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Strange adventures

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Comic de Tom King, Mitch Gerads et Evan Shaner.
Urban (2022), DC (2020), one-shot, collection Black label.

L’ouvrage comporte un important cahier final incluant de nombreuses pages de scénario, premier jet des planches et galerie de couvertures alternatives, toutes plus inspirées les unes que les autres. Un Calvin pour l’édition sans hésitation!

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bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur fidélité.

Adam Strange, le héros américain des guerres de Rann-Thanagar entame une tournée pour la sortie de son autobiographie. Pourtant le doute survient lorsqu’un visiteur l’agresse verbalement en l’accusant de massacres. L’image du héros se retrouve brisée et Mister Terrific, l’homme le plus intelligent du monde se trouve chargé d’enquêter sur le passé de Strange…

https://www.avoir-alire.com/local/cache-vignettes/L672xH1027/11_strange_adventures_00-2deeb.jpg?1653048249Tom King est un peu l’intello atypique dans le pool des grands scénaristes de comics actuels. Se plaçant dans l’héritage d’un Alan Moore, il dépeint des héros très humains, associé à son acolyte Mitch Gerads qui propose des planches classiques proches du gaufrier avec une appétence pour la répétition et les jeux d’image vidéo. J’avais beaucoup aimé leur Mister Miracle où un héros sans pouvoir, kitsch au possible, se retrouvait à témoigner de ses problématiques de couple alors que les plus grandes puissances d’Apokolips et des New Gods intervenaient en mode « la vie privée des super-héros ». Sur Sheriff of Babylon ils abordaient le rôle d’un héros sur un terrain d’intervention (l’Irak) où la morale et la loi américaine étaient mis en difficulté par la réalité du monde.

On retrouve ces deux thèmes dans Strange adventures, dans un emballage plus accessible, plus construit et plus intéressant. King est un ancien analyste de la CIA qui a travaillé en Irak (ce qu’il racontait dans Sheriff) et est un des rares auteurs américains aussi critiques sur le rôle de son pays et la déconstruction des mythes américains. Strange adventures parle avant tout de cela: au-delà du mythe créé notamment par les médias (il y a toujours beaucoup de séquences de journaux TV dans les albums de King) se révèle progressivement une réalité bien plus ambiguë dans une narration croisée où se succèdent l’excellent Evan Shaner et Mitch Gerads.The Blackest of Suns — “At This Moment” Strange Adventures #8 (March...

On suit donc deux temporalités: celle dessinée par Gerads suit l’action d’Alanna, princesse de Rann-Thanagar et femme aimante du héros alors que l’impassible Mr. Terrific doté de son intelligence suprême incarnant la justice absolue menace le récit du couple sur le passé. Celle dessinée par Shaner nous narre la guerre elle-même en croisant les différents peuples de la planète. Alors que nous croisons très rapidement les héros de la Ligue de Justice, la construction médiatique apparaît dans sa complexité et jusqu’à la toute fin bien malin sera celui capable d’anticiper la résolution. L’intelligence de l’écriture repose sur le refus du manichéisme. Si supercherie il y a (on le comprend très tôt), on ne sait pas laquelle ni pourquoi ni comment. Outre le thème du couple récurent chez Tom King on a évidemment une critique des guerres américaines, de leur storytelling héroïque et de la justification de l’intervention préventive. La création du héros rappellera le travail de Fabien Nury sur le Weird Science DC Comics: Strange Adventures #4 Reviewformidable L’homme qui tua Chris Kyle, avec en plus ici la mise en regard entre ce héros de papier, les véritables héros de la Justice League et la morale incarnée par ce Mister Terrific, véritable personnage principal autour duquel s’axe le récit.

Magnifique travail dont l’importante pagination ne gène en rien une lecture très fluide, Strange Adventures est pour l’instant le plus solide des albums de Tom King en parvenant à proposer une vraie belle BD accessible au grand public, ses magnifiques planches, ses scènes d’action, ses interactions complexes, avec une analyse profonde tout à la fois d’une mythologie nationale et d’une mythologie de couple. Loin de l’aspect documentaire conceptuel de précédentes parutions, l’auteur a su équilibrer ses envies et la dimension entertainment en nous envoyant un des tout meilleurs pavés de cette année.

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***·Comics·East & West·Nouveau !·Numérique

Mister miracle

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Comic de Tom King et Mitch Gerads
Urban (2019), one-shot., 264 p.

couv_367135badge numeriqueA peu près à chacune de mes incursions sur des albums DC je me dis que l’on ne m’y reprendra plus. Parfois quelques chefs d’œuvres ou anomalies (White Knight par exemple) vient contrarier ma résolution. Ce Mister Miracle n’aurait normalement jamais dû tomber dans ma besace: j’avais été très déçu par le récent Sheriff of Babylon du même duo et la mythologie spatiale de DC autour des planètes Neo-Genesis et Apokolypse m’a toujours parue totalement désuète. Pourtant le feuilletage de l’album, son travail graphique original, son découpage en gaufrier intégral et les très bons échos de la blogosphère m’ont fait tenter la lecture de ce très gros volume. Avec un résultat déconcertant…

Scott Free est un dieu. Le fils du Haut-Dieu de Néo-génésis, la planète paradisiaque et fils adoptif du terrible Darkseid sur l’enfer d’Apokopypse a trouvé refuge sur Terre sous le costume du roi de l’évasion Mister Miracle, sorte de champion de cirque où il coule le parfait amour avec Big Barda, elle aussi élevée dans les fosses ardentes de l’enfer. Un jour il tente de se suicider… avant que les évolutions guerrières des deux planètes divines ne lui tombent sur le nez. Or Scott n’a qu’un envie, vivre simplement avec ses t-shirt de super-héros et la guerrière géante qu’il aime…

Résultat de recherche d'images pour "mister miracle gerads"En librairie cette couverture m’avait fait de l’œil (en même temps que Omega men). Si vous vous posez la question je vous confirme qu’il ne s’agit aucunement d’une BD de super-héros et que l’insertion dans l’univers DC est totalement artificiel. Mister Miracle raconte avant tout l’histoire d’un type naïf, qui veut une vie simple avec son amoureuse et à qui la vie ne fait pas de cadeaux. C’est la chronique d’une vie, des joies et des peines, du rôle paternel, bref de tout un chacun… transposé dans l’univers too much des néo-dieux. Les auteurs des Big-Two s’amusent depuis la nuit des temps avec les slip, les séquences décalées entre l’attitude et le style absolument iconique de ces personnages et la trivialité du quotidien. Ainsi le volume se déroule en aller-retour entre la Terre et les deux planètes divines via les tunnels-boom, sorte de portails dimensionnels instantanés et nous montrent ces dieux menant une bataille homérique tout en se préoccupant de la température du biberon de bébé… Scott n’a visiblement aucun pouvoir et se fait dérouiller chaque fois qu’il affronte quelqu’un… mais il reste l’héritier du Haut-dieu et absolument revanchard Résultat de recherche d'images pour "mister miracle gerads"envers Darkseid, le grand méchant que l’on ne voit pratiquement pas de l’album. Scott est sous la protection de Big Barda, la valkyrie bad-ass géante qui est très touchante dans ses attentions envers son petit chéri si faible. Ça regorge de saynètes très drôles, jouant souvent du même registre de décalage entre dialogues très terre à terre qui nous rappellent vaguement du Woody Allen et visuel gore, guerrier ou totalement WTF, comme quand Darkseid se retrouve à manger une assiette végétarienne…

Tout cela est aidé par un découpage en simple gaufrier (oui-oui, un gaufrier exacte sur presque trois-cent pages!) qui accentue l’aspect strip classique, au risque de lasser. On pourra le prendre comme un exercice de style (plutôt réussi) ou comme une facilité un peu banale, tout dépend des goûts. En tout cas cela colore la narration en instillant cette platitude, cet anti-héroïsme jusqu’à reprendre par moment (lors des combats entre les deux armées) l’esprit Deadpool avec notre Mister-Miracle qui sort du cadre tout en Résultat de recherche d'images pour "mister miracle gerads"parlant ou qui enfile son collant avec difficulté… Le dessin de Gerads est très maîtrisé même si personnellement je coince un peu sur cette école qui fait dégrader des dessins très beaux par des trames un peu pourries et des couleurs délavées. L’utilisation en continue d’effets de distorsion (pour instiller une inquiétude sur la réalité de ce que l’on voit) ne m’a pas convaincu surtout que jusqu’à la conclusion pas très compréhensible on n’en connait pas la raison (ou alors j’ai raté quelque chose…).

Déstabilisant mais intellectuellement très intéressant, Mister-Miracle parvient à nous émouvoir en observant ce gentil gars mis sur des responsabilités qu’il n’a pas demandé. J’ai également aimé cette chose rare qui veut qu’il n’y ait pas de drame, pas de trahison, pas de lâchetés… Scott aime Barda. Barda aime Scott. CA ressemblerait presque à du Riverdale chez les dieux si ce n’était le visuel un peu foutraque qui décale encore un peu l’histoire. Cent pages de moins n’auraient pas été gênantes mais même en l’état l’album se lit plutôt bien et sort du lot du tout-venant comic en produisant l’improbable: un véritable comic indé chez les héros DC.

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