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Antiheros

Rufus Stewart
Comic de Kate Karyus Quinn, Demetria Lunetta et Maca Gill,
Urban (2021), 154p., one-shot
La collection Urban Kids vise à introduire les plus jeunes dans l’univers pas si évident des super-héros et des comics en général. Sous des licences plus larges que le seul catalogue DC, Urban propose ainsi essentiellement des on-shot très graphiques mais aussi quelques séries courtes issues des séries d’animations mythiques de Paul Dini. Les  autrices de cet album travaillent habituellement dans la littérature adulte et pour les trois c’est leur premier album de comics.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur confiance.

Cette  rubrique vise à présenter un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!
  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à treize ans elle aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball, FMA ou Flying Witch…

Tout oppose Piper et Sloane, deux collégiennes de Gotham East… hormis le fait que la nuit elles enfilent leur costume de super-héroïnes! Jusqu’au jour où un mystérieux artefact les envoie chacune dans le corps de l’autre! Elles vont être obligées de s’ouvrir l’une à l’autre pour résoudre ce mystère et espérer retrouver leur entièreté…

Salut Talia! Aujourd’hui on découvre deux nouvelles super-héroïnes. Avant toute chose peux-tu nous dire ce que tu connais de l’univers DC et de ses héros? Colors - Sarah SternJ’ai lu Harleen, le Batman de Marini, Wonder Woman année 1, j’ai vu les films du DCEU… Peux-tu maintenant nous présenter Piper et Sloane, le jour et dans leur identité secrète? Piper est une super-héroïne qui essaye d’empêcher les méchants mais avec sa super-force elle casse tout sur son passage  du coup les policiers l’appellent la « Chips au fromage » (par-ce qu’elle aime grignoter) ou le « boulet de démolition ». Elle n’aime pas du tout ces surnoms! A l’école elle a du mal mais le vit plutôt bien mais sa grand-mère trouve qu’elle devrait travailler plus. Son tonton est policier et a affaire à elle le soir sans savoir que c’est Piper. Ses parents sont partis depuis longtemps pour travailler et elle aimerait les revoir, ce qui provoque des sujets de dispute avec sa grand-mère. Sloane est une super-vilaine qui cambriole. Elle a un super-cerveau qui la rend super-intelligente. Elle a une IA qui l’aide, des drones qui obéissent à sa voix. Elle travaille pour son grand-père qui est un truand et par-ce que sa mère ne peut pas travailler mais la maman ne le sait pas. Le jour elle est très forte à l’école mais elle n’a pas d’amis notamment par-ce que sa famille a mauvaise réputation. Est-ce que Batman et les autres héros sont impliqués? Anti/Hero Asks You to Walk a Mile in Someone Else's Secret Identity | DCBatman apparaît rapidement mais il n’intervient pas dans le combat contre l’Ours. Le changement de personnalité est un peu compliqué à suivre, non? Oui! On a tendance à s’y perdre car on ne sait plus qui est qui: elles gardent la même apparence mais le texte change de personnalité. Mais c’est plutôt drôle à lire… Au début on nous présente Piper comme une justicière et Sloane plutôt comme une vilaine. Est-ce que ça se confirme? Après s’être rencontré Piper convainc Sloane que ce n’est pas bien de cambrioler et sa mère essaye de la dissuader de travailler pour l’Ours. Piper de son côté réalise qu’elle doit faire attention à ne pas détruire les biens des autres quand elle intervient  comme le Colibri. Elles réalisent toutes les deux les incidences de leurs actions. Après avoir changé plusieurs fois leurs corps elles réalisent qu’elles peuvent y arriver même là où elles ne sont pas très douées. Merci pour ton avis et à bientôt pour un prochain Avis des kids! Voilà pour Talia… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit? Il y a quelques années je cherchais des comics destinés aux jeunes en permettant d’ouvrir cet univers des Batman, Superman et Wonder Woman (mais plus largement des super-héros) à des enfants, sans la complexité inhérente au genre… et j’avais été très surpris en discutant avec des libraires de découvrir que rien n’était réellement prévu pour ce lectorat. Sans doute conscients que toute une génération geek était maintenant parent les éditeurs ont commencé à développer ce genre d’ouvrages en ouvrant comme ici (sur une même stratégie payante que Drakoo en franco-belge) leurs pages à des auteurs qui ne viennent pas de l’univers des comics. Chez DC c’est partiellement rangé dans la très qualitative collection Urban Kids mais cela déborde sur le créneau adolescent ou young adult comme sur la nouvelle héroïne Naomi par exemple.Review: Anti/Hero | LaptrinhX / News Le schéma de ce one-shot prenant place à Gotham dans l’ombre de Bruce Wayne (dont il est fait référence et qui apparaît brièvement) est celui de l’inversion des rôles entre deux personnalités très différentes. Outre le très amusant jeu du qui est qui (pendant toute une partie les deux héroïnes alternent puis ré-alternent, brouillant les pistes pour le lecteur), j’ai été surpris par une autre inversion: l’héroïne « lumineuse » est brise-fer, bordélique et un peu bouboule (pas franchement des marqueurs positifs) quand Sloane est une brillante jeune fille marquée par une vie familiale difficile. Comme sur le Garçon-sorcière on creuse bien plus profondément dans la psychologie des personnages principaux que dans les comics habituels et je pense que ça parlera aux jeunes lecteurs (les personnages sont collégiennes). Surtout la situation sociale et familiale est Anti/Hero — Demitria Lunettadéterminante pour faire comprendre au lecteur pourquoi l’une est du mauvais côté de la loi (un peu comme Batman tiens!) et l’autre est une justicière. Le contexte est très américain avec un aspect ethnique marqué tout comme des familles compliquées (parents absents pour l’une, mère au chômage pour l’autre). Les valeurs mises en avant sont classiques et attendues: la découverte de l’autre, l’amitié, la collaboration. C’est classique mais pas trop appuyé pour éviter la bien-pensance. Graphiquement c’est franchement sympathique avec des dessins simples plutôt colorés qui évitent un aspect dessin-animé plat que l’on trouve dans beaucoup de BD jeunesse. Les personnages des deux héroïnes (et leurs trombines) sont agréables et expressifs, notamment dans les séquences inversées. Au final on passe un très agréable moment qui a la bonne idée de ne pas prolonger au-delà du format one-shot et permettra sans s’engager ni besoin de connaître le background DC, d’entrer dans le monde des héros. note-calvin1note-calvin1note-calvin1 A partir de 7 ans
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Once and future #2

esat-west
Comic de Kieron Gillen, Dan Mora et Tamara Bonvillain (coul.)
Delcourt (2021) – BOOM Studios (2020), 134p., série prévue en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

L’album comprend les chapitres 7 à 12 et commence par un bref résumé du pitch de la série. Il se conclut par les habituelles couvertures des issues originales, une bio des auteurs et un lexique des références légendaires dans lesquelles la série prends sa source. Etrangeté: le titre de volume « vieil angloys » est inséré sur la page de titre qui ouvre l’épilogue… A noter la ligne des trois couvertures des éditions reliées, très élégantes et avec une belle thématique. couv_418078

Le portail a été refermé et la menace semble s’éloigner… mais ce n’est que partie remise lorsque Merlin et ses alliés convoquent une nouvelle légende pour mettre le monde des humains à feu et à sang…

The Science Ninja TurtleC’est souvent le tome deux qui déçoit après des entames tonitruantes… c’est l’inverse ici après un premier volume dont l’intrigue m’avait laissé mitigé. Car les reproches faits disparaissent ici dans un album qui assume enfin le côté totalement gore et action débridée… qui est quand-même ce pourquoi on est là! La coloration arthurienne reste donc dans l’Outremonde avec un Arthur toujours aussi benêt ; si l’on attendait peut-être Merlin (au design tout aussi réussi que ses comparses de la Geste de Camelot) un peu plus présent et central, le prix du méchant le plus charismatique revient à Beowulf, le légendaire guerrier conté dans un poème épique du premier millénaire de notre ère et dont le combat contre le démon Grendel donne le prétexte au scénario de ce tome. Car maintenant que la problématique (qu’on oublie assez vite) et les personnages sont posés, place à la baston avec une mamy Bridgette toujours aussi bavarde et maîtresse dans le lattage de cul d’entité maléfique. Accrochez-vous, les cente-trente pages passent à deux-mille à l’heure! C’est rock’n’roll, ça tranche et les auteurs vont jusqu’à convier des références du cinéma populaire britannique dans un caméo tordant! L’équilibre entre histoire et déconne est toujours compliqué dans des séries de ce type avec l’envie tout de même de faire partager un pan Once And Future #11 — You Don't Read Comicsde la culture mythologique anglo-saxone. C’était un peu trop le cas dans les précédents chapitres et Kieron Gillen peut désormais lâcher la bride à son dessinateur qui se fait plaisir (avec toujours autant de clase et de lisibilité) dans ce qui peut rappeler le cinéma d’horreur foutraque à la Peter Jackson. On enchaîne donc entre les sévices subits par le bellâtre Galaad, le très trapu et pas finaud Beowulf qui aime beaucoup crier très fort qu’il est MECHAAAANT! et la famille Grendel qui a faim et saigne beaucoup (enfin, je veux dire BEAUCOUP!!). Les armes utilisées par mamie MacGuire vont du filament au fusil de sniper en passant par l’inévitable tronçonneuse et la poêle à frire, le tout entrecoupé de bons mots décalés. On se marre bien tout le long et le jeu des acteurs fonctionne à merveille pour donner la réplique à cette héroïne du troisième âge dont on n’a qu’une envie: connaître dans les prochaines années les aventures de jeunesse… Désormais sur d’excellents rails de VHS rayon horreur bis, Once & Future fait un excellent job tant graphique que dialogué. Comme précédemment on regrettera simplement un vide de décors et une colo flashy un peu spéciale que l’envie de B peut justifier de la part des auteurs. Et comme précédemment, le cliffhanger royal étend un univers jusqu’ici un peu restreint en laissant présager un joyeux feu d’artifice sur l’ancestrale terre de Brittany… note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1
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Once and future #1

esat-west
Comic de Kieron Gillen, Dan Mora et Tamara Bonvillain (coul.)
Delcourt (2020) – BOOM Studios (2019), 134p., série prévue en 3 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

L’album comporte une galerie de couvertures originales (absolument superbes) reprenant le même thème du reflet et un lexique des personnages de la Geste arthurienne afin de s’y retrouver dans une trame un peu touffue et très référencée. cgvoqkyavy

Briggette McGuire s’ennuie profondément dans sa maison de retraite. Lorsqu’elle apprend l’assassinat d’un archéologue sur un chantier, elle file à l’anglaise retrouver son cher petit-fils Duncan pour reprendre une mission qu’elle n’aurait jamais dû arrêter: la chasse aux monstres. Car l’attentat cache le vol d’un artefact à même de ramener une sombre force dont la légende est racontée dans la Geste du roi Arthur…

Once And Future (2019-) Chapter 2 - Page 16Parmi les surprises de cette fin d’année, surgit cette trilogie à la parution très récente puisqu’elle remonte à moins d’un an dans le décidément exceptionnel catalogue de BOOM Studios, déjà à l’origine du génial Skybourne de Frank Cho… qui s’avère très proche dans l’esprit, de ce Once and Future. Le scénariste a plutôt bossé chez Marvel et sur des indé un peu cracra et a plutôt bonne réputation comme The wicked+the divine. Mais le gros plus de l’album est le Costa-Ricain Dan Mora qui avait déjà fait forte impression sur Klaus, variation sur la légende du père Noël et qui propose ici des planches de toute beauté et génialement colorisées par Tamara Bonvillain. Outre les dessins il y a deux bonnes idées pour ce pitch de départ: lancer une mamie super bad-ass qui tchatche sans arrêter de botter des culs de monstres et démons, et retourner le mythe arthurien pour surprendre en donnant des rôles inattendus aux différents protagonistes. Le concept est connu, de faire d’un gentil connu un méchant et de révéler au lecteur que ce qu’on lui a raconté jusqu’ici n’était que contes pour enfants… Ca marche plus ou moins ici. Plus car sur un concept plutôt action et déconne on ne se chagrine pas trop d’une trame un peu facile couvant des ficelles généalogiques assez touffues. Depuis les premières pages qui balancent le gentil petit-fils rugbyman mais conservateur de musée dans les griffes d’une absurde chimère sortie d’on ne sait où on déroule une poursuite du méchant sans guère de répits ni trop le temps de réfléchir si cela a queue ou tête. Le pitch est lancé tôt, le méchant (au design terriblement réussi!) révélé et le scénariste nous balade de Review – Once And Future #1 (BOOM! Studios) – BIG COMIC PAGEportail en portail vers un monde parallèle d’où ne doit surtout pas s’échapper le croque-mitaine (sur le même schéma que le Empress de Millar). Le moins est que la coloration arthurienne devient assez vite un prétexte sommes toutes sympathique mais qui semble assez artificiel. Il faudra voir à la lecture de l’ensemble du triptyque si la suite sait élever une véritable intrigue, le cliffhanger final est pour le moment assez efficace pour laisser le bénéfice du doute. En écho à un scénario qui ressemble beaucoup à un Mark Millar, très fort pour lancer un pitch mais un peu creux dans le fonds, les planches de Dan Mora sont à la fois superbes quand il s’agit de dessiner des personnages, de designer les costumes ou de nous faire rire aux expressions faciales de la famille McGuire, en même temps que franchement vides pour les décores et paysages. En utilisant l’artifice du monde parallèle habillé de couleurs psychédéliques et tout en ombres il s’économise des arrière-plans qui n’en sont pas moins vides. C’est un peu dommage du coup car les planches semblent à moitié remplies et abaissent la qualité générale. Les séquences d’action sont également vaguement décevantes car assez vite expédiées en semblant hésiter entre la vraisemblance (le petit-fils n’a rien d’un action-man!) et le bad-ass total qu’assumait, lui, tout à fait franchement Cho dans sa version de la renaissance arthurienne, le jouissif Skybourne. Et on ne peut pas Once And Future #4 — You Don't Read Comicsaccuser pour le coup le dessinateur, Mora étant tout à fait capable de rivaliser avec le maître sur un album de BD. Il ressort à la lecture de ce premier tome l’impression que les auteurs n’ont pas vraiment su comment développer leur idée de départ ou n’ont su prendre le temps de développer une belle grosse BD non tenue par un rythme de parution classique. A la fois enthousiasmant par plein de côté et frustrant par l’écart entre ce qui pourrait être et ce qui est livré, Once and Future m’a laisse le sentiment mitigé d’un album sur les freins dont les grosses ficelles ne sont pas suffisamment compensées par de bonnes grosses scènes d’action boom-boom. La relation verbale entre les personnage, très réussie ne suffit pas dans un projet taillé pour l’action. Skybourne 1 – Once and Future 0. Suite au prochain épisode… note-calvin1note-calvin1note-calvin1