***·BD·Nouveau !·Service Presse

Clinton Road

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Récit complet en 136 pages, écrit et dessiné par Vincenzo Balzano, paru le 24/01/2020 aux éditions Ankama.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette lecture.

On the road again

John Morgan mène une existence en apparence paisible dans le comté de Passaic dans le New Jersey. Ses journées monotones en tant que ranger sont rythmées par ses patrouilles le long de la Clinton Road, une route quasi désertique qui entretient la réputation d’être hantée, et ses conversations distantes avec son fils Benjamin, qu’il élève seul.

La morne quiétude de John va être bousculée lorsqu’il devra se lancer à la poursuite d’une bande de braconniers qui sévit dans la forêt, le long de la Clinton Road. Son enquête va lui faire rencontrer des personnages à la fois étranges et familiers, qui l’aiguilleront progressivement vers la vérité autour de la route hantée et les esprits tourmentés qui en sont prisonniers.

I see dead people

L’ambiance de Clinton Road est posée dès les premières planches, grâce aux couleurs pastel et au sublime dessin de Vincenzo Balzano. Le récit, au rythme lent, traîne son protagoniste placide dans un univers sombre où la mort plane à chaque virage de cette route maudite, derrière chaque arbre de cette forêt moribonde, dont l’apparence et la place dans le récit évoquent le concept du Genius Loci, qui désigne en fiction les lieux malveillants doués d’une volonté propre, souvent évoqués dans les œuvres de Stephen King ou encore de Lovecraft.

La lecture de Clinton Road est envoûtante, mais peut tout de même laisser le lecteur pragmatique perplexe. En effet, l’intrigue et son rythme particulier laissent volontairement le lecteur dans le flou, à l’image de son héros John Morgan, qui navigue à vue sur un terrain qu’il connaît pourtant par-cœur, et ceci pour le mener à un final perturbant bien que déjà-vu.

Clinton Road demeure un très bon roman graphique, où Vincenzo Balzano fait montre de l’étendue de son talent.

***·BD·Jeunesse·Nouveau !

Histoire(s) à dormir debout

BD de Pedro Rodriguez et Jorge Garcia
Les aventuriers de l’étrange (2019), 89 p. one-shot.

Prenez garde: le regard à la fois vide et hypnotique de ce chimpanzé va vous attirer dans un abîme d’effroi et de terreurs nocturnes !

Histoire(s) à dormir debout est le fruit de la collaboration de Pedro Rodriguez et Jorge Garcia, deux auteurs espagnols ayant déjà collaboré sur Les Aventures du jeune Jules Vernes en 2010. Il s’agit en fait ici d’une réédition de leur album intitulé « Macabre« , lui aussi sorti en 2010, et prend la forme d’un recueil d’histoires courtes, adaptées des récits signés par les grands noms de la littérature fantastique: Edgar Allan Poe, Sheridan Le Fanu, Guy de Maupassant, Robert-Louis Stevenson…

Vous croiserez donc, au fil de ces glaçantes lectures, des spectres, des mains étrangleuses, un vampire, et même… le Diable en personne !

Histoire(s) à dormir debout est une lecture accessible aux plus jeunes lecteurs, mais saura également saisir d’effroi les amateurs de BD plus expérimentés. Ici, point de gore ni de monstruosités, mais plutôt l’ambiance oppressante et l’angoisse propres aux récits d’épouvante qui ont fondé le genre.

Le dessin de Pedro Rodriguez est magnifique, parfaitement adapté aux univers sombres des ces auteurs. Son trait est tel que l’on pourrait croire que l’on regarde un métrage d’animation, couché sur papier ! J’ai pu entendre certains lecteurs se plaindre de l’usage trop répandu du dessin et des couleurs numériques, il n’en demeure pas moins que le résultat est ici très réussi.

S’agissant des différentes intrigues, on pourrait regretter la fin plutôt abrupte de certaines d’entre elles, personnellement, j’aurais apprécié de les voir extrapolées un peu plus.

Pour conclure, Histoire(s) à dormir debout est un très bel album, qui permettra aux petits comme aux grands de frissonner. N’hésitez donc pas à vous plonger dans l’effroi, sans oublier de jeter un œil du côté du catalogue des Aventuriers de l’Étrange !

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****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Horrifikland

BD de Lewis Trondheim et Alexis Nesme
Glénat (2019), 44 p., one shot.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour cette découverte.

couv_356538L’ouvrage respecte la charte de la collection Mickey Mouse de Glénat, collection commencée en 2016 par l’album de Cosey, suivi par onze autres dont le très bel Océan perdu et ce neuvième album. Comme pour la collection Conan, la ligne semble très libre pour des auteurs invités à créer un hommage one-shot respectant les codes du personnage et dans une certaine mesure la ligne Disney, avec lequel l’éditeur grenoblois est partenaire. L’ouvrage a une tranche toilée, vernis sélectif sur la couverture et le dos, ainsi que de superbes croquis des personnages de Disney par Nesme en intérieur de couverture.

L’agence de détectives de Mickey, Donald  Dingo va mal. Prêts à tout pour renflouer leur activité, les amis se précipitent à la recherche du chat Blacky qui aurait disparu dans le parc d’attraction Horrifikland. Là-bas entre les manèges horrifiques, de vrais fantômes et un Pat Hibulaire décidé à un nouveau mauvais coup, les aventures ne font que commencer…

Résultat de recherche d'images pour "horrifikland nesme"Un peu dubitatif sur l’intérêt de cette collection dont on parle à chaque nouvel album avec l’impression qu’il s’agissait plus pour des auteurs reconnus de se faire plaisir sur des souvenirs d’enfance (sans doute suis-je un peu jeune pour fantasmer sur Mickey…) je ne l’ai suivie que de loin, avec l’ouvrage de Trondheim et Keramidas, sympathique mais un peu bancal dans son concept de vraie-fausse trouvaille et donc l’album très beau et improbable de Camboni qui plaçait Mickey et ses amis dans un futur steampunk avec des thématiques tout à fait SF. Le présent ouvrage m’a attiré de par son dessinateur, Alexis Nesme qui produit depuis quelques années de magnifiques peintures et m’avais enchanté avec ses Enfants du capitaine Grant. L’atmosphère à la Tim Burton a achevé de m’entraîner dans ces pages…

Résultat de recherche d'images pour "horrifikland nesme"… et j’ai été totalement conquis! Le duo a réussi en une subtile alchimie à proposer un véritable album jeunesse qui puisse parler autant aux très jeunes avec son esprit naïf, ses personnages connus aux comportements manichéens (Donald le peureux, Mickey l’intelligent et Dingo le benêt) qu’aux plus grands et aux adultes avec un second degré de tous les instants et des situations très drôles grâce aux personnages. Le thème graphique en lui-même est un gros second degré avec ce parc d’épouvante en forme de train fantôme qui regorge de détails de mécanismes et autres boutons qui déflorent le trucage et que les petits auront plaisir à dénicher.

L’intrigue est linéaire au possible mais se suit sans ennui avec un jeu de piste pour nos détectives Résultat de recherche d'images pour "horrifikland nesme"préférés où Pat Hibulaire intervient finalement surtout pour tomber dans des pièges. Si le chat en question est très vite retrouvé tout le monde semble surtout chercher à explorer le plus longtemps possible ce décors sublimé par un Nesms qui s’éclate entre couleurs chatoyantes et ombres mystérieuses. Les deux auteurs nous promènent dans leur parc d’attraction et l’on n’aurait qu’une envie c’est d’aller y faire nous aussi des glissades. Pendant un long moment de mystérieux fantômes verts que personne ne veut prendre au sérieux nous tiennent en haleine en se demandant si on aura droit à une once de fantastique… ou pas.

Au final l’opération est totalement réussie dans un équilibre loin d’être évident et qui permettra de lire l’album en famille comme aux vieux briscard de la lecture BD de passer un moment sympathique, régressif et un brin nostalgique des Mickey parade et Picsou géant en se rappelant que Mickey n’est finalement pas moins un aventurier que Tintin…

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*****·East & West·Manga·Numérique·Service Presse

Ajin, semi-humain #1

East and west

Manga de Tsuina Miura et Gamon Sakurai
Glénat (2015) – ed. japonaise Kodansha (2012). 228 p., 11 volumes parus (série en cours).

couv_250672Les couvertures des albums (assez ternes mais très homogènes) m’avaient attiré l’œil et j’avais mis ce titre de côté (je lis peu de manga et j’essaye de sélectionner vraiment la qualité). A l’occasion d’une critique pour Iznéo j’ai sauté le pas et c’est une excellente surprise. D’abord par la rapidité de l’introduction: en moins de 10 pages l’on sait qu’il y a sur terre des Ajin, humains ressuscités que les Etats tentent de récupérer afin de les étudier. Le Japon en a trois et fait des expériences barbares sur eux. Un jeune lycéen perd la vie et se révèle un Ajin, désormais en fuite avec l’aide de son ami d’enfance…

Alors que nombre de BD et de Manga mettent plusieurs volumes à faire durer le suspens, rarement une série m’avait aussi rapidement et pédagogiquement immergé dans son background. Le premier volume nous a déjà installé dans une poursuite entre le héros, des agences gouvernementales, des factions d’Ajin, les pouvoirs que l’on découvre progressivement, etc. De même, les manga tournent souvent autour du seul japon; ici dès les premières pages l’on nous parle de cette course entre nations pour avoir ses Ajin et en découvrir les secrets. Le contexte de fonds est à la fois clairement révélé mais garde bien certains mystères évoqués. Le lecteur n’a pas la crainte d’une intrigue au long cours tant les événements et les informations s’enchaînent, sans aucune difficulté à les digérer. Je dois dire que par ce traitement à la fois frontal, conspirationniste et à la divulgation d’info maîtrisée me fait fortement penser à X-files. Les auteurs ne tournent pas autour du pot puisque le lecteur connaît le pitch. Celui-ci est donc balancé en quelques planches pour s’attaquer directement au développement de l’intrigue. Je trouve ça super agréable!

 

Résultat de recherche d'images pour "ajin tome 1"Ajin nous présente donc une intrigue classique mais que personnellement j’adore: certains humains ressuscitent et se trouvent dotés de pouvoirs. L’on comprend que loin d’être un petit nombre, beaucoup n’ont pas été repérés par les autorités et s’organisent dans l’ombre d’une guerre entre factions dans une guerre occulte. La réflexion sur l’attitude des humains qui ne cherchent que gloire et argent en « attrapant un Ajin » permet d’élever le manga au-dessus du simple fantastique. Très vite se pose la question de qui est humain et qui ne l’est pas, les actes rendent-ils humains, tout le monde n’est-il pas un Ajin en puissance?Résultat de recherche d'images pour "ajin tome 1"

Les dessins sont standards dans le genre manga mais plutôt de bon niveau, notamment au niveau des mouvements (peu étonnant vu le média). Je scrute régulièrement les séries manga à succès et suis rarement accroché par ce que j’en lis. Ici je comprends le succès de cette série qui sait se sortir de la masse des publications. Si vous aimez le fantastique et les conspirations cela devrait vous plaire.

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BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

L’esprit de Lewis

BD de Bertrand Santini et Lionel Richerand,
Soleil – coll. Métamorphose, 72p.

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Lewis vient de perdre sa mère et se retrouve propulsé à la tête d’une famille composée de trois sœurs et d’un patrimoine immobilier important. Dans cette Angleterre victorienne il n’aspire pourtant qu’à une chose: publier son premier roman. Retiré dans un manoir familial il va y faire la rencontre d’un fantôme, une âme en peine qu’il va s’efforcer d’aider grâce à ses connaissances occultes.

La collection Métamorphose fait toujours attention à proposer des couvertures attirantes, à l’esthétique rétro soignée. J’avais vu passer cette image et d’assez bonnes critiques m’ont poussé à lire ce premier Acte d’une série prévue en deux parties. J’avoue que j’ai été un peu déçu par cette intrigue assez faible malgré des dessins inspirés qui instillent une ambiance adéquate à l’histoire. Le visage de Lewis notamment est très réussi et l’on s’intéresse rapidement à ce jeune aristocrate à la tristesse prégnante et au regard lunaire. La vieille Angleterre florale transparaît dans ces décors sombres aux couleurs automnales. Le basculement vers le paranormal change le style de la BD pour introduire de l’humour et se centrer sur la relation entre ce fantôme improbable et l’écrivain sans inspiration. La multitude de type de spectres décrits par l’occultiste Lewis est amusante… pourtant quelque chose n’accroche pas. Peut-être la mélancolie du texte et des images empêche-t’elle de s’immerger. Le graphisme, pourtant bien maîtrisé, ne m’a pas non plus inspiré malgré quelques très bonnes idées (comme la double page sans dessus-dessous). Bref, je suis un peu passé à côté tout en reconnaissant le travail des auteurs. J’ai eu un peu la même impression que sur le cycle des Ogres-Dieux (également publié en Métamorphose). La BD n’est pas mauvaise mais n’attirera peut-être qu’un public très ciblé.

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D’autres avis de blogueurs: chez Noukette, Ligne claire, Khadie et Mo’, Caro.

Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Corpus Monstrum

East and west

Comic de Gary Gianni
Mosquito (2017), 124p. n&b, Dark Horse (US, 1996-2017 )

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Gary Gianni est un illustrateur « classique »: formé aux Beaux-arts, il a officié comme illustrateur de littérature d’aventure et fantastique (Jules Verne, ouvrages de Robert E. Howard,…) mais aussi sur pas mal de couvertures de Comics et de comics eux-même (Prince Valiant, Indiana Jones, ou encore Batman, que l’on peut trouver dans le recueil Black & White édité chez Urban).

L’éditeur Mosquito propose dans son Corpus Monstrum un recueil d’histoires des Monstermen, duo de chasseurs de spectres dont les aventures sont parues dans des épisodes spéciaux de Hellboy (Gianni et Mignola sont proches). Dark Horse a d’ailleurs sorti en juillet dernier aux Etats-Unis un album reprenant les aventures des Monstermen et d’autres histoires de fantômes, assorti d’une intéressante introduction. Il est dommage que Mosquito n’ait pas proposé d’éléments biographiques ou bibliographiques à l’instar de l’éditeur américain, permettant de comprendre le travail de Gianni. On remercie néanmoins l’éditeur isérois de proposer ainsi régulièrement des auteurs non traduits dans notre pays, avec toujours une ligne qui correspond bien à celle de ce blog: le graphisme.

corpus-monstrum2L’ouvrage propose donc cinq histoires de Gianni dans la plus pure tradition des « short ghost stories » américaines (type Tales from the crypt). Dès la première page la maîtrise technique  de l’illustrateur apparaît, mais aussi son univers baroque empruntant autant aux mythologies européennes qu’aux auteurs de de littérature fantastique américains (Poe, Lovecraft). Le style s’inspire beaucoup de la gravure et notamment de Gustave Doré, mais aussi par moment de l’Art déco. La précision des arrière-plans (perspectives et anatomies parfaites) contraste avec les premiers-plans en style hachuré. L’illustrateur s’amuse en outre dans des jeux d’image, utilisant des déformations ou par exemple cette pleine page reprenant une vue de haut d’une maison à la Cluedo…

L’ouvrage regroupe cinq histoires:

  • Silencieux comme une tombe (49 pages):gian_4

Une actrice de films d’épouvante disparaît alors qu’un démon est invoqué et sème la pagaille en ville. Le chasseur de fantômes Benedict et son acolyte St. George le cinéaste apparaissent pour la première fois ainsi que l’esprit grandiloquent de la série: le paquebot planté par la proue, le casque de Benedict,… La création artistique n’est jamais loin chez les Monstermen qui naviguent entre studio de cinéma et actrices du cinéma muet. Le déroulement est échevelé, plein d’action, sans queue ni tête mais permet à Gianni de se faire plaisir et nous avec.

  • Autopsie en si bémol (18 pages):

Cette fois Lawrence St George raconte ses mésaventures avec une bande de pirates à tête de poulpe. La courte histoire est emplie de références mais j’avoue ne pas avoir tout compris…

  • Un cadeau pour le vilain (12 pages):

Un riche seigneur convoque les Monstermen pour chasser des démons de son manoir. On comprend que les « explorateurs de l’étrange » du Corpus Monstrum (fraternité secrète) interviennent sur demande pour éliminer des spectres.

  • Le crâne et l’homme des neiges (24 pages):3

L’histoire la plus construite et la plus intéressants graphiquement comme scénaristiquement, qui s’ouvre sur ce qui est sans doute la plus belle planche du recueil: une lamasserie perchée sur un piton défiant les lois de la gravité. Le crâne d’un puissant nécromancien est depuis des lustres dans cet endroit reculé. Les Corpus Monstrum vont se rendre sur l’Everest pour le récupérer et y rencontreront le Yéti…

  • O pécheur, tombés bien bas (12 pages):

L’infâme Crulk (déjà vu dans la première séquence) tente d’attirer Benedict dans un piège dans les tréfonds de la terre.

corpusmonstrum-119Globalement s’agissant de « short stories » l’intrigue n’est que secondaire et souvent tarabiscotée. Ce qui intéresse l’auteur c’est de proposer des galeries monstrueuses, des illustrations fantastiques, d’illustrer le monde des fantômes. Entre surréalisme pour les jeux d’optique et de découpage de cases (qu’on peut trouver chez Ledroit par moment) et pandémonium médiéval à la Giotto. Les corps sont tordus, les lieux sont immenses (la lamasserie, le paquebot) et l’auteur n’oublie pas de convier des figures connues telles que l’abominable homme des neiges, le père noël ou la créature de Frankenstein. Corpus monstrum est une sorte de grand fantasme d’aventure, fantastique et surréaliste d’un maître de l’illustration à l’ancienne.

 

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Pour prolonger, la caverne de Batsi a fait un billet sur un auteur proche de Gianni, Bernie Wrightson.