****·Comics·East & West·Numérique·Service Presse

Harbringer wars: Blackout

esat-west

De façon imprévue (… mais c’est ça le charme des blogs!) j’entame une semaine comics avec du Valiant, Du Esad Ribic, du MCU et du Gerald Parel.. Allez hop, c’est parti (euh pardon: Let’s Go folks!…)


Comic de Matt Kindt, Tholas Giorello, Patricia Martin et Renato Guedes
Bliss (2019) – Valiant (2017), 184 p.

bsic journalism Merci aux éditions Bliss pour cette lecture.

Blackout est intégré au relaunch Valiant après le très bon Secret Weapons (dont c’est la quasi suite directe), le récent Ninja-K (qui se déroule à peu près en même temps) et la trilogie en cours X-O Manowar.

La psiotique Livewire (dont on comprend qu’elle est destinée à devenir le personnage majeur de cet univers), capable de communiquer et contrôler tout ce qui est électronique, provoque un blackout total sur les Etats-Unis lorsque le gouvernement s’en prends à ses protégés, les jeunes psiotiques branques découverts dans Secrets Weapons. Le GATE envoie alors le héros Aric tout juste rentré de ses aventures spatiales pour contrer Livewire. Ninjak et Bloodshot se mêlent à la bataille ainsi que le HARD corp, dans un conflit sur le rôle que doivent jouer les héros, la liberté individuelle et l’attitude autoritaire des gouvernements.

Résultat de recherche d'images pour "harbinger blackout giorello"Un héros doit-il obéir au pouvoir ou est-il un contre-pouvoir? Les psiotiques sont-ils un danger pour l’humanité?… des thèmes classiques de l’univers X-men qui nous sont proposés ici de façon pas hyper originale donc mais très bien écrit et remarquablement dessinée. Car si j’aime toujours le traitement radical des héros Valiant, avec des caractères bien trempés et indépendants voir sombres, c’est bien le graphisme qui marque sur cet album et en fait sans hésitation le plus bel album de l’éditeur proposé jusqu’ici. J’ai déjà remarqué depuis plusieurs albums la barre mise assez haut en matière de dessins mais ici on arrive à un niveau rarement vu en comics. En effet les quelques quatre artistes qui officient sont tous très très forts et particulièrement inspirés. Résultat de recherche d'images pour "harbinger blackout guedes"Par exemple Renato Guedes qui m’avait estomaqué sur ses planches de X-O Manowar mais beaucoup déçu sur Bloodshot Salvation #2, impressionne fortement sur cet album. Idem pour Thomas Giorello dont le style semble plus adapté à  l’univers terrestre de Blackout (comme celui de Ninja-K) que le gros bordel guerrier d’Aric. Enfin, Patricia Martin reprends exactement le style, la colorisation et le découpage particulier de Secret Weapons pour notre plus grand bonheur. Une véritable dream-team sans aucune baisse de régime qui maintient un intérêt visuel sur une trame sans les ruptures qui avaient pu faire la marque de fabrique de certains albums Valiant (Bloodshot ou Ninjak). Du coup la lecture est aisée, sans réflexions permanentes sur qui est qui et on est quand et reste centrée sur l’intrigue principale. Ça se fout pas mal sur la gueule, l’évolution de Bloodshot est très intéressante et pour peu que vous soyez à jour dans les derniers albums publiés par Bliss vous prendrez grand plaisir à lire l’évolution émotionnelle de Ninjak et Livewire. L’image totalitaire des agences gouvernementales (déjà aperçue dans Ninja-K) étonne et pousse les héros à remettre en question leur rôle. Dès mes premières lectures Valiant j’ai aimé l’idée d’un Toyo Harada, sorte de Magneto œuvrant pour l’essor de la race psiotique tout en les persécutant, cette zone grise où personne n’est très propre. Avec de vrais questionnements qui laissent de côté les quelques délires fantastiques d’autres séries Valiant, Blackout est pour moi le deuxième album de l’éditeur où je prends autant de plaisir (… et qui donne envie de lire d’autres titres!) depuis The Valiant qui m’a fait commencer cet éditeur. Une grande réussite et une porte d’entrée/vitrine possible, relativement facile d’accès et rattachée à beaucoup de séries publiées en France par Bliss.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Publicités
****·BD·Mercredi BD·Rétro

Cowboys on horses without wings

BD du mercredi
Freak’s Squeele : Funerailles #3
BD de Florent Maudoux
Ankama (2016), 81 p. 5 volumes parus.

Couv_291301

Rien à redire sur la thématique graphique des couleurs, la maquette, tout est formidable, soigné, maîtrisé par l’auteur qui se fait toujours autant plaisir à proposer de beaux objets. En fin d’album un cahier revenant sur les inspirations de la série est proposé, qui éclairera les lecteurs en manque de références. Je noterais simplement à l’usage que finalement le format comics est un peu étroit pour la force des encrages de Maudoux (surtout avec les fonds de page noirs) et qu’Ankama pourrait envisager une fois la série terminée des versions grand format. Ce tome marque la fin du premier arc (sur trois à priori) « Shonen » et est suivi d’un arc « Shojo« .

La guerre civile se met en place, entre Psamatée de la Mantis qui a pris le contrôle du clan de l’Araignée et du Conseil et une résistance qui voit en Pretorius l’héritier de son père, seul à même de redonner la vertu à la république de Rem. L’armée se trouve au cœur de ce conflit à venir et les allégeances se révèlent alors que les deux frères se retrouvent enfin…

Résultat de recherche d'images pour "funerailles maudoux tome 3 cowboys"Funerailles est une série particulière, à la fois grand public et très personnelle, reflet d’un auteur qui mets ses tripes, ses passions, ses réflexions dans des albums parfois risqués. C’est sans doute la seule raison pour laquelle un auteur d’un tel niveau graphique n’apparaît pas dans les top des ventes de BD. Pourtant, si Freak’s Squeele était destiné à un public Young Adult et gavé de références télé qui pouvait restreindre l’audience, sa série dérivée a tout du blockbuster: un socle mythologique romain, une guerre, des conspiration, des nichons et un zeste de fantastique,…

Cet album marque une accélération dans l’intrigue avec la résolution de quelques drames installés au premier volume. La famille du héros Spartacus est réunie et rentre en clandestinité pour contrer la menace qui menace les fondations de la République. Résultat de recherche d'images pour "funerailles maudoux tome 3"Le concept de cyclopes est révélé aux lecteurs de même que le fonctionnement des armures directement issues du manga Saint-Seya (référence totalement assumée et détaillée dans le cahier annexe). C’est d’ailleurs l’utilisation non filtrée de ses références par Florent Maudoux qui peut le plus perturber: si la majorité des auteurs digèrent leur culture personnelle pour la réutiliser plus ou moins à bon escient, ici le dessinateur assume sa Bible sans fard, il transpose les chevaliers et leurs armures dans son univers, il insère très explicitement la République romaine dans un univers techno-fantasy et agence sans complexe des armées de dark fantasy, de la technologie rétro-futuriste et l’esprit de caserne des films sur le Vietnam. Cela ajouté à des personnages toujours du côté des Freaks (bien plus que dans la série mère où ce terme s’appliquait plus à des super-héros) et un refus des canons esthétiques  classiques (même si la mère et le fils sont des incarnations de l’idéal physique), ce qui sort du shaker est une création qui ne ressemble à nulle autre.

L’aspect sombre (très sombre) des thématiques mais aussi du graphisme est également un parti pris. Les planches sont bien plus poussées que dans Freak’s Squeele avec une gestion de la colorisation et de différentes techniques impressionnante. Maudoux est seul maître à bord et se laisse aller à des expérimentations comme ces séquences de combats de gladiateurs où les cases basculent en noir et blanc tramé (rappel des inspirations manga de son style), rupture visuelle totale et réussie. Résultat de recherche d'images pour "funerailles maudoux tome 3"Le design de l’univers est plein de goût et les maisons seigneuriales issues de l’univers des insectes. C’est glauque à souhait mais diablement esthétique.

Ce troisième volume n’est ni plus ni moins réussi que les autres, simplement il semble adopter une trame scénaristique plus linéaire, ce qui fluidifie la lecture et permet de se concentrer sur les détails des dessins. Mon grand regret est (je l’ai dit en préambule) que le dessin est trop détaillé pour un tel format et que l’on doit se rapprocher des pages en pleine lumière (ne faites pas l’erreur de lire dans la pénombre, vous rateriez beaucoup) pour apprécier le talent de l’auteur. Mais si vous aimez les dessins encrés, les filles sexy, l’action virile et les combats en armures magiques, les conspirations entre familles nobles… qu’attendez-vous, vous n’en êtes encore qu’au tome 3?

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le badge-cml

***·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Double 7

BD du mercredi

BD de Yann et Juillard
Dargaud(2018), 72 p. one-shot.
double-7

L’album s’ouvre sur un résumé du contexte historique (très pédagogique) et quelques croquis de Juillard. Je ne trouve pas la couverture particulièrement attirante mais ça reste du Juillard, donc très beau.

La guerre d’Espagne fait rage, expérimentation de la prochaine guerre mondiale où toutes les idéologies et innovations militaires se confrontent avec le peuple espagnol comme cobayes. Dans ce grand rassemblement de soviétiques, d’anarchistes, de fascistes, de mercenaires internationaux… une histoire d’amour naît entre deux jeunes héros idéalistes et naïfs. Elle est espagnole, lui est russe. Entre le devoir et la passion ils devront faire un choix…

Résultat de recherche d'images pour "double 7 juillard"La Guerre d’Espagne est un sujet récurrent dans la BD et revient fréquemment avec des albums à la qualité variable. Le contexte est en effet passionnant pour peu que les auteurs sachent par quel biais le prendre: simple toile de fonds ou sujet central de l’album? Yann choisit intelligemment de s’axer sur trois compères combattant pour des raisons différentes: un français, un mercenaire américain et un jeune soldat soviétique. En faisant tourner autour d’eux une brochette de personnages historiques (Hemingway), ou servant à développer l’histoire dans l’Histoire il nous emmène dans ce tourbillon complexe où compagnonnage guerrier se confronte à la froideur des calculs politiciens des grandes Nations qui jouent avec cette guerre civile. Ainsi l’intrigue centrale est bien celle de la trahison de Staline, Grand leader du monde communiste jouant à envoyer des renforts matériels aux alliés républicains espagnols pendant qu’il pille l’or de la Nation et lance une purge politique contre tout ce Résultat de recherche d'images pour "double 7 juillard"qui ne dépend pas de lui, au risque de renforcer les rangs de la dictature fasciste de Franco (on est trois ana avant le pacte germano-soviétique). Ce point est la principale difficulté de l’album qui est assez complexe du fait du nombre de personnages et des subtilités politiques de l’époque qui pourront noyer les lecteurs peu à l’aise avec leurs bases historiques. Le fait d’utiliser beaucoup de dialogues en espagnol ou en russe (surtout des jurons) participe à cette difficulté à suivre une histoire pourtant simple, intéressante et bien menée. On retrouve là le risque pris par les auteurs puristes comme Bourgeon et son Sang des cerises (mais dont la version album contient bien les traductions des passages en breton).

Que ce soit sur ses participations à Blake et Mortimer ou dans sa collaboration avec Christin, André Juillard a déjà montré son intérêt pour l’Histoire. Il est toujours surprenant de le voir illustrer des séquences d’action assez efficaces avec sa technique « ligne claire » qui est plus favorable aux environnements contemplatifs comme ce qu’il avait réalisé sur le diptyque Léna. Sachant parfaitement représenter des véhicules, outils et les mouvements anatomiques, le dessinateur arrive donc tout naturellement à rendre les séquences d’action, qu’il s’agisse de bombardements et de la panique qu’ils entraînent parmi les civiles, les poursuites nocturnes en voitures, les combats au fusil sur les toits ou les joutes aériennes. Pour l’aviation on reste bien entendu en deçà de l’autre série de Yann, Angel Wings avec le maître es avions Romain Hugault aux manettes, à l’inverse il reste plus efficace qu’un album proche, le Mattéo tome 4 de Gibrat. Enfin, quel plaisir de voir des personnages aussi clairement repérables, aussi caractérisés et sans jamais aucune « faute de visage ». Les personnages de Juillard vivent, jusque dans le lit avec une scène de nu que l’on ne trouve pas souvent chez cet auteur.Résultat de recherche d'images pour "double 7 juillard"

Double 7 reste un très bon album qui plaira donc beaucoup aux férus d’histoire qui trouveront dans la multitude de références un travail documentaire pointu. Les lecteurs de BD plus classiques pourront se perdre et se raccrocheront à la double histoire d’amitié des trois héros et celle d’amour des deux jeunes gens de la couverture. La chute est du reste un peu obscure quand au message que veut passer Yann et apporte une vision assez sombre de cette guerre. Et pour ceux qui hésitent, le fait de lire un nouvel album de maître Juillard suffira à rompre ces éventuelles réticences. Plaisir des yeux comme on dit!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le

badge-cml

BD·Mercredi BD·Nouveau !

Travis #13: serpent à plume

BD du mercrediBD de Fred Duval et Christophe Quet
Delcourt (2018), Travis tome 13, série en cours, arc 4.

744bbe9d1e48496f5b4d5d8699699005

La série Travis a déjà vingt ans et clôture avec Serpent à plumes le quatrième arc narratif de la série, après les Cyberneurs (tomes 1 à 5), Le Hameau des Chênes (tomes 6 à 7) et le cycle de l’eau (8 à 10). A savoir que chaque cycle est disponible dans une intégrale, bonne formule pour apprécier la série et que tout les éditeurs devraient proposer généralement. La couverture est réalisée depuis le tome 11 par un autre que Christophe Quet, ce que je trouve dommage car ce dernier a produit dans la série de très belles couvertures et que cela trompe toujours un peu le lecteur, même si l’illustration de Nicolas Siner (que j’aimerais retrouver comme illustrateur sur une série BD…) est magnifique.

Enfermés dans un bunker de l’UNESCO où se trouve la preuve de la collusion entre une IA et les cartels de la drogue, Travis et ses compagnons vont devoir échapper à la horde de robots tueurs qui les encerclent en même temps qu)aux redoutables tueurs à gage envoyés à leurs trousses. Pendant ce temps Pacman et son puissant employeur discutent avec le Président des Etats-Unis de la réalité de la menace des cartels sur les intérêts des multinationales au Mexique… Business as usual!

Résultat de recherche d'images pour "travis serpent a plume"Fred Duval est l’un de mes scénaristes préférés car il a su, discrètement mais avec constance, construire un univers cohérent de SF d’anticipation aux enjeux à la fois techniques et hautement politiques, de la bonne SF qui parle au futur des problèmes d’aujourd’hui. Non content d’être un très bon metteur en scène (déjà sur le cultissime 500 fusils avec le comparse Vatine). Si ses séries reprennent souvent les mêmes thèmes (y compris sur le récent et réussi Renaissance), l’univers partagé de Travis/Carmen MacCallum est ce qui illustre le mieux cette volonté de réalisme dans un monde où la technologie est réaliste et où les multicontinentales et l’ultra-libéralisme a gagné…

Dans l’arc mexicain qui s’achève les auteurs, à la manière d’un Lupano, parviennent à nous rappeler la rébellion du Chiapas du sous-commandant Marcos des années 90 au sein d’une BD SF d’action à grand spectacle! C’est tout l’intérêt de l’anticipation que de permettre à la fois au dessinateur de se faire plaisir par des designs futuristes tout en parlant de l’hyperactualité, la quasi totalité des inventions scientifiques de la série provenant de techniques existantes aujourd’hui et les idées thématiques prenant leurs sources dans les problématiques actuelles. Résultat de recherche d'images pour "travis serpent a plume quet"Si les méchants de ce volume peuvent sembler un peu décevants, l’intrigue techno-géopolitique est toujours aussi redoutable et pointue chez Duval, les dialogues entre Pacman et le président étant le genre de choses que l’on relit pour être certain d’avoir saisi les tenants et aboutissants. A ce titre, je vous suggère de reprendre votre lecture au début de l’arc (Les enfants de Marcos), voir carrément le cycle de l’eau pour vous remémorer les influences de l’IA Dolly sur le scénario de ces derniers tomes. C’est ce que j’aime dans cette série, cette complexité d’intrigues solides qui reprennent toujours les mêmes fondamentaux et habillées par la technologie design et l’action la plus débridée.

La petite déception  viens du dessin de Quet… Rassurez-vous, il est exactement au même niveau que sur les précédents albums et maîtrise toujours parfaitement les scènes d’action rapide, très lisibles malgré les angles de caméra parfois gonflés. Résultat de recherche d'images pour "travis serpent a plume quet"Mais justement, son dessin n’a que peu évolué depuis le premier Travis et j’aurais aimé une progression technique ou des expérimentations chez cet auteur que je trouvais prometteur. Certaines petites faiblesses passent en début de carrière, moins après vingt ans. Il reste que j’ai toujours un faible pour ses personnages, leurs visages, le design général de cet auteur pour lequel j’ai une petite tendresse graphique.

Serpent à plume est un bon cru dans une série dont seul l’arc du Hameau des chênes était un peu faiblard par son ampleur. Travis reste une série qui maintient une qualité très élevée au fil des ans et qui ne voit aucun essoufflement tant le scénariste parvient à tisser des liens entre ses albums et à introduire de nouveaux personnages et problématiques à suivre régulièrement. Ici se termine pour notre héros l’enfer mexicain avant de rempiler dans sa chasse aux IA et aux capitalistes affreux pour encore de longues années probablement.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-lebadge-cml

BD·Mercredi BD·Nouveau !·Numérique·Service Presse

La guerre des autres, rumeurs sur Beyrouth

BD du mercredi
BD Bernard Boulad et Gaël Henry
Boite à bulle (2018), 166 p. one-shot.

L’ouvrage est introduit par une page synthétique sur les évènements qui ont amené à la guerre du Liban. Très bien expliquée, elle aide à s’immerger dans les évènements de contextes entourant cet album. L’ouvrage lui-même est découpé en deux parties (avant le déclenchement de la guerre et les conséquences du début des hostilités). En fin d’album l’auteur détaille le côté autobiographique, accompagné par des photos personnelles et enfin d’une chronologie de l’histoire du Liban. Je suggère de lire cette post-face avant l’album, je pense que cela aide à appréhender la BD.

En 1974 la famille Boulad, chrétiens d’Egypte émigrés au Liban, mène une vie paisible à Beyrouth, entre la librairie du père et le théâtre de la mère. Cette douce vie voit pourtant la montée des tensions confessionnelles dans un pays qui n’est pas le leur. Quand un an plus tard la poudrière s’enflamme, leur vie bascule.

Résultat de recherche d'images pour "la guerre des autres henry"J’avais beaucoup aimé le précédent album de Gaël Henry, Jacques Damour, où j’avais noté sa maîtrise du découpage, du mouvement et de l’expressivité, à la manière d’un Blain. Le style de l’auteur va vers des encrages forts sur des dessins au trait léger, parfois gribouillés, bref, rapides. C’est un genre graphique… et l’on décèle sur les cases un peu techniques (bâtiments, perspectives, véhicules,…) que le dessinateur sait produire des planches précises. Néanmoins, si sur Jacques Damour la colorisation et la dynamique générale m’avaient fait oublié des dessins parfois approximatifs, sur La guerre des autres j’ai été déçu par des couleurs que j’ai trouvé ternes et un scénario posé qui jour sur les ambiances plus que sur le mouvement, ce qui n’est pas forcément le point fort de Gaël Henry. Ce style graphique est vraiment étrange car il peut produire avec le même type de traits parfois vraiment minimalistes, de magnifiques séquences comme sur Une Sœur de Vivès ou d’autres mal finies… Difficile équilibre.

L’histoire m’avait attiré car elle portait sur une histoire récente, politique, d’une région du monde hautement complexe. Le Moyen-Orient, la Palestine, la cohabitation des communautés. Sujets passionnants. Le traitement choisi est autobiographique, la jeunesse du scénariste, une tranche de vie, des atmosphères, celles des années 70 dans un Moyen-Orient moderne, entre Occident et Orient, avant les guerres généralisées, avant l’islamisme, une époque où les Non-alignés créaient des espaces de liberté qui nous semblent bien loin quand on pense aux pays méditerranéens. Résultat de recherche d'images pour "la guerre des autres henry"On a un petit côté Tran Anh Hung dans ces ambiances lascives, oisives, où la question financière semble vaguement secondaire. La sœur tombe amoureuse de tout ce qui bouge en tentant de bosser son bac, le grand frère redoute le service militaire et la mère tente de reprendre son indépendance… Cette histoire familiale est indéniablement intéressante et les textes nous entraînent avec en toile de fonds le contexte politique, les réfugiés de OLP qui créent des tensions avec les milices chrétiennes dans un pays organisé confessionnellement. En tant qu’autobiographie, la ligne scénaristique est contrainte et comme l’on reste globalement à l’intérieur de cette famille de ses murs, l’aspect historique reste assez secondaire, l’album se raccrochant plutôt à une certaine mode nostalgique dans pas mal de récits, comme sur les Beaux étés de Zidrou par exemple. Ce côté n’est pas ce qui me passionne le plus et j’aurais aimé voir le côté « incidence de la grande Histoire sur la petite histoire » plus présent.

Pour peu que l’on aime le style graphique et ces ambiances rétro à base de libération sexuelle, de rouflaquettes et de chemises à fleurs, La guerre des autres vous fera passer un beau moment au bord de la Méditerranée.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-lebadge-cml

BD·Documentaire·Nouveau !·Service Presse

Le docu du week-end #3

Le Docu du Week-End


Algériennes 1954-1962
BD de Swann Merali et Deloupy
Marabout (2018), 128.

couv_322070Une jolie édition (couverture très efficace) avec petite bio des auteurs et bibliographie très intéressante à la fin. Les auteurs avertissent le lecteur sur le  caractère fictionnel de cet album… basé sur des personnages et faits réels. On reste donc bien dans de la BD docu.

Béatrice, fille d’appelé d’Algérie n’a jamais pu entendre son père parler de cette guerre qui a pourtant marqué la famille comme beaucoup d’autres foyers. Elle décide de partir en Algérie à la recherche de témoignages pour comprendre ce qu’a été cette guerre. Elle y découvre un versant enfoui: celui de la place et du rôle des femmes dans la guerre d’Algérie.

Le grand intérêt de cette BD est son caractère pédagogique et le fait de traiter du rôle et de la situation des femmes dans cette salle guerre. Le scénario reprend le classique cheminement en entretiens avec différents témoins lors du voyage en Algérie que fait le personnage focus, ce qui permet à la fois de structurer le récit et de décrire différents points de vue, intelligemment reliés les uns aux autres. On suppose que cet enchevêtrement des récits est inventé mais son efficacité est pertinente en évitant que l’album ne soit qu’une succession de témoignages.

Résultat de recherche d'images pour "algeriennes 1954 deloupy"Sous un schéma classique, les auteurs nous permettent de parcourir un plan large de ce qu’a été la guerre d’Algérie. Depuis quelques années on a un nombre non négligeable d’ouvrages, films, documentaires, articles traitant de cette dernière guerre coloniale mais la complexité qu’elle recouvre rend salutaire la démarche de Merali et Deloupy. De manière accessible, sans reculer devant la dureté de montrer (la torture, les mutilations,…), ils nous font entrer dans ce qu’ont vécu ces femmes très différentes, avec leur subjectivité. Mais la relativité des faits est une partie de la mémoire. Ce qui importe c’est la parole (ce qui ressort de tous les témoignages de périodes de génocides et de guerres). L’ouvrage s’ouvre sur les silences du père et l’on comprend très vite que tout va tourner autour du récit. L’une des femmes a été moudjahidine, a vécu la torture mais aussi les premières heures de la Nation algérienne, avec ses corruptions et sa perte d’idéal. Une autre, pied-noire restée sur place, n’a pas compris pourquoi on lui enlevait son Algérie, niant le sort fait aux indigènes. Résultat de recherche d'images pour "algeriennes 1954 deloupy"Une fille de Harki se souvient de cette fuite du rapatriement et l’internement dans des camps en Provence,… Ce sont autant de facettes de la réalité d’une guerre sale, grise, sans héros, sans victoire. Il ne manque plus que le récit de l’histoire de la colonisation, seule à même d’expliquer l’inexplicable. Ce n’était pas l’objet de l’album et aucune œuvre ne peut aborder une problématique si complexe, s’étalant sur 130 ans.

Le prisme adopté est celui des femmes. Mais l’on comprend à la lecture qu’il aurait pu être celui des pieds-noirs ou des berbères, des enfants d’appelés,… autant de victimes de la guerre menée par des hommes chrétiens et des hommes arabes qui ont oublié pourquoi ils se battaient. Cette BD est une vraie belle action citoyenne et une très bonne porte d’entrée sur un sujet souvent évité. Une belle occasion.

Cet album a pu être chroniqué grâce au très sympathique envoi des éditions Marabout.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

… et d’autres avis chez The unchained et Sab’s Pleasur