BD·Jeunesse·Nouveau !·Numérique·Rapidos·Service Presse

La rose écarlate – missions: La belle et le loup

BD de Patricia Lyfoung et Jenny
Delcourt (2017-2018), 2 vol., 48p. /volume.

Couverture de La rose écarlate - Missions -5- La Belle et le loup 1/2

Les séries dérivées de la Rose écarlate (13 volumes parus), intitulées « Mission » compte actuellement trois histoires, chacune découpée en deux volumes et qui ont la particularité d’adopter un thème fantastique contrairement à la série mère. Ainsi la première mission a vu le couple de héros affronter un fantôme, dans la seconde c’est un vampire, dans la troisième un loup garou.

La rose écarlate et le renard vont se retrouver à enquêter sur les mystérieuses attaques d’un loup-garou dont les agressions semblent liées à un jeune héritier qui vient de prendre possession de son château. Le couple rencontre alors un père et sa fille, chasseurs de loups-garou qui vont les aider à résoudre ce mystère…

Couverture de La rose écarlate - Missions -6- La Belle et le loup 2/2

Dans la première partie Maud (qui n’endossera pratiquement pas son costume de rose écarlate) devient super copine avec la blonde Belladone, farouche chasseuse de lycanthrope, formée aux arts de la chasse et du combat par son paternel. Très rapidement le secret des deux justiciers masqués est dévoilé et l’on sait que Belladone deviendra une alliée fidèle. Maud, très peu concernée par la problématique fantastique de l’histoire et qui laisse Guilhem mener l’enquête, a décidé de marier sa nouvelle copine avec le jeune noble qu’ils ont rencontrés. L’histoire avance vite, pleine de mystère (on reste dans une série pour jeunes filles et le scénario reste simple) et l’aspect manga et l’humour autour d’une héroïne mièvre au possible est bien développé dans cette histoire. Le côté action est reporté sur la nouvelle arrivée que l’on imagine bien revenir dans de futures aventures.

Résultat de recherche d'images pour "la rose écarlate missions belle et le loup"Dans la seconde partie un nouveau jeune homme amnésique emporte Belladone dans la rivière et se retrouve à errer dans des dédales souterrains: les deux jeunes gens apprennent à se connaître et le lecteur voit l’amour poindre au bout du chemin… pour le plus grand plaisir de Maud de la roche! L’on passe très rapidement d’une séquence à l’autre et pour introduire des mystères Patricia Lyfoung va parfois un peu vite en nous dépaysant brutalement. Les ficelles sont néanmoins prévisibles (pour un lecteur adulte tout le moins) et le jeu sur les identités supposées du loup-garou occupent le cœur de l’histoire avec le plaisir des pronostics. Le côté fleur-bleue matinée d’enquête semi-ésotérique fonctionne toujours très bien et si le format double-album peut sembler un peu gros par moments, cela permet aussi de développer des séquences humoristiques avec une rose écarlate nunuche et romantique qui plaira beaucoup aux lectrices.

Cette série a une cible très définie: les jeunes filles modernes amatrices d’aventure mais aussi de héroïnes romantiques aux jolis cheveux brillants… Le dessin de Jenny colle très bien à la ligne originale de Patricia Lyfoung et le tout est très joliment colorisé à la mode manga (très brillant donc!) par un Philippe Ogaki qui avait produit une excellente série SF avec Fred Duval il y a quelques années. La recette fonctionne, permet de se renouveler en gardant les constantes. Une jolie réussite dans le genre et qui mérite son succès.

Achetez-le badge-cml

Publicités
BD·Mercredi BD·Nouveau !

Shalin

BD de David et Bourgier
Soleil (2017), 50p., Série Servitude en cours, 5 tomes parus sur 6.

couv_312847La maquette est toujours aussi élégante, avec pour la première fois de la série un personnage de dos. Également comme d’habitude un extrait de texte ancien introduisant le peuple Riddrak cette fois-ci. Pas de glossaire (peut-être dans le t6?). Comme expliqué sur le précédent article concernant Servitude, le tirage de tête à venir est vivement conseillé pour profiter pleinement de la finesse des extraordinaires dessins…

Après le siège d’Al Astan qui a vu la fuite des Fils de la terre, après  l’exil des Drekkars accompagnant l’Hégémon Sekal d’Aegor et les esclaves Riddrak libérés, toutes ces factions semblent se diriger vers Shalin, la cité sortie des sables du désert. Là, alors que le navire Iccrin transportant F’lar et Kiriel atterrit en catastrophe, une rude négociation commence entre les différents peuples. Le félon Othar de Vériel commence le siège de Shalin et Sékal commence un intriguant voyage solitaire aux confins du désert…

Le cinquième tome de Servitude est là, tragiquement car ce devrait être le dernier (zut) et que c’est finalement l’avant-dernier (youpi): les auteurs expliquent en petite post-face qu’ils ont été contraints de scinder le dernier album en deux parties pour éviter de repousser la sortie d’un volume de 100 pages. Personnellement cela ne m’aurait pas gêné mais l’on peut imaginer que l’éditeur a souhaité une telle solution. 9782302065055_pgPas grave, on replonge dans le royaume des Fils de la terre et l’on ne va pas s’en plaindre. A la fermeture de l’album la frustration est immense. D’abord par-ce que cet album coupé en deux ne se clôt pas vraiment (logique). Mais surtout par-ce que le rythme reste celui adopté depuis le début: lent mais fourmillant de détails, mystérieux, soulevant autant de question qu’il en pose. Comment vont faire les auteurs pour boucler avec brio un tel monument? Personnellement je leur fais confiance étant donné le sans faute total de cette série.

Cet album est un peu différent des autres puisqu’il s’agit principalement de discussions entre seigneurs et chefs de guerre (Vériel et les Drekkars, les mercenaires qui l’accompagnent, le chef Riddrak et le roi Arkanor,… Peu de découverte ethnologiques cette fois hormis les magnifiques passages muets montrant des éléments de la vie pratique des gens de ce monde (cuisson des briques, marchands dans leur échoppe, gestion de l’eau). Car l’une des spécificités de cette série c’est l’intérêt tout particulier porté au détail et à la cohérence de chaque société. C’est en cela que je la comparais à l’œuvre de Bourgeon. Alors oui il y a des batailles toujours excellemment bien menées, il y a des paysages contemplatifs, un peu moins de décors (on est dans le servitudet5-4.jpgdésert) mais des trognes toujours incroyables (et très balafrées!). Tout est frustrant dans Servitude, avec des auteurs maîtres de l’ellipse, qui permet sans doute de tenir cette intrigue et cette ambiance si particulière. Le combat s’interrompt au premier coup d’épée, des personnages charismatiques disparaissent brutalement (là encore un peu de Game of Throne), des scènes muettes intrigantes restent sans explication, des personnages majeurs n’intervenant que sur une page… On voudrait le même espace que celui dont a joui Bablet sur Shangri-la, des volumes de 80 pages… mais le travail incroyable déjà accompli aurait sans-doute signifié des attentes de 5 ans par album.

Dans Shalin l’on comprend un peu mieux les intérêts des différentes factions et notamment les évènements du tome 3 (qu’éclairent pas mal les bonus intégrés au second tirage de tête rassemblant les tomes 3 et 4). Mais Servitude est un tout formidablement ficelé et plus qu’aucune autre série il est conseillé de lire l’ensemble des tomes depuis le premier. Une telle maîtrise scénaristique sur plus de deux-cent pages au total est vraiment un tour de force. Pas un plan, pas une phrase, pas un arrière-plan n’est inutile, tout se tient, tout se relie. Vous pouvez avoir une phrase ou une scène graphique illustrant ou expliquant une séquence du tome 1 ou 3 par exemple. Quel plaisir pour le lecteur que de voir une telle harmonie! Ce tome illustre également la complexité des personnages, sans aucun manichéisme. Toute décision s’explique, toute trahison est logique selon la morale du personnage. Hormis Othar de Vériel il n’y a pas réellement de méchant dans Servitude. Car l’objet de la série est bien la servitude volontaire de ces différents peuples auprès du Créateur dont l’intervention pointe enfin dans les toutes dernières cases…

11887859_879954945387684_5514333905975523886_nServitude, je ne le dirais jamais assez, est une lecture totalement indispensable à tout amateur de BD, quel que soit son genre de prédilection. Une lecture relativement exigeants, qui demande de s’immerger dans un monde total (je renvoie à mon précédent billet sur ce point). Je ne mets pas 6 Calvin par-ce que j’ai pas le droit mais bon… 🙂

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mo