BD·Documentaire·Nouveau !·Service Presse

Le docu du week-end #3

Le Docu du Week-End


Algériennes 1954-1962
BD de Swann Merali et Deloupy
Marabout (2018), 128.

couv_322070Une jolie édition (couverture très efficace) avec petite bio des auteurs et bibliographie très intéressante à la fin. Les auteurs avertissent le lecteur sur le  caractère fictionnel de cet album… basé sur des personnages et faits réels. On reste donc bien dans de la BD docu.

Béatrice, fille d’appelé d’Algérie n’a jamais pu entendre son père parler de cette guerre qui a pourtant marqué la famille comme beaucoup d’autres foyers. Elle décide de partir en Algérie à la recherche de témoignages pour comprendre ce qu’a été cette guerre. Elle y découvre un versant enfoui: celui de la place et du rôle des femmes dans la guerre d’Algérie.

Le grand intérêt de cette BD est son caractère pédagogique et le fait de traiter du rôle et de la situation des femmes dans cette salle guerre. Le scénario reprend le classique cheminement en entretiens avec différents témoins lors du voyage en Algérie que fait le personnage focus, ce qui permet à la fois de structurer le récit et de décrire différents points de vue, intelligemment reliés les uns aux autres. On suppose que cet enchevêtrement des récits est inventé mais son efficacité est pertinente en évitant que l’album ne soit qu’une succession de témoignages.

Résultat de recherche d'images pour "algeriennes 1954 deloupy"Sous un schéma classique, les auteurs nous permettent de parcourir un plan large de ce qu’a été la guerre d’Algérie. Depuis quelques années on a un nombre non négligeable d’ouvrages, films, documentaires, articles traitant de cette dernière guerre coloniale mais la complexité qu’elle recouvre rend salutaire la démarche de Merali et Deloupy. De manière accessible, sans reculer devant la dureté de montrer (la torture, les mutilations,…), ils nous font entrer dans ce qu’ont vécu ces femmes très différentes, avec leur subjectivité. Mais la relativité des faits est une partie de la mémoire. Ce qui importe c’est la parole (ce qui ressort de tous les témoignages de périodes de génocides et de guerres). L’ouvrage s’ouvre sur les silences du père et l’on comprend très vite que tout va tourner autour du récit. L’une des femmes a été moudjahidine, a vécu la torture mais aussi les premières heures de la Nation algérienne, avec ses corruptions et sa perte d’idéal. Une autre, pied-noire restée sur place, n’a pas compris pourquoi on lui enlevait son Algérie, niant le sort fait aux indigènes. Résultat de recherche d'images pour "algeriennes 1954 deloupy"Une fille de Harki se souvient de cette fuite du rapatriement et l’internement dans des camps en Provence,… Ce sont autant de facettes de la réalité d’une guerre sale, grise, sans héros, sans victoire. Il ne manque plus que le récit de l’histoire de la colonisation, seule à même d’expliquer l’inexplicable. Ce n’était pas l’objet de l’album et aucune œuvre ne peut aborder une problématique si complexe, s’étalant sur 130 ans.

Le prisme adopté est celui des femmes. Mais l’on comprend à la lecture qu’il aurait pu être celui des pieds-noirs ou des berbères, des enfants d’appelés,… autant de victimes de la guerre menée par des hommes chrétiens et des hommes arabes qui ont oublié pourquoi ils se battaient. Cette BD est une vraie belle action citoyenne et une très bonne porte d’entrée sur un sujet souvent évité. Une belle occasion.

Cet album a pu être chroniqué grâce au très sympathique envoi des éditions Marabout.

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BD·Documentaire·Rétro

Le docu du week-end #2

Le Docu du Week-End


Droit d’asile
BD d’Etienne Gendrin
Des ronds dans l’eau (2011), 96p.

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Etienne Gendrin nous propose pour sa première BD publiée, un reportage sous la forme d’entretiens qu’il a pu mener au sein d’un foyer de mineurs étrangers, avec une galerie d’exilés en attente de droit d’asile.

Dès mon second billet pour cette rubrique je fait une entorse sur le côté graphique: il faut reconnaître que nous avons là un premier album d’un auteur amateur… avec un niveau graphique pas terrible. Mais je le dis souvent ici, on adapte ses exigences à l’auteur. J’avais été assez dur avec le Roy des Ribauds 3 de Toulhoat (auteur que j’adore par ailleurs) et surtout avec Pontarolo sur les Déchaînés, par-ce qu’il s’agissait d’auteurs professionnels. A l’inverse, le niveau technique de Gaël Henry sur Jacques Damour ne m’avait pas posé de problème par-ce que l’auteur sait compenser par une maîtrise du cadrage, des expressions et des situations. Bref, Gendrin propose ici un reportage qui vaut surtout pour ce qu’il nous apprend, pour le projet en lui-même que pas le graphisme qui finalement nous apporte peu.

Résultat de recherche d'images pour "droit d'asile gendrin"L’album est donc structuré en plusieurs parties centrées sur le récit d’un migrant. Ils viennent d’Afrique, du Caucase ou d’ailleurs mais ont en commun leur dynamisme (ils ont parcouru seuls des centaines, voir des milliers de kilomètres par-ce qu’ils voulaient s’en sortir) et leurs traumatismes. Ici a priori rien d’inventé (j’y reviens). Parfois l’auteur ne parvient pas à faire parler le jeune et se fie à un tiers (le directeur du centre, un autre migrant,…). Mais ces récits sont touchants par-ce qu’ils nous mettent devant les yeux la vraie vie souvent incroyable de personnes banales dans un foyer banal. L’un a vu son père tueur à gage officier devant lui, un autre a été enrôlé de force dans une guerre civile,… Ces traumatismes sont relatés de façon froide, au travers du graphisme, sans aucun jugement ni commentaire. Les seuls analyses viennent des personnels du centre (le directeur donc, mais aussi deux professeurs de français). Ce sont eux qui donnent le recul à ces récits en nous apprenant plein de choses sur un sujet peu traité par les média par-ce que très règlementé (et donc peu sujets à débat ou à passions…). Par exemple que les mineurs arrivant sur le territoire sont obligatoirement logés, nourris et éduqués par la Nation, jusqu’à leurs 18 ans. Alors ils deviennent soit sans-papier soit reçoivent leur statut de réfugié. Ainsi le personnage s’interroge sur l’intérêt pour un pays de renvoyer dans leur pays des gens pour qui il a été dépensé de grosses sommes pendant des années, qui parlent le français, ont des compétences… On apprend également la situation du Cabinda, enclave de l’Angola en situation de guerre civile et dont aucun média ne parle… Les professeurs nous rappellent que ces jeunes, qui cohabitent avec des jeunes français placés dans le foyer (pour d’autres motifs donc, qui ne seront pas abordés dans l’album), tirent tout le groupe vers le haut, par leur envie de s’en sortir, par leurs efforts constants, exemples que devraient suivre certains pensionnaires au vécu parfois moins compliqué.

Résultat de recherche d'images pour "droit d'asile gendrin"A un moment Gendrin dit au détour d’une phrase qu’il a changé le décors de l’entretien pour ne pas froisser le témoin… ce qui mine de rien nous rappelle que dans un documentaire seule la franchise de l’auteur nous permet de nous convaincre que tout est vrai! Un réalisme fragile donc. Certains petits détails graphiques se penchent sur l’auteur de BD doutant, parlant un peu de lui et de son travail ou sur les habitudes des pensionnaires du centre. Cela donne du corps à l’album et c’est à ce moment que malheureusement la qualité graphique affaiblit un peu le propos.

Droit d’Asile, monté comme un formidable guide pédagogique (que tout CDI et bibliothèque devrait avoir), n’en reste pas moine un très bon petit livre et l’auteur l’a pas à rougir de ses faiblesses tant la lecture est agréable et surtout très instructive. Etienne Gendrin a depuis publié un album brossant le portrait de sa grand-mère  aux éditions Casterman.

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BD·BD de la semaine·Nouveau !

Le regard de la veuve

BD de Yslaire et Boidin
Glénat (2018), 87 p., série La guerre des Sambre – Maxime et Constance #3 (terminé)

105767Un billet en forme de guide de lecture de la saga a été publié récemment. Si vous n’êtes pas familiers avec la saga Sambre vous pouvez vous y reporter.

J’y indiquais que les trois cycles de la saga de la « Guerre des Sambre » (ou Guerre des yeux comme on peut le lire dans certains volumes de la série) étaient inégaux et notamment ceux du dernier arc, Maxime et Constance. L’enjeu de cet arc est très grand puisqu’il reboucle avec Hugo et Iris (premier arc qui avait extraordinairement prolongé la série mère) et présente les deux personnages des parents d’Hugo que l’on voyait largement dans le premier cycle. Il devait également expliquer enfin le destin des premiers enfants de Maxime et le passé « révolutionnaire » de cet ogre de noirceur. Je dois dire que j’avais trouvé assez laborieux les deux premiers volumes de Maxime et Constance et craignais un syndrome d’épuisement (comme je l’ai ressenti sur le dernier Avant la Quête).

Pour rassurer tout le monde, cet ultime (et épais) volume est probablement l’un des meilleurs de la Guerre des Sambre. Non qu’il soit parfait, les graphismes très inégaux sur l’ensemble des 80 pages (un double album…) n’étant pas toujours à la hauteur de la qualité de Sambre. Il semble que les deux auteurs aient eu du mal à organiser cette histoire entre les trois albums et aient été contraints de grossir le dernier tome après un retard à l’allumage, les deux premiers volumes s’étant un peu trop étendus sur la jeunesse tourmentée de Maxime. Boidin qui avait remarquablement collé à l’esprit général de la saga sur le deuxième Cycle, donne une partition mi figue mi raisin, certains visages étant vraiment grossiers avec des effets de crayonné dont il a coutume mais qu’il avait abandonné sur Werner & Charlotte et qui ne collent pas avec la « ligne » Sambre. D’autres cases sont remarquables de composition, d’expression. Certains décors sont vraiment vides et plats quand d’autres sont très puissants d’évocation de la Terreur révolutionnaire… Personnellement j’ai le sentiment que Boidin a eu du mal à produire la quantité astronomique de cases demandées par un scénario extrêmement verbeux et découpé en petites images…

SambreSi la partition graphique reste donc loin de ce qui a été fait sur les autres cycles, la conclusion dramatique de la série atteinte en revanche une maîtrise à la fois littéraire, thématique et passionnelle de très grande qualité. Ce qui m’avait lassé sur les deux premiers tomes c’était l’insistance un peu lourde sur le traitement fait à Maxime, le sadisme permanent, l’absence totale de lumière et de personnage positif auquel se raccrocher. Au commencement de ce troisième volume la situation est installée et l’on peut entrer dans le cœur du sujet (qui nous intéresse): la période révolutionnaire et comment dans cette tourmente historique un orphelin issu d’une noblesse tardive va épouser la grande vague de l’Histoire et fabriquer la génération bourgeoise que nous connaissons dans la série mère. C’est donc bien le moment qui est passionnant et Yslaire fait le choix un peu perturbant d’utiliser la femme de haute lignée de Maxime comme narratrice, nous laissant tout au long du volume lire une description toute orientée (version noblesse revancharde) de la Révolution. L’auteur adopte t-il ce pointe de vue? Rien ne permet de le savoir mais si les abus de la Terreur peuvent être condamnés par tous, le point de vue pro-noblesse est sommes toutes assez perturbant. Sans titre.jpgIl permet néanmoins de comprendre l’attitude d’anguille de Maxime, dont l’unique raison d’être est son ambition et sa propre survie. Nous l’avions déjà vu dans Hugo & Iris, ce personnage est très certainement le plus détestable de l’ensemble de la série! Yslaire ne permet absolument aucune compassion pour ce personnage, ce qui rend là encore la lecture à la fois complexe et éreintante. Et si Constance est la harpie manipulatrice présente dans chacun des albums Sambre, Etienne, le jeune et innocent fils de Maxime  et Josepha, sa sœur, donnent une lueur de naïveté et d’idéalisme qui corrigent la noirceur du scénario.

L’œuvre de l’auteur belge atteint avec cet ouvrage, (je pense le plus ambigu) une ambition rarement vue en BD, comme pyramidion un peu bancal mais qui structure l’ensemble de la saga. En raccrochant Sambre au basculement révolutionnaire, il brise un peu la structure familiale qui organise ses récits mais s’appuie sur un bouleversement absolu, ressenti par chaque être au quotidien, pour hisser plus haut que jamais la saga des Sambre.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Moka.

 

East & West·Manga·Numérique

Innocent

East and westManga de Shin’ichi Sakamoto
Delcourt/Tonkam (2015) – Shueisha (2013-2015). 9 volumes parus.
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Au XVIII° siècle la famille Sanson détient la charge héréditaire de maître des hautes œuvres du royaume de France: ils sont les bourreaux officiels de Paris et des différentes juridictions. Charge à la fois prestigieuse et avilissante, elle engage chacun des enfants à se préparer à la cruauté et la violence. Charles-Henri, l’aîné, est un être sensible qui refuse ce destin. Il n’a pourtant pas le choix. Sa famille le lui fera comprendre. A la fois terrible tortionnaire de par sa charge et premier militant de l’abolition de la peine de mort, il sera le dernier bourreau de l’Ancien régime, celui qui exécuta le régicide Damiens, mais également Louis XVI. Il introduisit la guillotine afin de réduire les souffrances des condamnés.

Innocent et sa suite Innocent-rouge sont les dernières productions de Shin’ichi Sakamoto que j’avais découvert avec l’excellent manga sur l’alpinisme Ascension. Les grandes qualités graphiques de cette dernière se retrouvent ici dans une série courte qui tient son lecteur en haleine tout au long d’un récit qui ne nous épargne pas émotionnellement.

Image associéeLa précision technique et documentaire sont particulièrement impressionnantes chez Sakamoto et son équipe. Le réalisme quasi-photographique de la plupart des décors permet l’immersion dans une histoire réellement éprouvante de par son sujet et la crudité de son traitement. Avec la même maestria que sur les éléments techniques d’escalade sur Ascension, le mangaka a tenu à la plus grande précision dans les costumes, lieux et mœurs de l’époque. Car Innocent est autant un brutal plaidoyer contre la peine de mort (pour rappel le Japon fait partie des dernières démocraties à pratiquer encore régulièrement la peine de mort) qu’une description sociologique des dernières années de l’Ancien Régime français, de sa violence, sa corruption et son inégalité criante. C’est aussi (comme pour beaucoup de manga) l’émancipation d’un être sensible et fragile contraint par la pression familiale et sociale aux pires sévices, vers une utilisation de sa charge pour accompagner à sa façon une Révolution qui gronde. Là encore le miroir trouvé avec une société japonaise très conservatrice est très clair et prouve la maturité et l’ambition de ce grand mangaka.Résultat de recherche d'images pour "innocent sakamoto"La dynastie des Sanson destine chacun de ses enfants à être le Bourreau du roi ou un bourreau de province. Tenue d’une main de fer par une grand-mère totalement abominable de cruauté et d’archaïsmes (elle va jusqu’à torturer sa petite fille pour lui faire comprendre le rôle de génitrices des femmes de l’époque…), la famille enseigne autant la médecine que les arts de la torture: Résultat de recherche d'images pour "innocent sakamoto"dans une vision scientifique, le bourreau doit savoir comment donner la mort (mais aussi soigner pour maintenir en vie!) avec précision. La description des scènes est froide, cynique, clinique et seuls le visage à la pureté virginale du personnage principal et les allégories graphiques intercalées (technique propre à Sakamoto sur tous ses manga) permettent de soulager une tension de lecture parfois insoutenable. L’auteur prolonge les  séquences, sans voyeurisme mais avec la même démarche que la plupart des militants de l’abolition: montrer froidement la réalité de cet acte barbare, de l’humanité des suppliciés, pour faire comprendre dans une démarche des Lumières que la civilisation ne peut plus autoriser cela.

ARésultat de recherche d'images pour "innocent sakamoto"u-delà de ce plaidoyer la description historique est vraiment réussie. Le poids de la figure royale d’essence divine écrase une société apeurée qui doit comprendre au travers du supplice du régicide Damiens que personne ne peut prendre ce risque… Le tome 4 décrivant l’écartèlement est rude, mais cela ne doit pas atténuer l’intérêt du manga sur les dernières années avant la Grande Révolution, via une multitude de détails de la cour comme dans le peuple.

Image associéeGraphiquement Sakamoto reprends ses personnages au visage d’ange, à androgynie appuyée jusque dans une sexualité refrénée aux penchants homosexuels. Chacun des personnages est très différent et reconnaissable et la maîtrise technique, anatomique notamment  (par exemple sur les chevaux) est remarquable. Les planches sont toutes magnifiques, sans défaut, même sur les images de rêverie ou de cauchemars très sombres.

Innocent est un très grand manga qui dépasse très largement le seul loisir culturel par l’ambition politique de son auteur. On pourra suspecter une insistance morbide sur certains détails mais à mon sens cela appuie vraiment le propos de fonds. Jamais l’on n’a vécu le règne de Louis XV avec une telle précision documentaire. Ce n’est bien entendu pas une série à mettre entre toutes les mains, la cruauté étant présentée sans détours. Mais l’effort en vaut la peine.

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Un autre, excellent, billet (format fiche de lecture) sur la série chez les blabla de Tachan.

BD

Bob Morane renaissance

BD de Luc Brunschwig, Aurélien Ducoudray et Dimitri Armand
Le Lombard (2015-2016), 2 vol parus de 55p.

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Je n’ai jamais lu de Bob Morane que je ne connais que par la chanson d’Indochine… La reprise de la série avec le dessinateur du très réussi Sykes était l’occasion pour moi de découvrir ce personnage, aidé par une couverture du premier tome vraiment chouette.

Après avoir sauvé le futur président du Nigéria, Bob Morane, brillant idéaliste rompu aux zones de guerre devient son conseiller spécial, chargé de mettre en oeuvre un ambitieux plan d’éducation des populations nigérianes grâce à une technologie d’apprentissage neural. Mais alors que des attentats brutaux attisent les tensions, les motivations du président et de sociétés françaises deviennent plus troubles et obligent l’Aventurier à remettre ses convictions en question.

Résultat de recherche d'images pour "bob morane renaissance armand"Malgré un a priori plutôt positif, j’ai été assez déçu par les deux premiers albums sensés former un premier cycle alors qu’ils ne clôturent rien mais ressemblent plutôt à une introduction au personnage. Le problème c’est que tout va beaucoup trop vite pour un album introductif à un personnage mythique. Je ne sais pas si Bob Morane à été modernisé ( il est ici un idéaliste archidiplomé et engagé pour des raisons humanitaires dans les casques bleus) mais si l’environnement géopolitique est assez contemporain, l’introduction d’une part non négligeable de SF ne prends pas vraiment. J’attendais plus de la BD d’aventure à la Largo winch et ici Bob Morane est totalement trimballé par le scénario sans aucune décision ni réflexion de sa part. Du coup, si l’on peut s’intéresser à une intrigue d’anticipation proche de ce que produit Fred Duval dans la collection Série B Delcourt, le personnage nous laisse assez distants. C’est dommage car le scénario est assez ambitieux, mais j’ai éprouvé du mal à identifier cette BD entre différents genres, ce qui empêche d’être véritablement happé. Sur un thème proche, le Katanga de Fabien Nury, plus faible niveau graphique, est beaucoup plus réussi dans le traitement de la relation politique entre Occident et pays africains.

Résultat de recherche d'images pour "bob morane renaissance armand"Niveau dessin, si le trait très encré de Dimitri Armand collait parfaitement à l’ambiance western de Sykes, on alterne ici entre certaines cases très inspirées, notamment au niveau des visages et beaucoup d’autres assez lambda avec des arrière-plans délaissés. Je ne suis pas sur que l’on puisse reprocher grand chose à Armand (son travail reste plus que correcte) hormis que son style ne s’accommode pas vraiment avec des atmosphères futuristes. Les hésitations graphiques que je notais sur Sykes sont toujours d’actualité et la technique de l’illustrateur à peu progressé depuis, ce qui est étonnant. On dira que c’est inégal.
Du coup il est peu probable que je continue une série qui a mon avis aura du mal à attirer des lecteurs ignorants de la série originelle. Un coup dans l’eau pour le Lombard.

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BD·Guide de lecture·Rétro

Sambre et la Guerre des yeux

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A l’occasion de la sortie du dernier volume de la Guerre des Sambre (et troisième du cycle Maxime et Constance), j’inaugure une nouvelle catégorie: le guide de lecture. Ce sont des billets sur une série terminée où je reviens sur la structure de la série, ses bons albums et les clés pour débuter. A priori j’alternerais avec la Trouvaille du vendredi vu qu’on reste dans le rétro.

Alors que la série mère Sambre (7 volumes parus sur 9) raconte l’histoire des deux dernières générations de cette famille, la Guerre des Sambre propose de remonter le temps afin d’éclaircir le mystère de la Guerre des yeux, une mythologie antédiluvienne qui expliquerait la malédiction qui pèse sur les Sambre…

Sur trois cycles en allers-retours temporels, nous saurons presque tout des drames des Résultat de recherche d'images pour "sambre yslaire"gens aux cheveux rouges. Un dernier cycle remontant aux temps immémoriaux  était prévu mais a été abandonné. L’auteur Yslaire, à la baguette sur l’ensemble des ouvrages, a effectué des changements de plan au cours des parutions et si l’arbre général de la série mère et de la Guerre semble actuellement stabilisé, il n’est pas impossible qu’au gré des envies suscitées par les albums il élargisse encore le projet. Il y a des similitudes entre Sambre et les Méta-barons dans cette construction progressive à la fois planifiée et mouvante, deux séries qui fascinent leur auteur, voient des ajouts telles des branches à la structure générale et qui globalement arrivent à transmettre en plaisir de lecteur.

Sambre est une série qui a passé les trente ans. La Guerre des Sambre a elle commencé il y a dix ans. Cette série d’exception illustre le talent d’un auteur à prolonger son œuvre personnelle avec d’autres illustrateurs, dans une démarche totalement artistique. Résultat de recherche d'images pour "sambre yslaire"J’avais fait l’impasse sur la Guerre lors de la sortie du premier Hugo & Iris (pensant que nous avions là un produit commercial d’éditeur sans intérêt). Fasciné par les illustrations de Recht et Bastide j’ai bien été obligé d’admettre que nous avions finalement non seulement une série dépassant graphiquement la série mère mais surtout totalement liée par son auteur Yslaire. Au point que la parution du second cycle Werner & Charlotte, bien en deçà du niveau visuel du premier cycle, est cependant parvenue à maintenir l’intérêt pour une série qui ne subit aucun coup de mou après maintenant 16 albums. Le maintient du dessinateur Marc-Antoine Boidin entre le deuxième et le troisième cycle est dommage. Bien qu’il produise des planches moins flamboyantes que Recht et Bastide, il a su donne un ton particulier à sa vision de Sambre et conserver une homogénéité graphique. Néanmoins dans l’esprit des cycles de la Guerre des yeux il aurait été de bon ton de trouver un autre univers graphique pour le cycle III. Celui-ci, par-ce qu’il clôt la généalogie mystérieuse de la famille (les fameux jumeaux et la période révolutionnaire qui introduit la série d’Yslaire) est fascinant et Boidin n’a rien à envier au créateur de la série sur le plan graphique. Ce cycle est un peu en deçà selon moi mais reste de très bon niveau.

  • Sambre:

La série mère a vu paraître dans les années 80-90 quatre albums qui ont fasciné une génération de lecteurs. Yslaire, pas très précis graphiquement sur le premier tome et accompagné d’un scénariste, a rapidement progressé et réussi à donner une couleur très particulière à son univers… graphique et romantique. L’esprit du romantisme torturé occupe tout entier cette famille au destin éminemment tragique, fait d’amour et de haine, de consanguinité originelle (qui sera développée dans les cycles de la Guerre)… Sambre est longtemps restée l’icône de la BD historique adulte de l’éditeur Glénat. L’auteur a toujours travaillé en work in progress et a commencé par retitrer les albums avant de poursuivre la série. Les parutions des tomes 5-6-7 sont ainsi étalées sur environ sept années chacun et intercalées avec la Guerre à partir du tome 6. La série aurait pu se terminer au quatrième volume mais Yslaire a souhaité, alors que des idées de prolongement germaient dans son esprit, recentrer l’histoire sur Julie, l’amante maudite aux yeux rouge. C’est donc bien son histoire qui est relatée dans le second cycle de la série mère. Il semble qu’Yslaire ait projeté un troisième cycle (centré sur le fils de Bernard et Julie jusqu’en 1871) mais le dernier volume paru semble indiquer que la série se terminera bien au tome 9. A noter un changement total de maquette à partir du tome 5 afin de coller avec celle de la Guerre. L’un des intérêts de cette série, dès l’origine est que cette famille est liée à tous les grands événements de la France depuis la grande révolution et tout au long du XIX° siècle.

  • La guerre des Sambre: Cycle I – Hugo et Iris

Image associéePremier cycle qui mets la barre très haut, tant scénaristiquement que graphiquement. Le trop rare Bastide aidé de Robin Recht produisent trois albums totalement magiques, qui font passer Yslaire pour un dessinateur moyen et atteignant une fusion totale avec les thèmes: la cycle raconter les amours du père Hugo (peu vu mais central dans la série mère), sa soi-disant folie, clarifie les relations avec certains personnages obscures de Sambre et surtout introduit la mythologie des Yeux, découverte archéologique qui donnerait un fondement historique à cette guerre généalogique. Pouvant être lu seul, ce cycle est le meilleur de l’ensemble des albums Sambre. Il a en outre le mérite de répondre directement aux premiers albums de la série mère. Un chef d’œuvre.

  • La guerre des Sambre: Cycle II – Werner et Charlotte

Résultat de recherche d'images pour "sambre hugo et iris bastide"Plus modeste graphiquement que le premier, ce second cycle déroute car il saute une génération pour s’occuper des grand-parents et de l’arrière-grand-mère de Hugo, courtisane à la cour d’Autriche au XVIII° siècle. La maladie sanguine, le viol, la consanguinité sont ici traités, dans une intrigue très sombre, voir brutale. Boidin arrive, notamment grâce à des couleurs très réussies, à rehausser son dessin (qui est a l’origine assez enfant ou proche du style Manga) et le cycle, tout en étant différent, parvient à être aussi intéressant que les autres albums. L’environnement géographique qui n’est ni situé en ville ni dans la maison des Sambre participe à cette aération qui évite la redondance. Les personnages sont très puissants et le tragique maintient une tension qui justifie sa lecture. Il est simplement dommage que les auteurs n’aient pas renversés leur cycle 2 et 3 afin de respecter une remontée du temps entamée sur le premier cycle.

  • La guerre des Sambre: Cycle III – Maxime et Constance

Résultat de recherche d'images pour "maxime et constance boidin"Ce dernier cycle de la Guerre des Sambre se déroule pendant la période révolutionnaire et suit la psychologie violente et hantée du père de Hugo. Surtout, en raccrochant aux évènements et personnages historiques (le jeune Robespierre), il nous propose de dévoiler les derniers mystères sur les membres aux yeux bleus et l’origine des branches cousines des Sambre. Dès le premier album Sambre l’on sait que tout s’est joué pendant la période révolutionnaire… dont on nous dit pourtant très peu. J’ai trouve ce cycle moins essentiel, à la fois par une petite baisse graphique et par des sujets moins passionnels. L’histoire est centrée sur la vie de Maxime, enfant battu devenu violent, survivant… dont le destin nous intéresse moins tant qu’il n’est pas lié à la mythologie de la famille. Le cycle II nous parlait du grand-père et de son œil perdu, d’un ancêtre chevalier, le I nous faisait découvrir une pierre rouge dans les mines du Nord… Le III nous fait patienter jusqu’à la guillotine et à l’implication révolutionnaire attendue de Maxime. Probablement à prendre dans un ensemble de la dynastie Sambre qui reste une formidable aventure éditoriale et artistique d’un auteur pugnace et passionné.

 

BD·Rapidos·Rétro

La mondaine

BD de Zidrou et Jordi Lafebre
Dargaud (2014), 2 volumes parus, 2X62p et une intégrale.

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Le nom de Zidrou est un peu partout en ce moment et ses BD jouissent de très bonnes critiques (ou mode…?). Par ailleurs je reconnais que les dessinateurs avec lesquels il travaille sont plutôt bons, notamment une sorte d’armada espagnole que Zidrou côtoie. J’avais feuilleté les albums de Jordi Lafebre et si le style proche du cartoon m’attirait moyennement, je lui reconnais une maîtrise technique vraiment intéressante. Du coup le diptyque La mondaine était dispo en bibliothèque et j’ai tenté le coup.

L’album suit un nouvel inspecteur à la bridage mondaine, chargée avant la seconde guerre mondiale de gérer la prostitution, autant les prostituées que les clients. Ils font office de bureau de renseignement, de cabinet noir du gouvernement, capable de donner des informations compromettantes sur des hommes de pouvoir fréquentant les charmes des demoiselles.

La série est inégale. Autant le premier volume est très bien mené, alliant exotisme du sujet et humour des situations, servi par le trait acéré (proche de la caricature, mais toujours précis) de Lafebre, autant le second volume m’a un peu perdu. En effet, l’histoire débute sur des thèmes fort intéressants: la brigade suit la vie souterraine d’une France encore sous le carcan de l’Église et d’une certaine pudibonderie que la réalité du sexe fait voler en éclat. Ces policiers voient la réalité de cette société, avec une certaine légèreté. Plein de détails mi amusants mi terrifiants (les méthodes connues de la police, le tabassage à l’annuaire ou les agents qui profitent des services des prostituées, y compris très jeunes) jalonnent l’album mais toujours avec un regard coquin des auteurs. Dans le second volume deux éléments font irruption, qui déstabilisent le récit, lui faisant prendre une tournure sombre que l’on attend pas et qui à mon sens fragilisent les thèmes proposés: la rafle du Vel d’Hiv et la folie du père d’Aimé. Le ton devient très sombre même s’il est enchâssé eu milieu de scènes burlesques. Idem pour l’histoire de la taïtienne qui paraît un peu en trop.

Je pense que le scénariste a trop voulu en mettre en seulement deux volumes. Ce qui était intéressant c’était bien le début de l’album, le paris souterrain, la dérision, le regard puceau d’Aimé et finalement, ce rôle politique de la Mondaine qui ne sera finalement presque pas exploité (… et que l’on retrouvera dans Shi du même scénariste). Le ton et le style de dessins ne collent pas vraiment avec les sujets sombres traités dans le second volume. Du coup on n’est pas vraiment dedans et l’on est frustrés avec une impression de « à quoi bon? ». Le sujet des relations entre la police et la collaboration aurait mérité une série entière. L’excellent « Il était une fois en France » faisait bien ce travail. L’histoire familiale du héros pouvait à la rigueur s’insérer mais pas de manière aussi centrale. C’est vraiment dommage car j’ai par ailleurs vraiment apprécié l’ambiance générale, l’humour et le dessin, mais le sentiment que les auteurs n’ont pas bien défini leur sujet gâche un peu le plaisir. La Mondaine reste cependant une bonne série qu’on peut lire avec plaisir.

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