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Luminary #3: The No War Man

image-19BD de Luc Brunschwig et Stephane Perger
Glénat (2022), 120 p., série finie en 3 volumes.
Attention Spoilers!

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Darby à retrouvé ses pouvoirs. Cible du gouvernement qui l’a désigné responsable de l’assassinat du président il essaye d’aider Billy et Paolita à retrouver une vie digne, loin des turpitudes de cette Amérique gangrenée par le racisme et la violence. Pourtant lorsque son frère reprend contact avec le journal militant anti-guerre No War Man il réalise que la puissance du Cinquième pouvoir pourrait à la fois faire chanceler les mensonges de Washington et éviter une véritable guerre civile entre noirs et blancs…

Luminary tome 3 - The No War Man - Bubble BD, Comics et MangasC’était annoncé en trois tomes et se conclut en trois tomes, équivalents à une série de neuf, avec des volumes où l’on n’a pas senti de longueurs, sauf sur celui du milieu. Avant toute chose je précise que la fin ouverte (mais très correctement menée) devait laisser la place à un ou deux cycles de plus. Les ventes mitigées laissent peu d’espoir pour cela, aussi il vous faudra savourer ce tome.

Heureusement (pour moi en tout cas) les réserves pointées sur le second volume sont toutes balayées pour retrouver les qualités du premier, à savoir un parfait équilibre entre super-héro, politique et social. Luc Brunschwig est un amoureux de la grande histoire américaine, celle des années soixante et soixante-dix qui ont fait la grandeur de la lutte pour les droits civiques, de l’âge d’or du journalisme citoyen et de la remise en cause d’un versant fasciste du pays de l’Oncle Sam. Il est aussi un amoureux de cinéma et  avisé à produire un grand film de super-héros moderne d’aujourd’hui. Avec le risque d’oublier que le son n’existe que peu en BD et que le texte garde ses propres codes. Ainsi le défaut principal, noté depuis les premières pages de la série c’est cette fausse bonne idée de nous noyer sous des contractions visant à exprimer le langage populaire de tous les personnages principaux (Darby, Mila, Billy, Paolita). Le problème c’est que dans un film on finit par oublier ce style qui intègre le personnage. En BD on accroche sur beaucoup de bulles qui empêchent une lecture fluide et même de se concentrer sur le fond du texte. Sans ce problème on atteignait la qualité générale d’un cinq Calvin synonyme de coup de cœur…Luminary (T3) The No War Man en bouquet final - YOZONE

Car pour le reste c’est vraiment grandiose, à commencer par les planches de Stephane Perger comme un poisson dans son bain. Aussi à l’aise dans l’action, la technique historique des décors que dans des personnages (presque) toujours bien reconnaissables, il laisse libre cour à de sublimes compositions qui jouent sur le découpage très libre, les couleurs comme élément de narration et bien sur les pouvoirs de Billy et des êtres de Lumière. Avec son esprit cinématographique le duo envoie bien sur des références qui nous parleront, des Oiseaux d’Hitchcock à La Ligne verte en passant bien sur par les films sur le Vietnam.

20220722_193952Comic de super-héros européen, Luminary apporte donc ce que trop peu de comics osent encore malgré la grande modernisation de ces dernières années: de vraies morts tragiques, le refus total de happy-end et de facilités scénaristiques. Au risque de laisser son héros assez faible au regard de la galerie qui l’accompagne. Ainsi on pourra regretter que le gamin ou Mila (bien plus intéressants) n’aient pas plus de place. Abordant un très grand nombre de sujets la série pourra bien sur être vue comme trop rapide sur certaines trames et le fonctionnement des pouvoirs pourrait être discuté. Mais ce serait chipoter tant le fond égale la forme dans une qualité générale assez rare dans un projet blockbuster de cette envergure. Pour boucler avec l’introduction il est vraiment surprenant que (comme toutes les séries de Brunschwig?) le lectorat ne reconnaisse pas plus rapidement la force de cette série. Malgré son association avec de très grands dessinateurs, l’auteur d’Urban et des Frères Rubinstein ne cherche pas la facilité et ses séries sont reconnues avec le temps. Espérons que la mode super-héroïque et le talent bankable de Stephane Perger permettront aux ventes de permettre une suite. Ils le méritent et cette série le demande.

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****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Trois jokers

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Comic de Geoff Johns, Jason Fabok et Brad Anderson (coul.).
Urban (2021), 176p., one-shot.

Quatre éditions sont publiées simultanément avec des couvertures différentes: la classique avec les trois Joker et le titre, trois autres sans titre de face avec Batman/Batgirl/Redhood, les trois protagonistes de l’histoire. J’ai pour ma part reçu de mon partenaire l’édition Red Hood et j’en suis ravi tant ce personnage est central et le plus intéressant de l’histoire. Une carte à jouer à découper, une table des matières, un texte introductif, une bio des auteurs et une galerie de couvertures reprenant les différentes apparences du Joker depuis quatre-vingt ans, complètent cette très jolie édition.

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bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur confiance.

Un nouveau crime attribué au Joker. Puis un autre. Et un troisième. Il est impossible que le fou ait été aux trois lieux en même temps. Très vite Batman confirme l’hypothèse: il y a trois Joker, alliés dans un but obscure. Avec l’aide de Barbara Gordon (Batgirl) et Jason Todd (Red Hood) il entame une nouvelle enquête, peut-être la plus intime depuis l’apparition du Joker…

Algunas heridas nunca sanan en el nuevo vistazo a Batman: Three Jokers - La  TerceraL’univers Batman a toujours été à part dans l’édition des super-héros. De par le fait que le Détective ne possède aucun pouvoir (un des très rares super-héros dans ce cas si je ne m’abuse), et plus récemment de par l’aura que dégage son adversaire principal, le Joker, Nemesis et incarnation du Mal de plus en plus marqué à mesure que les scénaristes modernes s’autorisent des expérimentations hors du cadre très classique. Il n’y avait pas d’autre collection que le Black Label (qui nous propose pratiquement que des ouvrages marquants depuis son lancement) pour permettre cet album qui est autant un event anniversaire qu’une nouvelle avancée dans la proposition scénaristique de personnages principaux du Bat-verse. Pour les nouveaux venus, le triptyque classique de Batman/Robin/Joker s’est enrichi ces dernières années d’une copine pour le Joker et d’une Bat-family pour le Chevalier, qui complexifient drôlement les interactions psychologiques des deux adversaires (et rendent d’autant plus intéressants les albums).

Ces dernières années les projets sur le Joker sont de deux types: des essais timides pour créer une véritable genèse à ce démon (sur le mythique Killing Joke auquel énormément d’ouvrages se rattachent, sur le récent Dark Prince charming d’Enrico Marini, voir sur le White knight) et d’autres qui en font une sorte d’entité surnaturelle, hors du temps et de l’espace, qui finit par devenir une création de l’esprit malade de Bruce Wayne. Ici on est entre les Batman: Three Jokers #3 (A). Geoff Johns. Jason Fabok. Batman. Bruce Wayne.  Joker. | Joker art, Batman, Batman jokerdeux puisque si l’on ne nous explique que très légèrement le fait d’avoir trois Joker, ceux-ci sont rattachés à des albums marquants de l’histoire de Batman. Le Killing Joke d’Alan Moore et Brian Bolland proposait en 1988 une genèse au Joker, comique raté victime d’un drame et agressant la fille du commissaire Gordon, Barbara, qui deviendra selon les époques Oracle (sorte de téléopératrice informatique aidant Batman) puis Bat-girl, ici présente. Le traumatisme physique est partagé par Jason Todd, second Robin, tué à coup de barre à mine par le Joker dans le Deuil de la famille (paru la même année que le précédent). Ces deux personnages accompagnent Batman dans son enquête et nous montrent la difficulté à se remettre d’un attentat (sans doute le scénariste nous parle-t’il aussi des nombreux lycéens touchés dans leur chair suite à des fusillades, voir de victimes de terrorisme) mais surtout la violence intérieure de Todd, devenu le justicier Red Hood. Ce personnage incarne la part sombre de Batman, sa violence débordant tout cadre légal et n’hésitant pas à mutiler des criminels pour obtenir des aveux.

Reseñas DC USA - Batman: Three Jokers #1 - Zona NegativaLe personnage de Red Hood est donc le point central de cet album revisitant partiellement les drames passés. Plus que les Joker qui forment plutôt l’environnement de l’intrigue, c’est la relation de Batman à son « fils », l’incapacité de Bruce à gérer à la fois sa mission et sa famille et les conséquences de son choix de vie sur ses proches. Un héros est toujours plus fragile quand il a des proches. Dans l’histoire de Batman cela a été souvent le fragile Alfred qui en a fait les frais et Batman est toujours tiraillé entre la nécessité de se détacher pour ne pas souffrir et faire souffrir ses proches, et l’éternel retour du Joker qui sais plus que quiconque taper là où ça fait mal. Le deuil de la famille (en écho évident au précédent) de Snyder/Capullo en était un terrible et traumatisant exemple.

Au final ce one-shot est une excellente surprise, surtout que le scénariste et gardien du temple DC Geoff Johns destine souvent ses scénarii à des aficionados versés dans les mythologies DC. Très accessible et porté par des dessins au style classique (notamment dans l’usage fréquent du gaufrier) mais redoutablement efficaces de Jason Fabok, Trois Joker propose une vraie nouveauté qui pourra être prolongée dans de futures publications. La conclusion du Curse of the white knight de Murphy laisse penser que le développement de Todd est un des vecteurs d’évolution de la mythologie Batman dans les années à venir, et c’est une excellente nouvelle! 

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***·BD·Nouveau !

Luminary #2: Black power

La BD!
BD de Luc Brunschwig et Stephane Perger
Glénat (2020), 120 p., série en cours, 2 vol. paru.

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Privé de ses pouvoirs, Darby se retrouve seul et sans ressources dans un monde hostile. Il trouve refuge dans un squat de junkies où il trouve un réconfort inattendu. Côtoyant la misère, il ne réalise pas les évènements graves qui se produisent alors qu’une véritable guerre civile couve entre noirs et blancs depuis la mise en accusation des Black Panther pour l’explosion de la clinique polytraumatique de New-York…

LUMINARY t.1-2 (Luc Brunschwig / Stéphane Perger) - Glénat (Albin /  Drugstore / Zenda) - SanctuaryLuminary avait été un de mes coups de cœur de l’année passée tant ce premier gros opus transpirait l’inspiration des séries sures de leur réussite. Et bien pour ne pas faire durer le suspens le second tome, malgré une magnifique couverture d’un graphisme et d’une efficacité  folle, déçoit assez fortement… Plus haut on est monté plus dure est la chute comme on dit, tout au long de la lecture de cet album de transition (je crois que la série est prévue en trois tomes de cent-vingt pages tout de même, soit l’équivalent de quatre albums) on a le sentiment que Luc Brunschwig laisse le frein à main en souhaitant ménager ses effets après une conclusion du premier volume tonitruante. L’auteur aime parle du social et de politique, il aime parler des pauvres, des démunis, des parias. En proposant l’histoire d’un infirme bossu, d’une prostituée junkie et d’un jeune noir dans une Amérique uchronique très raciste il sait tenir la face sombre et dense de son histoire de super-héros. Malheureusement si dans l’introduction l’équilibre était parfait entre ces deux faces, on bascule dans « Black power » dans une chronique sociale pure où la plus grande noirceur des films américains des années soixante-dix ressurgit violemment. C’est intéressant bien que très nihiliste (un Fabien Nury aurait pu écrire ce scénario)… mais sur l’équivalent de presque trois albums cela fait beaucoup et hormis la conspiration militaire qui aboutit au gros (et efficace) coup de théâtre de l’album on finit par se lasser. La promesse de Black panther n’arrive jamais vraiment et l’histoire de cette junkie se liant avec le personnage principal a du mal à passionner. Le propos du premier volume était éminemment politique et l’on perd cet aspect en même temps que pratiquement toute la charge fantastique qui revient dans les toutes dernières pages sans plus qu’on l’attende.

LUMINARY t.1-2 (Luc Brunschwig / Stéphane Perger) - Glénat (Albin /  Drugstore / Zenda) - SanctuaryCôté graphique si le trait et la technique sont toujours aussi forts, avec une variété de tons jouant sur différentes époques pour proposer une belle variété de mise en couleur, niveau découpage c’est également très sage. Finies les cases en étoile et autres explosions qui déstructuraient magnifiquement les doubles pages. Dans ce récit classique on a droit à un cadrage classique jusqu’au retour de Luminary qui désorganise ces cases sur la fin. L’esthétique générale reste tout à fait impressionnante quand on connait la propriété rebelle de l’aquarelle (comparez les planches de Stephane Perger avec celles de Dustin Nguyen sur Descender pour vous en rendre compte) et le dessinateur peut produire des visions magnifiques à tout moment… et notamment lorsque surgit le fantastique! Les pages de chapitre empruntées aux épisodes de comics suffisent à montrer la puissance graphique de l’auteur.

L’équilibre entre le grand spectacle et l’intime et réflexif est toujours compliqué à trouver dans les BD de genre. Alan Moore ou M. Night Shyamalan ont montré depuis longtemps que c’est par le fond que les œuvres super-héroïques se hissaient au chef d’œuvre. Luc Brunschwig connait ses gammes et s’intéresse aux humains abimés avant tout, c’est tout à son honneur. Il reste que ce second volume souffre d’un manque de souffle, d’un rythme parfait qu’il avait su trouver dans le précédent avec cette narration en décompte. On attend les moments forts que les quelques scènes d’action ne parviennent pas à combler et le pathos très lourd du squat et de la prostituée semblent un peu trop appuyés dans une BD dont ce n’est pas le sujet. Du coup on survole à peine le très réussi personnage de Mila et on finit par se lasser du langage de prolo qui accroche la lecture à force de contractions. Le réveil des dernières pages semble un peu tardif et l’on espère que ce n’est là qu’un petit loupé intermédiaire avant un épilogue grandiose.

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*****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Luminary #1: Canicule

BD du mercredi
BD de Luc Brunschwig et Stephane Perger
Glénat (2019), 120 p., série en cours, 1 vol. paru. Annexes de 10 p.

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Avant de commencer cette critique je tiens à féliciter l’éditeur Glénat qui fait un boulot assez remarquable sur ses albums depuis quelques temps, avec par exemple la collection Conan l’exceptionnel Ramirez l’an dernier et donc cet album: alors que nous avons l’habitude, dans le monde de la BD, du marketing un peu facile sur des vrais-faux TT, les versions noir et blanc pas toujours sérieuses niveau tirage et des bonus maigrelets pour des prix de vente conséquents, l’éditeur grenoblois propose ici pour vingt euros un album de cent-vingt pages avec une superbe reliure et un cahier alliant entretien avec les auteurs et illustrations superbes. Ce que j’appelle une édition collector pour le prix classique vue la pagination. L’amateur de BD en a pour son argent et le sentiment d’être dorloté. Un album qui vous met dans des conditions optimales et qui mérite amplement un calvin éditeur!

A New-York, à l’été 1977 la canicule bat des records. Soudain une lumière aveuglante éclate. en arrivant sur zone les soldats découvre ce qui ressemble à une attaque nucléaire en plein cœur de Manhattan… Qu’ont à voir avec cette explosion Darby le bossu volontaire pour des expérimentations médicales avant-gardistes et Billy, le jeune noir qui semble communiquer avec les animaux? Alors que la haine raciale semble poussée par l’événement et la chaleur, des êtres aux pouvoirs inimaginables vont se révéler…

Résultat de recherche d'images pour "luminary perger"Luminary est presque une découverte totale pour moi. J’ai lu quelques séries de Luc Brunschwig qui est pour moi un scénariste de qualité, très régulier et dont la dimension politique me plait. En revanche je n’ai jamais lu la série de super-héros française Photonik, éditée par les éditions LUG dans les années quatre-vingt et ne connaissais pas le travail assez impressionnant de Stephane Perger. Et puisqu’il faut bien commencer par un côté, les dessins de l’illustrateurs, tout en couleur directe avec très légère retouche numérique à la marge sont un régal pour les yeux de la première à la dernière page. Et comme tout album peaufiné avec amour, les auteurs ont apporté un soin à l’ensemble du bouquin, d’un titre au design très original à la composition en chapitres, reprenant très clairement le format des comics US tout en restant dans la taille franco-belge. Dès la double page de titre on est jeté dans l’image, immense, immergente, explosive. Les auteurs prennent leur temps et c’est efficace pour nous conter cette origin story qui ne veut pas se presser (sans que cela soit ennuyeux). Car en conteur d’expérience, Brunschwig utilise a peu près la même structure en rétroplanning alterné que Bec sur son récent Crusaders mais avec une beaucoup plus grande efficacité. Si ce dernier perdait le lecteur dans son introduction par une trop grande opacité, ici le scénariste reste dans la simplicité, indiquant les bornes temporelles à chaque saut et suivant une structure finalement assez linéaire. Cela fonctionne très bien en nous donnant envie de comprendre tout le long comment ce bossu un peu débile a pu provoquer cette explosion d’énergie… De la même manière l’alternance avec l’histoire du gamin noir, sans être reliée jusqu’ici à notre héros, permet de doubler l’intrigue en maintenant le suspens. Des recettes simples mais toujours efficaces pour qui sait les manier.

Dans un schéma d’histoire de super-héros (peu originale donc), la mise en scène a une importance capitale et je dois dire que les planches sont bluffantes. Pourtant la technique d’aquarelle de Perger est peu évidente, comme le montre la série à succès Descender Dustin Nguyen ne parvient pas à préciser ses arrières plans et donne une impression trop brouillonne. Le dessinateur de Luminary arrive lui à être remarquablement proche d’un dessin classique de la BD, d’abord par son trait précis (les annexes nous montrent l’évolution d’une page du crayonné à la couleur) mais surtout car sa colorisation éclate, dans des tons chaleureux de jaunes ou de rose. La taille des cases permet sans doute cela, mais toujours est-il que la maîtrise graphique est impressionnante et justifie à elle seule la lecture de cet album.

Du reste pour qui aime les super-héros on a ici une histoire de sensibilité européenne, jouant de politique, parlant de la ségrégation et des mécanismes de manipulation des foules à côté de l’histoire typique des expériences clandestines gouvernementales avec savant fou à la manœuvre. Le surgissement de Luminary est puissant, réussi, son affrontement avec sa consœur magnifique et l’histoire du jeune noir touchante. Les auteurs sèment les graines pour une série qui pourra durer longtemps et dont les bases sont suffisamment solides pour nous entraîner dans des aventures fantastiques tout au long des années 2020. Un poil trop formaté pour être un chef d’oeuvre mais assurément un coup de cœur quand à la qualité irréprochable du travail de bout en bout de cet album.

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***·BD·Rapidos·Rétro

Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ?

BD de Zidrou et Roger
Dargaud (2013) 54 p.

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Tout d’abord précisons une chose: ce long titre est une fausse bonne idée. D’abord par-ce que cet album n’est pas franchement ironique comme cela pourrait le suggérer et par-ce que niveau com’ c’est quand-même long à retenir. Un peu comme pour « il faut sauver le soldat Ryan« , parfois les auteurs devraient consulter avant de choisir un mauvais titre… Ce roi de Prusse c’est Michel, esprit d’enfant dans un corps de géant et dont la vieille mère s’occupe quotidiennement. C’est elle qui « reprise les chaussettes ». Sauf qu’ici il n’est aucunement histoire de Geste héroïque ni de guerre mais bien du combat d’une mère fatiguée mais éternelle optimiste pour gérer les sautes d’humeur et les paniques subites de son fils handicapé mental.

Résultat de recherche d'images pour "pendant que le roi de prusse roger"Zidrou nous offre une très belle histoire. Belle par-ce que franche mais sans pathos. Le sujet n’est pas le handicape mais bien l’amour maternel et la difficulté à gérer ce qui n’est pas gérable, dans une inversion des rôles néanmoins tragique. Le trait en encrages puissants de Roger participe beaucoup de cette tendresse, dans des regards et des visages par moment pas loin du cartoon. L’album se découpe en plusieurs séquences vaguement thématiques qui voient progresser notre compréhension de la situation de cette famille brisée par la mort du père puis par l’accident du fils Michel. Le lieu n’est pas connu (c’est dommage, l’atmosphère nocturne de Barcelone était très forte dans Jazz Maynard) et l’on plonge surtout dans l’univers étroit de ce colosse enfantin fait de caprices, d’activités cycliques et de la tendresse de son entourage. L’album est dédié à cette héroïne moderne, minuscule bonne femme capable de déplacer des montagnes et que rien ne fait capituler. Concernant le dessin, donc, Roger est pour moi l’un des tout meilleurs dessinateurs actuels (j’en ai parlé ici), mais sa colorisation très monochrome me fait me demander s’il ne ferait pas bien de prendre un coloriste… Son style s’accommoderait parfaitement du noir et blanc et ses couleurs n’apportent pas grand chose à ses planches. Pas sur que des couleurs vives n’écrasent pas ses encrages mais pour une BD de la sorte je pense que ça collerait plus avec l’atmosphère recherchée.

Il n’en demeure pas moins que ce « Roi de Prusse… » est un très beau petit album. Pas de ceux qui vous transportent ailleurs mais un moment de calme à partager avec cette belle personne à admirer les coups de pinceaux d’un grand artiste.

Un autre avis: Au fil des plumes.

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