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Le triomphe de Zorglub

BD d’Olivier Bocquet, Brice Cossu et Alexis Sentenac
Dupuis (2018), 55 p.

9782800174594-couv-m800x1600Comme beaucoup, Spirou a fait partie de mes professeurs en BD… enfin pas le même Spirou, moi ce fut celui de Tom et Janry, qui sont les seuls à avoir véritablement refondés le héros après les années Franquin et ses successeurs. Avec eux Spirou est devenu un héros moderne, une sorte d’Indiana Jones appuyé par un dessin à la fois « gros nez » et réaliste. Bref, après leur passation de pouvoir suite à Machine qui rêve (le meilleur album de Spirou toute époque confondue et véritable ovni très gonflé) je n’ai jamais pris le temps de tenter à nouveau l’aventure. L’arrivée de ce Triomphe de Zorglub m’a attiré par un graphisme qui m’a rappelé celui de Janry… mais laissé sceptique par une communication assez calamiteuse de Dupuis qui le présente comme lié à la sortie du film. Alors oui le timing est le même et l’histoire est celle d’un film tourné sur Spirou et Fantasio… mais une fois ce pitch passé, on est surtout dans une vraie histoire de Spirou, drôle, pleine de mises en abymes et d’action débridée. Je n’ai absolument pas envie de voir le film, pourtant je me suis régalé à la lecture de la BD. C’est iconoclaste, un peu scato sur les bords et vraiment percutant.

Les dessins sont très correctes, un peu plus réalistes que d’habitude et la mise en couleur très vive et agréable. On saute du coq à l’âne par des ellipses temporelles et géographiques vertigineuses, mais cela n’a aucune importance: on a du Zorglub (le vrai… bien qu’un peu faiblard), du Champignac, du Slip (… pardon, Spip..), Sécotine et un Fantasio que j’ai rarement vu si drôle avec sa tignasse qui a du beaucoup inspirer les auteurs. L’histoire du film permet une immersion dans le monde du cinéma et des commentaires sur le statut de héros. Le découpage propose quelques séquences qui vont vous faire pleurer de rire… Une vraiment belle surprise humour que je n’attendais pas et qui montre que l’on peut allier démarche commerciale et réussite artistique.

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Cinéma·Graphismes

Bilan ciné de 2017

Comme on est dans les bilan et que dès le début j’avais envisagé ce blog comme traitant de tout ce qui était graphique, tout média confondu, je vais faire un petit retour ciné sur les films qui m’ont paru le plus visuellement intéressants de l’année passée.

Blade runner 2049

zkrbe1vncvacnuhnocp8J’en ai parlé sur le blog évidemment tant la claque graphique parvient presque à dépasser l’original. Le film de Villeneuve a une âme, une identité propre et un goût d’une grande délicatesse. Premier contact avait déjà donné une idée des originalités visuelles percutantes que pouvait proposer le canadien. Ce réalisateur est à mon sens l’héritier directe de Ridley Scott comme maître d’un cinéma graphique absolu.

Valerian

Résultat de recherche d'images pour "valerian mille planètes artwork"Luc Besson est un besogneux et un têtu. Des années qu’il se fait allumer notamment à chacune de ses adaptations BD. Il faut dire que son OPA sur l’Adèle Blanc-sec de Jacques Tardi que seul un Jean-Pierre Jeunet pouvait prendre en main avait fait du dégât. Si la participation de Mézière au réussi Cinquième élément donnait des gages, tout le monde retenait son souffle craignant le naufrage industriel. J’en ai parlé sur le blog, le naufrage est loin et si au final on a un honnête film d’action SF grand public, visuellement, artistiquement, c’est une grande réussite, très fidèle à l’esprit de la BD. Comme quoi quand Besson mets son âme et oublie les dollars et les Yuan il peut encore être bon (voir très bon).

Logan

Résultat de recherche d'images pour "logan movie artwork"Quelle surprise! Logan montre encore une fois combien Hollywood est capable quand on s’y attend le moins à produire des choses uniques, ambitieuses, artistiques, novatrices. Tout le monde avait proclamé le début de la fin des super-héro movies et la saga des X-men n’en finissait plus de s’effondrer avec un initiateur (Bryan Singer) s’éloignant à chaque film de son coup de génie du premier opus, Sam Mendes avait donné sur le précédent Wolverine un objet commercial informe destiné au marché asiatique… et voilà qu’en adaptant le génial comic de Millar Old-man Logan, il proposait un inattendu one-shot crépusculaire, mettant à l’écran le désespoir poussiéreux que George Miller n’a osé mettre dans son Mad Max Fury Road. Un rôle en or pour Hugh Jackman qui peut ainsi rendre son tablier la tête haute. Si Incassable a montré ce que devait être un film de genèse de super-héros, Logan restera sans doute pour longtemps un requiem de tout un genre.

John Wick 2

Résultat de recherche d'images pour "john wick 2 concept art"Improbable de voir un film de gunfights dans ce top, et pourtant, l’univers urbain et nocturne développé pour cette trilogie participe vraiment à la réussite de l’ensemble. Outre les chorégraphies, le choix des lieux (du métro aux catacombes romaines en passant par les cages à pigeon New-yorkaises), la création d’univers (l’hotel COntinental) donnent aux films un atout visuel que d’autres ambitions (je pense au Grandmaster de Wong Kar-wai) n’ont pas si bien réussi. Personnellement j’ai pris un vrai plaisir visuel à ces visionnages. Des films d’ailleurs dotés de très belles affiches qui donnent le ton.

Kong Skull Island

Résultat de recherche d'images pour "kong skull island artwork"

M’étant dispensé de ciné pour le coup tant ça semblant n’importe-quoi (avec Samuel Jackson on craint toujours le pire), j’ai été très agréablement surpris par l’ambition série-B et la recherche graphique vraiment chouette de cet univers de monstres géants. On est très proche de ce qu’a fait Guillermo Del Toro sur Pacific Rim, avec un background fouillé et un design barbare adapté su sujet. Le travail sur les indiens est excellent, les décors fouillés et terriblement graphiques. Bref, une vraie BD à l’écran. Si le scénario est pas plus mauvais que pour tout blockbuster estival, on reste avec un vrai sourire graphique qui donnerait presque envie de voir la suite. Avec en prime un magnifique générique final (… généralement le travail du générique donne le ton sur l’ambition et le sérieux de la production).

Roi Arthur

Image associéeÉtrange film que cette adaptation par le très visuel Guy Ritchie. Une première séquence d’abord, totalement sidérante de démesure, d’équilibre entre son et image, de puissance de mise en scène muette… Puis un travail d’invention syncrétique entre plusieurs époques pour Londinum. Enfin, un long film banal dans sa mise en scène, dans ses décors, dans l’utilisation de son bagage… Enfin, un combat contre le bosse de fin que n’aurait pas renié Frazetta. Passons donc sur les défauts pour nous concentrer sur la grande réussite du film: les références visuelles, à Frazetta donc (le monstre est très directement issu des illustrations du maître comme jamais auparavant au cinéma), au Seigneur des anneaux et ses Olifants ici démesurés, à ce que le design de chevalerie à fait de mieux (on pense au Boorman d’Excalibur évidemment). Il en résulte une petite frustration que Ritchie n’ait pas produit le grand film barbare qu’il aurait pu, sorte de suite moderne au Conan de John Milius.

Note: Thor Ragnarok comme Les Gardiens de la Galaxie 2 m’embêtent un peu car je reconnais une véritable démarche artistique dans les deux cas (et très proches l’une de l’autre). Si je reconnais en outre une certaine qualité au premier dans l’humour et le décalage avec le MCU, pour les deux films je trouve qu’il y a une faute de goût manifeste et en tout cas quelque chose qui ne m’a pas du tout accroché. Une sorte de fausse bonne idée qui aboutit à quelque chose de moche alors que tant d’argent et tant de talent ont été utilisés sur ces métrages. Dommage, vraiment!

 

Cinéma·Graphismes

Jupiter et George Hull

Dans la fascination grandissante envers les films de SF et fantastiques, une grande part tient au design et à la créativité des artistes géniaux embauchés par troupeaux et qui créent des univers dans lesquels on se demande souvent après coup quel a été le rôle du réalisateur… Ces artistes la plupart du temps inconnus (comme du reste l’essentiel des techniciens) sont pourtant l’âme de ces films. Quelles qu’aient été les visions des réalisateurs de ces films, Alien n’existerait pas sans Giger, Star Wars sans Ralph McQuarrie, et Le Seigneur des anneaux sans Alan Lee et John Howe. Je me remémore la séquence des DVD Star Wars où George Lucas passe tamponner en quelques secondes les illustrations validées ou non sans un regard aux graphistes anxieux…ja_titus_open_fin5

Parmi les réalisateurs les plus inventifs de ces dernières années se trouvent les Wachowski, sans doute les plus grands apports à la SF depuis George Lucas. Si Matrix est entré dans l’imaginaire collectif, une incompréhension sur les volumes 2 et 3 a atténué l’aura de ces inventeurs d’univers auprès de la presse du du public. Leur film Cloud Atlas est significatif de cette gêne autour de leurs oeuvres, les critiques semblant désemparées au visionnage sans pour autant critiquer. Les visionnaires sont souvent victimes de tels problèmes.

set_titusdockjumperfront_fin5fJupiter Ascending (je vous dispense de son abominable titre français), leur dernier métrage, bien que victime de quelques difficultés de studio, est à ce titre au moins un chef d’œuvre graphique (je vous renvoie à la critique d’écran large, à laquelle je souscris, pour la partie cinéma) et est pour beaucoup sorti de l’univers de George Hull, designer ayant travaillé sur tous les films Wachowski mais aussi sur Star Wars, les Gardiens de la galaxie, Tree of life, Transformers et Blade Runner 2049 excusez du peu !

Le film est un maelstrom visuel presque exempt de faute de gout et150113_zerocoloreddrngv3_gh proposant une alchimie des arts culturels humains jamais vue depuis Star Wars (encore, oui, je sais). Du design des vaisseaux à la planète centrale qui parvient à se démarquer de Coruscand (pas simple pourtant), tout fascine dans les tableaux dessinés par Hull. Encore une fois, étant donné le fonctionnement artistique des Wachowski il est probable que beaucoup d’idées soient issues de leurs cerveaux, mais je vous laisse parcourir les différentes galeries de ce très grand designer (dont je n’ai malheureusement pas trouvé trace d’Art-Book) pour vous faire une idée de sa cohérence et de son style inimitable et original. Personnellement je ne me suis toujours pas remis des armures exo-angéliques…

Graphismes

Tout l’art de Star Wars – Le réveil de la Force

Phil Szostak

Huginn & Muninn (2015)

Bel Art-book reprenant telle quelle la version américaine (accessoirement indiquée à 25 USD alors que la version française est à 40€…). La confection est sans doute identique puisque imprimée aux Etats-Unis. A noter que contrairement aux Art-book des épisodes 1, 2 et 3 publiés chez Del Rey sur le même modèle, ici on change d’éditeur mais l’on  garde le même concept: genèse graphique d’un film (et de son environnement) avec présentation chronologique des explications et des illustrations. Le format est agréable (bien que pas évident à ranger, comme souvent pour les Art-book…), comporte une jaquette mais peut se ranger sans (la tranche du livre est imprimée). Ouvrage de bonne fabrication. Rien d’exceptionnel mais c’est du travail bien fait.

L’intérêt de ce livre est le même que celui des making-of des dvd: entrer dans le processus de création, fait de tâtonnement, de débats artistiques et créatifs sur les orientations et les idées lancées par les graphistes. L’enjeu majeur (à la fois pour le réalisateur J.J. Abrams et pour les illustrateurs) est de coller avec un univers graphique déjà bien installé (par les films mais aussi l’univers étendu) tout en prenant une certaine autonomie. L’évolution chronologique est sensible, les concepts de personnages principaux évoluent, changent de nom, puis sont validés par le réalisateur. Sur le plan créatif, ce livre est un régal tant il nous immerge dans une foule d’idées non retenues et de prémices à ce qui apparaîtra finalement à l’écran. Parfois une illustration prolonge fortement l’histoire elle-même et le livre n’est pas avare de légendes et explications.

Sur le plan graphique en revanche, du fait des techniques utilisées (et peut-être de la qualité des artistes eux-même…?) on est en deçà des Art-book des épisodes 1 et 3. Ces derniers faisaient déjà la part belle au speed-painting numérique, mais l’ensemble comportait une touche totalement ahurissante. Ici c’est plus sage et entièrement à l’ordinateur, avec un usage des textures plaquées (sans doute dans l’idée de photoréalisme à destination du réalisateur) d’un goût discutable. Il y a finalement peu de surprises par rapport à ce qui est vu à l’écran et la finesse des images laisse parfois à désirer. Surtout, malgré la présence de Doug Chiang aux commandes du département graphique (comme sur les précédents épisodes), pratiquement aucun dessin en technique traditionnelle. D’ailleurs, quand les précédents livres indiquaient la technique utilisée et le format, ici rien de tel, c’est significatif. Cela ne dérangera pas les fans de l’univers de George Lucas mais pourra rendre ce livre dispensable à ceux qui recherche avant tout un haut niveau graphique.

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