***·Comics·East & West·Nouveau !·Numérique

Future State: Justice League

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Recueil de 360 pages, comprenant les épisodes US Future State Flash #1 et #2, Future State: Teen Titans #1 et #2, Future State Aquaman #1 et #2, Future State La Ligue des Ténèbres #1 et #2, Future State Wonder Woman #1 et #2, Future State Suicide Squad #1 et #2. Parution le 24/09/2021 aux éditions Urban Comics.

État de l’union

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Les futurs possibles de l’univers DC n’ont jamais été très enthousiasmants. Dans le cas présent, ils riment pour ainsi dire tous avec apocalypse, fin du monde, et destruction du monde tel que nous le connaissons. Quel futur prévaudra ? Quels héros sortiront indemnes de ces confrontations ?

De son côté, Barry Allen, anciennement Flash, poursuit son ancien protégé Wally West, qui, après avoir perdu l’esprit, est devenu l’invincible avatar du cavalier de la Famine. Afin de neutraliser son ancien ami, Barry, désormais privé de la Force Véloce, doit collecter une à une les armes de tous ses ennemis, afin de constituer un arsenal à même de vaincre un bolide tel que Wally. Sa résolution sera mise à rude épreuve pendant cette quête, alors que ses autres amis tombent comme des dominos face à ce danger mortel qui a ravagé le monde.

Les Teen Titans, quant à eux, affrontent également les cavaliers, et vont devoir utiliser toutes leurs ressources pour les neutraliser. Alors que Nightwing ressemble toujours davantage à son mentor Batman, les autres titans, dont certains sont inexpérimentés et sous-armés, se rassemblent sous le leadership de Starfire.

Le grand Shazam, lui, se retrouve lui aussi aux prises avec les puissantes entités, qu’il doit maîtriser au prix de grands sacrifices. On assistera alors à la réelle dichotomie entre Billy Batson et le Mortel le plus puissant de la Terre.

La Justice League Dark est également confrontée à une fin du monde, mais cette fois des mains de Merlin en personne, qui a siphonné la magie pour l’asservir à sa cause. Dr Fate, Zatanna, Constantine, Etrigan et Détective Chimp doivent redoubler de ruse pour doubler rien de moins que le maître de la magie.

Toutes ces histoires ne convergent pas encore totalement, mais plongent les héros du moment dans le pire futur possible pour la majorité d’entre eux. L’idée est intéressante, et permet de voir ce que chacun d’eux devient une fois au pied du mur.

L’intérêt varie cependant en fonction des histoires, si bien que celles de Wonder Woman et du Suicide Squad palissent un peu en comparaison du reste. Il reste donc à voir ce que réservent les autres méandres du futur dans les tomes suivants.

****·BD·Jeunesse·Nouveau !

Perdus dans le futur #1: La Tempête

Premier tome d’une série en 4 parties, écrit par Damian et dessiné par Alex Fuentes. Parution le 04/06/2021 aux éditions Dupuis.

Le Breakfast Club voyage dans le temps

Pour Sara, Mei, Driss et Arnold, ce qui devait être une sortie de classe tranquille se transforme bien vite en aventure cauchemardesque, à cause de l’intervention de Piero, la terreur de la classe dont le passe-temps principal consiste à rendre la vie impossible à nos quatre amis.

Il faut bien l’avouer, ces pas-si-joyeux drilles ont tout de cibles faciles si l’on se fie aux critères du Harcèlement scolaire pour les nuls: Sara est victime d’un handicap qui l’oblige à se déplacer en béquilles, Arnold est en surpoids, Mei est une HPI affublée de doubles-foyers et Driss, un peu trop basané au goût de certains. Ils sont donc malheureusement des cibles toutes indiquées pour l’aimable Piero.

En voulant leur faire peur une nouvelle fois, la brute provoque une chute qui les entraine tous les cinq au fonds d’un puits, qui se remplit dangereusement durant la tempête qui frappe les ruines du château que la classe visite. En ressortant, les miraculés s’aperçoivent à leur grand désarroi qu’ils ne sont plus chez eux. Toujours sur Terre, semble-t-il, mais dans un futur hostile où rôdent de dangereuses bêtes ! Nos quatre victimes et leur bourreau sauront-ils mettre leurs différends de côté pour sortir de ce mauvais pas ?

Péril jeune face à vieux templiers

En explorant plus avant ce nouveau territoire, nos naufragés du temps vont s’apercevoir que des humains parviennent contre toute attente à subsister dans cet environnement hostile. En effet, le château était autrefois le dernier bastion des Templiers, qui, traqués et persécutés, ont choisi d’utiliser leurs savoirs pour ouvrir un tunnel temporel qui les emmènerait loin de leurs bourreaux. Le problème, c’est que le tunnel est une voie à sens unique, et que les habitants du village de Templiers ne voient pas leur arrivée d’un très bon œil.

En effet, les conditions de vie difficiles ont contraint les templiers à adopter une philosophie malthusienne, voulant que chaque arrivée dans la communauté soit synonyme d’un départ.

Ce premier tome de Perdus dans le Futur nous plonge prestement dans l’action sans ménagement, pour nous faire ensuite découvrir son groupe de personnages attachants. Bien évidemment, les aventures temporelles rocambolesques ne sont finalement que l’écrin dans lequel ces protagonistes vont pouvoir se développer et renforcer leur liens, et l’on assiste au fil de l’album à la rédemption d’une brute antipathique, laissant entrevoir de belles évolutions sur le reste de la série. On apprécie également les thématiques écologiques en sous-texte, bienvenues dans le cadre d’un récit jeunesse.

Le graphisme est lui aussi résolument orienté jeunesse, et fait des étincelles, notamment grâce aux couleurs. En bref, ce premier tome a pour lui une narration fluide et des graphismes agréables, sous tendues par un réseau de personnages attachants et dotés d’une certaine profondeur. A lire !

**·BD

Larkia

La BD!

Histoire complète en 84 pages, écrite par Ingrid Chabbert et dessinée par Patricio Angel Delpeche. Parution le 24/03/2021 aux éditions Glénat.

Sad Max: Sorry Road

Dans les ruines d’une cité décrépite, la jeune Larkia traverse la plus forte des épreuves: elle donne la vie pour la première fois, avachie sur une banquette de voiture, tandis que la vieille Thésy, dont on peut douter de la clarté d’esprit, entonne des prières à qui mieux-mieux. L’accouchement est sanglant, difficile, mais Larkia survit et peut enfin tenir son enfant dans ses bras. 
Cependant, quelque chose cloche: le bébé n’ouvre pas les yeux. A peine recousue à l’aide d’un hameçon trouvé sur place, Larkia doit fuir avec son nouveau-né, traquée implacablement par une milice armée et prête à tout pour mettre la main sur l’enfant. Ce sera le début d’une course-poursuite à travers les terres désolées, avec pour enjeu la survie de la mère et de son bébé aux yeux clos. 

Dans sa note d’intention, Ingrid Chabbert explique avoir été impressionnée par le chef-d’oeuvre de George Miller, Mad Max Fury Road, ce qui lui aurait inspiré cette histoire post-apocalyptique boostée à l’adrénaline. En effet, mue par une saine émulation, la scénariste a eu pour but de créer une héroïne aussi captivante que Furiosa, la deutéragoniste de Fury Road, qui, incarnée par Charlize Théron, crevait l’écran dans le long-métrage. Le problème qui se pose ici, est que n’est pas George Miller qui veut. Apparemment, il ne suffit pas de s’extasier (à raison!) devant un excellent film de genre pour être ensuite capable d’en produire un fac-similé qui soit à la fois original et respectueux du matériau d’origine. Sinon, tous les fanboys de la Terre seraient d’excellents auteurs, ce qui est loin d’être le cas.


Ingrid Chabbert s’est donc ingéniée à vider toute la substantifique moelle du long métrage, pour n’en retenir que des éléments superficiels, en pensant que cela suffirait à produire un récit riche et un univers intéressant. Ce processus homéopathique dessert grandement l’album, puisqu’en lieu et place d’une héroïne forte et intéressante (Furiosa), on se retrouve à suivre les péripéties invraisemblables (par exemple, elle pilote un hélicoptère, sans que cet élément ne soit ni préparé (on montre qu’elle est serveuse, mais pas militaire), ni exploité par la suite) d’un personnage assez creux et unidimensionnel. Cette écriture à l’emporte-pièce n’a pas porté préjudice qu’au personnage central, mais également à l’univers qui sous-tend le récit. 

Où sont les symboles forts de Fury Road (la lutte pour les fluides: Eau, Sang, Lait et Pétrole; la symbolique des quatre Cavaliers) ? Que dit l’effondrement des sociétés évoqué dans l’album sur notre propre monde ? Aucune de ces questions centrale ne trouve de réponse, ce qui est inentendable pour un one-shot. En cherchant bien, toutefois, on peut trouver d’autres sources d’inspirations probables, comme Les Fils de l’Homme, mais là encore, il ne suffit pas de poser au milieu de l’histoire un nourrisson poursuivi par des méchants pour qu’elle devienne instantanément digne d’intérêt. 

Les flash-back qui émaillent le récit tentent de donner un semblant de justification à ce qu’il se passe ensuite, sans toutefois que cela fasse grand sens au regard de l’intrigue générale. Côté graphique, toutefois, on doit reconnaître le talent de Patricio Angel Delpeche, qui use de plans très cinématographiques et d’un dessin très vif, qui rehausse complètement les scènes d’action. 

Une écriture décousue, une intrigue pauvre et invraisemblable, et surtout, un personnage central mal pompé sur un parangon du genre, voilà ce à quoi vous aurez droit en lisant cet album.

****·BD·Nouveau !

Le Convoyeur #2: La cité des mille flèches

La BD!

Deuxième tome de 54 pages, de la série écrite par Tristan Roulot et dessinée par Dimitri Armand. Parution chez Le Lombard le 21/05/21.

Rouillera bien qui rouillera le dernier.

Le monde a été ravagé par une bactérie dont la particularité est de se nourrir de métaux. Bien vite, ce sont les fondations même de notre civilisation moderne qui furent grignotées, et avec elles les espoirs chancelants d’une humanité en déclin. Car les structures métalliques et les infrastructures ne furent pas les seules à être affectées par la Rouille. Les personnes infectées se sont mises à muter, à subir des transformations corporelles dignes d’un Cronenberg

La France n’a pas été épargnée par ce cataclysme. Sur ces nouvelles terres désolées et dangereuses, un homme crapahute sur son inquiétant destrier. On le nomme le Convoyeur, et son sacerdoce est d’amener à bon port tout ce qui lui est confié, que ce soit marchandise ou personne. A la fois redouté et sollicité, il va, de ville fortifiée en protectorat, là où ses missions le mènent, et son prix reste inchangé: son client doit avaler un œuf,  translucide, en guise de paiement. 

Jusqu’ici, nul n’était à même de percer les insondables motivations de ce Mad Max version Fedex. Toutefois, une femme est à ses trousses, avec une vengeance à accomplir. Tout aussi dangereuse et déterminée que le Convoyeur lui-même, elle semble en savoir plus que quiconque sur notre taciturne aventurier. 

Another One Bites the Rust

Après une première entrée de qualité bien que classique dans sa construction, Le Convoyeur revient et passe la seconde quant au développement de son intrigue. Les bases de l’univers ayant été adéquatement posées dans le précédent tome (la Rouille, le retour de la civilisation dans un âge sombre, les mutants, etc), l’auteur peut donc se permettre quelques révélations choc (avertissement spécial aux trypophobes parmi vous !) entre deux scènes d’action. Ceux qui ont apprécié le premier tome, notamment, seront certainement accrochés par le cliffhanger de fin qui promet des pistes intéressantes pour la suite. C’est d’ailleurs une des réussites de cette série que de laisser le lecteur dans une incertitude permanente entre un schéma très simple (le « héros » accomplit ses missions en échange d’un mystérieux œuf) et une direction impossible à prévoir. Non content d’utiliser des techniques connues (le flashback, le récit superposé à l’action,…), Tristan Roulot crée des scènes inattendues qui permettent chaque fois de densifier le contexte. On va ainsi découvrir, après une redoutables séquence d’assaut introductive, comment les puissants ont construit leur pouvoir avec un esprit steampunk fort élégant et un soupçon de fantasy dans le design de cette Eglise qui s’avère revêtir une place plus importante que prévue. La faiblesse du genre post-apo est souvent de réduire la focale sur le seul personnage principal. Ce n’est absolument pas le cas ici où l’on sent un travail préparatoire très conséquent qui donne envie d’en savoir plus et une thématique messianique inhérente au genre mais fort bien amenée.

Contrairement à ce que l’on pourrait craindre, l’amalgame des différents genres que sont le western, le fantastique et le post-apo fonctionne plutôt bien, sans que l’un prenne nécessairement le pas sur les autres. Les auteurs ont évité le cliché américain en établissant leur récit en France (il y a bien un centre de détention à Muret !), ce qui donne une saveur particulière à l’ensemble. Les dialogues sont ciselés et bien écrits, mais ne sonnent parfois pas toujours juste dans un monde post-apo dans lequel la civilisation a régressé. Du reste quelques grosses facilités scénaristiques laissent dubitatif (à moins que l’on opte pour un nouveau « pouvoir » caché du Convoyeur…). C’est fort dommage tant l’ensemble respire la maîtrise et la confiance dans le projet, avec un personnage éponyme redoutablement charismatique et qui nous laisse (là encore) dans l’incertitude quand on statut de héros ou de véritable méchant. Ses motivations commencent à se révéler ici…

Le plaisir de lecture est donc toujours là, et on en doit une part non négligeable au graphisme d’Armand, qui offre un découpage dynamique et un trait qui l’est tout autant. Ses encrages sont parmi ce qui se fait de mieux dans la BD moderne et sa maîtrise technique énorme alliée à une colorisation parfaitement adaptée montre qu’il est aussi à l’aise dans ce genre compliqué que dans le western.

En résumé, ce second tome vient amener une direction intéressante à la série, ce que le premier tome ne laissait pas nécessairement présumer, malgré sa qualité.

Billet écrit à quatre mains par Dahaka et Blondin.

***·Comics·East & West·Nouveau !

Les Avengers des Terres Perdues

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Recueil de 112 pages comprenant les cinq épisodes de la mini-série Avengers of the Wastelands, écrite par Ed Brisson et dessinée par Jonas Scharf . Parution le 17/02/2021 aux éditions Panini Comics.

Les Avengers sont morts, vivent les Avengers

Il y a des décennies, les pires criminels de l’univers Marvel ont pris la meilleure décision de leurs vies: s’organiser à grande échelle, et mettre en commun leurs ressources afin de mettre à bas leurs ennemis jurés. Ainsi, en une nuit, les plus grands héros de la Terre sont tombés, quasiment sans coup férir, laissant l’Amérique aux mains de mégalomanes nazis tels que Crâne Rouge. 

Puis, les vilains se sont partagés les territoires, donnant naissance à un nouvel ordre mondial basé sur les rivalités entre seigneurs de guerre, conduisant le monde à sa ruine. Plus aucun Avenger, plus aucun X-Men ni Fantastique pour les arrêter. Le rêve des super-vilains s’était enfin réalisé, mais le rêve de quelques uns peut vite se révéler le cauchemar de tous. 

Plus qu’aucun autre, Logan a fait les frais de cette catastrophe. Piégé par Mysterio, il a lui-même massacré ses frères d’armes mutants lors de la grande purge des super-vilains. Dès lors, Logan s’est retiré du monde des super-héros, et a pris sa retraite. Bien des années plus tard, alors qu’il a fondé une famille et qu’il fait de son mieux pour survivre, Logan est rattrapé par son passé. Sa famille est menacée par les rejetons dégénérés de Hulk, si bien qu’il doit s’embarquer dans un périlleux road trip avec le vieil Hawkeye afin de la sauver. Après moult péripéties, qui le conduiront à éliminer le Président Crâne Rouge, Logan rentre chez lui pour trouver sa famille massacrée. Ce traumatisme épouvantable va le conduire à faire ce qu’il se refusait jusqu’alors, et sort ses griffes d’adamantium pour massacrer le clan Banner, Bruce compris. 

Old Man Logan, initié par Mark Millar, nous montrait un monde désolé et impitoyable, qui est ici repris, après les mini-séries Old Man Quill et Dead Man Logan. La majorité des héros s’en est sans doute allée, mais elle a vocation à être remplacée par de nouveaux héros, entre nostalgie des temps passés et foi en un avenir meilleur. 

Après la chute de Crâne Rouge, c’est Fatalis qui s’est installé sur le trône, régnant avec la poigne de fer qu’on lui connait. Bien décidé à assurer sa suprématie, il entreprend de retirer de l’échiquier tous ses anciens conjurés, et écrase cruellement tous ceux qui pourraient lui causer du tort. Qui pourra détrôner le tyran sanguinaire ?

Teenage Wasteland

Ed Brisson met au centre de son récit Danielle Cage, fille du super-héros Luke Cage et de la super-détective Jessica Jones. Cette dernière est à la tête d’une communauté paisible de survivants, épaulée par Bruce Banner Jr, seul survivant du massacre causé par le regretté Logan. Non contente d’être la fille de ses prestigieux parents, Danielle est également la dernière détentrice de Mjolnir, le mythique marteau de Thor, ce qui lui permet d’irriguer efficacement les cultures destinées à nourrir le groupe. 

Ce quotidien relativement serein est perturbé par l’irruption de Dwight, successeur d’Ant-Man, dont la communauté a fait les frais de la cruauté de Fatalis. Ensemble, Dwight, Danielle et Bruce Junior vont se dresser contre la tyrannie, forts de l’héritage glorieux des Avengers. Ils seront bien vite rejoints par Grant, un ancien soldat de Fatalis ayant survécu à l’injection du Sérum du Super-soldat, puis par Viv, fille du regretté Vision. Captain, Thor, Hulk et Ant-Man, on peut dire sans se tromper que c’est une bonne base pour une équipe d’Avengers. 

L’idée d’une équipe de jeunes héros succédant aux Avengers n’est pas nouvelle, loin s’en faut. Il n’y a qu’à regarder du côté des Young Avengers, qui réunit de la même façon des personnages jeunes et tous liés aux héros adultes. S’agissant de la trame narrative futuriste, on trouve également A-Next, version adolescente et future des Avengers apparue dans la série Spider-Girl au début des années 2000, ou encore la version que l’on découvre dans Avengers volume 4 n°1. Et il est ici inutile d’évoquer Avengers Forever et son casting méta-temporel. 

Danielle Cage, quant à elle, était apparue en 2006 sous la plume de Brian Bendis. Encore enfant dans l’univers classique, elle a néanmoins bénéficié d’une autre version future dans laquelle elle reprend le rôle de Captain America (Avengers: Ultron Forever). Quelle que soit le futur, il semblerait donc que la jeune Danielle soit appelée à un destin héroïque. Dans ces Avengers des Terres Perdues, il est donc question d’héritage, mais aussi d’espoir et des symboles qui le portent. Les jeunes héros ont donc le choix entre la simple survie où le poids supplémentaire des responsabilités que leur donnent leurs pouvoirs. 

Être à la hauteur de ses aînés est un défi conséquent, surtout quand il s’agit de remettre le monde sur les rails. Le récit est bien construit autour de cette thématique et contient suffisamment de rebondissements pour conserver l’intérêt du lecteur. En revanche, les scènes d’actions peuvent se montrer un tantinet répétitives, mêmes si elles bénéficient d’un dessin de qualité. On aurait aimé voir une progression plus nette dans la coopération des héros, qui auraient pu commencer leur mission de façon dysharmonique pour former peu à peu, au fil du récit, une équipe fonctionnelle. Ce n’est pas vraiment le cas ici, et il est dommage de noter que les combats se ressemblent un peu tous. 

Ces Avengers des Terres Perdues restent une lecture agréable qui prolonge le concept d’Old Man Logan en y apportant une touche d’espoir bienvenue. 

**·BD

Oliver Page & les Tueurs de Temps

Série en deux tomes de 54 planches, écrite par Stephen Desberg et dessinée par Griffo. Parution le 02/01/20 et le 05/02/20 aux éditions Glénat.

Time will tell

Oliver Page est un jeune londonien, aventurier auto-proclamé, qui coordonne, avec l’élue de son cœur Beatriz, des fouilles archéologique en plein désert, au XIXe siècle. La fouille ne donne pas les fruits espérés, mais Oliver et Beatriz découvrent une momie non identifiée, un trône de pierre assez peu conventionnel, quelques bas-reliefs aux allures d’avertissements, et trois étranges anneaux.

Dans un futur lointain, Wynn, soldat aguerrie, perd son compagnon d’arme alors qu’elle traque une créature malfaisante capable de prendre le contrôle de toute créature vivante qu’elle parvient à investir. A son époque, Oliver découvre avec stupéfaction que le trône de pierre est en réalité une machine à voyager dans le Temps, et que le sarcophage dans lequel il l’a trouvé n’aurait jamais du être ouvert.

Va s’en suivre un chassé-croisé dans les méandres conjugués du passé et du futur, entre Oliver, Wynn et le parasite, avec rien de moins en jeu que le sort du monde.

Course contre le Temps

Ce diptyque aux aspects prometteurs est intriguant par bien des aspects, mais assez décevant au final. Friand d’histoires de voyages temporels, j’ai abordé Oliver Page avec empressement, curieux de connaître les différents rebondissements que connaitrait inévitablement le protagoniste au cours de son aventure.

Effectivement, on retrouve bien les éléments clefs du genre (certains parleront de poncifs), comme le décalage socio-culturel du au voyage temporel, les tentations diverses et variées de changer le cours du temps (Effet Papillon, Retour vers le Futur) et de faire fortune (Retour vers le Futur 2, Timelapse), la confrontation avec ses doubles temporels (Timecrimes)…

Il n’en demeure pas moins que le tout manque de liant, peut-être à cause d’une narration externe qui n’est pas toujours utilisée à-propos ou de façon optimale. Certains fils conducteurs restent sans réponse, ce qui est assez malvenu pour un diptyque duquel le lecteur en exigera forcément. En revanche, le protagoniste reste sympathique et attachant, ce qui est un réel plus pour continuer la lecture.

Le côté SF reste relativement bien géré, avec cette évocation d’un futur hostile et d’une Terre ravagée. L’antagoniste parasite m’a rappelé le film Hidden, et on doit avouer qu’il est bien utilisé, même s’il manque, par nature, de profondeur.

S’agissant du graphisme, la série semble payer assez cher ses délais contraints (deux albums parus à deux mois d’écart). On se doute que la majorité des planches a du être bouclée en amont de la parution du premier tome, force est de constater qu’il se dégage de l’ensemble un sentiment de rush (je n’ose pas dire bâclé) à certains endroits. Les plans rapprochés de Griffo sont souvent justes, mais les plans larges quant à eux, souffrent par leurs décors et les proportions de certains personnages.

Oliver Page & les Tueurs de Temps partait d’une idée ingénieuse et promettait une série d’aventure et de SF rafraichissante, toutefois, son exécution reste en deçà des attentes.

****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Bots #3

Jeunesse
Troisième et dernier tome de la série, 75 planches dessinées par Steve Baker et écrites pas Aurélien Ducoudray. Parution le 31/01/2020 aux éditions Ankama.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

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La Planète des Bots

Rip-R, jeune robot mécanicien, fait la connaissance de son binôme, l’imposant War-Hol, sur l’un des champs de bataille perpétuels qui essaiment la planète depuis des temps immémoriaux. Ce duo improbable va se découvrir un destin hors du commun lorsqu’une étrange créature va émerger des entrailles de War-Hol: une toute petite unité d’un genre que personne n’a jamais vu, qui ne contient ni métal, ni batterie, ni boulon quelconque, et qui fait des drôles de bruits…

Car voyez-vous, les robots accomplissent leur programme et se sont reproduits depuis si longtemps que plus aucun d’entre eux n’a conscience de leur histoire, de leurs origines, ni de ce qui les a précédé. L’existence de l’Humanité relève dans le meilleur des cas du mythe, lorsqu’elle n’a pas été tout simplement effacée des bases de données.

Rip-R et War-Hol vont donc devoir percer à jour ce mystère, en découvrant ce que cette créature, ce « beh-beh », faisait à l’intérieur du robot de combat, et qui sont ceux que l’on appelle les « ohms ».

Après leur passage en prison et leur évasion spectaculaire dans le tome 2, le trio se retrouve aux prises avec des androïdes vouant un culte au bébé, qu’ils voient comme leur élu, la clef du renouveau du genre humain. Mais pour que l’élu puisse accomplir cette destinée, il va falloir le conduire à un endroit très dangereux…

Messie 2.0

Aurélien Ducoudray et Steve Baker concluent leur brillante trilogie en poursuivant dans la lignée des deux premiers tomes: des situations cocasses servies par des dialogues savamment écrits, des références graphiques et thématiques bien maîtrisées et des personnages attachants, désarmants d’humanité.

Sur le plan thématique, Bots explore la propension de l’Homme à s’autodétruire, ainsi que la trace qu’il laisse de son passage sur Terre, sous la forme de créatures à son image. Ici, point de haine de la créature envers son créateur ingrat, mais plutôt une bienveillance teintée d’émerveillement, qui rend l’artificiel plus humain que l’humain.

Comme Néo doit se rendre à la Source pour assurer le salut de l’Humanité, le « beh-beh » doit lui aussi se rendre là où tout doit recommencer, et dans les deux cas, le prix à payer prendra nos attentes à rebours.

Ce tome 3 de Bots confirme la virtuosité de l’écriture de Ducoudray et l’aisance graphique de Baker, une série à ne pas manquer !

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Le Mur #1: Homo Humini Lupus

Premier tome d’une trilogie, 48 planches couleur écrites et dessinées par Mario Alberti, adaptées des travaux d’Antoine Charreyon, paru le 15/01/2020 aux éditions Glénat.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

 

Encore une fin du monde

Il est étonnant de constater qu’en cette période d’incertitude, où l’avenir de l’humain est pour le moins lugubre, le genre Post-Apocalyptique prospère et n’a jamais généré autant de propositions narratives, comme si la fiction cristallisait nos angoisses et nos projets.

C’est à se demander si, lorsque l’Humanité aura éventuellement accompli son expansion dans le cosmos, nous assisterons à une résurgence du Western et des récits de conquête.

Le Mur nous raconte le périple de Solal et sa sœur Eva, qui errent à travers la désolation d’un monde englouti par les débris de sa gloire d’antan. La civilisation s’est effondrée suite à un cataclysme qui ne nous est pas détaillé, mais dont on sait qu’il en a résulté la construction du Mur éponyme, une structure cyclopéenne érigée pour stopper les vagues de migration vers le Nord.

S’il veut assurer la survie d’Eva, gravement malade, Solal n’aura pas d’autre choix que de tenter de franchir le Mur, afin de se procurer des médicaments, que l’on dit abondants de l’autre côté du Mur. Très rapidement, le duo fraternel va se retrouver entre les griffes de B.A.S.T.A.R.D, un sanguinaire chef de guerre qui rêve lui aussi de s’emparer des richesses qui l’attendent de l’autre côté. Solal ne s’en sortira qu’en démontrant ses aptitudes en mécaniques, qui, à défaut de lui faire gagner les bonnes grâces du méchant, lui assureront un poste de pilote kamikaze, et ainsi, lui offrir une opportunité de franchir l’impénétrable rempart…

La Grande Mur-Aïe

Étant donnée la nature même du genre Post-Apo, on ne peut décemment pas reprocher à une nouvelle œuvre s’y rapportant de faire dans le déjà-vu. Au contraire, on dira que les bases sont là, avec un monde dévasté, des hommes devenus ou redevenus barbares, la loi du plus fort ayant enterré l’État de Droit et une technologie archaïque faite de bric et de broc.

Tous les ingrédients sont là, et le Mur en ajoute d’autres issus de diverses influences du genre, comme la ségrégation entre les pauvres et les privilégiés (Elysium), la promesse du salut dans cette enclave dévolue aux élites (Elysium encore), le chef de guerre brutal à la fois craint et adulé (Mad Max Fury Road), ou le duo familial (La Route).

L’intrigue nous propulse in media res sans davantage d’explication, ce qui n’est pas un mal en soi mais qui oblige le lecteur à raccrocher les wagons en cours d’album, ce qui le ramène parfois au même niveau que les protagonistes.

On peut reprocher des dialogues peut-être pas assez intuitifs ou insuffisamment clairs, mais cela participe sans doute au sentiment de confusion diégétique généré par et dans l’histoire.

Les planches de Mario Alberti ont un style très rétro, renforcé encore davantage par la mise en couleur et le lettrage, et s’enchaînent rapidement jusqu’à un cliffhanger final habile qui donne tout son intérêt à l’album. Les scènes d’action peuvent donner du fil à retordre de par leur manque de lisibilité, toutefois elles ne gâchent pas totalement le plaisir de découvrir cet univers violent et plein de surprises. On a hâte de lire le second tome !

 

*·****·Comics·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

Sushi & Baggles #12

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  • Démon (Shiba/Cambourakis)

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Créée par l’américain d’origine japonaise Jason Shiba, Démon est une série en quatre volumes parue entre 2016 et 2018 chez Cambourakis. C’est sur les conseilles de ma bibliothécaire que j’ai entamé ce qu’on peut définir comme un total délire sans bornes morales d’un auteur qui aime à réfléchir sur les casse-tête et jeux mathématiques. Jimmy Yee est suicidaire. Mais il ne peut pas mourir: il se réincarne aussitôt dans la personne la plus proche… Il va alors tenter mille et un stratagèmes pour parvenir à en finir et échapper au gouvernement, qui semble en savoir beaucoup…

J’adore quand un auteur lâche la bride et qu’un éditeur lui permet de laisser libre court à son imagination. Ici Shiba joue avec son personnage en proposant une sorte de bible de toutes les façons possibles pour se suicider. Totalement immoral, d’un humour noir absolu, sanglant au possible. Cette BD n’est pas conseillée aux jeunes car aucune borne n’existe pour l’auteur, ni sexuelle, ni de violence, tout est voué à son jeu. Graphiquement c’est très simple mais amusant et assez bien mis en scène. Une super découverte humour noir qui se lit assez rapidement et que je vais enchaîner d’une traite!

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  • Basilisk: The Oka ninja scroll #1

bsic journalismCritique réalisée pour Iznéo. Lu en numérique.

Couverture de Basilisk - The Ôka Ninja Scrolls -1- Volume 1

Attention, si vous n’avez pas lu la série mère (Basilisk) passez votre chemin, vous ne comprendrez rien à ce premier volume… Pour cette suite d’un manga mettant en scène un tournoi devant départager deux clans Ninja, on entre directement dans une intrigue en cours sans mise en place, avec mille noms japonais et un univers fantastique qui rappelle par ses combats quasi magiques Cyber Weapon Z. Les dessins sont correctes mais je m’attendais à des combats d’arts-martiaux classiques plutôt qu’à une ambiance plus proche des histoires de fantômes chinois. Les morts revivent, on se téléporte et l’on ouvre des portails vers d’autres dimensions… bref, j’ai trouvé cela un peu too much pour une introduction qui en outre, à peine présentés les deux héros jumeaux, fait intervenir le grand méchant qui dévoile toute l’étendue de son pouvoir. Ce volume s’adresse donc exclusivement aux fans de la première série qui y trouveront sans doute leur content. Pour les autres vous devrez suivre les étapes et commencer par le début…

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Achetez-le chez njziphxv

  • Eternal Warrior (Bliss)

bsic journalismMerci à Bliss éditions pour cette découverte. Lu en numérique.

Le guerrier éternel a eu plusieurs vies. Au service du Géomancien pour protéger Terre-mère contre le Mal (et accessoirement les hommes), il a douté, eu des enfants, combattu… Entre l’antiquité, notre époque et le futur il a du faire des choix entre la violence, la mort et la vie, sa propre vie, pour peu que le destin lui permette d’en avoir une…

Cela fait quelques temps que je n’ai pas lu de Valiant comics et j’attendais ce volume, d’abord car l’annonce des dessinateurs a attiré mon attention (Renato Guedes, Trevor Hairsine et Cary Nord) mais aussi car ce personnage m’intrigue depuis ma lecture de l’excellent The Valiant. Sur ce point je vous arrête tout de suite: Eternal Warrior est plus une chronique des différents doutes et périodes de la vie millénaire du guerrier immortel qu’une insertion dans la lutte contre l’Ennemi (qui faisait la force de The Valiant). Ainsi on tombe un peu dans les défauts de certains Valiant avec une perte du côté épique et de la portée des histoires. Le syndrome Superman en quelque sorte, quand le héros est immortel comment accrocher de l’intérêt? Et bien le scénariste y parvient notamment sur la première des quatre sections, illustrée par le très bon Hairsine, en nous présentant la trahison de sa fille et son renoncement au service des Géomanciens. C’est là la trame principale et l’arrivée d’un nouvel antagonisme, le culte maléfique de Nergal nous titille un peu et donne de l’intérêt aux combats. Malheureusement cette intrigue ne se termine pas vraiment (même si elle nous donne à voir une sorte de combats des Dieux au sein duquel est jeté Gilad) et les deux autres sections (dans un futur post apocalyptique puis à l’époque des invasions barbares) ont une ambition assez dérisoire. Étrangement j’attendais Guedes (qui m’avait subjugué sur X-O Manowar) et c’est Cary Nord qui rend la partition la plus chouette, inspirée par les tableaux antiques des peintres romantiques, les planches de Guedes étant avant sa nouvelle technique en couleurs directes. Au final cet album est très joli graphiquement mais inégal sur le plan du scénario et vaguement décevant pour qui pensait lire une continuité de la lutte entre le Bien et le Mal.

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***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

La trouvaille du vendredi #18

La trouvaille+joaquim
BD de Stan et Vince
Delcourt (1993-2003), 9 volumes de 46 p. Série finie. Disponible en trois intégrales.

Série lue pour partie en format papier, pour partie en numérique.

couv_199557Vortex vous emmène dans un retour vers le futur, celui d’une époque où Delcourt et Soleil étaient encore deux éditeurs jeunes et dynamiques qui dénichaient de jeunes auteurs qui allaient former l’armature de ce que la BD franco-belge produira de meilleur dans le genre fantastique (Soleil était alors axé principalement sur la Fantasy et Delcourt sur la SF). L’époque des débuts de Lanfeust, de la première série de Mathieu Lauffray, d’Aquablue (Vatine) et où chez d’autres éditeurs Thorgal commençait juste le cycle de Shaïgan, Largo Winch et Aldebaran naissaient et Bourgeon entamait son cycle de SF…

1937: une expérience militaire s’apprête à bouleverser l’Histoire! Le premier voyage temporel va être lancé… Las, pendant l’opération deux énigmatiques terroristes interviennent et dérobent les plans de la machine avant de s’enfuir à une époque éloignée. L’agent spécial Campbell et la belle Tess Wood vont se jeter à leur poursuite et découvrir le sombre destin de l’humanité à différentes époques…

Vortex fut une série à succès qui lança la carrière du duo Stan et Vince (récemment vu avec Zep sur la BD érotique Esmera). Depuis les deux zozo sont allé faire des albums trash avec Benoit Delepine chez l’Echo des savanes. Leur première série est un peu plus sage mais y pointe déjà (bien qu’il s’agisse d’une série grand public) leur goût pour l’extrême, entre les formes très plantureuses de l’héroïne et de la méchante Ziprinn, les déformations corporelles ou les explosions de cervelles. Si les caractéristiques visuelles des auteurs la démarque du lot, Vortex n’en reste pas moins une BD de SF pulp assez classique dans son scénario et son traitement. A noter que Stan et Vince travaillent réellement à quatre mains, sur l’histoire et les dessins, leur style étant pratiquement interchangeable (ils se partagent d’ailleurs le dessin sur les premiers albums avant de travailler réellement en doublon sur la suite).

Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"Le premier intérêt de cette série est son concept de départ: les quatre premiers albums forment une même histoire croisée vue du point de vue de Tess Wood ou de Campbell. Cela permet des contorsions cérébrales pour le lecteur afin de suivre la ligne temporelle de l’intrigue avec des séquences identiques vues d’autres plans… en outre les modifications du continuum espace-temps arrivent bien entendu très vite, provoquant des paradoxes tels que l’apparition de deux Campbell! Je ne vais pas spoiler plus loin mais perso j’adore ces histoires de voyage dans le temps et toutes les hypothèses qui en découlent. Comme on est dans une série 100% pulp, les incohérences ne posent pas de problème. Je remarque que la série devait vraisemblablement se clôturer à la seconde saison et a été prolongée sur une troisième époque dans le Londres victorien steampunk qui a sa propre unité et pourra se lire séparément, même si l’on n’a pas lu le début de la série.

Les héros sont donc des super-clichés: Campbell est l’archétype du super agent-secret blond, musclé, increvable et vaguement macho. Tess est une femme des années 40 à la fois bombe sexuelle ne se laissant pas faire et faible créature soumise aux aléas des intrigues. Le méchant veut évidemment dominer le monde et tuer à peu près toute la population au passage, les créatures mécaniques sont souvent des arachnoïdes tout droit sorties de la SF des années 50 (genre « guerre des mondes ») et le futur voit une société orwellienne où une élite riche écrase une plèbe œuvrant dans des mines pour le bien de leurs maîtres. Le dessin de Stan et Vince est parfois brouillon dans les plans larges mais les visages sont très réussis et le tout porte globalement la marque des séries de BD d’aventure classiques entre Jacques Martin, Jacobs et les pulp américains. On a par contre une évolution graphique à la troisième époque, dû notamment il me semble à de la colorisation numérique qui adoucit les traits assez hargneux des auteurs. Un saut qualitatif également puisque le dessin, correcte sur l’ensemble et très bon par moment, devient beaucoup plus régulier et de qualité sur le dernier cycle. Encore une fois c’est cliché, daté, rétro, mais terriblement sympathique! En outre, les couvertures sont vraiment superbes et plongent totalement dans cet univers avant d’avoir ouvert les albums.

L’intrigue est un peu tordue et se résume essentiellement à une course poursuite pour sauver Tess puis pour attraper le méchant. Si la première époque se déroule dans une unité de lieu (le futur), la suite promène les héros sur plusieurs époques pour revenir à l’origine du problème et permettant de voir dinosaures, Adolf Hitler ou les Egyptiens… En passant, les auteurs abordent de nombreux thèmes autour du démiurge prométhéen (les religions, la création de l’homme, l’influence de l’Histoire) ce qui, sans être d’une originalité folle, enrichit ce récit d’action et d’aventures. Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"L’on sent à mesure de l’avancée de la lecture que le scénario initial a probablement été modifié en fonction du succès de la série puisque d’une histoire de conspiration politique assez poussée dans les premiers tomes, l’on dévie ensuite vers un apocalypse scientifique beaucoup plus global et du pure cyberpunk victorien sur la troisième époque. Vortex respire la vitesse, que ce soit dans la dynamique du dessin ou dans l’enchevêtrement des intrigues. On aurait sans doute apprécié que les auteurs s’engouffrent encore plus dans les problématiques de paradoxe temporel et prolongent le concept des aventures croisées des deux héros (qui est exploité en début de série et en fin). Mais la série reste un excellent moment d’aventure rétro, honnête dans son ambition et toujours percutante dans ses visuels même s’ils n’ont rien de révolutionnaire. Je gage que cette lecture, si vous vous laissez tenter vous donnera envie de (re)découvrir la bonne SF Delcourt des années 90’s et d’observer les débuts d’auteurs aujourd’hui confirmés. Vortex démontre que lorsque les auteurs français se lancent dans du pulp les comics n’ont plus grand chose à nous apporter…

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