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Wynd #2: Le Mystère des Ailes

Second tome de 235 pages de la série écrite par James Tynion IV et dessinée par Michael Dialynas. Parution aux US chez Boom! Studios, et chez Urban Comics en France, le 21/01/2022.

bsic journalism

Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

Tempête sous un crâne

Wynd est un jeune garçon introverti qui a passé sa jeunesse à Tubeville, mégapole fortifiée dans laquelle seuls les humains sont tolérés. Manque de chance, Wynd est un Sang-Blêt, un être infecté par la magie qui habite les immenses forêts qui enclavent Tubeville.

Recueilli très tôt par Mme Molly et sa fille Olyve, Wynd mène une existence discrète et doit constamment dissimuler les stigmates de sa condition, à savoir ses oreilles pointues qui pourraient le trahir au yeux de ses compatriotes. Rêveur, Wynd observe souvent la ville, bien à l’abri sur les toits, et s’est amouraché de Ronsse, le fils du jardinier en chef de la maison royale, qui est aussi le meilleur ami du Prince Yorik.

I Believe I can Fly

Yorik est a priori l’enfant gâté archétypal que l’on peut s’attendre à trouver au sein de n’importe quel palais: colérique, capricieux, et inepte, il n’en porte pas moins les espoirs de son peuple sur les épaules. En effet, promis à la succession du trône de Tubeville, Yorik pourrait abolir les Lois du Sang et permettre aux différents Royaumes de s’unir enfin au lieu de se faire la guerre. Malheureusement, les fanatiques sont partout, et le jeune prince devient la cible de partisans d’une cause extrême, tandis que Wynd est démasqué à l’occasion d’une purge.

Poursuivi par le redoutable Écorché, Wynd fait cause commune avec Olyve, Yorik et Ronsse pour s’échapper de Tubeville et rallier Norport, connue pour être plus cosmopolite et plus tolérante. Le quatuor poursuit donc sa quête et fait la rencontre du peuple des fées, et ainsi en découvrir davantage sur les origines du monde et le rôle que chaque espèce doit y jouer.

Néanmoins, le roi de Tubeville n’a pas dit son dernier mot. Prêt à tout pour récupérer son fils, il se compromet avec les dangereux Vampyres, risquant ainsi la sécurité de tous les royaumes.

Après nous avoir emportés avec le premier tome, James Tynion IV poursuit l’exploration de son univers mi-fantasy, mi-steampunk avec ce tome 2. Les personnages sont toujours aussi attachants, et permettent d’explorer les thèmes chers à l’auteur depuis le début de la série, à savoir le passage à l’âge adulte, l’amour, la tolérance et l’altérité.

La série déploie donc littéralement ses ailes, en même temps que le protagoniste, qui illustre avec d’autant plus d’impact la métaphore de l’adolescence et des transformations qu’elle favorise. Fait suffisamment rare pour être souligné, les dialogues sont très bien écrits, et donc bien traduits par l’éditeur, ce qui n’est pas souvent le cas chez d’autres (Panini, c’est toi que je regarde).

Les lecteurs les plus tatillons remarqueront toutefois quelques répliques coups-de-poing clairement destinées à notre monde moderne, mais à peine maquillées dans le contexte géo-politique de l’oeuvre. Il est vrai que l’on aurait pu s’attendre à davantage de subtilité de la part de l’auteur, mais l’ensemble est si qualitatif que ce petit défaut pâlit en comparaison.

Pas besoin d’en dire davantage, Wynd est, depuis la fin de Voro, l’une des meilleures séries jeunesse en cours !

*****·BD

Peau de Mille Bêtes

Histoire complète en 120 pages, écrite et dessinée par Stéphane Fert. Parution aux éditions Delcourt le 27/03/2019. 

TRENTE MILLIONS D’AMIS

Quelques part dans une immense forêt, un jeune homme erre, hagard. Cette frêle silhouette qui déambule entre les arbres et celle du Prince, qui cherche désespérément sa princesse perdue dans la brume sylvestre. Après une périlleuse rencontre avec des monstres, le Prince fait l’hasardeuse rencontre d’une sor-euh, d’une fée, qui lui propose assez malicieusement de l’aider à retrouver l’élue de son cœur. Pour cela, le Prince devra remonter aux origines d’un conte oublié de tous, et traverser des épreuves dont il ne sera pas toujours le protagoniste. 

Des années auparavant, Belle fuit son village, lassée des pressions constantes des hommes voulant la posséder grâce aux épousailles. En chemin, Belle rencontra le Roi Lucane, créature magique régnant seul sur la forêt et sa faune. Belle devint ainsi reine de la forêt, et de cette union naquit Ronces, un impétueuse petite princesse que son père au caractère ombrageux exila parmi les animaux sous prétexte de contribuer à son éducation. 

ŒDIPE DANS TOUS SES ÉTATS

Malheureusement, si le temps n’a pas de prise sur le Roi Lucane, il en a sur Belle, qui finit par souffrir des outrages du temps avant de disparaître. Avant, elle fit promettre à son époux éploré de veiller sur leur fille, mais le monarque rendu fou par la douleur eut une façon bien à lui d’interpréter ces dernières volontés. Rendu fou par la douleur et le chagrin, Lucane finit par se persuader qu’il était dans son devoir d’épouser Ronces, seule femme à être à la hauteur de la beauté de sa défunte reine. 

Toutefois, la princesse Ronces, qui était devenue une femme indépendante depuis le temps, avait ses propres ambitions, et avait fait la rencontre d’un petit prince chétif qui venait de lui faire découvrir un étrange sentiment: l’Amour…

Ulcéré par cette trahison, Lucane usa alors de sa magie pour maudire sa fille et l’emprisonner dans une gangue faite des peaux de tous les animaux qui avaient veillé sur elle étant petite. Désormais recouverte d’une peau de mille bêtes, Ronces serait amenée à dévorer tout homme tentant de s’approcher d’elle. Le Prince, peu taillé pour les exploits mais mu par une témérité forgée par l’amour, va devoir ruser pour approcher sa belle princesse et la délivrer enfin de sa triste condition. 

Vous concèderez que l’on fait tous des erreurs. La mienne fut de passer à côté de cet ouvrage, paru il y a déjà un an et demi. Stéphane Fert nous offre un album magnifique, dans la veine de son précédent Morgane, où il officiait en tant que dessinateur. Ici auteur complet, Fert s’inspire librement d’un conte des frères Grimm en y ajoutant sa patte personnelle, et accouche d’une histoire tantôt cruelle, tantôt délicate, à la beauté indéniable, et dont les personnages, qui se conçoivent à rebours des archétypes habituels du genre, sont très réussis. En effet, il fut extrêmement plaisant de voir évoluer la princesse Ronces, femme statuesque et forte, loin des frêles ossatures des princesses-objets, au côté d’un prince pas vaillant mais astucieux. 

L’antagoniste, le Roi Lucane, commençait lui aussi fort bien, grâce au tragique de sa situation, mais l’on peut déplorer son glissement progressif vers un rôle plus archétypal de méchant. 

Cela n’enlève cependant rien au plaisir de lire ce Peau de Mille Bêtes, une vraie réussite d’un auteur en pleine ascension !

****·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Wika et la gloire de Pan

BD du mercredi
BD de Thomas Day et Olivier Ledroit
Glénat (2019), 92 p., série terminée en 3 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour cette découverte.

couv_376133Olivier Ledroit est l’un de mes dessinateurs préférés. Non qu’il soit le plus fort en matière de dessin (bien d’autres le dépassent techniquement) mais il a installé depuis des années, avec constance, un univers d’une maestria visuelle, d’une finesse, d’une minutie que seul un Varanda atteinte peut-être dans la folie du détail. Son univers gothique et noir l’empêche malheureusement d’atteindre le très large public qu’il mérite et sa difficulté à tenir des séries en entier (un peu comme Olivier Vatine). Wika est ainsi la troisième série seulement à se conclure, après Xoco(deux tomes) et Sha (trois tomes). Originellement prévue en quatre opus, la série se clôture finalement en un gros dernier tome qui compte un tiers de pages de plus que les deux précédents. On ne peut que le remercier d’avoir pris le temps de clôturer une saga qui aurait tout à fait pu tomber dans la fuite sans fin qu’ont connu les Chroniques de la Lune noire et Requiem. Hormis donc la tomaison indiquée en quatrième de couverture qui change des deux précédents volumes (… ce qui fera à n’en pas douter gonfler la cote des éditions originales) l’album suit la maquette de la série, avec une couverture toujours aussi belle et dorée. Comme pour les autres volumes, une édition (très) grand format sort juste après avec seize pages supplémentaires et une couverture différente… pour quatre-vingt balles!!! Si certains ont tiqué sur le prix des Indes fourbes, les éditions spéciales à ce prix commencent à devenir un peu n’importe quoi…

Wika a été tuée par les loups d’Obéron, le tyran d’Avalon. Alors que le sacrilège ultime est commis, l’incendie d’Ygdrasil, l’arbre monde et siège du dieu Pan, l’ensemble des peuples des royaumes elfiques se mets en mouvement vers la dernière guerre de ce monde…

Wika est une série hors norme, aboutissement de la démesure d’un auteur d’une générosité sans borne qui compense allègrement les lacunes techniques qu’il traîne depuis ses premiers fanzines dans le jeu de rôle avec Froideval par une inventivité, une minutie et une liberté absolue de ses planches vis à vis des canons de l’édition, des codes de la BD. Sa marque de fabrique, dans Wika plus que jamais est sa propension à dépasser le cadre de mille manières possibles. Sa destruction des cases a commencé dès les Chroniques, adoptant des formes originales pour recomposer totalement la progression graphique de sa narration sur l’ensemble de la page ou de la double page. De mémoire il avait déjà également retourné ses planches pour adopter ponctuellement un format paysage qui bouleverse là encore la lecture en permettant des tableaux monumentaux. Ici l’intégralité de la première partie (soit seize pages), dans le Sidh, royaume immatériel de Pan, adopte ce format. Outre l’avantage graphique, c’est pertinent scénaristiquement en changeant la lecture comme on change d’univers, avec ses propres codes. L’acmé du processus est atteint lors de la bataille finale, sur les déjà célèbres pages 63 à 66 qui ne sont pas moins de quatre pages liées avec rabat, permettant sans doute la plus grande double page jamais publiée en BD… Certains seront lassés de la profusion de détails de cette furie visuelle où l’on n’ose imaginer le temps passé par Ledroit sur leur réalisation. Mais chacun reconnaîtra la passion de l’artiste et le détail de ses planches.Résultat de recherche d'images pour "wika la gloire de pan"L’autre apport de Wika est outre l’utilisation systématique d’habillages graphiques, non seulement sur les bandeaux de narration de type parchemin, mais sur l’entièreté des bordures de pages. Oubliez le gaufrier et les découpages sur fonds blanc, chez Ledroit il n’y a pas de fonds. Comme Georges Bess sur son Dracula l’auteur a dessiné jusqu’au dernier centimètre carré de papier disponible, ce qui donne parfois le sentiment de lire un art-book plus qu’une BD. Il a en outre ajouté sur cette série une nouvelle technique d’insertion d’éléments d’engrenages, de coins et de dentelles sur ses pages avant photographie. Le rendu est fabuleux en ajoutant une matière impossible à rendre par le seul dessin et rehaussant ses habillages graphiques. Dernière manifestation de l’imagination créatrice d’un auteur qui ne fait finalement plus vraiment de la BD, ou de la post-BD. On parle beaucoup de certains expérimentateurs comme Marc-Antoine Mathieu, Ledroit apporte pour moi autant (et pas que depuis Wika, son fabuleux Xoco proposait déjà des trouvailles phénoménales dans le découpage) à l’innovation en BD.

Résultat de recherche d'images pour "wika tome 3 ledroit"Et l’histoire me direz-vous? Et bien elle est dans la lignée de ses précédents ouvrages, au service du dessin, un peu punk, vaguement lourdingue par moments, totalement manichéenne comme le conte pour adultes qu’est Wika… On ne saura jamais quel découpage auraient eu les deux derniers tomes sur la tomaison originale de quatre mais le fait est que cette Gloire de Pan est une marche à la guerre sur soixante-dix pages où le dessinateur se fait plaisir en créant comme le gamin qu’il a toujours été les plus grands panorama guerriers dont rêvent tous les amateurs du monde de Warhammer. Comme aux batailles de Légo ou de Playmobile on ajoute mille canons à son robot et un combat n’a jamais trop d’explosions et de vaisseaux. Là encore les grandes personnes tiqueront sans doute sur la faiblesse de l’intrigue quand les lecteurs aux yeux d’enfants accepteront le cadre. Un cadre de conte assumé de la première page de la série à la dernière, construites en miroir total, permettant de refermer une bien belle aventure dépaysante, chatoyante comme jamais (ce qui manquait cruellement à son pourtant aussi flamboyante série de sales gosses Requiem, chevalier vampire) et que l’on imagine dans un bel écrin relié pour une intégrale mise en forme par monsieur Ledroit.

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Si vous ne connaissiez pas cet auteur, son univers, Wika est sa série la plus accessible (et complète, ce qui n’est pas un détail!). Que vous aimiez ou pas les combats titanesques vous ne pourrez que faire plaisir à vos yeux devant ces planches qui seront probablement celles de votre collection où vous passerez le plus de temps à observer chaque détail. En se demandant quel challenge Olivier Ledroit va désormais pouvoir se trouver…

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****·Graphismes·La trouvaille du vendredi

Fées et amazones

La trouvaille+joaquim
Art-book d’Olivier Ledroit
Glénat (2015), 128 p.

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A l’ouverture de ce blog je m’étais promis de parler d’Art-book et d’illustration. Je n’en ai pas trop eu l’occasion hormis pour mon article sur le designer de Jupiter, le film des Wachowski et quelques billets sur des auteurs, comme Esad Ribic. J’ai eu quelques cadeaux à l’automne et vais enfin pouvoir prendre le temps de présenter des livres d’auteurs que j’aime, dont Olivier Ledroit, un de mes illustrateurs préférés. Ses personnages sont pourtant loin d’être les mieux dessinés du circuit et il garde un style un peu old-school très inspiré du comics. Mais depuis les Chroniques de la Lune noire et ses incroyables couvertures, ce peintre très travailleur a toujours cherché à proposer quelque-chose de radical, innovant, sans se reposer sur ses lauriers. Ses choix et son esthétique gothique parfois extrême ont fait du tort à son image et malheureusement ses BD ont rarement été considérées hors d’un cercle de fans et d’adolescents. Pourtant ses expositions montrent une recherche graphique permanente, à commencer par un art de la destruction de la planche et des cases que j’aime particulièrement et qui a inspiré pas mal d’artistes (dont Ronan Toulhoat) qui atteignent néanmoins rarement son niveau de maîtrise. Sa saga vampirique-gothique Requiem l’a cornérisé par des choix esthétiques discutables. Pourtant il y propose parmi ses plus belles planches, sidérantes de détails, de couleurs, de noirceur.

Résultat de recherche d'images pour "ledroit fees et amazones"Probablement conscient de l’impasse dans laquelle il se trouvait vis a vis du public, il a entrepris un virage vers un graphisme beaucoup plus lumineux avec Wika, dont deux tomes sont parus (le troisième ne devrait plus tarder): série médiévale-fantastique, proche de l’univers visuel des Chroniques, mais qui a permis à Ledroit d’axer son travail sur la thématique des fées (sujet sur lequel il a toujours fait beaucoup d’illustrations et sur lequel il a produit un gros art-book). Le livre que je présente ici est issu de ce nouveau thème sur lequel il travaille visiblement depuis pas mal d’années (un certain nombre d’illustrations sont datées de 2010).

La fabrication est très sérieuse: ouvrage grand format avec jaquette plastifiée détachable (la couverture elle-même ne comporte aucune illustration). Le papier est de qualité et les impressions lumineuses. Ce livre est issu d’une exposition sur le thème des fées dans l’univers de Wika.

Résultat de recherche d'images pour "ledroit fees et amazones"L’ouvrage prend la forme d’une sorte de carnet de voyage dans un XIX° siècle uchronique où après la découverte de l’Aether le monde des fées a fusionné avec le monde humain pour donner naissance à une civilisation steampunk où des créatures magiques sont omniprésentes. Plusieurs parties thématiques proposent de visiter Londres, New-York, Paris, Tokyo,… au travers de magnifiques pin-up-féériques. Il s’agit essentiellement pour Ledroit de variations sur le thème de la très pulpeuse fée, tantôt dotée d’ailes mécaniques (voir à vapeur), tantôt naturelles. Le travail des costumes et étoffes est formidable et certaines illustrations très poussées à la peinture sont véritablement magnifiques. Quelques erreurs d’édition (…pas forcément évitables) à regretter, comme cette magnifique peinture sur deux pages où la couture du livre arrive en pleine face… Un certain nombre d’illustrations ne sont pas colorisées ou ressemblent plus à des crayonnés poussés, ce qui me fait dire que l’on est plus dans le recueil d’illustrations sur une thématiques que dans un livre conçu par Ledroit à l’origine. On aurait aimé que toutes les images soient aussi abouties que les doubles pages: les albums de l’auteur sont parfois plus fouillés que certaines illustrations de ce art-book. Étant donné le prix relativement modeste pour un art-book on acceptera cela mais je reconnais que l’ouvrage entraîne une petite frustration.

Résultat de recherche d'images pour "ledroit fees et amazones"Son grand intérêt reste cependant la cohérence thématique et surtout la technique récente de Ledroit d’utiliser des dentelles et pièces métalliques peintes en doré ou argenté qu’il colle sur ses illustrations. Cela a déjà été vu que les albums de Wika et donne un cachet très particulier, physique aux impressions. Il effectue également des collages de papiers différents. Je ne suis pas totalement convaincu de l’intérêt de cet effet patchwork, mais bon, cela participe d’un tout. Fées et amazones est à ranger dans la catégorie des « petits » art-book destiné à fructifier sur l’imaginaire développé autour de la série BD Wika. Pour un regard plus général sur l’art de Ledroit depuis ses débuts on préférera ses ouvrages chez Daniel Maghen.

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