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Soleil Noir

Histoire complète en 96 pages, écrite par Dario Sicchio, dessinée par Letizia Cadonici, mise en couleurs par Francesco Segala. Parution en France chez Shockdom le 25/03/2022.

Noir, c’est noir

Il y a seize ans et douze ans, respectivement, l’Humanité a connu deux catastrophes similaires, mais pas identiques, dont les conséquences furent dramatiques. Par deux fois, le Soleil, l’astre qui permet la vie sur Terre, ne s’est pas levé à l’horizon. A la place, un Soleil Noir s’est élevé, produisant à chaque occasion des effets dévastateurs sur les populations.

Le premier Soleil Noir a engendré une vague globale de désespoir, entraînant des suicides et des actes désespérés en masse. Le second astre noir a poussé les gens à s’entretuer, révélant les pires instincts de chacun. Ces événements, baptisés « Aubes noires », sont encore aujourd’hui commémorés par les habitants du monde entier, qui vivent dans la peur d’une nouvelle occurrence.

Malheureusement, il n’y a pas que l’Aube Noire et son retour éventuel que les humains doivent craindre. Car durant ces événements, furent conçus un certain nombre d’enfants, qui portent les stigmates du Soleil Noir: la peau et les cheveux blancs, les yeux rouges, et des proportions étranges que l’on pourrait situer tout en bas de la vallée de l’Étrange. Ces enfants, aujourd’hui adolescents, sont craints, rejetés, perçus comme des anomalies, qui rappellent à tout un chacun les heures les plus sombres de leur existence.

Dans la ville de Brightvale, où l’on trouve une concentration inhabituelle de Fils du Soleil Noir, Matthew et Clémentine ne font pas exception. Toisés par leurs camarades de classe, craints par leurs professeurs et par les autres parents d’élèves, ils cherchent leur place dans le monde. Le duo se retrouve même confronté à l’arrogance de deux de leurs aînés, des Fils du Soleil Noir de la première génération, qui eux, ont décidé de faire fi du regard des gens normaux et sont persuadés que leur présence sur Terre répond à un dessein supérieur. Les aînés vont se mettre en tête d’initier les plus jeunes à l’usage de leurs dons particuliers, afin de réaliser au mieux leur potentiel.

Habitué aux sorties confidentielles et atypiques, l’éditeur Shockdom est allé chercher trois talents italiens pour une histoire aux parfums eschatologiques, à mi-chemin entre Le Dernier Sacrifice et La Malédiction. Le thème de l’acceptation est évidemment central à ce genre de scénario, avec une catégorie d’individus à part, montrés du doigt et craints par le reste de la société.

Sombres messies d’une ère incertaine, les Fils du Soleil Noir sont à la fois flippants, de par leur apparence et leur nature mystérieuse, et attachants, car ils sont pour la plupart ignorants de leur destin sur Terre. L’ignorance est d’ailleurs un des autres thèmes du récit, les théories les plus aléatoires s’enchainant pour tenter d’expliquer le phénomène du Soleil Noir, sans qu’aucune certitude ne s’en dégage.

Cette caractéristique est sans aucun doute frustrante, mais elle demeure dans l’ère du temps, surtout à l’heure où les pandémies que l’on fantasmait jusque-là dans les films nous sont finalement tombées sur le coin de la tête, nous laissant dans un flou total. Le reste de l’intrigue est assez convenu, avec quelques doses de mystères implantées ça et là, mais là encore, l’auteur de prend pas le temps de les faires germer lors de la conclusion. Coté graphique en revanche, la dessinatrice pose avec brio une ambiance poisseuse et oppressante, et parvient à retranscrire avec succès les affres d’un monde qui a perdu espoir, et qui tremble à l’approche de son troisième jugement. Les Fils de l’éponyme Soleil Noir gardent en eux quelque chose d’étrangement malsain dans leur apparence, tout en étant parfaitement innocent, ce qui contribue grandement à la qualité graphique.

Soleil Noir a un pitch intriguant, des thématiques sombres et un univers oppressant, mais laisse un sentiment d’inachevé après la lecture. Ça vaut deux Calvin et demi, mais sur l’Étagère, on est pas des barbares ni des radins, on vous en met donc trois !

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Bitter root #3: héritage

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Comic de David Walker, Chuck Brown, Sanford Green et Rico Renzi
Hi comics (2022) – Image (2021), 160 p.

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Lauréat du Eisner award 2022 pour la meilleure série.

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bsic journalismMerci aux éditions Hi comics pour leur confiance.

Avec cette conclusion, en trois ans la série Bitter Root aura marqué les esprits et lancé fort logiquement une adaptation ciné qui s’annonce fort alléchante avec le réal de Black Panther comme producteur et le toujours brillant studio Legendary au Bitter Root Tome 3: Legacy - Comics de comiXology: Webtiroir caisse… Si vous avez lu les précédents volumes vous n’avez peut-être pas pris le temps de lire le volumineux dossier composé d’analyses d’auteurs, chercheurs, artistes noirs qui contextualisent le comic dans une culture de l’imaginaire noire assumée comme une fierté spécifique. Car sous son aspect Ghostbusters noir Bitter Root est une saga tout à fait intello qui propose des réflexions très profondes sur l’identité noire, le racisme endémique des Etats-Unis et la culture de cette minorité. Sorte de prolongement de la Blaxploitation, la série s’inscrit dans une réappropriation de genres aussi balisés que l’horreur lovecraftienne et la SF steampunk.

C’est là le plus grand succès de cette proposition qui du reste adopte autant de qualités que de défauts du média comics. A commencer par une narration inutilement hachée qui nous perd à force d’aller-retours dans le temps et dans l’espace. En cela le premier volume, le plus linéaire et inscrit dans les codes de la BD d’action fantastique était le plus accessible. Si le troisième retrouve une cohérence Bitter Root No.14 - Comics de comiXology: Webgraphique mise de côté sur le second tome, il tarde aussi à préciser son propos en nous enivrant dans des design et des séquences d’actions toujours remarquables. Plus centré sur les relations familiales avec plusieurs membres retrouvés cet ultime volume présente une nouvelle menace alors que la venue du démon Adro sur Terre a déclenché une réaction en chaîne qui semble rapprocher la famille Sangerye de la fin du monde. Alors que les humains mutent, que les jeunes rivalisent de rage pour « amputer » les monstres de leur haine, l’ancienne génération devra convaincre le clan de sortir de l’engrenage mortifère.

Alors que l’Epilogue annonce déjà de prochaines suites pour le clan Sangerye, on reste vaguement sur notre faim à cette demi-conclusion qui confirme le talent créatif et intellectuel indéniable des auteurs mais donne le sentiment que la parabole a peut-être pris un peu le dessus sur la simplicité pull d’un Skybourne

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BD en vrac #25: De Ira – Lanfeust de troy #9 – Le tueur, Affaires d’Etat #3

La BD!

  • De ira (Hirlemann/Delcourt) – 2021, 140p., niveau de gris, one-shot.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_431661L’année 2021 est tout à fait prolifique pour Stephane Hirlemann puisque pour son entrée dans le monde de la BD le dessinateur propose pas moins de trois albums. Sans doute du fait des reports éditoriaux dus au COVID, mais cela montre une envie palpable. Après le plutôt raté Homme sans sourire qui était sauvé par des dessins où Hirlemann était à son aise dans une atmosphère de dystopie d’opérette issue d’Orwell, il propose avec ce one-shot un très gros coup de gueule gonflé mais risqué pour un premier album. 

S’inscrivant dans une ribambelle d’ouvrages s’inscrivant dans la colapsologie (avec des albums comme La Chute ou Carbone et Cilicium), De Ira (« de colère ») nous présente un groupe de rebelles anarchistes contestant la marche de leur société vers l’injustice, l’oppression des faibles et la progression inéluctable vers le fascisme, en affrontant parfois brutalement les tenants du système. Opérations coup de poing dans un camp de migrant, attaque de flics ou invasion d’amphithéâtres universitaires, ils sont déterminés à ne pas laisser faire…

On sent la rage de l’auteur devant une actualité qui mérite d’être effectivement condensée en des ouvrages qui nous rappellent l’anormalité des temps que nous vivons et le drame de l’indifférence. Ouvrage rebelle, anarchiste, De Ira est touchant par sa rage qui rappelle par moments le très sympathique Renato Jones. Maladroit, le scénario nous fait suivre sans trop de structure ces actions de rébellion avant d’approfondir un propos (y compris graphique) dans la seconde partie, plus intéressante. Le dessin propose un surprenant niveau de gris fort dommage et qui cache une rapidité d’exécution à la qualité très irrégulière. Ouvrage maladroit, pamphlet politique anarchiste intéressant, De Ira reste tout de même très imparfait et aurait mérité sans doute un peu plus de bouteille.

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Merci aux éditions Soleil pour leur confiance!

  • Lanfeust de Troy #9: la forêt noiseuse  (Arleston-Tarquin/Soleil) – 54p., 2021

couv_434346Retour au bercail pour les deux golden-boy de la naissance de Soleil! Après deux excellents cycles de huit tomes (Lanfeust de Troy puis sa suite directe SF Lanfeust  des Etoiles), les auteurs avaient lancé en 2009 un troisième cycle Odyssey prévu justement sur des diptyques permettant de ne pas étirer éternellement la recette… avant de changer de braquet pour partir sur le plus gros cycle (en dix tomes) très redondant qui avait fini par me lasser. Partis depuis faire l’éditeur avec Drakoo pour Arleston et sur sa série space-op solo pour Tarquin, le duo se reforme pour reprendre la suite directe de Lanfeust de Troy avec ce tome « 9 » en format one-shot. On ne comprend pas bien l’utilité de raccrocher cette Forêt noiseuse au cycle premier mais le format reste la meilleure idée qu’ils aient eu depuis dix ans.

Si l’idée de faire vieillir Lanfeust de treize ans d’un coup et de transformer Hébus en un érudit bibliothécaire fait un peu forcée, celle de contester le conservatisme d’Eckmül avec ce méchant siphonnant la magie du Magohamoth pour la redistribuer à sa guise est alléchante. Si les auteurs ne vont finalement pas plus loin que l’aventurette pleine de jeux de mots et de séquences débiles, on sent une dynamique toujours présente dans la tête d’Arleston et qui pourrait proposer des choses fort sympathiques par la suite, pour peu que le cadre one-shot soit respecté. Redémarrage forcément commercial donc, mais qui permet clairement à la jeune génération de découvrir cet univers toujours drôle et aux anciens de retrouver, parfois avec délectation, ces personnages qui ont bercé nos jeunesse BD.

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Merci aux éditions Casterman pour leur confiance!

  • Le tueur – affaires d’Etat #3:   (Matz/Jacamon/Casterman) – 64p., 2021

Quatrième cycle achevé en trois tomes. Le billet du premier volume est ici.

couv_433983Ce nouveau cycle court laisse un gout incertain dans la bouche. Les qualités et les défauts sont ceux décrits précédemment, notamment la pauvreté des décors où malheureusement le scénariste ne parvient pas à offrir à son dessinateur beaucoup de vues architecturales susceptibles de mettre du peps dans cette monotonie urbaine. Le propos de Matz concernant le cœur du sujet (le politicien populiste) est très ambigu et c’est cela qui intéresse le plus: présenté par tous les personnages comme une crapule, son discours ne laisse pourtant pas le lecteur désintéressé en disant des vérités sur le système politique et le discours mainstream médiatique. Loin de se contenter d’un ersatz raciste de Marine Le Pen, il semble bien convaincu par son rôle de poil à gratter. L’utilisation des caïd pour mettre de l’huile sur le feu et permettre un contexte qui lui est favorable n’annule pas pour autant des vérités qui rejoignent les pensées lucides du tueur. Sans nous guider particulièrement, Matz sème donc le doute en laissant son lecteur réfléchir tout seul sans savoir vraiment ce que pensent les auteurs de tout ceci. Le duo de flics est également un des points forts de cette intrigue où le Tueur reste bien passif et où on ne nous donnera pas beaucoup d’éléments sur les visées des services de renseignements et des affrontements internes à l’Etat. C’est le principal regret que l’on pourra avoir sur ces Affaires d’Etat que l’on aura espéré avoir plus d’ampleur. Si l’on regarde les cycle du pétrole on aura été beaucoup plus proche de ces affaires internationales mêlant politique, argent et enjeux économiques que sur cette trilogie. L’aspect froid et lent fait partie des codes du Tueur. On prend donc toujours du plaisir avec ce qui a plu jusqu’ici, un cran en dessous pourtant. Espérons que la suite aura plus d’envergure.

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20th century boys #11-22

Manga de Naoki Urasawa
Panini (2002-2007), 208 p./volume, série finie en 22 volumes.

L’édition chroniquée dans cette série de billets est la première édition Panini. Une édition collector (avec albums doubles) a ensuite été publiée puis récemment la Perfect, grand format et papier glacé, au format double également. Le billet sur le premier volume est ici.

Attention spoilers!

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Pour ce dernier billet en mode marathon sur la seconde moitié de la série, je vais faire un petit décorticage de la structure. Après une sorte de prologue originel et fondamental pour poser l’ambiance de cette bande de garçons par qui tout à commencé (cinq premiers tomes), l’histoire commence vraiment avec Kanna, la nièce de Kenji, dix ans après le Grand bain de sang de l’an deux-mille, pendant dix tomes. Le tome quinze marque une nouvelle rupture essentielle et le début d’un nouvel arc en élargissant franchement le périmètre de la conspiration et en rappelant pas mal de personnages vus très tôt. On peut ainsi dire que le cœur de la série commence à ce stade, concentrée, moins erratique maintenant que l’on connait les protagonistes et les perspectives de AMI et son organisation.

Serie 20th Century Boys (Édition Deluxe) [KRAZY KAT, une librairie du  réseau Canal BD]Et après cette lecture échevelée de ce qui a tous les atours d’une série TV, je reconnais que l’auteur a eu du mal à conclure son grand oeuvre… C’est du reste le problème de la quasi-totalité des grandes saga chorales et déstructurées qui à force de vouloir surprendre leur lecteur/spectateur finissent par s’enfermer dans un cercle infini. Comme Game of Thrones qui a noyé son auteur avant sa conclusion (pour le roman), à force de cliffhangers permanents et de croisements d’intrigues à la révélation sans cesse repousser, Urasawa ne savait plus trop bien comment achever son récit après la dernière pirouette du tome quinze. Conscient du risque de redite, l’auteur troque son grand méchant énigmatique AMI pour le retour du héros. Et autant que la renaissance christique d’AMI, le choc est là, tant l’attente a été longue, l’incertitude permanente et l’effet recherché parfaitement réussi. Pourtant les très nombreuses portes ouvertes et mystères créés nécessitent d’être refermés, ce qui devient compliqué à moins de changer complètement de rythme et de structure au risque de tomber dans quelque chose de plus manichéen.

Ainsi la dernière séquence post-apocalyptique, si elle reste saisissante 20th Century Boys (Édition Deluxe) (tome 8) - (Naoki Urasawa) - Seinen  [CANAL-BD]notamment en ces temps de COVID et de perméabilité des foules à toute sorte de croyance avec une sorte d’abolition du raisonnement humain, elle est bien moins prenante avec le sentiment de partir tous azimuts et de continuer à maintenir un suspens qui demande à se finir. Comme une prolongation de trop, comme un épisode superflu, le cycle situé entre les tomes seize et vingt-deux tourne un peu en boucle. Ce n’est pas faute de sujets accrocheurs, le rassemblement de la bande à Kenji, esquissé jusqu’ici, est une bonne idée de même que l’itinéraire autour de la mère de Kanna. Si la question de l’identité d’AMI fait un peu réchauffé, Urasawa a suffisamment de bons personnages, qui ont vieilli et donc plein de choses à nous raconter, pour tenir jusqu’à la fin. Mais certains effets de style commencent à peser, comme cette technologie faire de bric et de broc et ces forces de sécurité bien piteuses pour un Gouvernement du monde aux ressources théoriquement infinies. Quelques incohérences commencent également à se voir et la course effrénée des héros vers on ne sait quoi tout comme la lenteur avec laquelle Kenji finit par endosser son rôle finissent par lasser.

20th Century Boys (Édition Deluxe) (tome 11) - (Naoki Urasawa / Takashi  Nagasaki) - Seinen [CANAL-BD]Attention, 20th century boys reste une oeuvre d’exception qui mérite la lecture ne serait-ce que pour le talent de scénariste indéniable de Naoki Urasawa. Malheureusement la série semble une nouvelle fois confirmer le fait que les plus grandes œuvres sont relativement compactes et à l’intrigue simple. Sorte de concept scénaristique employant toutes les techniques d’addiction du spectateur mises en place par les séries américaines à l’orée des années 2000 (l’époque de Lost, The Wire, Breaking Bad, The Shield, 24H chrono ou Prison Break…), 20th century boys marque par l’amour de l’auteur pour ses personnages, le refus du grand spectacle et l’utilisation (parfois abusive) des points de suspension. Niveau efficacité c’est impérial, on dévore les 2/3 de la saga avec envie et autant de plaisir de retrouver tel personnage trente ans après. Le second arc est pour moi le meilleur et aurait pu être une conclusion (noire) très acceptable même si il aurait laissé bien des portes ouvertes. En assumant la vraie disparition de Kenji il aurait assumé jusqu’au bout le concept tout à fait original d’histoire sans héros et du rôle du mythe. Balayant un nombre incalculable de sujets de société avec courage et parfois une certaine rage, Urasawa livre une oeuvre de SF presque Kdickienne, du Philip K. Dick réalisé par Wong Kar Wai, plein de nostalgie pour une belle époque de simplicité, de franchise et de Rock’n roll. Son propos dès l’an 2000 sur la manipulation des foules est particulièrement percutant aujourd’hui et l’on se dit par moment que la réalité a rattrapé la fiction lorsque l’on voit le pilotage au forceps d’une pandémie par des gouvernements qui s’assoient sur certains principes et des foules prêtent à tout accepter par peur et panurgisme. Si sa saga est donc imparfaite, Naoki Urasawa reste un grand bonhomme, un des mangaka les plus intéressants et sa dernière création encours laisse une sacrée envie lorsque l’on voit la maturation de son trait comme de son récit.

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****·Manga·Rapidos·Rétro

20th century boys #6-10

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Manga de Naoki Urasawa
Panini (2002-2007), 208 p./volume, série finie en 22 volumes.

L’édition chroniquée dans cette série de billets est la première édition Panini. Une édition collector (avec albums doubles) a ensuite été publiée puis récemment la Perfect, grand format et papier glacé, au format double également. Le billet sur le premier volume est ici.

Attention spoilers!

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Après le « bain de sang de l’an deux-mille » une nouvelle société s’est installée au Japon, dirigée par un AMI qui nous veut du bien… Alors que la bande de Kenji a disparu, c’est une société totalitaire que contestent certaines personnes, à commencer par Kanna, désormais adolescente et en adoration devant la mémoire de son oncle Kenji. A bas bruit, la domination sans partage d’AMI n’est pourtant pas si inéluctable…

20th Century Boys - BD, informations, cotesQuel maelstrom mes aïeux! Si vous croyiez que le saut de quatorze ans était une rupture, il ne marque aucunement une temporisation puisque l’auteur enchaîne sans cesse sur de nouveaux personnages et de nouvelles séquences toujours liées les unes aux autres indirectement. Alors que nous découvrons enfin ce qui s’est passé le 31 décembre 2000, on apprend qu’une sorte de résistance discrète s’est mise en place avec les survivants de la purge d’AMI…

Devant un tel tourbillon de personnages, de thématiques et de retournements on se demande tout le temps si l’auteur sait où il va ou s’il trace son chemin au doigt mouillé… Bien entendu il retombe toujours sur ses pattes et on savoure à chaque instant d’être ainsi malmené avec un petit plaisir masochiste. Après quelques intermèdes qui permettent de se faire plaisir sur un plan d’évasion carcérale type L’évadé d’Alcatraz ou sur une maison hantée, cet amoureux de cinéma (en plus du rock et des 60’s… un vrai garçon du vingtième siècle!) qu’est Urasawa confirme que le personnage principal (pour l’instant) est Kanna. Du coup, en nous rappelant avec la régularité d’un métronome combien on est en deuil de Kenji, l’auteur installe un peu plus ce contexte confirmé de régime totalitaire contre lequel ce qui ressemble à une résistance commence à s’organiser. Que demander de mieux?

Ainsi à la moitié de l’intrigue on se rapproche de l’identité d’Ami mais on ne sait toujours pas si l’élément fantastique ou SF est confirmé après quelques évènements bien intrigants et un passage dans une sorte de réalité virtuelle en mode lavage de cerveau. Bref, comme depuis le début on est bien incapable d’avancer des certitudes et on se demande encore quel lapin le maître va nous sortir de son chapeau au prochain volume. La maman de Kanna visiblement… Dernière remarque avant de conclure, concernant les dessins qui ont le tort de leur classicisme, ce qui empêche la série d’atteindre les 5 Calvin malheureusement. Non qu’Urasawa soit un mauvais dessinateur mais la simplicité du trait limite l’emballement oculaire que le tourbillon de l’intrigue attendait. Dommage.

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20th century boys #2-5

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Manga de Naoki Urasawa
Panini (2002-2007), 208 p./volume, série finie en 22 volumes.

L’édition chroniquée dans cette série de billets est la première édition Panini. Une édition collector (avec albums doubles) a ensuite été publiée puis récemment la Perfect, grand format et papier glacé, au format double également. Le billet sur le premier volume est ici.

Couverture de 20th Century Boys -2- Tome 2

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La secte AMI projette rien de moins que la fin du monde pour le 31 décembre 2000! Comment une bande de potes éparpillés par la vie et plutôt piteux vont-ils devenir les héros qui ont empêché la fin du monde?…

Après huit volumes d’Urasawa lus (trois Asadora et cinq 20th century) je peux le confirmer: Urasawa est un style de récit à part entière! Faisant partie de la famille des auteurs exigeants, torturant leurs lecteurs par des récits déconstruits éclatés en lieux et en temps, son plus grand talent est de parvenir à nous happer p20th Century Boys Tome 1 & 2 - Le doigt et l'œilar les techniques de la série TV dont il a totalement assimilé les codes. Le risque principal de cette narration est la dilution. Outre le fait que la série se termine en une vingtaine de tomes (raisonnable pour une série manga), l’auteur sait toujours où il doit s’arrêter, où il doit raccrocher son lecteur avant de le perdre définitivement. D’une lecture frustrante, 20th century boys échappe systématiquement au confort de lecture. Dès que l’on commence à appréhender un personnage il meurt ou disparaît. Pas à la manière de Game of Thrones ou les 5 Terres par une rupture brutale, non, chez Urasawa le récit s’arrête simplement pour reprendre ailleurs, laissant le lecteur marner… Ce chaos peut lasser. Mais le jeu des petites graines semant le mystère, la surprise, est suffisamment bien mené pour ne pas trop laisser le temps de réfléchir.

Au stade du cinquième tome, on peut dire que le premier cycle s’est achevé, bouclant sur les premières images du secrétaire général de l’ONU célébrant les héros que l’on devine Kenji et ses potes. Devine car dans 20th century boys tout n’est que hors champ, interprétation, comme une série du petit écran qui jouerait d’intelligence pour masquer un budget très serré. Ici on mets ainsi la focale sur les personnages, en une galerie en croissance infinie, coupant les scènes chaque fois que l’on risque une révélation… L’auteur ne nous aide pas non plus à savoir quand on est, accentuant le maelstrom cérébral pour tisser des fils entre tout ce qu’on nous raconte, et en finissant par douter de la véracité des images montrées. Urasawa serait-il un grand manipulateur? Assurément! Mais un grand conteur aussi, qui ne sacrifie aucun personnage sous prétexte qu’il est secondaire. Ainsi, pris sans cesse à contre-pied on ne sait jamais si Kenji est le vrai héros, si untel est le vrai méchant etc.

On a (re)lu… 20th Century Boys (T.1) de Naoki Urasawa | Daily marsComme le veut l’adage « plus gros c’est plus ça passe », on finit par oublier l’énormité de cette conspiration dont on ne nous dit (pour l’instant) jamais l’origine ni les rouages. Avec pour seuls informations le fait que le plan apocalyptique a été conçu par Kenji et qu’AMI a tissé une tentacule nationale pour mener à bien son projet, on n’a ensuite que des successions de séquences plus ou moins longues qui mènent à ce soir du 31 décembre 2000… avant de sauter quatorze ans plus tard! Je m’arrête là au risque de spoiler mais il est certain que l’auteur nous réserve encore bien des surprises tant le rythme est soutenu dans ce monument du manga.

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Year Zero #1

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Album de 110 pages comprenant les cinq volumes de la mini-série Year Zero, écrite par Benjamin Percy et dessinée par Ramon Rosanas. Parution en France chez Panini Comics le 17/03/2021.

Dur, dur d’être un zombie

En cette période pour le moins singulière où chacun de nous est un survivant, Panini Comics a jugé opportun de lancer deux nouveaux albums sur le thème de la pandémie. Cet argument de vente, certes opportun, d’en comporte pas moins des promesses de frissons, et, pourquoi pas après tout, de bonnes lectures.

Dans ce Year Zero, nous allons suivre les mésaventures d’un certain nombre de protagonistes, répartis dans le monde et ayant chacun leur manière d’affronter cette fin du monde.

Sara Lemons est en mission dans le cercle polaire, afin d’étudier les couches glaciaires. Elle espère y trouver un remède aux maux qui agitent notre siècle, qu’ils soient climatiques, énergétiques, sociétaux ou médicaux.

A Mexico, Daniel Martinez, jeune orphelin des rues, fait ce qu’il peut pour survivre et échapper aux cartels qui ont tué sa mère, convaincu qu’il survit par la grâce divine.

Saga Watanabe, lui, tue des gens pour vivre, principalement à Tokyo. Il exécute un dernier contrat censé lui offrir une porte de sortie, une retraite bien méritée avec l’amour de sa vie.

Fatemah Shah, quant à elle, vit en Afghanistan, où elle sert d’interprète et d’informatrice aux soldats américains.

B.J. Hool, enfin, est un américain moyen, un survivaliste nihiliste qui a passé sa vie à se préparer à ce genre d’événement.

Comment ces gens très différents vont-ils réagir lorsque les morts vont se relever, victimes d’un pathogène qui en fait des zombies anthropophages ? La réponse est simple: plutôt mal. Mais ça n’empêchera aucun d’eux de poursuivre ses objectifs ou de s’en trouver de nouveaux, car la vie, au contraire de la mort, n’a rien de permanent et évolue sans cesse.

Vaut mieux vivre avec des vrais morts qu’avec des regrets

Il apparaît assez vite après le premier chapitre que ces protagonistes ne sont pas destinés à se rencontrer. Oublions-donc tout de suite la perspective d’un récit choral ou de survie à la Walking Dead. Chacun des protagonistes possède sa propre ligne narrative, qui ne croise à aucun moment celle des autres, excepté celle de Sara Lemons, qui se déroule un an avant la pandémie, et qui influe donc sur le reste.

Les sauts et ellipses entre les différents personnages dynamise le rythme du récit mais donne également une sensation de survol, l’auteur se concentrant sur l’essentiel de sa narration sans étoffer davantage certains points qui auraient mérité de l’être.

Year zero - BDfugue.com

Le point de vue interne des protagonistes reste tout de même très intéressant, chacun d’entre eux ayant des croyances et un vécu qui définissent leur vision du monde, et nécessairement, leur réaction face l’apocalypse zombie. Saga Watanabe et Daniel Martinez recherchent la vengeance, tandis que Fatemah cherche l’émancipation et la rédemption. BJ Hool quant à lui, a vécu isolé toute sa vie et ne découvre que maintenant l’intérêt de créer du lien avec une autre personne.

Le parcours de Sara, qui sert de préquel, a des relents de The Thing (la base polaire, une créature sortie de la glace) mais n’exploite malheureusement pas le vivier horrifique que recèle cette prémisse, du fait des ellipses et du peu de temps consacré à cette partie. Le reste des trames individuelles est ô combien classique, hormis sans doute celle du nerd survivaliste qui tombe amoureux, qui comporte son lot d’ironie et d’humour grinçant.

Year Zero vous sera sans aucun doute un peu survendu par Panini Comics en raison du contexte pandémique, mais pas d’affolement: nous ne sommes pas en présence d’un incontournable du récit de zombies, même si l’exécution reste bonne et agréable à suivre. A priori, un deuxième volume est sorti aux US et ne devrait pas tarder à traîner des pieds jusqu’ici pour tous nous dévorer.

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Adventureman #1: La fin et tout ce qui s’ensuit.

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Comic Matt Fraction et Terry Dodson

Glénat (2021), 154p.+ cahier graphique de 13p., série en cours.

bsic journalismMerci aux  éditions Glénat pour leur confiance.

Attention, édition d’exception! Souvent les éditeurs multiplient les versions d’un album (grand, noir&blanc, croquis, entretien avec les auteurs, etc), parfois ils balancent tout dans une édition « simple » qui ferait rougie beaucoup d’éditions collector! Sans doute la passion de Matt Fraction et Terry Dodson pour leur projet n’y est-elle pas pour rien en tout cas avec ce beau bouquin dans les pattes on est sacrément content d’être en Europe et pas avec de pauvres fascicules US… Donc au menu, outre une superbe couverture et une maquette aux petits oignons jusque sur le logo-titre et la tranche (bon, il faut dire que la méthode américaine permet d’attribuer un super-designer – Leonardo Olea au projet), on a droit à pas moins de treize pages absolument gavées de croquis et d’un texte plutôt intéressant du scénariste sur la conception de la série. Une bio conclut l’ouvrage. J’insiste encore sur le rôle du design général et de l’habillage de la page de titre même dans l’immersion du lecteur dans cet univers d’aventure pulp.

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Claire aime les livres! Lorsqu’elle ne tient pas sa petite librairie new-yorkaise elle lit à son fils Tommy les histoire d’Adventureman, le plus grand héros jamais inventé et son combat contre le Baron Bizarre. Étrangeté de sa fratrie de six sœurs toutes adoptées par un policier à la retraite très attaché aux rassemblement familiaux, elle reçoit un jour la visite d’une étrange dame qui lui confie un livre: la dernière histoire d’Adventureman. Un livre qui va soudain la faire pénétrer dans un monde de magie occulte et lui révéler un lien très étroit avec Adventureman…

Les américains sont les rois du marketing et du teasing, des belles couvertures alléchantes et des projets qui font baver. Souvent, je dois dire, on se retrouve déçu par un dessin à l’économie et des intrigues tarabiscotées… Alors quand on tombe sur ce petit miracle rétro d’hommage aux aventures pulp des années cinquante avec une réalisation de cette qualité on ne boude pas son plaisir. Quand un album est très bon je préfère parler d’abord des problèmes. Allons-y donc directement: une fois arrivé au bout on est un peu frustré par la faible avancée de l’histoire et le peu de planches dans l’univers d’Adventureman. En cause une séquence d’intro juste parfaite qui fait briller les rétines de tous les enfants qui sommeillent en nous et promet de la Grande Aventure magique et steampunk… puis plus grand chose, l’histoire se concentrant sur la pétillante Claire et sa drôle de famille.It's the Little Details:" Terry Dodson on the Art and Wonder of " Adventureman" - SKTCHD

Sur la base du croisement entre les mondes imaginaires et réel, on relève bien sur une touche de Lewis Caroll dans cette Audrey Hepburn (physionomie utilisée par Dodson depuis longtemps sur à peu près toutes ses héroïnes) qui court partout, n’a jamais peur et rencontre des personnages bien étranges entre rêve et réalité, montée sur sa vespa. Le schéma est classique mais est relevé par quelques originalités comme la surdité de l’héroïne (il n’y a pas que Daredevil qui a le droit d’être handicapé!) ou donc cette famille bien surprenante et que l’on va découvrir plus en détail dans les prochains épisodes. Le charme de Claire et le peps du dessin de Dodson font beaucoup, de même que le design général parfait. Le côté très généreux des dessins correspond à une narration compliquée (comme souvent chez les scénaristes de comics) volontairement cryptique. C’est l’ambiance qui veut ça même si on aurait pu attendre quelque chose de plus simple et linéaire. Si vous êtes habitués aux comics cela ne devrait pas vous déranger._e609f21e7d

ADVENTUREMAN #1-4 (Matt Fraction / Terry Dodson) - Image Comics - SanctuaryCôté graphisme on a du Dodson pur jus, superbe alliance d’encrages profonds, d’une maîtrise folle des traits et d’une colorisation totalement fusionnée avec le dessin qui montre la qualité du travail collectif. On pourra reprocher un trait léger au milieu des encrages, qui peut donner un aspect incertain aux personnages, mais l’ensemble est très gourmand et en mets plein les mirettes, le dessinateur n’hésitant pas à nous proposer plusieurs pleines pages que l’on a envie de sortir en poster.

L’impression est elle aussi incertaine au sortir de ce premier volume à la fois incroyablement généreux mais aussi touffu et presque un peu chiche en cinémascope. Le risque d’appâter (les scènes chez Adventureman) c’est qu’on place les attentes très haut… La lecture reste cependant très agréable, luxueuse, immergé que l’on est dans cet humour des grandes comédies américaines au cinéma, avec la promesse, maintenant que l’on a fait connaissance avec Claire, d’un très très grand spectacle!

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***·BD·Nouveau !·Service Presse

Le Mur #1: Homo Humini Lupus

Premier tome d’une trilogie, 48 planches couleur écrites et dessinées par Mario Alberti, adaptées des travaux d’Antoine Charreyon, paru le 15/01/2020 aux éditions Glénat.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

 

Encore une fin du monde

Il est étonnant de constater qu’en cette période d’incertitude, où l’avenir de l’humain est pour le moins lugubre, le genre Post-Apocalyptique prospère et n’a jamais généré autant de propositions narratives, comme si la fiction cristallisait nos angoisses et nos projets.

C’est à se demander si, lorsque l’Humanité aura éventuellement accompli son expansion dans le cosmos, nous assisterons à une résurgence du Western et des récits de conquête.

Le Mur nous raconte le périple de Solal et sa sœur Eva, qui errent à travers la désolation d’un monde englouti par les débris de sa gloire d’antan. La civilisation s’est effondrée suite à un cataclysme qui ne nous est pas détaillé, mais dont on sait qu’il en a résulté la construction du Mur éponyme, une structure cyclopéenne érigée pour stopper les vagues de migration vers le Nord.

S’il veut assurer la survie d’Eva, gravement malade, Solal n’aura pas d’autre choix que de tenter de franchir le Mur, afin de se procurer des médicaments, que l’on dit abondants de l’autre côté du Mur. Très rapidement, le duo fraternel va se retrouver entre les griffes de B.A.S.T.A.R.D, un sanguinaire chef de guerre qui rêve lui aussi de s’emparer des richesses qui l’attendent de l’autre côté. Solal ne s’en sortira qu’en démontrant ses aptitudes en mécaniques, qui, à défaut de lui faire gagner les bonnes grâces du méchant, lui assureront un poste de pilote kamikaze, et ainsi, lui offrir une opportunité de franchir l’impénétrable rempart…

La Grande Mur-Aïe

Étant donnée la nature même du genre Post-Apo, on ne peut décemment pas reprocher à une nouvelle œuvre s’y rapportant de faire dans le déjà-vu. Au contraire, on dira que les bases sont là, avec un monde dévasté, des hommes devenus ou redevenus barbares, la loi du plus fort ayant enterré l’État de Droit et une technologie archaïque faite de bric et de broc.

Tous les ingrédients sont là, et le Mur en ajoute d’autres issus de diverses influences du genre, comme la ségrégation entre les pauvres et les privilégiés (Elysium), la promesse du salut dans cette enclave dévolue aux élites (Elysium encore), le chef de guerre brutal à la fois craint et adulé (Mad Max Fury Road), ou le duo familial (La Route).

L’intrigue nous propulse in media res sans davantage d’explication, ce qui n’est pas un mal en soi mais qui oblige le lecteur à raccrocher les wagons en cours d’album, ce qui le ramène parfois au même niveau que les protagonistes.

On peut reprocher des dialogues peut-être pas assez intuitifs ou insuffisamment clairs, mais cela participe sans doute au sentiment de confusion diégétique généré par et dans l’histoire.

Les planches de Mario Alberti ont un style très rétro, renforcé encore davantage par la mise en couleur et le lettrage, et s’enchaînent rapidement jusqu’à un cliffhanger final habile qui donne tout son intérêt à l’album. Les scènes d’action peuvent donner du fil à retordre de par leur manque de lisibilité, toutefois elles ne gâchent pas totalement le plaisir de découvrir cet univers violent et plein de surprises. On a hâte de lire le second tome !

 

***·BD·Guide de lecture·Numérique

Méta-Baron, cycle 3

La trouvaille+joaquim

BD de Jerry Frissen et Valentin Sécher
Humanos (2016-2017), série terminée en 3 cycles.

Couverture de Méta-Baron -5- Rina la Méta-GardienneLe troisième cycle est la suite directe du second… avec un retour de Valentin Sécher au dessin… et l’annonce d’un quatrième cycle. Ce que je craignais dans ma chronique du cycle 2 est donc arrivé, avec une série qui risque de se prolonger plus que de raison… Non qu’il s’agisse d’une mauvaise BD, bien au contraire, les auteurs sont parvenue à transformer un projet assez bancal en un récit plutôt courageux qui parvient à respecter le matériau en le transmutant.

Le Méta-Baron a percé à jour le mystère de l’Epiphyte et s’est translaté sur un autre univers où la Méta-gardienne, son alter-égo, veille sur l’équilibre du Cosmos et de la substance primordiale, incarnée en une planète. Sur ce monde paradisiaque il croit un moment avoir trouvé le repos… jusqu’à ce que la menace Techno-Techno ne réapparaisse…

Ce qui m’a surpris sur ce diptyque c’est le décalage entre les sublimes et très inspirées couvertures du dessinateur et l’intérieur qui semble révéler ses quelques limites (il en faut bien) à transposer certains univers. Est-ce le scénario ou le dessin qui est en cause,? …toujours est-il que la description de cette planète-Nature où les peuples sont en osmose avec leur environnement (antithèse évidente avec le thème de l’empire technologique) paraît un peu brouillonne, étonnamment sombre et confinée, alors que c’étaient les larges espaces et trajectoires spatiales qui nous avaient singulièrement ravi dans le premier cycle. Valentin Sécher semble avoir un peu changé de technique, peut-être moins numérique, plus organique… cela convient effectivement au thème mais je trouve personnellement cela moins beau. De même lorsque survient l’infâme armada Techno l’ampleur du combat semble bien timide au regard de l’échelle cosmique des affrontements de la saga des Méta-Barons. Il en résulte un enthousiasme graphique moindre à la lecture de ces pages, dans une BD où la force principale reposait sur le talent du dessinateur d’origine. La folie de Jodo manquerait-elle pour un tel projet?

Résultat de recherche d'images pour "meta-baron rina"La thématique de l’amour se prolonge dans ce cycle avec un Méta-Baron qui a pris le dessus sur ses penchants nihilistes, en quittant un univers détestable pour un paradis où la Méta-Gardienne semble d’une naïveté touchante. On passera sur le fait qu’elle tombe en pâmoison aussi facilement et sur sa faiblesse guerrière… L’idée de confronter le Méta-Baron à son alter-Ego après l’avoir fait affronter son clone raté était bonne et aurait pu donner lieu à un affrontement dantesque. Méta-Baron est une BD de garçon, c’est ainsi! On constate ici un petit manque d’ambition graphique comme thématique, Jerry Frissen revenant en fin de compte à un méchant tout à fait abominable qui questionne sur l’avenir de l’humanité en tant que corps physique. Les ficelles sont malheureusement un peu grosses et l’on tombe dans le syndrome « méchant invincible/méchant vaincu » un peu trop rapidement. Comme si le rythme était difficilement géré. L’on a assez vite l’impression de voir une transposition d’Avatar avec ses gentils indigènes bleus confrontés à une Image associéeinvasion technologique. Le principe des cowboys et des indiens, très archétypal mais pas assez original ici pour booster l’intérêt. L’auteur oublie ainsi l’un des personnages principaux du cycle précédent (pourtant très intéressant) sans que son absence vienne alimenter l’intrigue.

Au final si le double album reste très lisible et propose quelques pages très chouettes (notamment le passage à l’action du Méta-Baron), on sent un certain flottement tout au long de ce qui aurait dû clôturer cette saga. Un manque d’inspiration probablement dû à la difficulté de gérer un autre univers avec d’autres lois… Cela ressemble fortement à une fausse bonne idée qui fait de ce cycle le plus faible des trois. Le potentiel était pourtant là et la réduction de la perversité des personnages pouvait rendre cette saga grand public. On attendra la conclusion sur ce que j’espère (encore) comme le dernier cycle (j’ai souvent parlé du format idéal de 6 tomes).

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