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Karmen

BD du mercredi

BD de Guillem March et Tony Lopez (coul.)

Dupuis (2020), 160p. one-shot.

L’ouvrage est proposé en grand format, de ces paginations des gros one-shot généreux permettant un graphisme libéré. L’intrigue est découpée en quatre parties à la pagination décroissante et se conclut par un cahier graphique de… trois pages. Il est surprenant que l’auteur n’ait pu fournir plus de matériau à compter du moment où un cahier était proposé. La couverture est très percutante avec ce design très réussi du personnage de l’ange sur un beau rouge vif. Un petit texte de présentation en quatrième de couverture n’aurait pas été de trop. Édition honnête qui aurait pu être plus travaillée pour accompagner ce très original projet.

couv_385071Catalina est une introvertie. Systématiquement déçue par ses relations, elle se concentre sur son amitié d’enfance avec Xisco, beau ténébreux qui collectionne conquêtes et déceptions amoureuses. Un jour elle décide d’en finir…

Encore un digne représentant d’une Ecole espagnole qui ne cesse de ravir nos pupilles! Avec vingt ans de carrière, le majorquin Guillem March propose avec Karmen sans doute son plus ambitieux travail graphique. L’espagnol a travaillé sur de nombreuses publications DC souvent sur des personnages féminins, souvent teinté d’érotisme. Projet aussi étrange, surprenant que personnel, Karmen reprend (en version féminine) le thème de l’excellent Essence de Benjamin Flao, celui de l’ange venu accompagner une âme pendant les quelques micro-seconde qui séparent la vie de la mort…

Qui dit projet de dessinateur dit graphisme généreux et très clairement la première qualité de cet ouvrage est sa liberté totale. L’auteur prend prétexte de ces heures de libération de l’âme, cette pérégrination de Catalina dans la cité ensoleillée accompagnée par l’ange contestataire Karmen pour donner libre cour à sa virtuosité et à ses envies. On observe ainsi la jeune femme vaguement grassouillette parcourir le monde, croiser ses contemporains dans le plus simple appareil, déviant les lois de la gravité quand elle comprend que seule sa volonté la limite dans ce nouveau plan d’existence. Les cases sont larges, les pages souvent pleines et le cadrage donne le tournis en  proposant des cadrages improbables par-ci en eye-fish, par-là accompagnés de formes en surimpressions… tout cela est hautement imaginatif et magnifique. Le modèle Manara est bien sur présent avec cette justification toute relative de montrer l’héroïne nue sous toutes les coutures avec un petit côté voyeur mais absolument pas vulgaire ni érotique. Le sexe féminin n’est jamais montré malgré certaines vues vertigineuses et l’on sort de l’album avec la vague impression d’avoir parcouru des travaux de graphisme anatomiques ou un carnet de paysages urbains. C’est beau, c’est précis, c’est inspiré… pour le dessin.Karmen - La Loutre Masquée

L’histoire, elle, est moins enthousiasmante. D’abord par-ce que l’on a déjà vu cela. March apporte certaines idées intéressantes sur le couple, l’amitié, les relations sociales, et nous accroche un peu tardivement lorsqu’il accélère sur le monde des anges en envoyant Karmen parlementer au sein de l’Administration des âmes. Comme je le constate souvent, ce genre de gros projets tire son essence dans des envies graphiques de leurs auteurs. Cela comble les amoureux du dessin mais ne suffit pas forcément à convaincre le grand public sur une intrigue qui aurait été plus forte en la condensant en un format plus classique de moins de cent pages. Hésitant entre une chronique amoureuse (sans que l’on ne voit la vie qui a mené Catalina à cette décision radicale) et un trip fantastique, l’auteur se fait plaisir de façon irrégulière. Le premier « cahier » (de soixante-dix pages) est clairement trop gros et étouffe la narration malgré le plaisir visuel. La seconde moitié de l’album est beaucoup plus rythmée et propose une progression narrative dont la chute (une sorte d’épilogue) fait presque regretter ce qui aurait pu être un diptyque avant/après.Éditions Dupuis (@EditionsDupuis) | טוויטר

Il ressort de cette lecture un sentiment étrange, une grande sympathie pour ces personnages, un grand plaisir de lecture frustré par une idée inaboutie d’un auteur qui a un peu délaissé l’histoire en draguant le lecteur par les formes de sa belle plus que par une tension dramatique.

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Coyotes #2

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Comic de Sean Lewis et Caitlin Yarsky

Hicomics (2020), 128p., Série finie en 2 tomes.

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Aï, si vous me suivez depuis longtemps sur ce blog vous savez combien je suis attaché à la bonne finition et cohérence dans la fabrication de l’objet livre… et là mauvais point, la tranche de ce second tome dénote du premier en introduisant un « tome 2 » qui décale totalement cette tranche, brisant l’harmonie de la série sur votre étagère. J’imagine que ce changement aura été rectifié sur les réimpressions (que j’imagine rapides) du premier volume, mais pour les heureux découvreurs précoces de la série ca fait bien moche… Hormis cela maquette superbe comme pour le premier volume qui nous permet de profiter des superbes couvertures des issues originales  et un cahier graphique de huit pages montrant des planches crayonnées et encrées ainsi que les photos de modèles utilisées par l’illustratrice pour s’aider. Identique au premier opus donc et belle édition accompagnée d’une très intéressante préface et  d’une post-face du scénariste.

La critique du premier volume est disponible ici.

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Seff le loup géant s’est échappé après l’attaque des femmes. Désormais Rouge parcourt le pays avec Grand-mère pour retrouver d’autres victimes. Alors que deux clans aux visions de la Rédemption opposées se font face, la fratrie des trois Loups légendaires se met en chasse pour en finir définitivement avec Gaïa et ses descendantes…

Le comic Indé regorge décidément de surprises et Coyotes en est une. Excellente. Majeure! Sans crier gare, avec cette variation sur le thème du Chaperon rouge les deux « jeunes » auteurs Sean Lewis et Caitlin Yarski (dont le prochain ouvrage est déjà annoncé chez Hicomics) parviennent à proposer en seulement deux tomes une synthèse de ce que le fantastique et le Mythe peuvent apporter de plus puissant: une réflexion profonde et graphique sur la féminité, sur la violence, sur le pardon… avec une dimension philosophique indéniable. Attention, Coyotes n’est aucunement une série intello ennuyeuse voir ésotérique mais parvient à allier l’action, les visions graphiques très artistiques de Yarski et une profondeur qui donne sens et corps au projet.review] Coyotes tome 2 – Comics have the Power

En gardant la simplicité de l’intrigue du premier tome Sean Lewis monte encore d’un niveau en intégrant totalement son histoire dans le combat éternel et mythologique entre la masculinité et la féminité, deux approches du monde symbolisés par Gaïa et les loups que Lewis rattache par leurs noms aux grandes cosmogonies  (Fenrir, le vainqueur d’Odin lors du Ragnarök) et aux éléments fondamentaux (le feu, la glace, la violence,…). Alors que la Grand-mère raconte dès les premières pages l’origine de ce conflit à Rouge, l’autre clan de femmes (dont la cheffe Olive semble bien connaître la Duchesse) a une toute autre approche du combat contre les coyotes: le pardon par la reconnaissance des fautes commises. On sent là une vision toute américaine de la paix intérieure par le pardon des autres qui pourra laisser un lecteur européen dubitatif, mais également une opposition morale entre la vengeance et le pardon. Dilemme qui taraudera Rouge jusqu’au bout.

Coyotes #7 - Comics by comiXologyDepuis le début de la série la subtilité du discours politique de ce scénario m’a percuté. En donnant une peau noire à son chaperon, en introduisant des gardiennes vieilles, vulgaires, fumant le cigare, en plaçant un soupçon d’homosexualité discret au sein de cette communauté de femmes libérées, en montrant les hommes violents mais aussi aimant, soumis à une pulsion sociale ou manipulés, les auteurs nous proposent une approche hautement intelligente, non intellectuelle. Le projet aurait facilement pu basculer dans un schéma manichéen. Ce n’est pas le cas. Je constate souvent une approche, une sensibilité différente dans les scénarios d’autrices. Ici Sean Lewis fait preuve de la même sensibilité, différente de ce que la grande majorité des ouvrages d’un secteur très masculin proposent.

La partie graphique est ce qui saute immédiatement aux yeux. En alchimie avec le texte, Caitlin Yarski fait preuve d’une impressionnante maturité pour sa première BD. Son art est unique, parfaitement original. Dotée d’une technique sans faille mais invisible, elle REVIEW: 'Coyotes,' Vol 2 TPjour sur les lumières, les cadrages, le découpage (génial!) pour proposer une odyssée qui le ressemble à aucune autre, en cohérence totale. Ses visages sont d’une beauté divine, ses séquences à la fois d’un style simple et d’une parfaite lisibilité, ses personnages d’une expressivité folle, que ce soit la violence brute qui émane des gueules éructantes des loups ou la peur des hommes face à leurs actes. Dans une ambiance majoritairement nocturne travaillant sur des décors naturels, ce second tome est encore plus réussi que le premier, avec une colorisation chaude permettant la mise en valent des combats et de ces loups infernaux.

Le duo marque un très grand coup pour son arrivée dans le comic indé et je vais regarder de très près leurs prochains projets. La multitude de publication nous laisse parfois content mais un peu blasé à défiler les pages. Parfois une proposition nous est faite qui nous laisse pensif, heureux, conscient d’avoir découvert de vrais talents complets et un ouvrage important dans le monde de la BD.

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La Promesse de la Tortue #1

BD du mercredi

Premier tome de 64 pages, d’une série écrite par Stéphane Spiatzszek et dessinée par Tieko, parution le 27 mai 2020 chez Grand Angle.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour cette découverte.

 

Indomptées car indomptables

Si l’Histoire de France regorge de hauts faits d’armes et de conquêtes audacieuses, elle a aussi ses traits plus obscurs, faits de complots ourdis en secret et de manœuvres pernicieuses.

En 1642, le gouverneur Levasseur a bien du mal à maintenir un semblant d’ordre sur l’île de la Tortue, dont la population interlope est constituée principalement de flibustiers, peu enclins à une vie ordonnée. Ce fin stratège conçoit donc le projet d’amener sur l’île des femmes, bien souvent contre leur volonté, afin qu’elles servent d’épouse à ces hommes sans foi ni loi, pariant sur le fait que le mariage aidera à canaliser sa population masculine.

Embarquées de force pour une éprouvante traversée, Quitterie, Louise et Apolline vont se lier d’amitié dans les cales nauséabondes du bateau, et conclure un pacte tripartite, se promettant une entraide inconditionnelle dans ce nouveau monde sauvage et dangereux.

Dès leur arrivée, les femmes seront réifiées et vendues, chacune à l’insulaire le plus offrant. Le gouverneur Levasseur tombera immédiatement sous le charme vénéneux de Quitterie, tandis que Louise convolera avec Toussaint, le pirate taiseux craint de tous. Apolline quant à elle, est promise à l’amputation suite à une escarmouche durant la traversée. Elle sera sauvée par l’indien Yuma, au caractère ombrageux et sauvage.

Toutes les trois vont devoir apprendre les règles de ce nouveau monde pour pouvoir y évoluer, chacune d’elle ayant ses intérêts et des objectifs qui lui sont propres.

This is a man’s world

Stéphane Spiatzszek utilise savamment ce premier tome pour nous faire découvrir les caractères de ses trois héroïnes, qu’elles soient calculatrice (Quitterie), bravache (Louise), ou déterminée (Apolline). Le contexte historique ancre le scénario dans une réalité âpre et grandiose à la fois, nous plongeant à une époque où certains hommes avaient la lourde tâche de contribuer à la gloire de leur nation, souvent en versant le sang d’autres hommes sur les épaules desquels pesait la même charge.

Alors que l’on pourrait s’attendre à ce que les femmes, achetées comme du bétail par des rustres voire tout simplement enlevées, n’auraient pas leur place sur cette île, on s’aperçoit au contraire qu’elles ont une influence sur les hommes qui les ont choisies, instillant des idées dans leurs esprits et amenant à changer progressivement leurs attitudes.

Graphiquement, Tieko montre son savoir-faire en livrant des planches au dessin net, empreint de classicisme mais porté par une verve cinématographique qui n’est pas sans nous rappeler les grands films de piraterie. Le dessinateur sait comment attirer l’œil sur ses personnages, en leur donnant un design qui viendra refléter ou appuyer leur caractère. Bien évidemment, en ouvrant cet album consacré à l’âge d’or de la piraterie, on était en droit d’attendre Tieko au tournant quant aux décors, et ces derniers ne sont pas en reste, grâce aux nombreux plans larges dans lesquels l’île est représentée dans toute sa beauté. La mise en couleurs signée Fabien Blanchot aide à sublimer le tout.

Entrée en matière efficace, personnages attachants et très bons dessins, difficile de demander mieux pour cette Promesse de la Tortue !

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Shi #4: Victoria

BD du mercrediBD de Zidrou et Homs
Dargaud (2020), 56 p., premier cycle de 4 volumes fini.

couv_383083Simple remarque en préambule: la fameuse citation affichée en page de garde de tous les albums de la série trouve ici son explication…

Alors que les crocs du redoutable limier de l’impératrice se referment sur Jay et Kita, l’heure de gloire des Glorieux Eriés semble venue quand Victoria adoube leur projet de flotte ultra-moderne de reconquête des colonies d’Amérique. C’est sans compter sur les sans-grade, ces enfants des rues invisibles à l’Empire mais qui ont bien décidé de prendre leur destin en main, sans crainte d’affronter la force des adultes…

Ça y est, le premier cycle de cette magnifique série victorienne un peu dérangeante se termine, dans les temps et en maintenant une qualité moyenne assez élevée. Ça semble enfoncer des portes ouvertes mais tenir à la fois une ligne graphique homogène (les dessinateurs évoluent souvent entre les albums) et un scénario équilibré entre les tomes est très loin d’être évident, même pour les grosses séries grand-public d’auteurs chevronnés. Il est donc l’heure de faire un premier bilan.

Shi - Victoria, BD et tomes sur ZOOComme d’habitude je vais commencer par les deux seuls points qui peuvent faire discussion, à savoir l’aspect fantastique et le croisement entre les mésaventures de Jay et Kita et l’époque contemporaine. Ce n’est pas un détail car ces deux aspects sont selon moi deux des trois éléments scénaristiques qui rendent cette série si intéressante. L’aspect fantastique donc est a mon avis le plus discutable en ce que pour l’heure il n’apporte à peu près rien et fait porter le risque d’atténuer la touche « dikensienne » de la série. Ce qui m’a marqué sur ces quatre albums c’est cette vision ultra-réaliste, très britannique, d’une société victorienne déconstruite par Zidrou en montrant la réalité la plus sordide de cette domination du mâle blanc de la haute société, si droits, si dignes dans leurs costumes et si pitoyables une fois en robe de chambre dans le cocon opaque du foyer. Une coloration assez proche de ce que faisait Loisel il y a vingt ans, mais finalement moins sordide. Histoire de sensibilité et de graphisme sans doute. Sur cet album plus encore que sur les deux précédents le scénariste abuse de ces démons issus des tatouages sur le dos des filles et du vieux mentor en en faisant l’outil majeur de la vengeance contre le projet des glorieux Eriés. En cela il permet à Homs de nous faire plaisir avec de vastes pages très graphiques mais cela atténue la tension avec ce Deus Ex Machina pour lequel on ne nous a toujours rien dit et qui semble une grosse facilité scénaristique. C’est d’autant plus dommage que la montée en puissance des enfants des rue, comme une foule de rats inarrêtables, ainsi que le couple vengeur formé par les deux femmes suffisait à passionner avec cette idée de faibles victimes renversant l’empire britannique… Gageons que les auteurs savent où ils vont et le pourquoi de cette régulière mais brève irruption fantastique dans la série.

Sans titreÉtrangement après deux albums construits en croisement temporel avec une enquête de nos jours les deux suivants se déroulent intégralement au XIX° siècle. C’est étonnant et l’on se demande si Zidrou ne s’est pas aperçu en cours de route de la difficulté à maintenir ce croisement entre plusieurs cycles et l’attente instillée chez le lecteur. Une inversion temporelle est à prévoir pour le prochain cycle étant donnée la conclusion de ce Victoria qui sonne comme une vraie conclusion permettant une prolongation généalogique. On imagine donc un second cycle au XXI° siècle avec quelques insertions des descendants des héroïnes. Les quelques narration épistolaires vues dans les quatre albums deviennent plus systématiques à mesure qu’on approche du dénouement et structurent ce volume. C’est esthétique et intéressant même si la chute m’a parue assez brutale. Globalement, si l’intrigue de vengeance est aboutie, beaucoup de pistes lancées (comme ces scènes familiales et intimes de l’impératrice…) n’ont guère progressé, ce qui peut produire une certaine frustration… de celles qui naissent de BD talentueuses.

Sans titreGraphiquement Josep Homs continue de nous ravir, malgré des pages bien plus sombres que d’habitude mais qui lui permettent de montrer son travail de textures et de hachures. L’espagnol n’est pas seulement un très grand coloriste, ses dessins se suffisent à eux-même. Les personnages qu’il crée sont terriblement marquants et justes, entre la caricature et le réalisme. Le dessinateur est à l’aise dans tout ce qu’il dessine, de près, de loin, architecture comme corps, tissus comme nature… la véritable révélation de Shi c’est lui et sur le plan graphique c’est un sans faute total!

Le dernier tome de ce premier cycle est à la fois efficace comme conclusion d’un arc cohérent et marqué par les quelques hésitations scénaristiques d’un auteur qui semble avoir parfois du mal à ne pas mettre tout ce qu’il voudrait dans ses histoires. Je me garderais bien de critiquer, tant la richesse de ses intrigues, des personnages, du découpage ou surtout de la peinture sociale sont les marques d’un grand scénariste. Shi apparaît ainsi comme la version BD de ces grands films hollywoodiens qui parviennent à propose des histoires visuellement impressionnantes et grand-public tout en assumant une radicalité sociale et historique qui dépassent très largement le seul entertainment. Une série majeure assurément.

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Sushi & Baggles #19

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  • Radiant #12 (Tony Valente/Ankama) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour leur confiance.

couv_372451Attention le nouveau Radiant est arrivé, avec une jaquette toujours aussi belle, centrée sur les personnages… qui sont la grande réussite de la série. Tony Valente aime ses personnages et les développe tous à fonds , si bien que lui comme nous ne sait plus où donner de la tête tant les possibilités sont nombreuses. Qui est un personnage principal, secondaire, tertiaire? …impossible de le dire tant tous ont leur moment de bravoure. D’ailleurs ce volume est l’un des rares à être quasi exclusivement centré sur un side-kick, à savoir l’anti-héros Doc, aux prises avec les affreuses sorcières de la Mesnie. Dans des dessins toujours aussi virtuoses et minutieux, l’auteur nous fait hurler de rire avec ses millions de mimiques et jeux de langues (donc Doc, si vous vous souvenez, est le spécialiste). Un volume axé baston qui se termine explosivement à Bôme et nous propose, encore, plusieurs nouveaux personnages de grande qualité. Tony Valente a déjà confessé dans ses discussions de fin de volume que son univers était assez riche pour plusieurs dizaines de volumes et on le croit volontiers tant on a plaisir à replonger et découvrir le monde de Radiant à chaque volume. Déjà douze et on a l’impression que l’on vient juste de commencer… Vivement la suite!

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  • Atomic Robo #2 (Clevinger/Wegener/Casterman) – 2019, 2 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Casterman pour leur confiance.

couv_366465Ma chronique du premier tome se trouve ici.

Le Robot le plus bourrin du XX° siècle revient chez Casterman Paperback… et surement pour longtemps puisque l’éditeur original IDW en est actuellement à 13 volumes publiés. Ceci explique pourquoi le background se révèle aussi progressivement sans explication particulière au sein des épisodes que contient chaque volume relié et construits comme des séquences quasi autonomes. A noter que les couvertures originales sont très jolies et que Casterman serait bienvenu de les intégrer (ce qui se fait habituellement en comics) dans les prochains tomes. Ce second épisode est beaucoup plus structuré que le premier avec une intrigue qui suit Atomic Robo lors du débarquement en Sicile. On découvre différents alliés, deux nouveaux méchants nazi, des machines, des soldats monstrueux et un verbiage incessant entre deux balles et trois explosions. J’ai trouvé du coup l’histoire plus sympa à suivre car moins hachée mais un peu plus sérieuse jusqu’à la dernière portion qui introduit un étonnant soldat québécois qui a dû donner beaucoup de mal aux traducteurs et qui nous propose des expressions qui vous laisseront aussi pantois que Robo… Voyons voir donc quel format nous réserve la suite que je suivrais personnellement avec beaucoup d’envie tant les dessins (quasi uniquement découpés en cases pleine largeur format cinémascope!) comme l’esprit de cette série qui ne se prend absolument pas au sérieux sont de petites sucreries bien agréables.

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  • Coyotes #1 (Lewis/Yarsky/Hicomics) – 2019

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

displayimageMon expérience avec les albums Hicomics (la branche comics de l’éditeur Braguelonne) n’avais pas été très fructueuse jusqu’ici. Generation Gone ne m’avait pas totalement convaincu et le réputé Invisible Republic m’a laissé sur le côté… Heureusement Coyotes arrive et marque chez moi un intérêt soudain, non forcé, pour une oeuvre résolument originale, mêlant discours politique (un féminisme agressif faisant assez directement référence au comportement prédateur sexuels des hommes), une revisitation du mythe du Petit Chaperon rouge (l’héroïne est appelée Rouge et combat des loups…) et le principe de la guerre secrète entre deux entités ancestrales incarnant la force masculine et la féminité naturelle. Une base théorique très solide pour un premier tome (sur deux parus aux USA et qui doit conclure la série) construit façon puzzle, sans linéarité temporelle claire mais avec une recherche dans la narration, les dialogues et l’esthétique générale  qui accroche fortement le lecteur blasé des comics indé. Souvent le dessin me fait tolérer des intrigues pas toujours fabuleuses et je suis aux anges quand l’équilibre est trouvé entre le trait et le récit. Caitlin Yarsaki a un réel talent qui se ressent sur son premier album malgré des dessins un peu rapides par momentRésultat de recherche d'images pour "coyotes yarski". Ses visages (qui ont la particularité d’être très cernés… juste un style ou un reflet de la fatigue générale dans ce monde violent?) sont incroyablement expressifs et esthétiques, même quand elle dessine des mamies hystériques vociférant et la subtilité de ses planches réponds à celle de l’écriture qui joue délicatement de graphie (avec cette Duchesse dont les bulles sont habillée d’élégantes arabesques) et parfois presque de poésie. Dans cette histoire antique des hommes transformés en loups par d’anciennes reliques chassent les femmes. Un groupe de survivantes, les Filles perdues se réunit, se forme aux arts guerriers et part combattre son ennemi… Cette histoire mythologique permet de se dispenser de réalisme géographique comme temporel et l’on se plait à suivre ces personnages très forts dans une mise en forme où chaque case est travaillée. Coyotes a des lacunes comme tout premier album, mais il respire le talent et sort résolument du lot des comics indépendants. La bonne pioche de l’éditeur.

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Midnight Tales #3

BD concept de Mathieu Bablet & le Label 619
Ankama (2019), 3 vol. parus, environ 130 p./vol, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

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Après la chronique des tomes 1 et 2 de ces histoires de l’Ordre de Minuit, voici un tome 3 spécial japon et qui semble préparer de futurs autres tomes thématiques (sur l’Inde?). La couverture est signée Bablet et présente le Kaiju d’Hiroshima. Comme d’habitude, l’intérieur sera composé de cinq courtes BD d’auteurs différents, une nouvelle et des articles de background toujours intéressants, que ce soit sur les thématiques abordées (la place des femmes au Japon, les Kaiju, l’Île fantôme) ou l’univers occulte de l’Ordre de minuit.

Mokusatsu (Pagani/Bablet): le volume s’ouvre sur une origin story avec le combat d’une équipe de Midnight girls contre le Kaiju libéré par les occultistes américaines à Hiroshima. C’est bien mené graphiquement bien qu’un peu facile (l’origine cachée des grandes catastrophes on commence à connaître…). Surtout cela va lancer toutes les autres histoires de ce volume trois qui en découleront. Les dessins de Baptiste Pagani rappellent ceux de Singelin et sont assez sympa bien que les décors atomiques d’Hiroshima laissent peu de place à la virtuosité.

20190524_225919_resized.jpgParasites (Rouzière/Bordier): nouvelle équipe, menée par la fille de l’héroïne d’Hiroshima (Kyoko), qui va combattre des Yokaï (esprits) parasites, alors que sa mère a sombré dans l’alcoolisme et rejette toute sa frustration sur la pauvre jeune fille. Pas franchement convaincu par les dessins alors que le dessinateur Thomas Rouzière présente des illustrations vraiment superbes sur son blog

Bâton de cendre (Maudoux): le comparse Maudoux propose l’histoire la plus forte à la fois graphiquement (peut-être une de ses histoires visuellement la plus réussie?) et scénaristiquement. La construction complexe est très bien menée, lisible et touchante avec ces jeunes japonaises prises entre tradition et modernité… auxquelles s’ajoute le devoir de protection qu’impose l’Ordre. Cette section symbolise totalement le projet Midnight Tales (et plus globalement celui du Label 619) d’allier pop culture et analyse des faits de société. La sensibilité de Maudoux (allez voir Vestigiales, ça vaut le coup!) sur l’altérite est toujours aussi intéressante.

20190524_230117_resized.jpg Les sœurs de Selene (Neb studio/Bablet): très jolie séquence dans un pure style Anime dessinée par les auteurs de La Valise, avec de superbes couleurs, de l’action, du bizarre, bref, du tout bon. Surtout elle ouvre beaucoup l’univers avec l’apparition de cette confrérie inconnue jusqu’ici, qui a opté pour la collaboration avec les esprits dans une sorte de refuge, et qui sont attaquées par leurs ennemies, les Magical Girls… menées par Kyoko, en suivant donc toujours cette filiation de la séquence originelle.

– Epilogue (Bablet): qui conclue cette histoire familiale de Kyoko rendant visite à la tombe de sa mère. Anecdotique mais ces quelques pages permettent de conclure joliment cet album.

 

Au final ce troisième volume des Midnight tales est assez différent des autres par son homogénéité. J’aimais bien l’idée de volumes thématiques mais (peut-être par manque de temps pour la développer) l’histoire de cette Magical Girl est finalement moins accrocheuse que les histoires de chaque séquences racontées jusqu’ici. Mathieu Bablet continue néanmoins avec ses comparses (en nous permettant de très belles découvertes!) à développer une mythologie assez riche et qui mériterait d’ici quelques temps des albums entiers. A savoir que la trame principale de la série est écrite sur plusieurs volumes et devrait se recentrer sur certains personnages maintenant que le background est installé.

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****·BD·Documentaire·Nouveau !

Phoolan Devi, reine des bandits

Le Docu du Week-End

 

BD de Claire Fauvel
Casterman (2018), 224 p., one shot.

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Nouvelle fournée pour le PRIX M.O.T.T.S des médiathèques de l’ouest lyonnais, avec un extraordinaire récit de la véritable Phoolan Devi, assassinée en 2001. Le bel album Casterman grand format comporte une préface de l’autrice et quelques références « pour aller plus loin ». L’album est directement inspiré de l’autobiographie romancée de Phoolan Devi. Très belle couverture, l’une des plus belles de l’année dernière.

Dans l’Inde des années 70 Phoolan Devi naît fille dans une famille de basse caste. Dans cette société extraordinairement inégalitaire et patriarcale, les filles sont moins que rien. Phoolan est une révoltée. Mariée à 11 ans, violée à plusieurs reprises, elle prends le maquis, devient chef de bande, une Robin des bois féministe utilisant les mêmes armes violentes que ces hommes qui terrorisent femmes et pauvres. Elle finira députée. C’est cette histoire incroyable que nous propose de vivre Claire Fauvel.

Résultat de recherche d'images pour "phoolan devi fauvel"Sorti en même temps que l’extraordinaire Guarani, les enfants soldats du Paraguay (qui fait parti de mon top de l’an dernier), Phoolan Devi m’avait attiré par sa couverture très percutante avec notamment ce rouge puissant, le rouge du sang et de la liberté. La figure de Phoolan Devi est éminemment romantique et dramatique. Toute la première partie de l’album est difficile à lire tant elle nous plonge dans une société d’une injustice et d’une violence envers les femmes parfois insoutenable. Non que le graphisme de Claire Fauvel soit dur, tout au contraire, son trait et ses magnifiques couleurs sont agréables à regarder. Mais l’histoire de Phoolan est absolument tragique en ce qu’elle nous jette à la figure la dureté ultime lorsque cette fillette de 11 ans, ignare, d’une innocence absolue, est livrée à un homme de 30 ans, quittant pour la première fois sa famille et son village pour devenir esclave domestique et être violée… Dans cette société une fille n’a pas plus de valeur qu’un chien.

Résultat de recherche d'images pour "phoolan devi fauvel"Le récit est celui de Phoolan. Le regard qu’elle porte, adulte, emprisonnée après sa reddition, sur son paye, sa société, les hommes. C’est un récit éminemment féministe, un féminisme de guerre, de révolte concrète contre une injustice quotidienne insupportable et qui mène à la mort, comme ces femmes répudiées ou dont le mariage est cassé et qui n’ont plus pour solution que de se jeter dans un puits… Cette thématique rejoint d’ailleurs l’une des histoires du très intéressant projet Midnight tales chez Ankama. Après cette première partie rude on entre dans une histoire plus romantique, celle d’une jeune femme qui découvre tout à la fois la liberté, l’amour simple, celui d’un humain pour un autre humain avant même de comprendre ce que peut être l’attirance sexuelle. L’auteure touche à ce moment le cœur même de l’humanité et de l’inhumanité vécue par son personnage en ce que le simple fait de considérer l’autre pour ce qu’il est et non par son statut dégradé peut Résultat de recherche d'images pour "phoolan devi fauvel"changer un destin. Il n’y a pourtant pas de naïveté dans cet album qui nous montre la violence qu’a pratiqué Phoolan à l’encontre de ses agresseurs, de ces hommes dominants contre lesquels elle retourne la même inhumanité. Claire Fauvel ne condamne ni ne dénonce. Elle documente simplement une réalité, celle de la vie de Phoolan Devi qui jusque dans les dernières heures de négociations pour sa reddition sera victime de son inculture face à des adversaires sans foi ni loi pour maintenir l’ordre établi. En cela le combat de Phoolan Devi est bien un combat révolutionnaire, qui n’est jamais associé à celui de Gandhi mais qui pourrait le rejoindre tant il touche à des fondements de l’humanisme.

Visuellement le trait et le découpage simples mais très graphiques de Claire Fauvel font mouche. Il permet de traiter de scènes crues sans voyeurisme ni violence gratuite. On suggère suffisamment pour ne pas avoir à insister et cette délicatesse joue beaucoup dans la perception du lecteur qui peut voir l’inmontrable sans dégoût, Phoolan étant toujours montrée comme insoumise et accompagnant nos yeux dans une Inde de beaux paysages sauvages et de moments de beauté. C’est cette vision positive que je garde après avoir fermé ce très bel album qui mérite la réputation d’être l’un des plus beaux de 2018.

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Midnight Tales #1 et #2

BD concept de Mathieu Bablet & le Label 619
Ankama (2018), 2 vol. parus, environ 130 p./vol, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

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Ankama fait partie des éditeurs que j’aime bien car ils soignent leurs productions et lancent des projets originaux, même si je n’accroche pas avec toutes leurs publications. On a donc ici de gros volumes au format comics et papier épais non glacé, une table des matières, couverture à rabats et bibliographie pour aller plus loin. La maquette est très sympa et donne envie avec une alternance de courtes BD, de nouvelles et de textes documentaires ou pseudo-journalistiques qui participent grandement à la matière de cet univers, comme sur le Chateau des Etoiles par exemple. Une bibliographie est insérée sur le rabat à la fin des ouvrages. Hormis deux-trois pages avec un problème de chevauchement d’impression des textes (à moins que ce soit fait exprès pour l’ambiance trouble?) c’est nickel et mérite un Calvin pour l’édition.

Depuis la nuit des temps l’Ordre de Minuit rassemble les sorcières sur la planètes pour protéger notre réalité des puissances d’entre les mondes, ce qu’on appelle les esprits ou démons. En différents points du globe ces jeunes filles voient se chevaucher leurs vies personnelles, leurs difficultés et les dangers de leurs missions de protectrices. Ce sont les chroniques de l’Ordre qui vous sont relatées ici.

Chaque volume rassemble l’équipe du Label 619 dans un ensemble de BD et de contenu hétéroclite fidèle à ce que propose Ankama depuis quelques temps avec Doggy Bags et Gorcery par exemple. Le projet est chapeauté par Mathieu Bablet (qui produit presque tous les scénarii) en visant à développer un univers global autour de cette confrérie et du monde parallèle. L’originalité du projet, outre de rassembler textes et BD est de s’intéresser à des questions sociétales en différents points du monde et d’aborder les sorcières via leurs problèmes humains. Les personnages étant essentiellement des filles le focus est mis sur la perception féminine, les relations mères-filles, l’enfantement, etc. Je constate d’ailleurs que beaucoup de publications du label 619 semblent adopter ce point de vue féminin.

C’est orienté jeunes adultes et c’est particulièrement bien écrit! La maturité créative de ces jeunes auteurs est assez impressionnante, quand aux dessins si quelques cadors mettent le curseur très haut, l’ensemble est plus qu’honnête. Je ne suis pas forcément féru d’ouvrages multi-auteurs mais j’ai été totalement conquis pas le projet, son ambition et le sérieux de sa réalisation.

  • Volume 1

Le volume comprend quatre histoires de fantômes liées à l’Ordre de Minuit, une nouvelle et des articles traitant des femmes en Inde, des mythes des cités englouties, d’un type de fantôme et des sources historiques de la magie.

The last dance: la première histoire relate les aventures d’un groupe de jeunes lycéennes en proie aux problèmes de leur âge alors qu’un Esprit annonciateur de malheurs apparaît. Le dessin de Guillaume Singelin, de type manga, est très propre, dynamique et efficace. On entre bien dans ce monde de spirit slayers.

Samsara: la seconde, dessinée par Sourya voit une équipe de sorcières indiennes accompagner les âmes des morts vers leur dernier voyage. Je ne suis pas passionné pas la société indienne et suis un peu resté en retrait, même si la variation orientale des démons reste originale.

  • Nightmare from the shore: Mathieu Bablet seul aux commandes nous propose un petit apocalypse autour d’un couple d’amies un peu perturbées par leurs conditions sociales et qui passent un pacte avec un démon sorti des eaux… pour le pire. Toujours ces fascinantes pérégrinations urbaines décadentes dont il a le secret.

  • Devil’s garden #1: enfin Gax nous raconte l’histoire de la fille du Diable, Lilith, sur le point de rejoindre son géniteur alors qu’un chevalier de l’Ordre surgit pour empêcher la catastrophe. Très bonne ouverture de l’univers fantastique, un peu brouillon visuellement (l’esprit graph du Label 619, on aime ou pas) mais qui dessine de très bonnes perspectives.

  • Volume 2

Midnight-tales-volume-2-ankama-extraitWitch O’Winchester: histoire de maison hantée dessinée par le génial Florent Maudoux, la première BD du recueil nous raconte la chronique de la veuve de la famille Winchester (la carabine) contrainte de bâtir une maison tentaculaire si elle ne veut pas mourir. C’est très beau comme d’habitude même si l’on aurait aimé en savoir plus sur cette jeune guide membre de l’Ordre.

  • L’étrange cas de M. Bartholomew: des sorcières égyptiennes sont contactées par un riche occidental envoûté et rendu minuscule. L’histoire est un peu anecdotique et permet surtout de parler de la mythologie égyptienne, du monde des morts et de l’histoire coloniale de l’Egypte.

L’amulette: retour de Bablet tout seul pour une assez courte histoire qui donne lieu à quelques fascinantes visions de l’autre monde. Trop court pour être vraiment marquant mais cela permet d’introduire le plus intéressant article depuis le lancement de la série, celui sur la Society for Psychical Research.

Résultat de recherche d'images pour "mathilde kitteh midnight tales" Devil’s garden #2: la suite du précédent, dessiné cette fois par Mathilde Kitteh, nous présente une Midnight girl Thaï extrêmement puissante et qui ne parvient à contrôler son pouvoir qu’en s’épuisant dans les drogues et l’activité. Elle se retrouve contrainte de cohabiter avec l’âme de l’une de ses victimes avant l’intervention de l’Ordre. La séquence est un peu redondante mais permet de développer un peu le background de l’Ordre de Minuit.

Le volume s’achève sur une passionnante réflexion sur le passage des esprits à la religion et de la religion à la science dans l’Égypte antique.

 

La critique du T3 est ici.

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BD·Nouveau !·Rapidos·Rétro

BD en vrac #2

La croisade des innocents (Cruchaudet)

Croisade des Innocents

Chloé Cruchaudet est une autrice tout en sensibilité qui est parvenue par ses précédents albums à nous parler de sujets très originaux avec beaucoup d’imagination graphique et scénaristique (je pense à Mauvais genre et Groenland-Manhattan), avec une technique mixte traditionnel-numérique. Assez conquis par cette artiste je me suis lancé dans son dernier album… qui m’a beaucoup surpris par con côté sombre. D’abord par le thème, celui d’enfants malmenés par la vie rude du Moyen-Age, entre imaginaire juvénile et impossibilité de rester enfant bien longtemps face aux exigences de la vie. Ensuite par le parti-pris graphique, un lavis gris, quasi monochrome qui nous fait plonger dans une sorte d’hiver sans fin. L’album qui nous relate la croisade des enfants est découpé en quatre saisons mais ce récit de voyage paraît ne s’enfoncer que vers le crépuscule. Je ne sais si l’album reflète l’état d’âme de Cruchaudet lors de sa réalisation mais je trouve dommage que son talent et sa capacité visuelle soit aussi ternie. Sur Mauvais genre, album très gris également, des touches vives venaient renforcer la partie graphique, ce que nous n’avons pas ici. Bref, le sujet pourra intéresser mais visuellement elle aura fait mieux.

 

 

Harmony #4 (Reynes)

Couverture de Harmony -4- Omen

J’avais fait une chronique l’an dernier lors de ma découverte de cette série. Omen (ce tome 4) démarre le second cycle (prévu en trois tomes donc) de cette série qui mine de rien est en train de construire son chemin vers la gloire en parvenant à synthétiser originalement le thème mutant, celui de l’enfance et celui des civilisations disparues. On parle encore très peu de ce dernier élément mais la mise et scène et la progression scénaristique et dramatique sont toujours aussi plaisantes. Harmony commence à prendre de l’autorité et l’on découvre que les personnes « douées » sont nombreuses et organisées…

Si le premier cycle portait sur l’éveil des enfants dotés de pouvoirs, le second semble parti sur l’émergence du grand méchant aperçu au tout début de la série. Reynes sait nous rappeler les bribes de mythologie par quelques planches très didactiques et pas redondantes et le ressort conspirationniste est toujours présent, à mon grand plaisir. Un seul regret, que la série n’avance pas plus rapidement (et des couvertures pas forcément très réussies)! Un excellent tome dans une excellente série qui plaira autant aux jeunes qu’aux lecteurs chevronnés. J’ai hâte de lire la suite!

 

Destruction Eve – Freak’s Squeele Funerailles #4 ( Maudoux)

La série Funerailles est découpée en triptyques dont le second commence avec cette flamboyante couverture absolument sublime! Certainement la plus belle illustration produite par Florent Maudoux et l’une des plus belles couverture de BD qu’il m’ait été donné de voir… L’intérieur est au niveau des autres albums de la série, dans des tons plus clairs, jaune-orangé qui répondent aux cheveux de la rouquine qui dirige la XIII° légion de Rem. Marquant une rupture pendant les 2/3 de l’album, en mode « origine story », Destruction Eve nous narre l’histoire de ce personnage inspiré par le manga Lady Oscar (que les quarantenaires connaissent…) dans une visée résolument féministe comme nous y a habitué l’auteur. Cela permet une respiration en même temps que de pouvoir connaître l’histoire de ce conflit nationaliste entre Namor et Rem du côté de la première. Pas bien plus glorieux au final que le prisme de Rem mais cette rouquine amoureuse des chevaux est assez sympathique et donne une sacrée consistance à ce qui n’était qu’un personnage secondaire jusqu’ici. Le scénario rejoint le tome 3 en nous donnant une autre version du destin de la XIII° légion et réunit les personnages en laissant toujours étrangement le personnage éponyme de la série de côté. Pour une cycle 3? Si l’on devait classer les très bons albums de cette excellente série je dirais que celui-ci tient le haut avec une plus grande clarté visuelle et narrative tout en continuant à présenter des thèmes originaux et une galerie de personnages et un univers incroyablement fouillé. Maudoux a été rôliste dans une autre vie et cela se voit (comme les auteurs du brillant Servitude, tiens tiens est-ce que ça aiderait à construire des contextes scénaristiques?) tant son monde est détaillé et le principal risque est qu’il s’y perde en oubliant son histoire.  Pour l’instant il tient la bride brillamment!

Le sang des cerises -journal #4 (Bourgeon)

Passagers du vent 08. Le sang des cerises. Journal 4/4Je clôture enfin ma chronique des quatre épisodes du Sang des cerises, le dernier album de François Bourgeon, qui s’inscrit dans la série des Passagers du Vent. Je ne détaillerais pas les pages BD, toujours aussi détaillées, permettant à l’auteur de dessiner Paris, les Halles et cabarets mais surtout les trognes et les filles qui chantent dans les troquets. Le réalisme des visages est toujours aussi impressionnant et le dessin de Bourgeon a fait un saut que l’on n’imaginait pas.

L’historien Michel Thiebaut qui suit Bourgeon depuis les Compagnons du Crépuscule et a publié plusieurs ouvrages sur l’œuvre de l’auteur nous livre dans ce dernier épisode un récit des années charnières qui aboutissent en 1879 à la victoire électorale des républicains sur le président Mac Mahon et le parti monarchiste réactionnaire, marquant selon l’historien une étape aussi importante pour l’histoire de la République que 1789… Une interview de Bourgeon nous replace le contexte des personnalités artistiques de Montmartre et l’approche qu’en a eu l’auteur dans l’interaction avec ses héroïnes. Encore une fois, la lecture des bonus est un régal pour tout amateur d’histoire. Pour finir… j’ai craqué et acheté l’album en version couleur (qui comporte donc le fameux lexique final de traduction du breton et de l’argot) et je dois dire que si les grandes planches n&b se savourent pleinement, la colorisation de François Bourgeon est superbe et enrichit ses dessins de moultes détails. Les deux sont indispensables…

****·BD·Nouveau !·Rapidos

Shi #3: Revenge

BD du mercrediBD de Zidrou et Homs
Dargaud (2018), 56 p., 4 volumes parus/4

couv_344641Pour la fabrication, qualité Dargaud habituelle, belle maquette extérieure et intérieur de couverture soigné. Identique aux autres tomes.

Le (déjà) troisième tome de cette étonnante série rompt quelque peu le rythme de narration adopté sur les deux précédents. D’une part le scénario nous propose une linéarité à laquelle les auteurs ne nous avaient pas accoutumés. L’objet et le titre de l’album sont ceux de la vengeance de Jay qui va entreprendre d’éliminer un à un tous ces hommes dominants qui ont scellé son sort. Alors que les manigances politiques du roquet de l’impératrice Victoria (très bien rendue en dirigeante d’une froideur aristocratique brutale) progressent en parallèle, c’est sur ce volume un développement des secrets de la famille Winterfield que nous propose Zidrou. Le découpage au hachoir de la haute société victorienne est redoutable, emplie de perversions sexuelles, de domination masculine, de mensonges destinés à masquer les dérives des membres de la famille qui en internant sa femme à l’asile, qui en donnant un enfant illégitime à l’orphelinat,… L’autre changement est pour la première fois l’absence de séquences de nos jours, ce qui est surprenant tant le lien entre les deux époques est ténu et seuls les rappels réguliers nous permettent de progresser tome par tome vers une résolution finale après plusieurs cycles comme on le suppose. Du coup cette rupture est assez dérangeante et il risque d’être compliqué de raccrocher l’intrigue au quatrième tome. C’est un détail mais que j’espère calculé.

La continuité est sur la relation des deux jeunes femmes que l’histoire rude de chacune relie et qui va entraîner une alliance que l’on peut voir dès la couverture. Le surnaturel reste très discret et (totalement absent de ce tome) l’on se demanderait presque si l’irruption du second volume n’est pas une fantasmagorie tant le déroulement ressemble plus à un récit de vengeance tout ce qu’il y a de plus classique. Résultat de recherche d'images pour "shi revenge homs"Le dessin de Homs comporte moins de séquences d’action aux plans audacieux que le second tome et semble plus sage, sauf quand l’illustrateur espagnol nous envoie le visage sublime de Jay…

Revenge est un album de transition, qui reste de très haut niveau mais pâtit de son positionnement dans une histoire qui reste encore bien obscure. Il reste passionnant par sa dénonciation d’une réalité très noire de la société londonienne de l’époque et est rehaussé de quelques touches d’humour assez efficaces au travers de la petite clocharde qui accompagne les vengeresses dans leur croisade. Shi est une série qui se lit d’une traite et gagnera sans doute encore un niveau de qualité lorsque le premier cycle sera clôturé.

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