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Eden, It’s an endless world (perfect) #8

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BD de Hiroki Endo
Panini (2022) – 1998, 484 p./volume, 8 volumes parus sur 9 (1,5 tomes/volume).

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Il vaut mieux être à jour sur la série pour lire cet article!

L’exfiltration de Mana se poursuit lors d’un affrontement qui voit les forces redoutables du Propater et d’Elijah se neutraliser avec des dommages irrémédiables dans chaque camp. Bientôt l’IA Maya intervient, alors qu’une catastrophe mondiale se prépare, qui va bouleverser les équilibres…

Coup de coeur! (1)

Si vous ne l’avez pas encore compris Eden est un manga absolu, un miracle qui se hisse au-dessus de tout ce qui a été fait dans le pays de Tezuka. Pour que ce soit clair, à l’approche de la conclusion cette série dépasse par son ambition et sa réalisation Akira et tous les manga que je concevais comme des chefs d’œuvres…

Chapter 99 - Eden: It's an Endless World! - Manga1s.com - Read and download  Manga Online for Free!Je ne reviendrais pas sur les schémas narratifs de l’auteur qui continuent ici avec toujours autant d’efficacité pour me concentrer sur les thèmes de cet avant-dernier volume. Si on a largement abordé précédemment les déviances urbaines que sont la prostitution, les drogues et les mafias mais également les guerres civiles africaines, ici le scénario approfondit la question des religions en lien avec le concept d’IA et du Colloïde comme nouvelle entité de l’Evolution qui fusionne les questions de la singularité humaine et du rôle de Dieu.

Dans ce monde dévasté (et qui ne finit pas de l’être dans les mains de Hiroki Endo) Maya interroge plusieurs personnages sur le sens de leur vie comme entité individuelle et sur la proposition de fondre sa personnalité dans le collectif du Colloïde. Il pointe en cela directement la promesse non aboutie des religions qui laissaient transparaître dans l’Au-Delà une telle fusion. Dieu restant invisible et son action sur le monde manifestement peu efficace, le Colloïde convainc un nombre croissant d’humains qui voient dans sa matérialité et sa propagation une réalité tangible.

Eden: It's an Endless World! - Chapter 110L’auteur aboutit ainsi sur ce volume l’apport de la Gnose sur son œuvre (que hormis les théologiens et les érudits bien peu avaient pu percevoir jusqu’ici). Cette vision/réflexion est encore passionnante par sa modernité très concrète et son lien avec l’idée SF d’IA. Dans le paradigme futuriste on aura vu les cerveaux transférés dans des corps robotiques et des IA se matérialiser inversement. Il ne reste plus qu’à imaginer un transfert de l’esprit d’un humain dans un cyberespace collectif (idée vue récemment dans l’excellent Chappie de Neill Blomkamp) pour boucler avec le relativisme de la singularité démiurgique de l’Homme. Sans aucun prosélytisme, uniquement poussé par sa curiosité et son cartésianisme absolu, l’auteur ne cesse de jongler entre le plaisir de la BD et l’expression de ses analyses sur l’histoire des hommes, sur l’état du monde lorsqu’il écrit son œuvre (… qui n’a malheureusement guère évolué depuis). En lisant Eden on se sent plus intelligent, on réfléchis sans cesse aux vies très réalistes de cette multitude de personnages, à notre monde et au caractère très mortel et remplaçable des humains. Eden est une œuvre profondément nihiliste, froide, mais d’une richesse folle. Il ne reste plus qu’à conclure…

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Far sector

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Comic de NK Jemisin et Jamal Campbell
Urban (2022), DC (2021), one-shot, collection Black label.

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bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur fidélité.

La Cité éternelle est une utopie située dans un secteur éloigné de la galaxie, hors de la juridiction des Green Lantern. Pourtant c’est là qu’est envoyée Jo Mullein, sur demande de la Trilogie dirigeant cette base spatiale, afin de résoudre un meurtre. Le premier depuis des siècles… Loin de tout, dans une société qu’elle ne comprend pas, de codes sociaux indéchiffrables, perdue dans sa propre morale, la Green Lantern Mullein va devoir puiser dans toute son humanité pour comprendre ce qui se trame dans ce grand étranger…

Far Sector (par Jamal Campbell et Nora Keita Jemisin)Pour sa traditionnelle fournée pré-estivale les éditions Urban comics ont fait les choses en grand, avec un planning extrêmement ambitieux et pas moins de deux Black label potentiellement majeurs. Après un Strange Adventures qui a mis la barre très haut en matière d’enquête détournant les codes classiques des personnages DC, nous voilà avec rien de moins que le premier album de N.K Jemisin. Je m’arrête deux seconde pour ceux qui ne lisent pas du tour de littérature science fiction pour préciser que celle-ci est une des plus importantes autrices de SF anglo-saxonne depuis plusieurs décennies et qui a remporté coup sur coup trois prix Hugo (les prix Nobel de la littérature fantastique) pour sa trilogie de la terre Fracturée. Ce prix que des Arthur Clarke ou Isaac Asimov ont moins remporté, n’avait jamais été attribué successivement à trois œuvres de la même série et du même auteur. Tout ça pour dire que c’est là une sacrée prise pour l’éditeur DC, qui l’accompagne du très qualitatif Jamal Campbell, un des jeunes artistes les plus prometteurs qui nous avait déjà ébloui sur Naomi.

First Look: Far Sector #1 From N.K. Jemisin and Jamal Campbell - GeekMomUne fois ce petit pedigree annoncé, que donne ce volumineux Far sector? Tout d’abord, comme souvent sur un Black Label (dont le principe est de proposer des one-shot hors continuité) le thème de Green Lantern est tout à fait décoratif puisque l’héroïne est une nouvelle venue et que la mythologie GL est totalement absente. En clair c’est bienvenue aux novices et c’est tant mieux! Ensuite nous avons la forme d’une classique enquête policière, avec narration intérieure du héros, intrigue vaporeuse et relations interpersonnelles centrales et compliquées. Si l’habillage ultra-futuriste change le style, la structure est totalement dans les codes du polar. Enfin pour ce qui est de la forme nous avons deux auteurs noirs qui suivent une héroïne noire et abordent naturellement quelques réflexions liées à la communauté afro-américaine, sans que cela en fasse pour autant l’objet central de l’intrigue.

First Look: Far Sector #2 | DCL’intérêt principal de Far Sector repose sur la grande habitude de Jemisin à soulever, comme tous les auteurs de SF, des questionnements intellectuellement très intéressants et référant à notre contexte terrien. Ainsi si l’intrigue va rapidement aborder les questions politiques de l’Etat autoritaire et du libre arbitre, la cohabitation de trois populations radicalement différentes (nature VS culture) et l’absence d’émotions décidée il y a longtemps pour permettre cette cohabitation va créer des problématiques originales. Outre les amourettes incertaines et bisexuelles de l’héroïne avec alternativement homme, femme et Intelligence Artificielle, la scénariste retranscrit bien l’atmosphère de perte totale de repères sociaux pour la green lantern avec le risque de perdre également le lecteur. Car c’est là la principale difficulté de cette lecture: sur trois-cent pages on patauge allègrement entre des noms aussi originaux que « Stevn du glacier des ténèbres vacillantes », des concepts technologiques très poussés, un complot aussi tarabiscoté que tout bon complot, le tout guère facilité par des planches certes graphiquement superbes mais fourmillant tant de détails et d’idées graphiques compliquées que l’image n’aide guère à se concentrer.

REVIEW: Far Sector #12 ends a maxiseries we can't wait to read in trade —  Comics BookcaseAinsi on parcourt cette grosse lecture avec un peu de difficulté et si les quelques séquences d’action sont très agréables, si le personnage principal (et les secondaires) est fort attachant et si l’image flatte continuellement les mirettes, on achève la lecture sans trop être sur d’avoir saisi les tenants et aboutissants et un peu épuisé de trop plein. Le passage du format roman à la brièveté de la BD a sans doute été compliqué pour Jemisin et la tentation de balancer foules d’idées passionnantes trop grande pour se restreindre véritablement à une trame simple à suivre. Il est alors compliqué de critiquer et d’émettre un avis sur cet album à la réalisation sans faille, débordant de générosité, mais dans lequel il ne sera pas aisé de s’immerger.Je ne suis pas certain que les lecteurs habituels de GL y trouvent leur compte et les lecteurs occasionnels de comics risquent d’être un peu perdus. Cette proposition d’une qualité rarement atteinte en BD (du niveau conceptuel d’un Carbone et Silicium) mérite pourtant qu’on y jette un œil et plus si vous avez envie d’une lecture intellectuellement riche et graphiquement novatrice.

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Eden, It’s an endless world (perfect) #6-7

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BD de Hiroki Endo
Panini (2022) – 1998, 484 p./volume, 7 volumes parus sur 9 (1,5 tomes/volume).

Il vaut mieux être à jour sur la série pour lire cet article!

La recherche de l’assassin d’Helena va envoyer Elijah en Australie où  le Propater détient sa sœur Mana. Alors que le professeur Mishima va faire une découverte majeure sur l’origine et les buts du Disclosure virus, une nouvelle IA fait son entrée pour aider Elijah mais également poursuivre ses propres buts…

Coup de coeur! (1)

Chaque nouvel album d’Eden est un bonheur rare et une souffrance, celle de voir avancer irrémédiablement la conclusion alors que l’on a le sentiment de n’avoir approché qu’un dixième de l’univers et des possibilités de l’œuvre. Cela ne retire en rien la confiance absolu que l’on a dans cet auteur qui semble immunisé contre les fautes de goût et les digressions inutiles. Entamant le volume six par une nouvelle séquence d’action magistrale qui nous rappelle encore le poids d’Appelseed sur ce manga, on saute toujours d’une séquence à l’autre avec un sens du rythme et des coupures machiavélique. Dans Eden il ne suffit pas d’être un super-guerrier, d’apparaître depuis quatre volumes ou de Eden: It's an Endless World Volume 14 TPB :: Profile :: Dark Horse Comicsdétenir des informations cruciales pour survivre. Renouvelant sans cesse son personnel, Endo maintient une tension permanente pour le lecteur, seulement soulagée par les quelques séquences wtf qui instaurent un jeu savoureux entre un Elijah dévergondé et une Miriam Arona  que l’on adore voir en garçonne effarouchée.

Si l’aspect techno-sf reste majeur et d’un niveau rarement vu en BD, l’intrigue avance fortement sur le sixième volume qui voit le personnage du scientifique confrontée à la personnalité du Disclosure virus en nous faisant comprendre  l’idée d’une évolution de Gaïa vers une forme de conscience maîtrisant les propriétés quantiques de l’univers… Oui car chez Endo la précision scientifique ne cesse jamais et le jargon n’est jamais étouffant mais plutôt pédagogique, jouant à la fois le rôle d’habillage sérieux et de réflexion SF. Laissant malgré tout toujours le contexte général en retrait, l’auteur avance ses intrigues secondaires avant de nous envoyer le Propater brutalement sur des séquences inattendues. Je dirais qu’on continue à avancer à dose homéopathique dans les objectifs de ce gouvernement mondial, sans savoir quand le mangaka se décidera à nous balancer ses révélations. Tic-tac-tic-tac il reste deux tomes seulement et on commence à craindre un effet Ajin très frustrant…

Abordant ici le sujet des violences ethniques en Afrique et l’impuissance de l’ONU, l’auteur rendre comme à l’accoutumée dans une analyse tout sauf manichéenne qui rejoint son propos SF de gouvernement mondial visant à abolir les conflits. Réintroduisant sa dream team qui nous manquait avec Nazarbaïev, Kenji, Sophia et une nouvelle venue, le septième tome s’oriente plus sur l’action avec l’opération d’exfiltration de Mana, alors que le Propater semble décidé à envoyer ses plus redoutables assassins pour récupérer la fille d’Enoa Ballard. Et nous laisse, le souffle court, en plein milieu d’une (nouvelle) séquence d’action dantesque…

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Eden, It’s an endless world (perfect) #1-3

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BD de Hiroki Endo
Panini (2021) – 1998, 484 p./volume, 4 volumes parus sur 9 (doubles tomes).

Cette édition d’un classique de la SF me permet une petite remarque sur la culture des éditions spéciales entre manga et franco-belge. Pour ne pas tirer sur une ambulance je ne pointerais pas Panini en particulier mais remarque simplement que si cette habitude de ressortir les meilleurs mangas (et plus grosses ventes passées…) en Perfect édition est une très bonne chose pour vulgariser auprès d’un public jeune assez marqué par l’immédiateté des sorties du moment, elle reste très peu ambitieuse en se restreignant la plupart du temps à simplement éditer les manga dans une impression et un format correcte. Le format manga est à la base peu qualitatif, de fait puisque les œuvres sont publiées dans des journaux. Adapter les volumes à un format plus proche de nos habitudes européennes (comme la démarche d’Urban de sortir certains titres de comics indé en format franco-belge) est cohérente et permet à un marché assez saturé de continuer à croître sur des titres anciens. De bonne guerre dirais-je. Pourtant accompagner les volumes de dessins couleur, croquis, interviews, analyses et autres ajouts ne coûterait pas bien plus cher et justifierait l’appellation d’édition spéciale. Au regard des collectors de la franco-belge, le surcoût est moyennement justifié. Bref…

Concernant Eden on a donc une jaquette avec vernis sélectif, résumé avec quelques personnages du volume en main, table des matière des chapitres et deux intéressants mais anecdotiques textes de réflexions de l’auteur sans aucune mise en perspective. Sur un matériaux aussi riche on aurait voulu des commentaires sur l’univers ou les thèmes abordés. Edition juste correcte donc.

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Coup de coeur! (1)

Le virus Closure a éradiqué 15% de la population mondiale, provoquant un effondrement des états tels que nous les connaissions et l’émergence de narco-états. Face à eux l’organisation du Propater entre en chasse d’un adolescent héritier de données informatiques que tous semblent convoiter. Alors que seule la force militaire et numérique semblent pouvoir régenter ce monde de chaos, des combattants et victimes se retrouvent associés dans un Grand jeu qui les dépasse…

Mon grand âge fait que j’ai eu le privilège de découvrir les premiers manga en France avec l’arrivée d’Akira en kiosque dans les années quatre-vingt-dix, un choc adolescent que j’ai prolongé sur les œuvres de Masamune Shirow et notamment Appleseed. Akira est largement cité pour présenter Eden et l’influence de son auteur. Shirow également mais en citant de manière erronée Ghost in the shell… que je trouve loin thématiquement même si certains aspects cyberpunk peuvent y faire penser. Je confirme après lecture des trois premiers numéros que l’oeuvre de Hiroki Endo est un parfait mélange entre Akira et Appleseed, une vraie création de fan qui a mis tout ce qu’il a adoré dans ses glorieux ancêtres. Il est marquant de voir comme certains styles graphiques sont datés en Manga, comme en franco-belge. C’est le cas avec Eden dont la technique semi-réaliste se précise avec les volumes et propose par moment des planches vraiment impressionnantes et d’une précision chirurgicale y compris dans les décors (point de repère pour évaluer la profondeur du travail sur tous les ouvrages que je lis).

Eden : It's an Endless World ! (Perfect Edition) (tome 2) - (Hiroki Endo) -  Seinen [BDNET.COM]Il y a plusieurs types d’auteurs de manga. Les otaku (Boichi), les techniciens sur des productions industrielles, les artisans (Urasawa) et les intello. Endo fait partie de cette dernière catégorie, avec une ambition et réflexion globale sur son projet rarement vus. Ainsi la construction des premiers tomes est surprenante et déstabilisante. Un très gros prologue d’une centaine de pages nous plonge dans cet univers en nous présentant Enoa Ballard après la Chute, avant de nous projeter vingt ans plus tard avec seulement quelques épisodes de flashback sur pages noires qui développeront épisodiquement certains personnages dans le passé. Nous avons donc l’histoire d’une famille, du père Chris impliqué dans l’apparition du virus, à son fils devenu devenu patron d’un des plus gros narco-cartels de la planète et que l’on ne voit pas adulte au cours des trois premiers tomes de l’édition Perfect (équivalent à six tomes donc) et suivons le dernier descendant, Elijah, jeune homme faible ballotté dans des conflits qui le dépassent et gérant difficilement son héritage familial. Le nom du héros n’est pas anodin, la série est parsemée de références bibliques et de réflexions philosophiques plus accessibles que chez Shirow. A ce titre l’équilibre entre les thématiques scientifiques et cyberpunk pointues (l’auteur s’est remarquablement documenté et est très précis), les commentaires sur la civilisation, l’homme et Dieu, les équilibres géopolitiques et sujets sociétaux comme la pauvreté ou la prostitution… est incroyablement solide! C’est le cœur et l’intérêt des œuvres de SF me direz-vous. Oui bien sur, mais c’est très rarement maîtrisé à ce point.

Alt236 Twitterissä: "Ensuite : "Eden Its an Endless World" de Hiroki Endo.  Ca parle Pandémie et trucs pas net, mercenaire et post-infection, si j'ai  bien compris. A voir mais les images interpellent !…Eden est radical sur tout les plans et c’est une de ses très grandes qualités. Endo montre et dit ce qu’il souhaite sans se censurer. Il en découle des séquences gores et violentes qui participent à créer un univers sombre et réaliste, sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le fan-service. Si l’on voit des nus ce n’est jamais montré de façon sexy, de même que la violence militaire illustre simplement (comme dans Akira) la rudesse de ce monde. Ambitionnant de montrer les effets du nouveau contexte entre deux scènes d’action, Endo tisse une trame qui va se densifier en un tout.

Je parlais de construction déstabilisante. Ainsi après le prologue on entre dans une phase militaire avec une équipe de mercenaires chargés de récupérer des données informatiques et qui entrent en contact avec Elijah. S’ensuit une longue séquence de conflit techno-militaire d’une réalisation magistrale. La galerie de personnages d’Eden est impressionnante et leur disparition (par la mort ou le changement de contexte du récit) est très efficace pour nous maintenir en haleine. De la même manière que le personnage d’Enoa Ballard est présent en filigranes tout le long sans jamais se montrer, l’auteur joue de son lecteur qui ne sait jamais quels personnages vont durer ou non. Si la séquence mafieuse du troisième tome est un peu en retrait au niveau de l’intérêt, chaque chapitre reste intéressant en tant que tel et nous implique émotionnellement sans jamais pouvoir anticiper l’intrigue ou le destin d’un personnage.

Eden Volume 1: It's an Endless World! TPB :: Profile :: Dark Horse ComicsContrairement à Shirow qui pouvait devenir un peu soporifique dans ses digressions philosophiques Hiroki Endo ne laisse jamais l’action bien loin. De façon crue et très létale,  il montre des adversaires redoutables, jusqu’au troufion de base. Chez Endo la force des héros ne repose pas sur la faiblesse de leurs adversaires. Il en ressort des affrontements magistraux où même les crac ne ressortent pas indemne.

L’aspect cyberpunk commence à peine avec l’irruption d’une IA extrêmement puissante. Avant cela nous sommes confrontés à des cyborgs chargés de la guerre électronique en support aux troupes et de terrifiants humanoïdes guerriers issus de manipulations génétiques. Si l’on nous parle de l’organisation religieuse Propater depuis les premières pages on ne sait toujours pas quel est son but hormis qu’il se confronte à plusieurs organisations, dont une confédération musulmane et une zone « agnostique » structurée par les organisations mafieuses.

Oeuvre impliquante, s’intéressant autant à des sujets de garçons (les super-soldats, la technologie militaire, les robots) qu’aux drames humains (on parle des indiens, mais aussi de filles-mères, des relations familiales et des problématiques du tiers-monde…), Eden est comme toutes les grandes œuvres de science-fiction un projet global impressionnant de solidité tant graphique que dans son écriture. Aucune faute de goût n’est à relever et on dévore les centaines de pages avec le plaisir de savoir que Panini a prévu une publication serrée des neuf tomes. Maintenant il ne vous reste plus qu’à foncer en librairie pour vous plonger dans ce must-read pour tout lecteur de manga!

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House of X/ Powers of X

East and west

Comic de Jonathan Hickman, Pepe Larraz et RB Silva.
Panini (2020). 228 p., série finie en quatre volumes, environ 80p./volume

La double série croisée House of X (dessinée par Larraz) et Powers of X (dessinée par Silva) est publiée en croisant les volumes dans un ordre irrégulier, agrémenté de nombreux graphiques et documents de background, assez indispensables pour raccrocher les wagons d’une narration chronologiquement volontairement chaotique.

couv_395737Après des décennies à combattre ses semblables en tentant de faire cohabiter l’homo sapiens et les mutants, le professeur Xavier a eu un rêve. Abandonnant sa naïveté sans pour autant admettre la violence de son amis Magneto, il rassemble le peuple mutant en une Nation reconnue par les gouvernements humains, située sur l’Ile de Krakoa. Ceci n’est que l’aboutissement d’une odyssée dans le temps et l’espace. Ceci n’est que le commencement…

MYSTERY COMICS: HOUSE OF X #3, de Jonathan Hickman et Pepe LarrazParmi la foultitude de groupes de héros Marvel les X-men ont toujours eu mes faveurs ce qui a peut-être facilité mon entrée dans les différents events des mutants. Ma lecture assez enthousiaste des All-new Xmen il y a quelques temps m’avait redonné envie de me tenter occasionnellement une série et ce relaunch annoncé comme historique et fort bien critiqué par les chroniqueurs m’a convaincu de tenter le coup, sur une série sommes toutes assez courte et jouissant d’une homogénéité graphique très proche du style Immonen.

Si je reconnais la qualité du travail du scénariste sur cette série je commencerais par dire que la pub faite par Marvel/Panini et reprise en chœur par mes confrères est clairement forcée et s’adresse avant tout aux habitués, à jour dans les séries X-men et sa complexissime chronologie. Hickman leur propose d’ailleurs une construction narrative fort ardue qui demande une grosse concentration. Si l’artifice peut avoir son attrait, il s’apparente au final à un gadget qui permet d’ailleurs assez facilement de relire la série à l’envers. Si l’idée (notamment au travers de l’histoire d’amour entre Xavier et Moira Mac Taggert) est très proche de Malgré tout, elle apparaît beaucoup plus artificielle et dispensable. L’auteur a d’ailleurs intégré de nombreux diagrammes et textes fort bien insérés au milieu des séquences graphiques. Cela réduit d’autant la pagination de BD à proprement parler et on peut s’interroger sur la nécessité d’expliquer dans des textes quelque chose qu’un scénario aurait été à même de développer. Pour autant la structure visant à sidérer le lecteur par des planches balancées sans contexte pour juste derrière préciser ce contexte est maline et donne le sentiment d’une BD sophistiquée.

House of X and Powers of X and Hickman - Imaginary WarsSi l’on regarde au global le récit est en fait très simple et linéaire, trop sans doute pour le laisser sous cette forme (d’où le croisement des trames proposé par Hickman). Ce qui est donc annoncé comme un event majeur est en fait une commande de relaunch qui refuse de lâcher la bride car il n’est là que pour lancer Dawn of X et X of Sword, les crossovers qui en découlent. Les spécialistes des X-men apprécieront peut-être mieux que moi la portée de HoX/PoX, pour les lecteurs occasionnels on a le sentiment, une fois finie la lecture, de juste débuter l’histoire. Frustrant.

HoX/PoX n’est pas pour autant mauvais, ne serait-ce que par des planches vraiment superbes et d’une harmonie impressionnante qui fait douter de changer de dessinateur entre les deux séries. House of X est de loin la plus intéressante car elle reste centrée sur des personnages que l’on a envie de suivre en se centrant sur la création de cette Nation mutante. Outre la très perturbante structure sur quatre temporalité dans Powers of X (de maintenant à +1000 ans), le saut permanent de période et de personnages qui n’ont pas toujours les mêmes noms/apparence empêche le lecteur de s’impliquer émotionnellement et MYSTERY COMICS: POWERS OF X #1, de Jonathan Hickman et R.B. Silvaaccentue l’hermétisme de l’univers. On a tout de même plusieurs très fortes séquences, notamment le second volume de HoX et les révélations vertigineuses sur Moira, ou les percées SF très profondes de PoX sur le post-humanisme et des hypothèses astrophysiques là aussi très puissantes. En extrapolant des réflexions sur l’avenir de machines biologiques, d’une utilisation génétique proche du processus informatique  et du classique thème des IA, la série ouvre il est vrai des portes assez fascinantes…

Très bien dessiné, d’une sophistication qui en laissera plus d’un sur le carreau, House of X/Powers of X est un projet de commande aussi ambitieux qu’industriel. En apportant des concepts motivants, il propose un roller-coaster temporel qui peut plaire mais s’adressera avant tout aux habitués de l’univers mutant et ceux qui envisagent sérieusement de continuer l’aventure sur les publications suivantes.  Pour les autres il vaudra mieux se reporter sur des publications plus anciennes et plus accessibles.

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Heart gear #1-3

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Manga de Tsuyoshi Takaki
Ki-oon (2019-),  200p./volumes, 3 tomes parus en France.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Les jaquettes des volumes sont assez travaillées avec, outre le résumé de quatrième de couverture, des dessins et petits textes de l’auteur en revers, mais surtout un intérieur de couverture habillé par des illustrations originales (très jolies) et un texte de conclusion détaillant le contexte de production et les objectifs évolutifs à mesure de l’avancée des tomes. Ces « échanges » avec l’auteur donnent une bonne indication de sa finesse et de son intelligence créative. Le premier volume est vendu en édition spéciale avec une histoire courte « Freaks » datant de 2016.

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Il y a 200 ans la troisième guerre mondiale a détruit toute vie humaine sur Terre. Depuis, la planète est parcourue par des « gears ». Ces androïdes de divers fonctions, du militaire au fermier, ont pris la place des hommes, sans buts maintenant que leurs maîtres ne sont plus là. Pourtant un miracle survient: un enfant humain est trouvé par le robot Zett. Après la destruction de son « père », Roue décide de partir à la recherche de Heavenland, un lieu mythique où elle pourrait le reconstruire. Cachant son identité biologique elle parcourt cette terre dévastée et la multitude de personnalités robotiques engendrées par ce nouveau contexte…

Résultat de recherche d'images pour "heart gear takaki"Les premières pages de cette série m’ont fait peur… Après une entrée en matière rapide pour dresser le contexte, un rythme lent s’installe dans une atmosphère graphique assez irréelle, à la fois saturée de blanc et occupée par une utilisation assez importante de trames qui « salissent » le trait pourtant élégant et fin de Tsuyoshi Takaki. Inspiré par le graphisme des manga des années 80-90 (comme Appleseed auquel se réfère Heart Gear, Gunnm ou sous nos latitudes le manga français Bolchoi Arena), le dessin perd ainsi sa précision en devenant parfois un embrouillamini de traits noirs difficilement lisibles. C’est d’autant plus dommage que l’auteur reste très lisible dans les séquences d’action avec une technique anatomique (les corps et expressions) et un design robotique vraiment remarquables. Ceux qui ont lu son précédent succès Black Torch ou l’histoire proposée avec le tome un verront la qualité du dessin de Takaki quand il n’est pas encombré de ces trames.

Résultat de recherche d'images pour "heart gear takaki"Je souligne ce point noir dans le choix de l’auteur car hormis cela les trois premiers tomes de Heart Gear sont un quasi sans-faute, marqués par une progression dramatique particulièrement réussie. Le point qui faisait défaut à une série proche, l’Origin de Boichi (à savoir une progression saccadée) est ici d’une grande fluidité, si bien qu’on avance avec grand plaisir dans cette histoire en découvrant à un rythme posé les personnalités de nos héros, le background, les problématiques et réflexions que l’auteur souhaitait évoquer. Les parties sont séparées par des pages noires de texte revenant plus précisément sur le développement des IA, des gears, des problématiques posées par l’essor de l’exploitation des gears et des interrogations des concepteurs qui se prolongeront sous nos yeux une fois l’humanité disparue. Ce procédé de textes courts permet de ne pas trop casser l’action en ciblant un thème très précis pour nous ouvrir l’univers sans se perdre dans mille interrogations. De fait, une fois la lecture terminée on est frappé par la concentration, la structuration d’un manga qu’on pensait parti pour des bastons mécaniques et qui s’accroche plus à la famille des séries de réflexions sur l’homme et la machine (avec donc Origin, Carbone & Silicium ou Ghost in the shell).

ImageAprès une mise en relation avec la jeune fille, son gear protecteur surpuissant et le point de départ (ce « père » robot, seul être aimant qu’elle ait jamais connu) dans le tome un, on part ensuite pour un périple dans des paysages dévastés où chaque rencontre avec un gear va faire avancer notre réflexion avec le concept original de programme de base. Dans cette série les gears sont ainsi structurés par un programme définissant leur finalité. Chrome (le héros protecteur) est « né » sans programme de base et comme son homologue Origin il choisit de se définir comme protecteur de l’humaine. On touche ainsi au libre-arbitre qui concerne à la fois cette humaine et les robots désœuvrés de ce monde post-apo. Par une inversion des rôles, Roue se trouve être une anomalie dans un univers de robots qui ont été conçus dans un but unique. La quête de sens traverse donc ce manga parmi les nombreuses autres réflexions plus classiques sur ce qu’est être humain (sujet central de Carbone&Silicium).

L’originalité principale de ce manga (dans un thème classique qui n’oublie pas de faire référence à Asimov tout en précisant que les trois Lois de la robotique ne s’appliquent pas dans ce monde) repose sur la mise en parallèle de la « naissance » des des deux êtres en simultané: Roue renait au contacte du monde extérieur en sortant de son cocon et Chrome de même en découvrant ses capacités et sa nature. Si  le programme de base des gears ne leur permet pas (théoriquement) de sortir de leur fonction initiale, on apprendra que ces derniers peuvent être dotés de capacités émotionnelles… induisant l’inévitable réflexion sur l’humanité de l’être pensant.

Heart Gear - chapter 5 - #8Doté de passages assez poétiques avec des personnages bien caractérisés, Heart Gear rappelle par moments la simplicité touchante du chef d’œuvre Wall-E, notamment avec le personnage du robot Rock qui apporte une touche d’humour bienvenue. On n’oublie pas l’action dans des combats puissants et très réussis où pour l’heure la relative invincibilité de Chrome peut finir par poser problème quand au niveau de tension de l’intrigue. Jouant de façon très équilibré entre le développement du background, de la psychologie et de la baston, l’auteur n’oublie pas son public de geek avec un léger fan-service un peu grossier mais absolument pas vulgaire. On ressort de cette aventure absolument enchanté par une SF qui mine de rien est une des plus réussies vues depuis pas mal d’années et on trépigne de lire la suite qu’on espère volumineuse…

****·Manga

Origin #9-10

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Manga de Boichi
Pika (2020), série finie en 10 tomes.

L’album se conclut par une courte histoire assez débile (et pas franchement drôle) sur le quotidien d’un dessinateur de manga, à l’image de ce que l’on a pu voir sur les précédents tomes. Je souligne que l’éditeur s’est très étrangement dispensé d’insérer le chapitre 87.5 se déroulant sur Vénus dans une mission de sauvetage et faisant le pont avec les futurs projets de l’auteur. L’épilogue de l’album 10 français paraît assez étrange en regard…

[Attention Spoilers]

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Mai est morte, tuée par un des frères d’Origin. L’un des objectif du robot avec le fait de « vivre une vie convenable » a disparu. Il a échoué. Mais avec cette disparition un évènement se passe dans les neurones quantiques de cette machine, une évolution qui va faire évoluer cette Intelligence artificielle vers quelque chose d’autre…

Origin 80 | MangaSakiQuelle fin en apothéose! A l’image de la série et de cet auteur cette conclusion en deux tomes, trop courte pour tout ce que l’auteur avait à dire, pour refermer les très nombreuses pistes et personnages ouverts, nous laisse un peu piteux et choqué dans ce grand huit dont est capable le prodige coréen. Comme on le pressentait depuis le début, Boichi s’inscrit totalement dans la ligne du modèle Ghost in the Shell pour nous proposer une incroyable vision tout ce qu’il y a de plus techno-philosophique, l’acmé de ce que peut proposer la science-fiction lorsqu’elle assume son statut en poussant très loin les concepts scientifiques qui finissent par converger vers des sujets existentiels voir théologiques. L’auteur avait déjà abordé le Divin dans sa série Sanctum et on trouve ça et là des questionnements de ce type dans Dr. Stone. Ici le décès de sa protégée humaine déclenche en Origin une évolution des capacités cognitives en le faisant accéder à l’amour (posthume) avant de progresser bien plus loin en bouclant la boucle avec le thème de Y l’IA ultime que nous avons déjà rencontré plus tôt. On est au cœur de l’Anticipation avec la fascinante réflexion non seulement sur ce qu’est l’identité et l’être (la capacité de calcule suffit-elle à penser?) mais Boichi y ajoute des visions sur l’interaction entre la vitesse de traitement de l’information et l’influence quantique avec le monde physique. Ces raisonnements aboutissent souvent à des idées new age sur la transcendance. Boichi n’en est pas loin mais son technicisme affirmé lui permet de rester chevillé à l’idée scientifique et de nous proposer des idées assez vertigineuses! Dans le combat final (plutôt réussi) l’auteur se veut moins pédagogique que sur les précédents volumes, sans doute pressé par le temps et le peu de pages lui restant pour achever son récit et nous plonge dans des concepts quantiques très complexes que la simple visite de Wikipedia ne suffira sans doute pas à éclairer.

Origin Vol.10 Chapter 87: The Origin of Everything. page 10 - Mangakakalot.comLe soucis, déjà rencontré, ce sont ces ellipses pas toujours expliquées et qui nous laissent avec l’impression de pages perdues. C’est assez dommage car une ou deux cases suffisent souvent à faire le lien avec une progression rapide. La gestion du temps a toujours été capricieuse chez cet auteur qui semble parfois se perdre dans de grandioses combats ou pleines pages contemplatives avant de sauter du coq à l’âne sans coup férir. De même, ce boulimique a envie de développer un grand nombre de sujets avant de se rendre compte que dix tomes de manga avec une grande place laissée aux combats est bien peu pour développer et aboutir une thématique si complexe. J’avais fait le parallèle avec le Carbone et Silicium de Bablet qui, lui, prenait le temps et parvenait en cela mieux que son collègue mangaka à nous faire toucher l’Idée. Dans ces derniers volumes, assez linéaires, on réalise bien tardivement que les sujets de l’AEE, de l’équipe de la Team cerveau, de la mort du père, de l’histoire du robot Masamune… sont laissés presque en plan, sans suite. Pas le temps, Boichi coupe pour se concentrer sur l’achèvement inattendu de l’évolution d’Origin.

Origin Vol.10 Chapter 87: The Origin of Everything. page 15 -  Mangakakalot.com in 2020 | The originals, Good manga, ChapterLe sujet était casse-gueule comme tout thème SF très ambitieux. Et sur ce point l’auteur réussit excellement, sans faute de goût (juste un léger manque de lisibilité des séquences finales) en se permettant une fin ouverte et de mettre en quelques images cette série au point de jonction de pratiquement toute son œuvre. La fin de Wallman avait déjà rejoint Sun-ken Rock, Origin fait de même en créant un univers partagé potentiellement passionnant pour peu que ce grand gourmand ait le temps de planifier un projet structuré. Fortement poussé par ses envies, extrêmement talentueux, Boichi arrive avec Origin à accomplir, malgré ses nombreux défauts, une des œuvres SF les plus ambitieuses et réussies de la BD mondiale. Comme beaucoup de dessinateurs il lui manque encore l’autocontrôle scénaristique qui permettrait à ses créations de passer le stade de la claque visuelle, une fluidité narrative. Mais comment bouder son plaisir devant une telle maestria graphique, cette furie des corps, cette imagerie technique et ces dernières visions SF magistrales. Origin est à ce jour la meilleure BD du coréen. En attendant la suivante…

****·Manga

Origin #6-8

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Manga de Boichi
Pika (2020), série finie en 10 tomes.

Après avoir affronté un robot militaire Origin se retrouve envoyé au siège IA de l’AEE afin de remettre un rapport. Là-bas il va se retrouver au cœur d’une attaque terroriste avec un nouveau dilemme entre la nécessité d’intervenir et de protéger son identité…

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Le sixième tome conclut la séquence de l’attaque contre le centre de l’AEE. Très plaisante offensive qui permet notamment à l’auteur d’imaginer comment une militaire de l’élite  peut rivaliser avec ces androïdes ultraperfectionnés. Comme je l’ai déjà dit, la série avance vite car il reste moins de la moitié pour développer une intrigue qui était restée assez obscure jusqu’ici. Et cela tombe bien car dès la fin de ce volume l’intelligence artificielle Origin T7, manga chez Pika de Boichiultime Y va révéler à Origin leur rôle respectif ainsi que l’existence d’une adversité inconcevable… et diablement intéressante intellectuellement parlant! Alors qu’un ouvrage majeur sur le sujet vient de sortir, il est étonnant de voir comme les auteurs correspondent par œuvres interposées sur un sujet, l’Intelligence Artificielle, qui semble n’avoir jamais autant passionné. Il faut dire que la collapsologie  nous pousse à nous interroger plus que jamais sur ce qui fait l’existence et ce qui pourrait succéder à l’homme en poussant Asimov un peu plus loin encore…

Le septième volume marque un petit ventre mou en faisant une grosse pause dans l’action et le retour sur les relations entre membres de l’AEE et l’humour à la Boichi. Origin cherche des moyens de se reconstruire, il est fauché et se lance dans la production de mangas (!!). L’auteur en profite pour creuser le thème de l’amour possible entre une humaine (Mai Hirose) et une IA (Origin)… Comme toujours les réflexions sont assez passionnantes bien que le temps manque pour les creuser. A ce titre on est donc bien à l’opposé du Carbone et Silicium de Bablet qui prends beaucoup de temps pour détailler sa pensée complexe. Chez Boichi, manga grand public oblige, on part à peu près du même point mais en effleurant juste certains concepts. Le sujet de cet épisode est l’enquête de l’AEE sur les restes des androïdes de l’attaque après que la multinationale ait étouffé l’affaire sur le plan médiatique. Du coup si le scénario reste intéressant, les personnages principaux sont tout à fait mis de côté ce qui crée un petit essoufflement. Le plus intéressant, hormis les combats donc, c’est bien les idées d’objets et du quotidien dans un futur proche (on nous parlera plus tard de Fukushima), dans une démarche proche de celle de Spielberg sur Minority Report. L’autre concept que j’aime bien c’est la transposition des codes du super-héro (couverture civile et action superpower clandestine) dans un environnement Hard-SF. Ce principe est une ligne force de la série et trouvera sa conclusion au tome huit.Manga «Origin» by Boichi shared by M I S T M O R N

Plus que deux volumes avant la fin et ce huitième tome marque le retour des combats brutaux, fulgurants, entre robots. Repartant sur les mêmes bases que les tous premiers épisodes avec du combat de rue imprévu, cette fois cela ne va pas bien se passer pour Origin… Si les dessins atteignent de nouveau des sommets tant dans la virtuosité des cadrages et anatomies (avec donc un retour du fan-service mais aussi, avouons le, une passion de l’auteur pour le dessin des corps, qu’ils soient féminins ou masculins), Boichi reprend aussi ses tics de narration coupée brutalement Origin T8, manga chez Pika de Boichiavec de vraies hachures entre les cases d’action, et parfois l’impression que l’on a raté une page. C’est un effet de style pour gérer l’immédiateté des raisonnements des IA et la rapidité subluminique des actions, mais j’avoue que c’est un peu perturbant et coupe la dynamique des combats. Hormis cette gestion du temps, l’auteur sait nous surprendre, souvent et lance son dernier arc dans une fuite pour Origin et Mai devant les robots et les humains, qui pour des raisons différentes ont tout intérêt à leur mettre la main dessus. Faisant face à l’ennemi le plus redoutable qui lui ait été donné d’affronter, Origin se retrouve face au mur d’atteindre un statut de perfection s’il veut sauver la jeune femme. Le principal risque de cette série est que l’auteur ne sache pas où forcer le trait tant les thèmes sont nombreux et passionnants. Du coup cela accentue la surprise quand il vire de bord et bien malin celui qui sait comment toute cela va se terminer… A ce stade, Origin est un manga qui frôle la perfection mais reste freiné par quelques tics, un format assez court et une indécision entre les multiples envies du mangaka. Mais cela reste un très grand plaisir à chaque tome.

****·BD·Nouveau !

Carbone & Silicium

La BD!

BD de Mathieu Bablet
Ankama (2020), 287p. + cahier graphique de 37 pages, couleur. One-shot.

L’édition chroniquée est celle proposée par le réseau des librairies CanalBD et on peut dire que si la couverture n’est ni plus ni moins belle que celle de l’édition classique, les bonus sont tout à fait passionnants, ce que j’attends dans chaque édition spéciale pour entrer (un peu) dans la démarche créative de l’auteur. La préface d‘Alain Damasio, un peu lyrique, nous déblaye le terrain avant que Bablet ne détaille ses hésitations, sa démarche, l’évolution du projet, tout au long de nombreuses pages agrémentées de dessins à toutes les étapes de réalisation. Un vrai making-of absolument passionnant qui rehausse franchement une lecture… complexe. Un Calvin pour l’édition!

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****·Manga

Origin #4-5

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Manga de Boichi
Pika (2020), 9/10 tomes parus. Série finie au Japon.

Après avoir affronté un robot militaire Origin se retrouve envoyé au siège IA de l’AEE afin de remettre un rapport. Là-bas il va se retrouver au cœur d’une attaque terroriste avec un nouveau dilemme entre la nécessité d’intervenir et de protéger son identité…

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Origin - BD, informations, cotesPour preuve de l’implication de Boichi dans cette série qui lui tient particulièrement à cœur, les petites préfaces inclues sur la jaquette apportent des informations très intéressantes sur la démarche et éclairent d’un jour nouveau les planches du récit. Ainsi sur le volume quatre il nous décrit l’évolution récente du Cyberpunk dans les littératures de l’imaginaire et le plaisir à introduire le « personnage » de Y, l’IA surpuissante qui nous rappelle fortement l’IA de l’excellent manga Ex-Arm. Dans le cinquième tome il nous décrit dans un texte essentiel pour la compréhension de l’œuvre, de son envie de parler non seulement des robots mais surtout d' »êtres doués de pensée ». Par des rajouts réguliers de références à Asimov et ici à Arthur Clark il rattache sa série aux pères fondateurs du genre tout en citant Fritz Lang ou Terminator.

Ces deux volumes montent d’un cran en terme d’action puisque après l’introduction d’Origin à l’IA secrète développée par l’AEE les tomes quatre et cinq décrivent le déroulement de l’attaque des « frères » contre le centre. Moyen pour Boichi de faire parler la poudre avec des séquences d’action très puissantes et toujours aussi virtuoses. Le seul reproche que je ferais repose sur un rythme un peu haché du fait de la nécessité d’avancer rapidement dans cette série au format court (dix tomes en tout) et d’inutiles résumés des épisodes précédents, un peu comme dans certaines Scan Origin 44 VF - Lecture En Ligne Mangasséries américaines, ce qui fait perdre des pages de développement… Hormis cela, on est au cœur de l’action, avec toujours les réflexions d’Origin sur le meilleur moyen d’empêcher ses adversaires de tuer des humains (pour « vivre convenablement ») et les descriptifs techniques toujours passionnants sur les développements du corps des robots et les manœuvres pour parvenir à ses fins en utilisant le maximum des capacités de la « machine ». La baston est finalement un peu facile pour le héros mais on peut gager que cela va monter d’un cran avec l’arrivée des autres « frères ». Notons que le tome cinq profite étonnamment d’une séquence de résumé pour nous raconter l’origine des autres robots, ce qui n’avait pas été fait aussi clairement jusqu’ici et fait un peu retomber le mystère.

Sur ces volumes Boichi est particulièrement sage concernant ses tics puisqu’il y a très peu d’humour et aucun élément Ecchi, ce qui permet clairement de densifier le récit. Attention, la violence reste importante et l’auteur montre ce qu’il y a à montrer sans détours. Les bonnes idées foisonnent dans cette séquence, qui se rapproche donc beaucoup des idées dEx-Arm, manga récemment découvert, sublime graphiquement également et comme Origin descendant directe de l’œuvre de Masamune Shirow (Appleseed et Ghost in the shell… dont il faudra que je parle dans un billet dédié vu le nombre Origin: Chapter 42 - Page 18d’articles où je réfère au maître!). Je regrette simplement la première faute de gout avec le tank dont l’apparence semi-organique rappelle l’attrait de pas mal de manga pour les monstres à parties humaines (dents proéminentes, bouches multiples,…) et qui fait totalement tache ici dans une œuvre hyper-technologique (aspect graphique qu’assume mieux Ex-Arm). Dommage et j’espère que les combats contre les homologues androïdes reprendront rapidement. Je regrette également les bonus qui abandonnent (temporairement?) les fichiers techniques si passionnants des précédents volumes pour un journal de Boichi à l’humour tout à fait douteux…

Au final j’ai trouvé le volume quatre vraiment incroyable et le cinq un peu moins bon, dans une série qui reste particulièrement prenante autant intellectuellement que graphiquement et reste ce que Boichi à fait de mieux pour le moment dans ce que j’ai lu.

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