BD·Nouveau !·Rapidos

Shi #3: Revenge

BD du mercrediBD de Zidrou et Homs
Dargaud (2018), 56 p., 3 volumes parus/4

couv_344641Pour la fabrication, qualité Dargaud habituelle, belle maquette extérieure et intérieur de couverture soigné. Identique aux autres tomes.

Le (déjà) troisième tome de cette étonnante série rompt quelque peu le rythme de narration adopté sur les deux précédents. D’une part le scénario nous propose une linéarité à laquelle les auteurs ne nous avaient pas accoutumés. L’objet et le titre de l’album sont ceux de la vengeance de Jay qui va entreprendre d’éliminer un à un tous ces hommes dominants qui ont scellé son sort. Alors que les manigances politiques du roquet de l’impératrice Victoria (très bien rendue en dirigeants d’une froideur aristocratique brutale) progressent en parallèle, c’est sur ce volume un développement des secrets de la famille Winterfield que nous propose Zidrou. Le découpage au hachoir de la haute société victorienne est redoutable, emplie de perversions sexuelles, de domination masculine, de mensonges destinés à masquer les dérives des membres de la famille qui en internant sa femme à l’asile, qui en donnant un enfant illégitime à l’orphelinat,… L’autre changement est pour la première fois l’absence de séquences de nos jours, ce qui est surprenant tant le lien entre les deux époques est ténu et seuls les rappels réguliers nous permettent de progresser tome par tome vers une résolution finale après plusieurs cycles comme on le suppose. Du coup cette rupture est assez dérangeante et il risque d’être compliqué de raccrocher l’intrigue au quatrième tome. C’est un détail mais que j’espère calculé.

La continuité est sur la relation des deux jeunes femmes que l’histoire rude de chacune relie et qui va entraîner une alliance que l’on peut voir dès la couverture. Le surnaturel reste très discret et (totalement absent de ce tome) l’on se demanderait presque si l’irruption du second volume n’est pas une fantasmagorie tant le déroulement ressemble plus à un récit de vengeance tout ce qu’il y a de plus classique. Résultat de recherche d'images pour "shi revenge homs"Le dessin de Homs comporte moins de séquences d’action aux plans audacieux que le second tome et semble plus sage, sauf quand l’illustrateur espagnol nous envoie le visage sublime de Jay…

Revenge est un album de transition, qui reste de très haut niveau mais pâtit de son positionnement dans une histoire qui reste encore bien obscure. Il reste passionnant par sa dénonciation d’une réalité très noire de la société londonienne de l’époque et est rehaussé de quelques touches d’humour assez efficaces au travers de la petite clocharde qui accompagne les vengeresses dans leur croisade. Shi est une série qui se lit d’une traite et gagnera sans doute encore un niveau de qualité lorsque le premier cycle sera clôturé.

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BD·Nouveau !·Rapidos

Le roi démon

BD de Zidrou et Homs
Dargaud (2017), 56 p., 2 volumes parus.

91jjyid4talLe premier volume nous avait laissé sous le choc: un énorme tatouage, les deux héroïnes soumises à une domination masculine atroce… Le second commence dans la même veine noire, mais contre toute attente les jeunes femmes ont pris les rennes de leur situation (qui n’en est pas rose pour autant). L’irruption de l’impératrice Victoria dans cet album fait entrer la politique et quelques fils liant les deux époques  dans la narration. On est dans la directe continuité du fabuleux premier volume: aucune résolution mais des précisions sur les nombreux (et mystérieux) éléments qui nous ont été donnés jusqu’ici. Surtout, un grand méchant (juste entrevu en prologue du tome 1) apparaît et remplit parfaitement son rôle. Les personnages importants se précisent mais l’on se demande comment les auteurs vont pouvoir boucler en quelques volumes (la série est prévue en plusieurs cycles de 4 tomes) une intrigue qui ne fait que débuter. Enfin, le surnaturel que l’on subodorait intervient enfin…

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Shi a véritablement pris de court toute la sphère BD: si Zidrou avait une solide réputation mais Homs était relativement méconnu et pourtant avec une histoire obscure, divisée en deux époques, touchant au marché de l’armement, d’un ton presque nihiliste… ils ont réussi avec deux albums la même année à hisser la série à un seuil que seul Blacksad ou plus récemment Undertaker sont parvenu à atteindre: le classique instantané. Les graphismes sont toujours aussi somptueux, le découpage hargneux et inventif, les personnages très bien caractérisés… Les mêmes qualités que le premier volume se retrouvent dans le second. Un immense plaisir de lecture avec la satisfaction de savoir que l’histoire est ficelée par les auteurs dès l’origine. On applaudit des deux mains et on se dit qu’avec le plaisir que prends Homs à croquer les aventures de Jennifer et Kita avec un peu de chances on aura droit à un troisième tome avant l’été(???).

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BD·Comics

L’orgie de la rentrée

Alors ça y est on arrive à la fin d’année, grosse période de sortie de BD mais pas forcément gage de qualité étant données les contraintes posées sur les auteurs pour respecter les fenêtres de tir éditoriales. Le cru 2017 est pourtant selon moi une année exceptionnelle, en tout cas j’ai rarement prévu d’acheter autant de BD issues de séries de très bonne qualité. Voici donc sur quoi je vais baver d’impatience dans les semaines qui viennent:

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  • Troisième testament Julius V
  • Warship Jolly Rogers (annonce 2017 sur le forum BDgest)

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Si vous avez des infos sur les autres parutions attendues…

 

BD·Comics·Guide de lecture

BD: l’école hispanique?

Profitant des grâces d’une bibliothèque, j’ai découvert récemment la BD Jazz Maynard, étant complètement passé à côté à l’époque car… je croyais qu’il s’agissait d’une BD sur la musique!

C’est une véritable découverte graphique que l’album dessiné par le barcelonais

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Ignacio Roger, tant je n’avais jamais vu un tel dynamisme associé à une maîtrise technique depuis les grandes heures de Masamune Shirow sur Appleseed 4 (et la mythique baston au couteau à l’épée). Enfin, réflexion faite si, et récemment… sur le Blacksad d’une autre duo espagnol… Même maîtrise technique (anatomies, perspectives,…), même utilisation de l’encrage, même goût pour les ombres, enfin, même ahurissante lisibilité lors des scènes dynamiques… Du coup, interloqué, je me suis penché sur une hypothèse farfelue, celle d’une Ecole ibère en matière de graphisme BD.blacksad_02_iz_24139-3thoom

Après un tour d’horizon je vois cette liste d’auteurs récents d’origine hispanique ou sud-américaine: Guarnido (Blacksad), Roger (Jazz Maynard), Jose Luis Munuera (Sous le signe de la Lune, Les Campbell,…), Montllo (Warship Jolly Roger), Marcial Toledano (Tebori), Guillermo Gonzalez Escalada (le Chevalier à la licorne), José Homs (Shi), Joe Madureira, Joe Quesada, Ignacio Noé, Juan Gimenez,…

tumblr_nw2vd8e2xc1sbbfwho3_12801Ok, tous n’ont pas la même technique des premiers cités. Mais tous (ou presque) ont fait parler de leurs BD sur le plan graphique et notamment par une technique sans accrocs. Lorsque l’on regarde les techniques des illustres « comics-illustrators » que sont Quesada et Madureira la proximité est saisissante avec Guarnido et Roger dans cette approche d’un trait avec forte utilisation des noirs et un mélange de traits presque cartoon et hyper précis à la fois. Chacun sait que Guarnido a bossé chez Disney et que les studios d’animation sont gros consommateurs d’artistes de talent et extrêmement formateurs sur le plan technique. Je ne connais pas les bio de tous les dessinateurs cités dans ce billet mais m’est avis que de telles techniques ne s’acquièrent pas que par leur seule formation ou par l’observation.

A partir de là, beaucoup d’autres hypothèses sont possibles: l’influence du comics (lui-même totalement redigéré depuis les années 80 par une foule d’illustrateurs étrangers ou d’origine latino-américaine) sur les auteurs espagnols? Le poids en France de la Ligne claire par contraste avec d’autres influences outre-pyrénées?

Toujours est-il que ces illustrateurs poussent très loin le dynamisme et la « mise en vie » de leurs cases en prouvant que les mangaka ne sont désormais plus seuls maîtres à bord. Roger est pour moi une énorme claque graphique, la première depuis Ronan Toulhoat ces dernières années et je vous invite à suivre de très près ses prochaines créations.