats) en associant le mythologique, la nature (le travail sur les rose de Jéricho) et l’architecture. En situant son histoire très loin dans le temps il s’exonère de tout réalisme technologique en assumant (comme cet hommage à Ridley Scott en préambule) des vaisseaux de taille phénoménale et pose par-ci par-là des formes connues (la pyramide du Louvre conservée sur un bout d’astéroïde, reste de l’ancienne Terre) sans tenir compte du temps et de l’espace.

Résultat de recherche d'images pour "levallois leonard 2 vinci"Pour garder son lecteur en main et construire une véritable intrigue il pose le postulat d’un clonage du génie (Léonard2) par l’aréopage qui préside au destin des derniers humains réfugiés dans le vaisseau. A partir de là la réalité de la menace, du temps, importent peu et nous sommes projetés dans les expérimentations techniques du clone qui explore le passé et les inventions de son original pour y trouver l’idée salutaire. Levallois propose alors différentes techniques selon les séquences, le noir de charbon et les traits d’architecture pour le futur, la sanguine à la manière de Léonard de Vinci pour les séquences sur sa vie. Si certaines pages ne sont pas toujours très lisibles, la lecture dans son ensemble est fascinante par la proximité des planches avec les pages des carnets originaux de l’artiste (que l’on peut comparer dans le cahier final). Par moments une peinture en couleur éclaire l’album, sans que l’on sache s’il s’agit d’une photographie ou d’une copie de l’auteur de l’album.

Image associéeAu final d’un projet très casse-gueule Stephane Levallois s’en tire remarquablement bien (évitant l’intellectualisme dont un Monsieur Mardi-gras pouvait souffrir) en proposant une intrigue simple, fantasme de tout amateur de science-fiction, sans se perdre en errements ésotériques. En collant à l’oeuvre formelle de Léonard il se sauve en justifiant toutes ses créatures et objets, comme ce démon disséqué qui incarne à la fois le divin, le diable et l’adversaire extra-terrestre. Il manie des concepts classiques et passionnants de la SF comme le clonage, l’intelligence artificielle, la création, en l’habillant de l’univers visuel de Vinci considéré alors comme le premier auteur de SF (ce qu’il est pour un certain nombre de penseurs de la SF). Tout ceci donne un ouvrage qui évite l’élitisme et pourra plaire à la fois aux amateurs d’art et des dessins de Léonard de Vinci comme aux lecteurs de BD de SF et de cinéma. Un remarquable album qui allie intérêt intellectuel et visuel. Il n’y en a pas tant que cela.

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