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Nautilus #1: le théâtre des ombres.

La BD!
BD de Mathieu Mariolle et Guenael Grabowski
Glénat (2021), 56p., série en trois tomes.

La première édition comporte un cahier graphique final et une pos-face du scénariste expliquant la genèse du projet et ses deux références: Jules Verne et Kipling. Les intérieurs de couverture comportent d’ailleurs intelligemment une citation de chacun de ces deux grands auteurs. La quatrième de couverture présente l’illustration du tome deux et annonce une série en trois tomes. Initiative que j’apprécie beaucoup comme vous le savez si vous suivez ce blog. Avec un très joli logo-titre, un titre inspiré et une très belle mise en scène de la couverture de ce premier volume, l’emballage de cette ouverture est on ne peut plus réussi.

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Lors d’une mission de filature l’espion britannique Kimball O’Hara se retrouve accusé d’un gigantesque attentat qui coule un navire où se trouvait l’élite russo-britannique dans l’Inde coloniale. Devenu l’ennemi public numéro un, il se trouve contraint de fuir à la recherche d’un fantôme seul à même de l’emmener dans les profondeurs du port pour récupérer les preuves de son innocence et éviter par incidence une guerre entre les deux empires. Un fantôme qui se nomme « personne »…

Nautilus - Le théâtre des ombres Tome 01 - Nautilus - Mathieu Mariolle,  Guénaël Grabowski - cartonné - Achat Livre | fnacOn ne compte plus les tentatives d’adaptation et de poursuite fantasmée de l’ouvre de Jules Verne qui impulsa chez nombre d’auteurs l’envie de raconter (et dessiner) des histoires. Si la plus réussie des mises en image du Nautilus et de son célèbre capitaine revient sans aucun doute à Richard Fleischer sur son film de 1954, un récent projet tombé à l’eau a attisé des envies chez nombres d’auteurs de BD… Le film de Christophe Gans sur lequel a travaillé le chef de file d’une génération d’artistes, Mathieu Lauffray, a créé une immense frustration et remis une pièce dans la machine à idée… on ne va pas s’en plaindre! Et après bien peu de projets aboutis, l’auteur de l’excellent Blue note et le débutant Guenaël Grabowski (lancé par Thimothée Montaigne… coloriste lui-même de Lauffray sur Long John Silver) nous offre sur ce premier tome un espoir au souffle d’aventure et de magie que l’on n’attendait plus!

La grande idée de Mariolle est d’avoir principalement prolongé un roman méconnu de l’auteur du Livre de la Jungle, auquel il a interfacé une suite de l’île mystérieuse. Ainsi il évite les attendus et une familiarité en nous maintenant tout le long de l’album un certain mystère tant sur le personnage de Némo que sur le héros lui-même, découvert en pleine opération. Hormis ceux qui auront lu le livre de Kipling, les lecteurs découvriront ainsi progressivement au fil d’échanges avec ses interlocuteurs (et chasseurs!) qui est ce personnage aux airs d’Indiana Jones mâtiné de Corto Maltese. Si l’introduction est un peu brutale et déstabilisante, cette longue chasse dans les superbes paysages indiens puis le blanc de Russie nous happe comme un grand film d’aventure en cochant tout ce que l’on aime: une cheffe de la police qui a un contentieux ancien avec Kim (que l’on ne nous révèle pas encore), une prison monumentale et poisseuse aux fins-fonds de l’empire russe, des trains indiens sur des itinéraires vertigineux, un fils à retrouver et un mystérieux prisonnier… Le vent de Dumas et de tous les romans d’aventure de l’âge classique soufflent sur cet album qui revêt quelques petites fautes graphiques mais sait nous emporter dans ses cadrages et ses encrages de grande qualité. Sachant maintenir beaucoup de mystère en révélant juste ce qu’il faut pour nous titiller, le scénariste pose une structure quasi-parfaite sur son histoire, se payant le luxe d’une grande variété de décors, d’ambiances et nous abandonne juste quand il faut: sur la découverte du fantastique vaisseau…

Le théâtre des ombres est une entrée en matière quasi-parfaite qui laisse entrevoir une série magnifique avec toutes les clés en main, y compris un dessinateur débutant déjà fort doué et qui risque de progresser dans les années à venir!

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Carthago #11: Kane

La BD!

Onzième tome de la série et première partie d’un diptyque, écrit par Christophe Bec et dessiné par Ennio Buffi. 54 planches couleurs, parution le 17/06/2020 chez Les Humanoïdes Associés.

bsic journalismMerci aux Humanos pour leur confiance. 

Fugitif Amphibie

La série Carthago nous a évoqué l’existence d’êtres hybrides, issus de croisements entre l’espèce humaine et celle des Tritons Antiques. Ces contacts inter-espèces se sont faits au cours des millénaires, et ont eu un coût exorbitant pour les êtres aquatiques, qui ont frôlé l’extinction et ont du se confiner dans les abysses, pour être ensuite oubliés du reste du monde.

Les hybrides sont donc le témoignage d’un autre temps, et la preuve que le monde recèle encore bien des mystères. Wolfang Feiersinger, surnommé le « Centenaire des Carpates », en sait davantage que le commun des mortels. Depuis des décennies, il utilise son immense fortune pour assouvir sa soif d’exploration, usant de moyens peu conventionnels pour enrichir sa collection cryptozoologique avec l’aide de London Donovan, un aventurier à sa solde pour de bien obscures raisons.

Alors que des forages sous-marins ont libéré des prédateurs antédiluviens qui essaiment les océans, le Centenaire sans scrupule a mis la main sur ce qu’il appelle des « spécimens », des êtes hybrides détenus captifs en vue d’être étudiés.

Parmi ces infortunés, se trouve le sujet Kane, qui n’est autre que le père de Lou Melville, protagoniste de l’intrigue principale ayant hérité de ses traits amphibiens. A cette époque, le jeune Kane n’a pas encore rencontré Kim Melville, qui deviendra plus tard la mère de son enfant. Épris de liberté, il enchaîne les évasions du centre de recherche où il est détenu contre son gré, et tente de rejoindre la mer pour échapper au joug du milliardaire et de ses sbires. Malgré ses efforts, il est systématiquement ramené au bercail, incapable de passer totalement inaperçu.

Cependant, le désir de liberté est plus fort que tout et Kane va tenter une ultime évasion. Parviendra-t-il à se soustraire à la féroce convoitise de Feiersinger ?

Le Prince des Mers

Après un dixième tome au travers duquel transparaissait un essoufflement certain de la série et de son intrigue, Christophe Bec s’offre une petite respiration par le truchement du flash-back, sur l’énigmatique père de Lou Melville.

Le personnage traqué nous est immédiatement sympathique, car sa différence en fait à la fois un marginal et une victime des travers humains, tout comme l’ont été ses ancêtres tritons. Ainsi, Kane n’est pas en mesure de rester en mer trop longtemps, mais n’est pas tout à fait à son aise sur terre non plus. Déchiré entre deux éléments, entre deux horizons contraires, il ne parvient pas à se projeter dans une vie normale ni à nouer des liens avec les autres, en tous cas pas avant sa rencontre prochaine avec Kim.

Ennio Buffi produit ici de très belles planches, avec une attention particulière portée aux décors et aux ambiances, ce qui renforce le sentiment que le dessinateur était en pilote automatique sur le dernier tome.

Ce onzième tome, exempt de révélations quant à l’intrigue principale, n’en redonne pas moins un air de fraîcheur à une série qui laissait craindre un enlisement.

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Muertos

BD du mercredi
BD de Pierre Place
Glénat (2020), 149p., one-shot.

couv_381406badge numeriqueOn continue la semaine avec une histoire américaine après Le serpent et la lance, le nouveau pavé aztèque de Hub, je vous invite au Mexique zapatiste pour une nouvelle histoire de zombies par un auteur qui a tout à fait digéré les codes de ses prédécesseurs…

Dans l’hacienda les bourgeois festoient… pendant que les contremaîtres cuvent leur vin… et que les peon meurent. Dans le Mexique du XX° siècle naissant les morts se révoltent conter une injustice sociale terrible et mettent à bas une nation. Mais s’agit-il bien de morts? Un groupe de survivants entame une fuite éperdue devant la vague de mort, pendant laquelle l’humanité de chacun est questionnée et les faux-semblants tombent…

Résultat de recherche d'images pour "muertos place"Encore une découverte graphique avec cet album d’un dessinateur passé par les Arts décoratifs (encore un!) qui propose avec Muertos ce que j’attendais d’un Dominique Bertail (leur style est très proche) depuis longtemps. Étonnante idée que celle d’une histoire de zombies dans un contexte mexicain. Si ce cadre aurait très bien pu être placé ailleurs, l’utilisation du contexte social (sociétal) pour développer l’intrigue correspond entièrement à l’essence du projet romérien. Georges Romero, dès le film qui a créé le genre, la Nuit des morts vivants, a pour objet d’interpeller la société, ses valeurs et ses (des)équilibres sociaux. Ce n’est pas le fait de montrer des attaques de morts qu’il a inventé comme genre mais celui d’utiliser l’invasion inexplicable et inexpliquée pour briser les codes, les constantes de la société dans une approche sulfureuse et politiquement incorrecte. Hormis le premier film du réalisateur jamais on n’explique l’origine du phénomène et cela n’a (presque) jamais intéressé les repreneurs du sujet. Ainsi the Walking dead marche sur ce chemin à l’inverse de World War Z qui travaille un background qui éloigne l’oeuvre du projet de Romero.

Résultat de recherche d'images pour "muertos place"Pierre Place se situe donc bien dans le sillage du maître en ce que dès les premières sections (l’album est découpé par des titres mettant le focus sur un groupe ou un moment) il traite des relations amoureuses sans lendemain, des mœurs honteuses des riches, de la misère des peons, bref, de tout ce qui fait la société et permettra de créer des tensions dramatique dans la course effrénée devant l’avancée biblique des morts. Ce qui est intéressant dans cette variation c’est qu’on doute assez vite de la nature de ces « calaveras« : si leur aspect est indéniablement morbide, décharné, plusieurs éléments tentent de nous expliquer une cause rationnelle, tantôt maladie, tantôt émeute paysanne,… La galerie de personnages est suffisamment fournie pour permettre (autre constante des histoires de zombies) des pertes régulières sans que l’on n’ait jamais l’assurance de qui va durer et qui va tomber. Le dessinateur est du reste étonnamment sobre dans la démonstration de gore, laissant souvent au second plan les massacres. De l’action il y en a bien, avec notamment le chef des contremaîtres qui aurait tout du héros si ce n’était un salaud de la dernière espèce. Un salaud d’un autre type que les autres, plus violent, plus primaire, mais finalement pas bien pire que l’ensemble des autres humains engagés avec lui dans la survie. Place n’utilise pas ce prétexte pour nous le rendre sympathique ni proposer un côté badass. Il préfère rester dans la zone grise et un peu déstabilisante d’un spectateur qui ne sait décidément pas où le mène cette odyssée sanglante.

Résultat de recherche d'images pour "muertos place"Graphiquement on est donc dans une école plutôt humoristique, proche de Fluide glacial, mais ici dans un dessin assez réaliste où la technique transparaît de toute évidence et où la grosse pagination laisse la place à l’auteur de faire admirer ses encrages profonds (on est dans une bichromie avec un gris très agréable) et par moment des visions hyper-graphiques en ombres chinoises. Le niveau de détail est impressionnant et l’on imagine la quantité de boulot qu’a du représenter un ouvrage si volumineux. Les aperçus n’en donnent pas une très bonne idée mais cet album est une très grande réussite graphique, du niveau d’implication d’un Shagri-la.

Je ne connaissais pas du tout cet auteur qui réussit sans aucun doute son grand œuvre ici avec ce vrai western grand public d’action intelligente qui maintient sa qualité jusqu’à une conclusion peu évidente mais très cohérente. Si j’adore la culture pulp j’ai tendance à considérer les histoires de zombies comme un peu dérisoires notamment du fait de leur absence de background et de leur destinée circulaires. Pierre Place est parvenu à m’accrocher tout le long par un travail de ses personnages, une générosité dans les sujets et une qualité de dialogues et de dessin remarquables. Ma première excellente lecture de l’année.

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Conan le Cimmérien #6: Chimères de fer dans la clarté lunaire

BD du mercredi
BD de Virginie Augustin
Glénat (2019), 57 p. couleur, one shot.

couv_365856A chacun des albums de la (plutôt très intéressante) collection Conan le cimmerien j’hésite longuement entre les deux versions proposées. Je possède la NB grand format de La fille du géant de gel qui est vraiment superbe, tant par le format, papier utilisé que par le rendu graphique des planches non colorisées… mais n’a que peu de bonus (quelques illustrations additionnelles et aucun rédactionnel). La version couleur de Toulhoat et Brugeas et celle-ci de la très douée Virginie Augustin (dessinatrice d’une des meilleurs séries de ces dernières années, Alim le Tanneur avec Lupano) comporte un très intéressant texte explicatif sur la nouvelle qui sert de matériau de base à l’album et permet d’apprendre pas mal de choses sur l’auteur Robert E. Howard. Quelques illustrations d’autres dessinateurs complètent le cahier bonus. Tip-top donc question édition, juste étonnant que Glénat ne propose pas le même contenu sur la version de luxe. Enfin, malheureusement, la couverture ne rend vraiment pas hommage à la qualité graphique d’Augustin sur cet album. C’est étonnant et vraiment dommage…

La princesse Olivia, en fuite, est sauvée par Conan le cimmerien, lui-même rescapé d’une récente bataille. Les deux fuyards, parias, prennent la mer et trouvent refuge sur une île inhabitée. Apprenant à se connaître, ils constatent bientôt qu’une créature invisible les suit et découvrent un temple ancien aux statues de fer menaçantes…

Cet album est celui que j’attendais le plus depuis le lancement de la série. J’ai gardé un excellent souvenir d’Alim le tanneur, non que le style d‘Augustin soit absolument original, mais il se dégage de ses dessins un mouvement, une ambiance vraiment particulière. Il me semble qu’il s’agit en outre du premier album en solo de l’autrice et je dois dire qu’elle s’en sort remarquablement bien. L’adaptation des nouvelles Conan ne vise pas à révolutionner le scénario de BD. Il s’agit surtout d’une vision graphique d’auteurs confirmés et sur ce plan Augustin parvient à insuffler un esprit féministe très intéressant dans ce monde barbare où le Conan classique avec son slip de peau est conservé, pour mon plus grand plaisir (je suis un enfant de Conan le barbare, le film de John Milius!).

Dès les toutes premières pages la sauvagerie du cimmérien s’illustre, taillant en morceau le poursuivant de la donzelle. Si l’on ne voit que très subrepticement les palais des Hyrkaniens on en regretterait presque que l’autrice ne s’attarde pas plus sur cet univers des mille et une nuits où son dessin prends toute sa force en des matières subtiles. Mais le sujet est autre, fait d’île tropicale devant servir de piège pour les deux fuyards, en migrant vers l’univers de la piraterie que nous laisse deviner la conclusion très alléchante… mais que l’on ne verra jamais. Car on touche là une des limites de cette série, son format, variable selon les auteurs mais relativement proche d’un format classique de 46 planches… ce qui est trop peu pour pouvoir donner toute l’ampleur d’une histoire sauvage en one-shot. Il nous faut donc prendre ce que l’on nous offre avec ce petit regret.

Résultat de recherche d'images pour "clarté lunaire virginie augustin"Si la physionomie du barbare semble au début hésiter avec une étonnante gueule carrée presque néandertalienne (les croquis finaux nous montre les différentes versions), la subtilité du personnage surprend, lorsque la fille, incarnation de la faiblesse, craint de se faire viol(ent)er par lui. L’homme armé de son épée est sans peur dans l’espace ouvert de la forêt et y protège la fille. Dès qu’ils pénètrent dans l’étrange temple aux statues de fer le caractère féminin, perméable aux esprits, se connecte avec l’histoire du lieu pour avertir l’homme du danger. On aurait encore une fois aimé que soit poussée cette relation et l’histoire du personnage lumineux, mais il n’y avait pas la place. Cela permet cependant de garder cette part inquiétante que produit le genre fantastique, le lecteur ne sachant jamais le pourquoi du comment. L’équilibre est du reste parfait entre combats hargneux, début d’intrigue et pauses contemplatives sur les paysages luxuriants magnifiquement colorisés par Virginie Augustin. Tout est juste dans cet album, des dessins au découpage qui se permet quelques superbes pleines pages, dont cette séquence de massacre rouge remarquablement construite.

Résultat de recherche d'images pour "clarté lunaire virginie augustin"Un peu de frustration donc, avec une histoire qui se rapproche un peu du Colosse Noir, avec sa magie et sa relation homme/femme, les deux auteurs de celui-ci ayant pris quelques pages de plus pour finaliser une histoire qui s’avère ainsi plus confortable. Mais Virginie Augustin nous propose ce que l’on attend, une vraie histoire de Conan que l’on aurait très sérieusement envie de voir continuer ses aventures sur la mer intérieure. Pour ma part j’ai commencé à lister les albums d’Augustin que je n’ai pas encore lus avec une grande envie de rattraper mon retard! Et cet automne la version de Vatine et Cassegrain arrive alors que 2020 prépare du très lourd avec rien de moins que Valentin Sécher, Timothée Montaigne et Stepan Sejic

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Ava Granger #1

BD du mercredi
BD de Isabelle Mercier et Riccardo Colosimo
Editions du long bec (2018), 54 p. série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions du Long Bec pour cette découverte.

 

Couv_350953Pour son nouvel album, l’éditeur alsacien lance l’italien Riccardo Colosimo dans sa première publication BD et l’on peut dire que son style radical ne laissera pas indifférent… La maquette de l’album et l’illustration de couverture sont très pro même si cette dernière aurait pu être plus accrocheuse. L’album se termine sur une ouverture laissant la place à une éventuelle suite en cas de succès des ventes. Je note un unique problème, malheureusement sur la dernière planche, avec un zoom malvenu qui laisse apparaître les traits en escalier d’une mauvaise définition des deux dernières cases. On mettra ça sur l’inexpérience du dessinateur.

Ava granger est détective privée. Pas du type barbouze, plutôt dans le genre militant de la cause environnementale. Lorsqu’elle assiste à des meurtres mafieux elle est sauvée in extremis par un mystérieux colosse qui semble particulièrement efficace pour éliminer les gangsters qui essayent de leur faire la peau. S’engage une fuite où les plus en danger ne sont pas ceux que l’on croit…

Résultat de recherche d'images pour "ava granger colosimo"La couverture de cet album m’a interpellé et grâce à mon nouveau partenariat avec les Editions du Long Bec j’ai pu découvrir ma première BD cubiste! L’illustrateur italien Ricardo Colosimo nous livre avec cet album quelque chose de jamais vu. Si des dessinateurs se sont déjà expérimentés à de l’impressionnisme en BD (souvent sur des albums traitant de la peinture) comme Smudja ou plus récemment Oriol avec son très réussi Natures mortes, je n’avais jamais vu une telle originalité graphique au service d’une BD de genre, le polar seventies mafieux. Ce qui j’ai vu de plus proche est Low, dessiné par le brésilien Tocchini qui allait aussi loin dans l’exploration graphique extrême… mais devenait de moins en moins lisible. L’utilisation de plats peut également rappeler le travail de Montllo sur Warship Jolly Rogers (un brésilien, un espagnol… je dis ça je dis rien!). Comme ce dernier, Colosimo parvient à garder une totale lisibilité des cases grâce à une très grande maîtrise technique et une finesse du dessin que l’on devine sur certains arrière-plans et sur la physionomie des visages, tous très caractérisés. Comme on le dit souvent, seul un très bon dessinateur peut se permettre d’explorer l’explosion graphique, c’est le cas ici. Sur des tonalités improbables de jaune, orange et bleu-violet, avec des traits semblant venir de couteaux à peinture il conserve une profondeur de champ, un détail des décors et une gestion du mouvement proprement fascinants (comme ce lancer de balle jamais vu en BD…). Le tout donne une ambiance incroyable que certains pourront trouver artificielle, mais le fait est qu’artistiquement on est dans le très haut niveau et le pari (risqué) est réussi.

Résultat de recherche d'images pour "ava granger colosimo"Et l’intrigue dans tout ça? C’est souvent le risque avec ce type de parti-pris expérimental. Heureusement le dessinateur n’est pas seul et a une scénariste relativement expérimentée pour cadrer le tout dans une intrigue à la fois simple, gratifiante en flattant l’imaginaire cinématographique du lecteur et étonnamment grand public. Ainsi l’histoire n’est pas à tiroirs mais se résume en une fuite des deux héros (réussis à la fois dans leur écriture et leur dessin) devant les vagues de mafieux envoyés les dessouder. A côté de cela l’enquête policière avance lentement avec deux poulets pas pressés d’aller farfouiller dans ce qui ressemble à une guerre des gangues. Si Ava Granger est un peu en retrait, le personnage le plus chouette est cet indien Navajo, sorte de Rambo moderne et aussi malin que beau gosse, autour de qui tout tourne. A se demander pourquoi il ne donne pas son nom à la série… Les archétypes 70’s sont là, à base de rouflaquettes, communautés hippies et voitures à la longueur infinie. On retrouve un peu l’esprit du chef d’oeuvre 2018 Il faut flinguer Ramirez avec un vrai gros plaisir de lecture, pour peu que l’on accroche au dessin. ET preuve de la volonté évidente d’aider le lecteur dans le suivi de l’histoire, Isabelle Mercier a ajouté des cases de narration qui nous rapprochent également du format polar. Ce n’était pas indispensable mais ajoute de la couleur de genre à une BD qui le respire.

Avec une intrigue qui n’ambitionne pas de révolutionner le genre mais assure le spectacle, notamment niveau action, et un dessin particulier mais terriblement lumineux et fascinant, Ava Granger est une belle réussite qui ressemble plus à l’expérimentation de vieux routier de la BD qu’à un premier album. Une des très très bonnes surprises de ce début d’année et peut-être l’une des BD (déjà?)  majeure de l’année qui commence.

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Fairy Quest

La trouvaille+joaquimComic de Paul Jenkins et Humberto Ramos
Glénat (2012-2015), série en 2 vol/4 prévus.

161751_cAvec Humberto Ramos il y a un truc en plus. A l’époque de son grand comic Crimson je me souviens qu’un pote me l’avait montré, en pâmoison… Moi le côté « sauce tomate » m’avait paru un peu ridicule. Par la suite j’ai regardé de loin ses productions avec une grande attirance pour son design, pourtant assez simpliste et très cartoon. Le bonhomme a une relation un peu particulière avec l’industrie en ce qu’il a commencé chez Wildstorme, un label d’auteur indépendants fâchés avec le système des majors de la BD américaine que sont Marvel et DC et qui ont donné des trucs très novateurs dans les années 90 comme Witchblade, DV8 ou Battle Chasers. Tous ces auteurs sont depuis rentrés dans le rang mais ils gardent un caractère particulier, et surtout j’ai vraiment commencé les comics avec ces séries… Il y a quelques années Ramos a commencé à bosser en Europe, sur la série mystique Revelations puis un spin off de Kookaburra chez Soleil et enfin, Fairy Quest chez Glénat, que je vais vous présenter aujourd’hui. La série doit comporter quatre tomes, dont deux sont sortis en 2012 et 2015.

A Bois-des-contes règne le pouvoir implacable de Grimm: les personnages de contes Variants qui ne suivent pas le script de leur histoire sont pourchassés et condamnés au vide-tête! Mais le Chaperon rouge et son ami le Loup ne comptent pas se laisser faire et s’échappent avec pour objectif de rejoindre Vrai-monde…

https://www.fant-asie.com/wp-content/uploads/2012/07/Planches-Fairy-Quest-2.jpgRamos n’est donc pas le meilleur dessinateur de comics qui soit. Son dessin aux gros pieds et trognes mignonnes n’est pas très technique… mais a diablement du style, de la consistance, une personnalité! Sur le récent Extraordinary X-men il apportait déjà un je ne sais quoi de spécial à une histoire relativement banale. Ici son trait et les couleurs de son comparse Leonardo Olea (magnifiques) donnent une texture entre le manga et le graphisme de jeux vidéo à cet univers des contes. Il parvient notamment à donner un vrai caractère au couple Rouge/Lou’ qui entraîne le lecteur sur leurs traces avec une vraie tendresse. Le méchant Grimm est également très réussi. Mais ce sont finalement les planches en plan serré qui sont les plus réussies, l’artiste mexicain délaissant (comme souvent dans les comics) ses arrières-plans.

Résultat de recherche d'images pour "fairy quest ramos"Je ne connaissais le travail de Paul Jenkins que sur son diptyque avec Humberto Ramos Revelations, enquête policière occulte dans les églises du Vatican, dont l’ambiance et la construction m’avaient marqué à l’époque. Ici il montre également son talent: il n’est jamais facile de tenter une variation sur l’univers des contes. Beaucoup s’y sont essayé, souvent de façon compliquée (comme sur City Hall). Dans Fairy Quest, si l’intrigue est très linéaire (une course-poursuite), le traitement des personnages connus est très intéressante. D’abord par-ce qu’il ne commet pas l’erreur d’en faire le point central de son histoire. Les deux héros sont Rouge et Loup, les autres personnages ne sont qu’une coloration donnant de la texture à l’univers et l’on ne peut qu’apprécier leur caractère original lors de leur apparition rapide. L’idée de la dictature et du libre-arbitre est également intéressante et permet d’aborder la psychologie des monstres et de prendre les lecteurs à contre-pied (en mode « psychanalyse des monstres de contes de fée… »).

On prend plaisir à trouver des lieux connus et des personnages à contre-emploi et l’affrontement parallèle entre Grimm et Andersen (là aussi l’on retrouve l’idée forte de City Hall) crée un background qui donne envie de connaître la suite et le hors-champ (pourquoi on en est arrivé là?). Les dialogues entre Rouge l’éternelle optimiste et le grognon Loup qui voit des problèmes partout sont très drôles et assurent la « prise » avec le lecteur. Cette série à la parution lente est une vraie bonne surprise que je n’avais pas vue sortir il y a cinq ans et j’espère vraiment que les auteurs assureront sa clôture en quatre tomes comme prévu car le deuxième volume nous laisse en suspens avec une grosse envie de retourner en compagnie du gros poilu et de la petite fille encapuchonnée!

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BD

Un maillot pour l’Algérie

Javi Rey, Bertrand Galic, Kris
Dupuis – Aire Libre (2016)

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Bel album de 118 pages (+16 pages de documentation sur Rachid Mekhloufi, les autres footballeurs ayant participé à cette aventure et la création de l’album), comme toujours de très belle facture chez Aire Libre. Cette collection a adopté le format idéal pour la BD, solide, aéré, avec papier de qualité et impression précise. Seuls les croquis du cahier final sont issus de scans un peu légers. L’album est par ailleurs disponible sur la plateforme Iznéo. Un tirage de tête encore plus riche a été édité.

En 1958, en pleine guerre d’Algérie que la France ne veut pas reconnaître comme une véritable guerre, le FLN monte une équipe nationale de football composée des meilleurs joueurs algériens de première division française, certains pressentis pour participer à ce qui sera l’épopée au mondial suédois de Just Fontaine. Cette équipe de fortes têtes part en tournée et apprend à jouer pour son pays, entre rivalités de « danseuses » et fierté nationale.

Fort chroniqué par la presse spécialisée et généraliste, « Un maillot pour l’Algérie » a reçu la publicité qu’il méritait, tant il s’agit d’une BD complète, comportant bien peu de défauts. Le dessin, d’une première approche un peu grossière, est au final très élégant, rappelant par bien des côtés le trait et la mise en couleur de Sylvain Vallée sur « Il était une fois en France« . La maîtrise du dynamisme dans les séquences de football apporte une touche d’action qui aère un récit un peu haché (parce qu’il parcourt les années rapidement) et son pendant dialogué sur les discussions souvent drôles entre les membres de l’équipe accroche l’attention du lecteur. L’on s’intéresse autant au contexte qu’à ces personnages attachants et pleins de caractères. Le principal regret est le choix vraisemblablement délibéré de laisser la grande Histoire un peu de côté pour générer un récit finalement assez intimiste, une sorte de « yeux dans les bleus » format BD. On y perd un peu de la dimension historique ce que l’on y gagne probablement en légèreté.

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Fiche BDphile