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BD en vrac #22: Shaolin #2 – Robilar #3 – Voltaire & Newton #1 – Les dominants #3

La BD!

Grosse fournée de nouveautés chez trois éditeurs partenaires avec principalement des suites et une nouvelle série, entre animalier, fantasy chinoise et SF post-apo…

  • Shaolin #2: le chant de la montagne (Di Giorgio-Looky/Soleil) – 2021, 50p., 2/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

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J’avais passé un agréable moment sur le premier tome, qui surprenait en dépassant le cadre formaté que promettait son titre. La très chouette couverture continue de mettre en avant le non-héros qu’est nuage-blanc, alors que tout l’album est porté par le superbe personnage secondaire de cette guerrière (aperçue au volume précédent) aussi belle que redoutable avec sa propension à découper net ses adversaires à chaque combat… Car un des attraits de cette série est la radicalité d’auteurs qui croient et aiment leur projet, ajoutant un soupçon de sexy et des combats tout à fait sanglants dans des chorégraphies jouissives qui permettent à Looky de montrer sa maîtrise technique tout en travaillant encore ses arrière-plans. On retrouve ainsi les qualités du précédent et on est rassuré en constatant que la trilogie… n’est que le premier cycle. On comprend donc mieux pourquoi le héros est si effacé. Le scénariste l’accompagne donc fort logiquement d’associés qui compensent cette fragilité dramatique. On ressent toujours quelque manque de fluidité dans certains enchaînements ou dans les motivations de tel ou tel personnage. Mais le souffle épique de la fantasy se ressent dans la puissance de ces combattants, dans cette armée qui prend forme, dans cette magie encore bien énigmatique. Heureusement donc que le premier tome n’est que la fin du début car Looky et Di Giorgio auront su nous mettre en appétit dans une série qui commence à prendre une sacré ampleur…

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  • Voltaire & Newton #1: Panglos-Tula (Mitch-Bauduret/Delcourt) – 2021, 56p., 1/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

couv_432015Sacrée couverture qui nous montre la version animorphique de Voltaire dans une peinture de type portrait classique! Et avec des intérieurs à l’avenant et une promesse de débat philosophico-scientifique entre les deux grands hommes on pouvait s’attendre à un hommage à De capes et de crocs. Les premiers pages nous donnent l’espoir et pétillent plutôt bien sur des dialogues qui fusent… avant de basculer dans une surprenante aventure dans un monde alternatif où les théories de Voltaire, de Newton et de sa nièce ont vocation à prendre forme et démontrer sans doute la différence concrète entre théorie et pratique. On voit là une fausse bonne idée puisque ce faisant les auteurs rompent soudainement le jeu de théâtre entre personnages forts pour nous laisser dans les seules mains de Voltaire qui va devoir participer à des joutes rhétoriques au sein d’un royaume qui lui inspirera le Pangloss de son roman Candide. On tombe alors dans une forme de BD jeunesse moyennement rigolote et assez attendue dont les textes ne sont pas suffisamment subversifs pour relever l’intérêt. C’est fort dommage car les planches restent fort agréables, mais je crains que le public soit difficile à trouver pour cette série qui laissera les jeunes un peu interdits sur les concepts philosophiques et les adultes vaguement distraits devant le manque d’originalité. Heureusement que les autres n’ont prévu qu’une trilogie, qui permettra d’éviter une prolongation indue si le projet n’est pas réhaussé rapidement.

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  • Robilar #3: Fort animo (Chauvel-Guinebaud-Lou/Delcourt) – 2021, 62p., série complète.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

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C’est le drame au royaume! Alors que le Prince et son mari convolent dans le bonheur, voilà t’y pas que les animaux de la ferme se rebellent contre le sort qui leur est destiné, poussant les têtes couronnées à manger des légumes! Le Chambellan Robilar est alors envoyé en ambassade…

Annoncé en fanfare par une com’ en mode « must read », Robilar m’avait un peu déçu sur les deux premiers albums dont la qualité progressait néanmoins. Et je suis ravi de pouvoir vous annoncer que cette montée en puissance aboutit à l’un des plus drôles et intelligents albums animaliers qui soit paru depuis quelques années! Désormais délié de tout carcan et engouffré dans une envie de proposer sa propre version de la Ferme des animaux, David Chauvel se lâche enfin avec son comparse et leur envie est communicative puisque, quasi débarrassés des humains, l’album nous propose un grand délire de jeux de mots et de trognes. Sous un vernis cabochard qui joue encore sur la langue (les baragouinage des culs-terreux et les running-gags des bouffons), les auteurs nous surprennent en proposant de vraies réflexions sur la condition animale, sur le végétarisme tout autant que sur la Justice et la peine de mort. Il est finalement assez rare de trouver de nos jours des BD qui articulent aussi bien l’humour et le fond (récemment l’excellent Cage aux cons). Sylvain Guinebaud dans son jardin, les planches accompagnent superbement cette révolte des animaux qui nous laissent réflexifs à la fois sur les sujets abordés et sur le fait que, finalement, cette série aurait bien pu continuer en formats one-shot…

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  • Les Dominants #3: Le choc des mondes (Runberg-Toledano/Glénat) – 2021, 54p.., premier cycle de 3/3 tomes achevé.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

L’affrontement final pour la Libération de l’Humanité est sur le point de commencer. Alors que Neil rassemble ses troupes en vue d’une attaque coordonnées sur le centre névralgique des Dominants à San-Francisco, que peut faire Andrew, enrôlé dans cette faction belliqueuse et démuni face à l’attitude fanatique de sa fille?

couv_431794Sylvain Runberg est très bon pour lancer des pitch accrocheurs et travailler avec des dessinateurs fort talentueux. Sur le développement en revanche c’est parfois plus laborieux et c’est ce qu’on retrouve sur cette conclusion de cycle  où s’achève ce qui doit l’être, de façon très attendue, sans nous donner beaucoup de réponses pour autant. Comme son dessinateur qui est moins tranchant que sur l’ouverture (du fait d’une colo un peu rapide je trouve), le scénariste déroule une intrigue d’actionner très efficace graphiquement mais qui ne remet rien en question, ne soulève guère de nouveauté et continue de trimbaler son héros sans grande capacité d’action. Le personnage le plus intéressant, sa fille fanatisée n’évolue guère non plus, ce qui nous laisse dans une sorte de statut quo qui s’est contenté de décrire un univers en trois volumes. A charge du prochain cycle de démarrer véritablement une intrigue qui ne se contente pas d’un hommage à la série V.

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***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Robilar, ou le maistre chat #2: Un ogre à marier.

La BD!
BD de David Chauvel, Sylvain Guinebaud et Lou (coul.)
Delcourt  (2021), 64p.., série en cours 2 volume parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

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Débarrassé du roi et de sa cour, le géant s’ennuie… En bon majordome et toujours prompt à défendre ses intérêts dans l’ombre de ceux de son protecteur, Robilar se retrouve à organiser un concours de princesses pour trouver une reine au nouveau roi. Mais des princesses accompagnées de leurs animaux de compagnie…

Lancé avec force communication, le premier tome de cette nouvelle version du chat botté m’avait un peu déçu en raison d’un carcan du conte d’origine qui ne permettait pas aux auteurs de se lâcher. Et dans un projet de ce type, se lâcher c’est important! On peut dire que sur le plan des grimaces Sylvain Guinebaud est très à l’aise et sa complicité graphique avec la coloriste Lou est toujours aussi agréable. Dans les thématiques très colorées des princesses on se concentre donc sur les portraits car les arrières-plans reste assez vides (et pour cause, les deux premiers volumes sortent à trois mois d’écart… quelle idée que ce rythme infernal?).

Robilar ou le maistre chat – david chauvel – sylvain guinebaud – lou – chat  botté – aventure – anthropomorphe – conte revisité – ogre – fantasy –  humour – tome 2 – un ogre à marier – p.3 – Branchés CultureLa libération du récit originel permet comme prévu aux auteurs de délirer sur ces cinq princesses qui reprennent les ficelles de David Chauvel sur l’anthologie Sept. Ne nous le cachons pas, Robilar vise le grand public ce qui limite un peu un esprit Fluide glacial par trop punk que laissait pourtant présager la très jolie couverture. Une fois passées les grimaces, les bouffons et la course de carrosse introductive plutôt drôles, on déroule des épreuves cliché (une déco de chambre par-ci, un gâteau par-là) destinées à utiliser les mécaniques du rire en décalage. Le soucis c’est que contraint par ces enchaînements répétés des cinq princesses le rythme effréné se casse un peu et on enchaîne alors les pages avec des gags attendus. Le comique de répétition c’est risqué…

Heureusement viennent les animaux de compagnie qui vont pirater ce concours un peu trop huilé et permettent à Guinebaud de reprendre son domaine de prédilection: les animaux. Les manigances et négociations de coupe-jarrets reprennent alors le récit avec plaisir en créant un soupçon de suspens jusqu’à une fin inattendue bien qu’un peu décalée par rapport au propos.

Moins inspiré que sa grande saga politique, David Chauvel s’essaye à l’humour avec plus ou moins de réussite sur une thématique déjà éprouvée. Calibré pour plaire à un large public, des plus jeunes aux vieux barbus, Robilar manque un peu d’irrévérence et d’inattendu. Le comique est sans doute l’art le plus difficile et nécessite (à mon goût) une spontanéité que n’a pas totalement Robilar. Techniquement c’est sans faute, bien découpé, porté par un dessin efficace et joli et jouant sur des gammes éprouvées. Manque sans doute une once de folie qui transparaît par moment.

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***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Robilar, ou le maistre chat #1: Maou!!

La BD!
BD de David Chauvel, Sylvain Guinebaud et Lou (coul.)
Delcourt  (2020), 64p.., série en cours 1 volume paru.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

La couverture jouit d’un luxueux logo-titre doré, ouvragé et gaufré (traitement identique pour la tranche). La série annonce un second tome pour le début 2021 alors que celui-ci est bien un one-shot conclu par une FIN.

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L’histoyre du chat botté vous la connoissiez! Mais l’histoyre de Robilar, le gros minou devenu Machiavel qui se vengea des malheurs qu’on lui fit subir, vous alloi la découvrir ceans…

Très alléché par une fort jolie couverture et de forts bons échos je me suis plongé dans cette variation sur le Chat botté assez enthousiaste. Avant toute chose je tiens à préciser qu’il s’agit d’un album 100% Delcourt qui s’inscrit dans une ligne fort bien connue avec des auteurs qui ont fait toute leur carrière dans ces collections aux jolies couleurs et aux dessins « BD ». Je suis Sylvain Guinebaud sur les réseaux sociaux et apprécie beaucoup ses dessins animaliers humoristiques. Si ses planches sur Robilar sont agréables avec un trait à la fois rapide et détaillé je relève un encrage qui passe moyennement à l’impression avec un résultat parfois imprécis, estompé. Très attaché aux encrages j’ai trouvé que cela affaiblissait la technique costaude du dessinateur. Il reste que son rôle n’est pas des moindre dans cette équipée à trois puisque dans cette farce qui tient plus de Rabelais que de Perrault son art de la grimace est tout à fait efficace.

Sur l’histoire je passerais rapidement puisque hormis une introduction assez étrange nous narrant les origines « nobles » du chat avant de tomber chez le « Marquis » sans que l’on comprenne bien son utilité, on suit l’intrigue connue de tous… jusqu’à une fin ouverte qui permettra sans doute dès le tome deux de s’extraire du carcan littéraire. La principale qualité de ce Robilar est ainsi dans son texte. David Chauvel est connu, outre son rôle de directeur de collection, pour Wollodrin, variante de Fantasy s’inscrivant dans l’univers des méchants orcs. On va retrouver ici cette envie de dépasser le conte en mode farce mais surtout en jouant sur le langage des gueux et des seigneurs, passages les plus truculents de l’album. Allant à la rencontre de différents groupes de personnages (des chats de gouttière complètement stones aux paysans au langage de cul-terreux), le chat va donc fomenter son plan de gloire d’abord, de vengeance ensuite comme on l’imagine sur la suite.

L’effet découverte est donc amoindri sur ce premier tome peut-être un peu trop sage et respectueux du matériau en ne pouvant jouer que sur la mise en scène et quelques facéties pour nous surprendre. La lecture en est agréable (et pourra convenir aux jeunes lecteurs qui laisserons leurs parents glousser aux allusions grivoises dissimulées) mais ne se démarque pas de la qualité moyenne Delcourt. On attend avec impatience la suite avec l’espoir d’un grand délire pas trop sage…

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