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Scurry #3: la malédiction des ombres.

Comic de Mac Smith
Delcourt (2022), 96 p., 3/3 tomes parus.

Publication papier suite à la parution en webcomic.couv_448230

L’inondation a tout emporté et, désormais réunis, Pict et Wix sont sur le chemin du retour, alors que le complot dans la Colonie est en passe de basculer. C’est alors qu’une rencontre permet aux souris de comprendre l’origine de la disparition des humains et chaos ambiant…

ArtStation - Scurry book 3 ExcerptEn forme de montée en puissance on ne peut guère faire mieux! Après un premier tome de mise en place certes magnifique mais sommes toutes assez classique, une grande aventure aux accents mystiques dans le second, nous voici arrivé à la conclusion (temporaire) de cette très ambitieuse série qui confirme à la fois le rôle de formidable vivier créatif de la machine Disney et la qualité du comics indé pour proposer des histoires adultes à la croisée des genres. Le découpage par chapitres est d’abord un modèle du genre, d’une grande fluidité qui permet de lire l’album sans effort et dans un déroulé naturel. Chaque chapitre a son début, sa fin et enchaîne fort logiquement en se permettant en outre le luxe de conclure progressivement chacune des intrigues secondaires avant de prolonger sur un chapitre ultime loin d’être forcé comme c’est parfois le cas. A ce titre la conclusion est remarquable tout à la fois dans sa puissance graphique lors du combat final, dans son intelligence en jouant sans ridicule du courage de la petite souris confrontée aux loups. On sent la culture cinéma de l’auteur qui propose ce qui pourrait se rapprocher d’une version BD d’un vrai film en jouant ardemment sur les flous et effets d’optique, avec une grande réussite. Le cahier de croquis final permet d’ailleurs de voir l’intérêt des différentes couches posées sur des dessins 100% Disney et qui atténuent cette patte cartoon.

Scurry (tome 3) - (Mac Smith) - Drame [BDNET.COM]Ce tome est remarquable en ce que, maintenant tout le cadre posé, il peut alterner des séquences d’action qui n’ont rien à envier aux histoires d’humains, jouant sur les tonalités chromatiques comme sur les styles de batailles: duels contre la conjuration ou combat contre les bêtes géantes. De même Mac Smith décide d’expliciter l’origine du chaos dans une séquences narrée très impressionnante graphiquement. La majorité des post-apo se contentent de poser le contexte en laissant brumeuse la cause. Personnellement cela m’a toujours chagriné en considérant que cela affaiblissait le background. L’auteur utilise ainsi cette source comme possible explication à la communication entre animaux et l’étonnante intelligence des souris. Comme dans tout bon film on a donc droit à des trahisons, des chutes dramatiques du héros, des retours glorieux, des morts cruelles et des moments de tendresse. La galerie de personnage pléthorique permet de varier les plaisirs, de garder du rythme et fait de cette trilogie un must-read pour tout âge et un cadeau que l’on n’attendait pas.

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Scurry #2

Comic de Mac Smith

Delcourt (2022), 2/3 tomes parus.

Publication papier suite à la parution en webcomic.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur fidélité.

Wix continue sa quête pour sauver son amie enlevée par un corbeau. Cela va l’emmener bien loin de sa zone de chasse. Confronté aux énormes bêtes sauvages qui renvoient les chats à l’état de gentille peluche, il va découvrir le royaume des Castors, îlot préservant la vie des petits rongeurs mais menacé par un poison invisible…

Si le premier épisode de cette sublime aventure animalière laissait un peu dans l’expectative, ce second clarifie tout de suite les choses: oui Mac Smith nous propose bien une grande aventure pleine de traîtres, de rois fous et de prédateurs géants qui vont demander tout l’héroïsme du monde à nous deux souris! Un peu sur la réserve dans son introduction engoncée dans les débats politiques et le huis-clos de la maison, l’auteur ouvre ici les vannes du grand périple, appuyé sur la carte du monde qui aide le lecteur à suivre le parcours des protagonistes. ALL-NEW X-MEN HS 2 : DEADPOOL V GAMBIT | UniversComics : Le Mag'Avec une intrigue simple et linéaire, Scurry vous mène sur des rails dont le vernis animalier sur un schéma de quête fantasy apporte une vraie originalité. Comme dit précédemment on reste dans une structure Disney mais débarrassé de ses atours enfantins. Ici les animaux sont inquiétants, féroces, on saigne et le monde vu à hauteur de souris est très très menaçant… Comme toujours la galerie de personnages structure le récit et son intérêt et en la matière l’album est fort généreux: horde de souris sauvages timbrées par-ci, colosse Orignal par-là, armée de castors rigoureux et faux-frère de Grimma langue de serpent dans l’antre du roi, on n’a pas le temps de souffler entre deux attaques de loups et de serpent. La fin du tome laisse espérer une once de fantastique alors que la quête de Wix se rapproche d’une quête arthurienne et on en redemande. Tant mieux, l’éditeur Delcourt a choisi de conclure la chose dès le mois prochain! Vive Scurry!

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Le dernier des dieux #4

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Comic de Philip Kennedy Johnson, Ricardo Federici et Sunny Gho (coul).
Urban (2021) 70p., série achevée en 4 volumes.

Voici enfin venue la conclusion (partielle) de cette sublime saga dont vous trouverez la chronique des deux précédents ici. Et avant d’entrer dans le vif du sujet on peut d’ors et déjà déflorer qu’ici commence seulement l’exploration de ce monde de Cain Anun, dont l’auteur confesse en post-face n’avoir qu’abordé l’écume (ce qu’on ressent volontiers à la lecture du background). Le quatrième tome est plus court et agrémenté d’une histoire annexe dessinée par un second dessinateur. D’autres albums sont donc à prévoir pour notre plus grand plaisir!

Attention SPOILERS!

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Coup de coeur! (1)Nous avions laissé la Compagnie séparée et attaquée par un gigantesque Dragon… Depuis le premier tome Phillip Kennedy Johnson a démontré son envie de ruptures permanentes et aussitôt ouvert cet ultime chapitre voilà nos yeux passionnés rappelés à la dure réalité en voyant ce qu’est devenu le glorieux et si héroïque Haakon le honni, gardien des fae. En bon sadique destructeur de mondes, le scénariste ne cesse de briser ses plus beaux personnages, de révéler mensonges et infamies, au risque de nous laisser à la fin épuisés par tant de soubresauts…

Plus court que les autres, ce tome va ainsi nous dérouler la confrontation finale et les dernières et non des moindres révélations sur le péché originel. Je ne déflorerait pas tout mais si la partition graphique et le grandiose de cette bataille magique font toujours briller les mirettes, on ressent tout de même que l’on est en bout de ligne avec le gros des chocs émotionnels désormais derrière nous et une conclusion nécessairement un peu décevante. L’auteur garde encore quelques twist bien placés mais ce sont plus que jamais les textes intercalaires qui apportent la plus value en nous donnant envie de nous replonger en Cain Anun, quelle que soit la légende qui nous sera contée.The Last God #12 Preview - The Comic Book Dispatch

On pourra dire que cela fait très longtemps qu’un auteur n’aura su réinventer si brillamment des thèmes éculés de la fantasy, des elfes aux fées, en donnant le sentiment d’avoir touché le graal d’une légende de fantasy enfin adulte, complexe, une sorte de Watchmen du Seigneur des Anneaux qui en déconstruisant les mythes aura su les sublimer. Une quadrilogie majeure, à lire impérativement.

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Le dernier des dieux #2-3

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Comic de Philip Kennedy Johnson, Ricardo Federici et Sunny Gho (coul).
Urban (2021) 70p. 3 tomes parus sur 4.

L’édition Urban reprend 3 volumes US par édition reliée. Lire la critique enthousiaste du premier volume.

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Coup de coeur! (1)A peine remis du choc du premier volume de cette saga on replonge dans cette dark fantasy qui allie une trame simple telle le Seigneur des Anneaux (l’itinéraire contraint d’une confrérie mal assortie vers la source du Mal) à une analyse du mythe proche du travail de Bourgier et David sur Servitude. Je parlais dans le précédent billet d’une alternance de deux époques, il faut en fait compter le récit en rythme ternaire, lui incluant la lecture des longues chroniques historiques qui révèlent le passé de ce monde à l’agonie. The Last God (2019-) No.6 - Comics de comiXology: WebCes intermèdes jouent du rythme recherché, brisant la continuité et renforçant la confusion mentale du lecteur (dont je vais parler plus bas). Il y a étrangement une forme de huis-clos dans la Geste de cette pauvre reine déchue qui remonte le cours de sa vie et de ses trahisons passées. A mesure que l’on parcours le fleuve du temps on découvre un par un les héros du mythe révélés dans leur plus simple appareil. Surtout on observe un univers étonnamment familier, un monde où seule la force domine, où la Nature est méprisée et ses protecteurs exterminés, génocidés. Un monde où la magie ne peut être que noire et où bien peu d’espoir survient. Dans le volume deux on apprend dans une séquences de sublimes planches, la cosmogonie de cette terre, en un mélange entre la Genèse et le Silmarillion. Car le matériau de Cain Anun n’est guère original et Philip Kennedy Johnson propose avant tout à ses lecteurs un travail sur le mensonge (savoureux pour un américain du temps de Trump…).

Subtile, le scénariste ne se contente pas de répéter la formule qui pourrait devenir lassante. Si son héros Tyr est à l’image de son apparence, un odieux barbare sans morale et voué entièrement à sa propre gloire, ce n’est pas le cas de tous les personnages. On a bien entendu un peuple elfique montré comme relativement pacifique et victime des hommes dont il n’y a rien à attendre. Les auteurs arrivent bien à proposer des variations sur les thématiques archi-balisées de la fantasy, notamment ces Archenains, affreux cannibales primaires et violents. Mais une des originalités de ce projet repose sur un travail sur la langue. Là encore rien de révolutionnaire pour un lecteur habitué à la littérature fantasy, mais suffisamment pour bâtir, tel Tolkien, une solidité de background qui donne toute sa saveur à la quête initiatique. Là entrent en jeu les récits intercalés qui laissent l’auteur se faire plaisir dans des narrations prenantes et révélatrices.DC's Phillip Kennedy Johnson Talks Building a Deep and Epic Fantasy  Adventure in The Last God

Le miroir entre les deux époques, travaillé avec malice par le dessinateur qui donne des apparences à la fois proches à la fois distinctes à ses deux générations, joue du lecteur en le perdant dans les méandres du temps, ne sachant jamais bien où et quand il est. Il en ressort une concentration qui nous implique plus que le simple récit (finalement attendu) ne le laissait présager. On se laisse alors guider avec grand plaisir, sur des planches au cadrage serré fait de nombreuses interactions entre les personnages avant de fréquentes irruptions graphiques dantesques en pleines pages, qui emportent son lot de morts et blessés.Review: What Lies Beneath The Pinnacle Revealed In 'Last God #5' – COMICON

Récit aussi puissant graphiquement que dans son propos, Le dernier des dieux est jusqu’ici un projet ambitieux et d’un format idéal, sans défauts apparents et montrant un impressionnant travail sous des apparences sommes toutes classiques. Un récit de bruit et de fureur où l’espoir ne brille guère, tant et si bien que l’on se demande bien comment ces fétus de paille pourront corriger ce qui a été fait et quelle est cette faute originelle, si terrible, dont on nous parle depuis les premières pages…

L’édition US comporte douze chapitre et et le format relié Urban se conclura dès le prochain tome en novembre… avant la série spin-off déjà fort alléchante!

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Les Avengers des Terres Perdues

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Recueil de 112 pages comprenant les cinq épisodes de la mini-série Avengers of the Wastelands, écrite par Ed Brisson et dessinée par Jonas Scharf . Parution le 17/02/2021 aux éditions Panini Comics.

Les Avengers sont morts, vivent les Avengers

Il y a des décennies, les pires criminels de l’univers Marvel ont pris la meilleure décision de leurs vies: s’organiser à grande échelle, et mettre en commun leurs ressources afin de mettre à bas leurs ennemis jurés. Ainsi, en une nuit, les plus grands héros de la Terre sont tombés, quasiment sans coup férir, laissant l’Amérique aux mains de mégalomanes nazis tels que Crâne Rouge. 

Puis, les vilains se sont partagés les territoires, donnant naissance à un nouvel ordre mondial basé sur les rivalités entre seigneurs de guerre, conduisant le monde à sa ruine. Plus aucun Avenger, plus aucun X-Men ni Fantastique pour les arrêter. Le rêve des super-vilains s’était enfin réalisé, mais le rêve de quelques uns peut vite se révéler le cauchemar de tous. 

Plus qu’aucun autre, Logan a fait les frais de cette catastrophe. Piégé par Mysterio, il a lui-même massacré ses frères d’armes mutants lors de la grande purge des super-vilains. Dès lors, Logan s’est retiré du monde des super-héros, et a pris sa retraite. Bien des années plus tard, alors qu’il a fondé une famille et qu’il fait de son mieux pour survivre, Logan est rattrapé par son passé. Sa famille est menacée par les rejetons dégénérés de Hulk, si bien qu’il doit s’embarquer dans un périlleux road trip avec le vieil Hawkeye afin de la sauver. Après moult péripéties, qui le conduiront à éliminer le Président Crâne Rouge, Logan rentre chez lui pour trouver sa famille massacrée. Ce traumatisme épouvantable va le conduire à faire ce qu’il se refusait jusqu’alors, et sort ses griffes d’adamantium pour massacrer le clan Banner, Bruce compris. 

Old Man Logan, initié par Mark Millar, nous montrait un monde désolé et impitoyable, qui est ici repris, après les mini-séries Old Man Quill et Dead Man Logan. La majorité des héros s’en est sans doute allée, mais elle a vocation à être remplacée par de nouveaux héros, entre nostalgie des temps passés et foi en un avenir meilleur. 

Après la chute de Crâne Rouge, c’est Fatalis qui s’est installé sur le trône, régnant avec la poigne de fer qu’on lui connait. Bien décidé à assurer sa suprématie, il entreprend de retirer de l’échiquier tous ses anciens conjurés, et écrase cruellement tous ceux qui pourraient lui causer du tort. Qui pourra détrôner le tyran sanguinaire ?

Teenage Wasteland

Ed Brisson met au centre de son récit Danielle Cage, fille du super-héros Luke Cage et de la super-détective Jessica Jones. Cette dernière est à la tête d’une communauté paisible de survivants, épaulée par Bruce Banner Jr, seul survivant du massacre causé par le regretté Logan. Non contente d’être la fille de ses prestigieux parents, Danielle est également la dernière détentrice de Mjolnir, le mythique marteau de Thor, ce qui lui permet d’irriguer efficacement les cultures destinées à nourrir le groupe. 

Ce quotidien relativement serein est perturbé par l’irruption de Dwight, successeur d’Ant-Man, dont la communauté a fait les frais de la cruauté de Fatalis. Ensemble, Dwight, Danielle et Bruce Junior vont se dresser contre la tyrannie, forts de l’héritage glorieux des Avengers. Ils seront bien vite rejoints par Grant, un ancien soldat de Fatalis ayant survécu à l’injection du Sérum du Super-soldat, puis par Viv, fille du regretté Vision. Captain, Thor, Hulk et Ant-Man, on peut dire sans se tromper que c’est une bonne base pour une équipe d’Avengers. 

L’idée d’une équipe de jeunes héros succédant aux Avengers n’est pas nouvelle, loin s’en faut. Il n’y a qu’à regarder du côté des Young Avengers, qui réunit de la même façon des personnages jeunes et tous liés aux héros adultes. S’agissant de la trame narrative futuriste, on trouve également A-Next, version adolescente et future des Avengers apparue dans la série Spider-Girl au début des années 2000, ou encore la version que l’on découvre dans Avengers volume 4 n°1. Et il est ici inutile d’évoquer Avengers Forever et son casting méta-temporel. 

Danielle Cage, quant à elle, était apparue en 2006 sous la plume de Brian Bendis. Encore enfant dans l’univers classique, elle a néanmoins bénéficié d’une autre version future dans laquelle elle reprend le rôle de Captain America (Avengers: Ultron Forever). Quelle que soit le futur, il semblerait donc que la jeune Danielle soit appelée à un destin héroïque. Dans ces Avengers des Terres Perdues, il est donc question d’héritage, mais aussi d’espoir et des symboles qui le portent. Les jeunes héros ont donc le choix entre la simple survie où le poids supplémentaire des responsabilités que leur donnent leurs pouvoirs. 

Être à la hauteur de ses aînés est un défi conséquent, surtout quand il s’agit de remettre le monde sur les rails. Le récit est bien construit autour de cette thématique et contient suffisamment de rebondissements pour conserver l’intérêt du lecteur. En revanche, les scènes d’actions peuvent se montrer un tantinet répétitives, mêmes si elles bénéficient d’un dessin de qualité. On aurait aimé voir une progression plus nette dans la coopération des héros, qui auraient pu commencer leur mission de façon dysharmonique pour former peu à peu, au fil du récit, une équipe fonctionnelle. Ce n’est pas vraiment le cas ici, et il est dommage de noter que les combats se ressemblent un peu tous. 

Ces Avengers des Terres Perdues restent une lecture agréable qui prolonge le concept d’Old Man Logan en y apportant une touche d’espoir bienvenue. 

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Le dernier des dieux #1

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Comic de Philip Kennedy Johnson, Ricardo Federici et Sunny Gho (coul).
Urban (2021) 70p.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour cette découverte.

L’album au format franco-belge s’ouvre sur une superbe carte du monde de Cain Anuun et insère au milieu des trois chapitres de nombreux textes de background, légendes, récits et chants qui approfondissent largement l’expérience de lecture. On aurait aimé un cahier créatif mais en tant que tel l’album est fort joli avec sa couverture épique et son élégante typographie. A noter qu’outre le format BD cette série s’inscrit dans le Black label dont elle confirme une nouvelle fois la qualité très largement supérieure au canon DC.

Cela fait trente ans que les Traquedieux ont vaincu le Dieu du Vide et la Pestefleur. Trente ans que le roi Tyr règle sans partage sur Cain Anuun en sa capitale Tyrgolad. Eyvindr est un enfant de la paix, un enfant des héros. Et le jour où la peste reparaît sur la terre des hommes, son monde, sa légende s’effondre…

Le mois dernier Urban, le label DC comics de Dargaud, publiait simultanément deux albums au format original, très proche du format franco-belge avec une approche artistique également très européenne. Le Decorum de Hickman proposait une SF ésotérique ambitieuse mais complexe, tant par son graphisme que par sa construction. Comme une illustration de la règle du « plus simple est plus fort » Le dernier des dieux prend le contre-pied de son collègue en installant un récit linéaire et extrêmement lisible sur un univers d’une richesse très profonde. Si l’on peut souvent reprocher aux comics de privilégier la forme sur le fonds, on peut dire qu’ici Philip Kennedy Johnson  et Ricardo Federici s’approche du sommet que constitue la saga tout juste achevée Servitude en matière de construction d’univers.

S’ouvrant sur le récit de la saga des Traquedieux on nous prévient immédiatement que tous les mythes comportent leurs mensonges. Toute l’histoire qui s’ensuit part de ce postulat simple mais diablement efficace de déconstruction du mythe: le lecteur prévenu très tôt va devoir trier entre les images qu’il voit, ce qu’on lui raconte et les légendes écrites dans les textes de background. Se construire son propre récit à partir de mensonges. Ainsi la BD va alterner entre deux époques progressant en miroir: celle du jeune gladiateur Eyvindr découvrant peu à peu les mensonges sur lesquels il a bâti ses victoires et ses rêves et celle de la reine et des Traquedieux progressant vers leur destin, un destin sans doute bien différent des récits mythifiés.

Pour raconter cela l’italien Ricardo Federici (qui a pris la suite de Serpieri sur la série Saria) utilise une technique très réaliste rehaussée par de superbes couleurs qui épousent parfaitement les traits d’aspect crayonnés. On sent une sensibilité européenne qui rappelle parfois un Esad Ribic, aussi à l’aise dans les expressions faciales que dans la dynamique des corps. Surtout il crée un design monstrueux particulièrement réussi malgré la nécessité de tentacules et autres aberrations organiques, souvent vulgaires dans les imaginaires graphiques. Ici la texture rocailleuse, écailleuse, permet de superbes planches de combats épiques où lames s’entrecroisent avec fluides divers, magiques ou aqueux, quand ils ne rencontrent pas des animaux fantastiques que les textes de background ont auparavant bien enrichis pour en faire bien plus que des décors de combat.

Il ressort de ce premier tome une richesse rarement vue qui se paie le luxe de correspondre à l’élégance graphique évidente. Ainsi les défauts récurrents du genre comics disparaissent totalement avec une matière qui vous happe dans un récit d’une très grande fluidité au service d’un projet passionnant, aux origines des mythes. Partis sur des bases fabuleuses on ne voit pas ce qui pourrait faire dérailler le duo dans une série partie pour être un classique immédiat.

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*****·BD·Nouveau !

Don Vega

La BD!

Histoire complète en 87 pages, écrite et dessinée par Pierre Alary, d’après l’œuvre de Johnston McCulley. Parution aux éditions Dargaud le 02/10/2020.

Viva Las Vega

Si l’Histoire des États-Unis d’Amérique est mouvementée, celle de la Californie ne fait bien sûr pas exception. Théâtre de conflits de territoires entre le Mexique, l’Espagne et les américains, cet État a vu ses habitants spoliés de leurs biens par les différents seigneurs de guerre qui ont tour à tour revendiqué le pouvoir.

En 1849, alors que la Californie vient de quitter le girond mexicain et l’emprise espagnole, Gomez, un ancien général de la guerre du Mexique, espère tirer son épingle du jeu en spéculant sur les terres confisquées par les armes aux anciens propriétaires. Devenu un homme d’affaire puissant, il réunit autour de lui des nantis afin d’accroître son influence, alors que ses mercenaires sèment la terreur parmi les péons, qu’il réduit en esclavage dans ses mines d’or.

Parmi les victimes de ses machinations, la famille Vega, dont il a annexé toutes les propriétés après le décès des époux Vega. Seul demeure Don Vega, dernier héritier de la fortune, ignorant ce qui se trame réellement.

Zorro Begins

Parmi le peuple, cependant, gronde une colère juste, mais timorée. Certains, imbibés d’alcool, parviennent à rassembler suffisamment de courage pour se dresser, une arme à la main, contre la tyrannie de Gomez et de son armée, invoquant la légende d’un redresseur de torts local, El Zorro. Malheureusement, aucun des téméraires n’a survécu. Un seul homme peut-il suffire à déclencher une révolution ?

Gomez, du haut de sa tour d’ivoire, semble persuadé que non. Mais Don Vega, revenu secrètement en Californie, va s’échiner à lui donner tort. Fort de son entraînement à l’académie militaire de Madrid, le jeune orphelin déshérité va utiliser le folklore à son avantage pour inspirer le peuple et renverser le tyran.

Pierre Alary revient dans Don Vega aux fondamentaux du monument de la culture populaire qu’est Zorro. Décliné depuis des décennies dans tous les médias, le vengeur masqué a inspiré plusieurs super-héros (notamment Batman, et même le fameux Dahaka !), preuve de l’universalité de certaines de ses thématiques.

L’auteur s’empare donc des éléments-clés de Zorro pour les condenser en une origin story dense et rythmée. On assiste ici à une mise en abyme puisque l’on découvre, au fil du récit, que le personnage est une icône du folklore dans laquelle les péons oppressés placent leurs espoirs. La technique graphique de Pierre Alary laisse rêveur et offre à ce roman graphique toute sa qualité et sa noblesse. L’histoire se lit comme un one-shot, bien qu’elle soit en réalité un préquel, il ne serait donc pas étonnant de voir fleurir une suite à cet ouvrage impressionnant !

L’avis de Blondin

Le format one-shot permet de se départir du carcan de la série avec sa progressivité nécessaire pour proposer une générosité brute de la part des auteurs. Sous un style très BD jeunesse, Pierre Alary utilise une technique solide et un sens du cadrage et du rythme redoutables pour nous proposer une histoire courte, menée tambour battant, qui prend ses aises pour une sorte d’album-concept dont l’intrigue tient plus du western que d’Hitchcock mais dont la mise en scène procure de véritables sensations de cinéma. Si l’on reste vaguement sur notre faim quand au personnage de Zorro, la gestion du mystère et du mythe face à ces superbes ordures nous immerge dans un page-turner qui laisse effectivement envie de voir une suite. Je regretterais juste ces trames dont l’intérêt m’échappe et qui abiment les planches par ailleurs joliment colorisées.

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Wonder Woman: La chute de Tir na Nog

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Comic de Liam Sharp et ROmulo Fajardo (coul.)
Urban (2019), 132p., série en cours.

couv_376310L’album peut être lu comme un one-shot (l’histoire a une conclusion) mais va se prolonger avec une fin ouverte. Une introduction explique le projet graphique d’hommage à l’illustrateur Jim Fitzpatrick, connu pour avoir conçu la célébrissime image du Che, bichromie de la photo de Korda, mais également pour ses graphismes semi art déco inspirés de l’imagerie celte. L’ouvrage s’ouvre donc sur une préface de Fitzpatrick expliquant les inspirations de Sharp et le rôle de transmission de chaque auteur, produisant la matière aux futures générations de dessinateurs. Vient ensuite un court lexique des personnages du mythe apparaissant dans l’album et le volume se termine après six chapitres par deux simples planches de couvertures encrées. On a vu plus fourni chez Urban. La couverture est néanmoins absolument superbe et donne à elle seule envie d’ouvrir l’ouvrage…

Alors qu’elle jouit d’un repos mérité Diana de Thémyscira (Wonder Woman) est approchée par une créature mythique, le dieu Cernunnos Cernach, gardien de l’équilibre de Tir Na Nog, le royaume caché où vivent les clans du Petit Peuple depuis des siècles. Pourtant le conflit gronde sur place et lorsque Wonder Woman arrive sur place c’est pour constater que le pire a commencé: le roi des Fomoires a été tué, provoquant un vent de guerre inéluctable. L’amazone fait alors appel au plus grand détective de la Terre…

https://cdn-s-www.bienpublic.com/images/3BC89548-7AB7-407D-AE8E-A492EEEE9F72/NW_raw/urban-comics-2019-(-dc-comics-2018)-1571845556.jpgConcentrant mes lectures DC presque exclusivement sur les aventures du Chevalier noir, ce (presque) one-shot m’a vivement fait de l’œil avec son graphisme très particulier et cette enquête au pays des dieux celtes. Car ne soyez pas trompé par le rangement de l’ouvrage dans la collection Wonder Woman: il s’agit bien d’une enquête de Batman dans laquelle est conviée l’Amazone, personnage important mais clairement secondaire ici. Le seul fait que l’univers abordé soit féerique justifie ce rangement.

Ouvrage du seul Liam Sharp (plus proche des Frazetta, Bisley et des personnages de Vampirella et Judge Dredd que des super-héros en collant du Big Two), La chute de Tir Na Nog est une vraie bonne nouvelle dans le monde du comic mainstream. Organisé comme une enquête des plus classique, la narration se trouve complexifiée à la fois par le graphisme de Sharp jouant sur les cases et leur habillage de fioritures celtique qui font bien plus que décorer l’album et sur une navigation entre les deux mondes. Le cœur de l’intrigue étant de plonger le cartésianisme absolu de Batman dans un univers fait de magie, le dessin se devait de nous immerger dans cet impossible. Car pour une fois ce n’est pas la seule irruption de monstres dentus qui fait le fantastique mais bien Batman qui est une anomalie. Avançant tel Sherlock Holmes en dénichant indice après indice Preview of The Brave and the Bold: Batman and Wonder Woman #4jusqu’à révéler une impensable machination, Batman doit faire le lien avec des évènements inexpliqués survenus dans le quartier irlandais de Gotham… Pour une fois aucune implication du bestiaire du Batverse (eh oui, il est chez Wonder woman en guest star!) ne viens troubler son enquête.

Le propos de Sharp est bien de nous entraîner en visite touristique dans cet univers mythologique si particulier et complexe dont on nous relatera en détail les batailles épiques passées. Parfois complexe à prendre en main du fait des nombreux termes, noms et généalogies, cet album reste assez fascinant par l’immersion exotique qu’il procure. Deux lectures ne seront pas de trop au profane pour digérer cette richesse habillée par des superbes planches d’une grande homogénéité et bien peu de déchets. La Chute de Tir Na Nog est une bien belle balade en compagnie de l’élégante amazone et de la Chauve-souris. Accessible, une fois n’est pas coutume, aux nouveaux venus dans l’univers des héros DC et totalement détaché de toute autre arc de cet univers, je conseille cette découverte culturelle qui vous ravira par la chatoyance végétale de ses pages fort inspirées.

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Funerailles #6: Bad moon on the rise

BD du mercredi
Freak’s Squeele : Funerailles #6
BD de Florent Maudoux
Ankama (2020), 87 p. 6 volumes parus.

bsic journalismMerci à Ankama pour leur fidélité.

couv_384511Une fois n’est pas coutume, je n’ai pas aimé l’illustration de couverture de cet album, pourtant bizarre comme l’univers qu’elle couve mais loin du classicisme épique et de la thématique trinitaire qu’utilisaient les autres volumes. La rupture esthétique est nette, c’est dommage tant cette série avait jusqu’ici peut-être les plus belles couvertures de BD jamais réalisées…

Après la grande bataille contre les guerriers d’Isis et le sacrifice de Mammouth, la XIII° Légion vogue vers la victoire finale à Rem à bord d’une flotte de ballons. Alors que les généraux devisent sur la stratégie pour faire tomber le pouvoir de la Mante Religieuse, Funerailles étudie le processus d’immortalité en recueillant les histoires des soldats de la Légion…

Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles bad moon on the rise"Ce sixième album de la série dérivée de Freak’s Squeele marque la fin du premier arc… mais la série va se prolonger! Depuis le début de la saga Florent Maudoux n’avance qu’au gré de ses envies, de ce dont il a envie de parler, de ce qu’il a envie de dessiner. C’est là toute l’originalité de ses créations (comme de toute la production du label 619) de proposer des albums extrêmement personnels, sans aucun compromis. Cela peut parfois déstabiliser, comme ces récits textuels sur cinq pages qui coupent la narration BD. Les nouvelles sont bien écrites et intéressantes, en nous plongeant dans le passé des personnages comme une sorte de Requiem d’un auteur qui sait que leur histoire va s’arrêter. Si la démarche (qui s’inscrit logiquement dans le scénario de cet album) est louable, son insertion rompt à mon sens la dynamique de la BD qui aurait mérité de voir ces textes compilés en fin d’ouvrage au lieu d’un texte final assez étonnant où l’auteur nous parle des Chevaliers du Zodiaque (Saint Seya en VO) en forme de résumé de la saga…

Hormis cela l’histoire est dans la ligne des précédents, bien construite, centrée sur des personnages et des créations visuelles toujours originales et réussies avec un design général où le plaisir du dessinateur se ressent. Il n’est jamais simple de conclure une histoire et si celle de la XIII° légion l’est très bien, il demeure pas mal de questions sur l’articulation avec la série d’origine. Funerailles aura été plus centrée sur Scipio et Mammouth que sur Pretorius dont on attend toujours de savoir comment il devient le redoutable guerrier de Freak’s Squeele. Gageons que Florent Maudoux sait où il va et a Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles bad moon on the rise"prévu dès l’origine la liaison entre les deux séries qui restent à l’heure actuelle assez éloignées (univers contemporain pour FS, plus épique et Fantasy pour Funerailles).

La furie du précédent tome provoquera en comparaison une impression de calme qui atténue la force du combat final pourtant très réussi contre Psamathée de la Mantis. La gestion du rythme a toujours été très étonnante, inhabituelle, chez Maudoux, auteur qui a énormément de choses à dire, choses qu’il insère dans des dialogues toujours fournis et rehaussés de bons mots et de vannes de caserne (et pour cause!). Cette construction novatrice nous donne une petite impression d’être au milieu du gué achevant une révolution sans bien savoir sur quoi elle débouchera. A l’image de ces dernières pages de conclusion toutes en couleur et aux visions apocalyptiques, proches des films Hellboy, aussi belles qu’hermétique. Étonnant.

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Bring the kids home

BD du mercredi
Freak’s Squeele : Funerailles #5
BD de Florent Maudoux
Ankama (2018), 78p. 5 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

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Rien de particulier niveau édition pour ce tome qui ne comporte aucun bonus contrairement à ses prédécesseurs. A mesure que l’histoire se recentre sur Mammouth les couvertures lui font la part belle, en gardant toujours la structure ternaire des trois personnages.

La XIII° Légion renégate de la République de Rem a survécu et se repose dans la cité d’Urkesh dont l’Archonte lui a offert la protection en échange de la sécurité. Jusqu’à ce qu’apparaissent les chevaliers d’Isis, une déesse ancienne aux pouvoirs incommensurables. Plongés dans le chaos les nouveaux Méta-guerriers vont tenter d’éliminer la menace…

La structure de cet album est étonnamment simple: après le repos, le combat, auquel Bring the kids home fait la part belle entre deux blagues de bidasse dont Mammouth a le secret et la finesse… La transition entre le T4 et le T5 est un peu étrange en ce que le précédent se conclut sur la vision de la procession d’Isis et que le suivant reprends semble-t’il plusieurs semaines plus tard avec des personnages qui semblent découvrir cette menace. Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles bring the kids"Passons. Ce volume permet à Florent Maudoux de se régaler dans des dessins architecturaux de type fantasy que l’on avait déjà vus sur la série mère mais peu sur Funerailles. Le plan de la cité est suivi très précisément, ce qui est rare en BD et l’on surprend des scènes situées dans un même plan à différents moments de l’album. J’aime beaucoup cette idée. Les cités grandioses, leur vie et leurs habitants insufflent toujours une grande force d’imaginaire dans ce genre de récits.

Le thème de l’album porte sur l’oisiveté, nocive pour des soldats habitués à l’action mais surtout permet à l’auteur de se livrer à une grosse bataille à la Chevaliers du Zodiaque (son grand dada sur cette série, vous l’aurez compris) avec des méchants plutôt réussis et une radicalité bien pensée dans le déroulé de l’affrontement et les choix des protagonistes. Je l’ai déjà dit, Maudoux est un auteur qui se fait plaisir, assume l’insertion de thèmes pas forcément grand public et de références visuelles non digérées. C’est ce qui rend intéressante cette série de par l’impression d’entrer directement, sans filtre, dans l’imaginaire de quelqu’un de grand talent.

Résultat de recherche d'images pour "maudoux funerailles bring the kids"Visuellement les scènes de combat en armure, en noir et blanc tramé comme on en a désormais l’habitude, ne sont pas forcément toujours très clairs de par l’utilisation peut-être un peu abusive des reflets qui rendent les armures/personnages pas toujours compréhensibles. De ce fait les séquences en couleur sont beaucoup plus lisible. Personnellement j’adore les dessins très encrés et si visuellement cela reste magnifique et assez virtuose, la lisibilité en pâtit un peu.

Ce tome est dans la continuité des autres niveau qualité (très bon), mais ne parvient pas vraiment à nous surprendre (on est déjà au cinquième épisode de la série, le renouvellement commence à être compliqué), notamment avec une mise de côté des tenants diplomatico-militaires (l’esprit police-politique du début du volume est rapidement et étrangement délaissé alors qu’il introduisait une complexité morale). On ressent d’autant plus l’intelligence de la respiration du tome précédent malgré une évolution des personnages (inversion des rôles entre Mammouth et Scipio et… toujours Funerailles en retrait). Le lecteur passera néanmoins un excellent moment, plus grand public, en croisant les doigts que le prochain volume ne marque pas un essoufflement de la série.

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