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Le dossier Thanatos

Histoire complète en 64 pages, écrite par Roger Seiter et dessinée par Jean-Louis Thouard. Parution aux éditions RobinSon le 31/08/22.

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Merci aux éditions Robinson pour leur fidélité.

La mort leur va si bien

En 1877, la ville d’Édimbourg s’émeut lorsque le corps d’un notable est retrouvé fortuitement dans une sinistre masure abandonnée. Alors que le vieil homme semble avoir trouvé une mort naturelle, certains éléments interpellent l’inspecteur McRae, de la police municipale. Tandis que l’opiniâtre inspecteur va mener son enquête, ailleurs dans les rues d’Édimbourg, un certain Arthur Conan Doyle, étudiant à la faculté de médecine, va lui aussi découvrir, au travers des cercles spirites qui font fureur parmi les bourgeois, qu’une conspiration se trame, une affaire qui va remettre en question son pragmatisme et son sang-froid.

Dans le même temps, Betsy, jeune mère célibataire, subit l’injustice du système alors qu’elle tente de survivre avec sa fille Maggie, et va se retrouver sous la protection du foyer Sainte Madeleine, réputé pour offrir un havre de paix aux femmes victimes de violences. Quel est le lien entre ces deux situations ? McRae et Conan Doyle ne tarderont pas à le découvrir.

Laissez tomber le Londres de l’époque victorienne, optez plutôt pour Édimbourg ! Ses crimes y sont moins sanglants mais plus morbides, ses enquêteurs moins charismatiques mais plus accessibles ! Avec le dossier Thanatos, nous avons droit à une enquête méticuleuse et sans accroc, mettant en scène le créateur du célèbre Sherlock Holmes, alors jeune étudiant en médecine. Il est d’ailleurs de notoriété publique que le détective de Baker Street tenait son esprit affuté et cartésien de son créateur, nous en avons ici un rapide aperçu au travers de ce récit tortueux et glauque.

L’ambiance gothique est au service d’une cause plus noble, une thématique sociétale, à l’instar d’Automne en Baie de Somme. En effet, la place des femmes dans une société patriarcale et conservatrice est là aussi en question, la critique étant enrobée dans une capsule de mysticisme. Le déroulé de l’intrigue en lui-même est prenant, et profite de l’ambiance sombre pour nous pousser toujours un peu plus loin dans l’enquête.

Cependant, il faut avouer que le charisme du protagoniste n’est pas l’atout majeur de l’album. Sans pour autant comparer avec le fameux Holmes, on peut regretter son manque de profondeur durant l’enquête, même si ses choix lors de la conclusion tendent à le rendre sympathique. Il est aussi parfois délicat de faire le distinguo entre tous les personnages, non pas du fait de la caractérisation cette fois, mais du graphisme, qui rend l’identification moins aisée.

En conclusion: les amateurs d’enquêtes à la Sherlock Holmes trouveront leur compte, les férus d’ambiances gothiques aussi, idem pour les amoureux de justice sociale. Le graphisme et maitrisé et participe grandement à l’ambiance, mais peut rendre difficile la distinction entre les personnages.

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The Ex-People

Premier tome de 74 pages d’une série écrite par Stephen Desberg et dessinée par Alexander Utkin. Parution chez Grand-Angle le 31/08/22.

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Ex-traordinaires

En 1271, soit 20 ans avant la fin des croisades, la cité de Jérusalem voit un groupe hétéroclite d’étranges individus traverser ses portes. Un grand dadais enchâssé dans une armure trop petite, une archère, un nain acariâtre, une fille en cendres, un cheval, un chat et un oiseau, voilà de quoi attirer l’attention sur ces pèlerins hors-normes.

Après s’être débarrassés d’une troupe de brigands, les pèlerins arrivent enfin à destination: une église dissimulée dans une impasse, où les sept énergumènes espèrent monnayer non seulement le salut de leurs âmes, mais également leur résurrection. Car ces êtres ne sont pas de simples pèlerins, vous l’aurez deviné: ce sont des âmes en perdition, des spectres dont la mort, parfois stupide, parfois abjecte, ne leur a pas permis de rejoindre l’au-delà.

Comment cet aréopage de revenants s’est-il constitué ? Qu’espèrent-ils vraiment à travers cette quête d’une seconde chance ? C’est que ce premier tome va nous faire découvrir.

On ne présente plus le scénariste belge Stephen Desberg. Auteur de séries comme I.R.S, Le Scorpion, ou plus récemment Écoline, il a aussi été capable de nous décevoir, puis de nous intriguer. Son idée phare sur cet album, à savoir des fantômes souhaitant retrouver leur intégrité physique, fonctionne globalement, mais l’on aurait aimé que l’accent soit davantage mis sur les difformités des protagonistes, ainsi que sur la malédiction que constitue leur condition. En l’état, j’ai trouvé que leur situation manquait d’urgence, voire de nécessité pour certains.

En effet, pour l’archère, le cheval ou le guerrier nain, on a du mal à concevoir le besoin impérieux de retrouver leur intégrité physique, puisqu’ils peuvent toujours interagir avec le monde qui les entoure, sans qu’un handicap particulier ne soit mis en lumière. En parallèle de ce problème, l’auteur semble également nébuleux quant au concept de fantômes dans l’univers qu’il a créé: comment devient-on un fantôme spécifiquement ? Y-a-t-il des conditions strictes ? Si tous les fantômes peuvent interagir avec le monde matériel, alors qu’est-ce qui les distingue précisément du commun des mortels ? On peut certes constater que Gertrude, la sorcière carbonisée, possède certaines aptitudes en lien avec sa mort, mais pour le reste cela demeure imprécis.

Si l’auteur conserve ces éléments pour le second tome, cela risque également de causer du souci, puisque l’on sait, bien sûr, que tout élément d’exposition qui intervient après le premier acte a tendance à casser le rythme global de l’histoire. Épineux casse-tête, donc.

On s’aperçoit donc que, comme dans son précédent album Movie Ghosts, Stephen Desberg rechigne à explorer plus avant et trancher avec plus de précision les règles relatives à sa prémisse surnaturelle. Néanmoins, on suit avec beaucoup de plaisir les pérégrinations (c’est le cas de le dire) de nos sept fantômes, qui sont, grâce à ce premier tome, tous attachants. Le tout n’est pas dépourvu d’humour, chaque péripétie convoquant quelque chose d’absurde ou décalé.

Côté graphique, ceux qui ont lu et apprécié Le Roi des Oiseaux et La Princesse Guerrière seront ravis de retrouver Alexander Utkin aux pinceaux. Son trait épais et ses contours naïfs sont en parfaite harmonie avec le ton de l’histoire, les couleurs vives sont parfaitement maîtrisées, ce qui transcende les planches pour leur conférer un cachet particulier, comme sorties d’un film d’animation.

Grâce à l’harmonie entre le dessin d’Utkin et le ton de l’histoire imaginée par Desberg, ça vaut un 4 Calvin et demi, le cinquième aurait surgi si les contours surnaturels avaient été mieux définis. Peut-être un coup de cœur sur le second tome !

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Spirite #2: Obsession

Second tome de la série écrite et dessinée par Mara. 54 pages, parution chez Drakoo le 04/05/2022.

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Merci aux éditions Drakoo pour leur fidélité.

Mauvais esprits

Dans le premier tome, nous faisions la connaissance de Ian Davenport, jeune chercheur en spiritologie, qui, au cours des études qu’il menait avec son mentor Boris Voynich, a assisté à des apparitions sans précédent de fantômes en tous genres.

Après la mort de son maître à penser, Ian a du fuir les hordes spectrales d’Arthur Arroway, qui en a après lui pour d’obscures raisons. Tout ceci semble être en lien avec le mystérieux incident de la Tungunska, qui pourrait être le dénominateur commun entre Arroway et ses victimes. Sa recherche de la vérité va le mener à collaborer avec Nell Lovelace, une jeune reporter douée en quête de gloire, ainsi qu’avec l’intrépide pilote Mary Pickett.

Leur aventure tourne court et le trio se retrouve prisonnier d’Arroway à bord de son dirigeable géant…

Reprenant son intrigue tout juste où elle l’avait laissée, Mara prend la parti de nous plonger au coeur de l’action pour ce second tome. Bénéficiant désormais d’un casting que le premier tome est parvenu à rendre attachant, l’auteure peut ainsi continuer de développer son univers, ce qu’elle fait avec aisance, il faut bien l’avouer. En effet, le rythme enlevé ne l’empêche pas d’étoffer son intrigue, notamment celle qui tourne autour d’Arroway et de son objectif encore mystérieux.

Cela attise donc l’intérêt du lecteur et confirme bien la qualité de la série. Coté graphique ceux qui ont apprécié le tome 1 devraient se régaler avec cette suite.

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Toutes les morts de Laila Starr

Histoire complète en 128 pages, écrite par Ram V et dessinée par Filipe Andrade. Parution aux US chez Boom! Studios, publication en France chez Urban Comics le 06/05/2022.

Merci aux éditions Urban pour leur confiance

Death and taxes

« Dans ce monde, rien n’est certain, excepté la mort et les impôts« . Et bien, figurez vous que ce ne sera bientôt plus tout à fait vrai, et ce grâce à la naissance imminente de Darius Shah. Affublé d’une destinée peu commune, il est attendu de Darius, à un point indéterminé de son existence, qu’il permette à l’Humanité d’accéder à l‘immortalité. Bonne nouvelle pour la plupart d’entre nous, n’est-ce pas ? Peut-être pas pour la Mort, qui se voit convoquée dans les hautes sphères célestes pour se voir remerciée par les pouvoirs en place.

Son obsolescence prochaine ne faisant plus aucun doute, la Mort est donc limogée, mais peut bénéficier d’une faveur accordée aux divinités sortantes: être réincarnée en mortelle, afin de pouvoir goûter aux joies d’une vie simple, déchargée de ses responsabilités, et qui sait, peut-être même d’une vie éternelle grâce à Darius.

Après ces millénaires de bons et loyaux service, j’aime autant vous dire que la pilule est dure à avaler pour Mort. Désespérée et prête à tout pour retrouver son poste, elle s’arrange pour être réincarnée non loin du fameux Darius, qui vient tout juste de naître à Bombay, et elle se retrouve donc dans la peau de Laila Starr, une jeune indienne blasée qui a, peut-être, ou peut-être pas, mis fin à ses jours au moment ou Darius pointait le bout de son nez.

On ne change pas vraiment ce que l’on est, il n’est donc pas étonnant qu’aussitôt arrivée sur Terre, Mort/Laila cherche à se débarrasser pronto du petit Darius. Après tout, que pèse une seule vie dans la balance cosmique de la vie et de la mort ? Pas grand chose a priori, mais se salir ainsi les mains n’est pas aussi aisé que Laila voudrait bien le croire.

Une série d’événements fait que Darius réchappe de justesse à cette rencontre prématurée avec la Faucheuse réincarnée, qui meurt écrasée par un camion. L’histoire pourrait s’arrêter là, néanmoins il se trouve qu’être une déesse emporte son lot de privilèges, si bien que Laïla renaît, aidée par le dieu de la Vie en personne. Toujours motivée, elle se remet à la recherche de Darius, qui est désormais un petit garçon de huit ans…

Le reste de l’intrigue sera rythmé par les morts successives de Laila Starr, suivies de ses réincarnations, alors que le temps continue de passer pour Darius. Immanquablement attirée sur les pas du jeune homme, Laila va renoncer à le tuer, et le rencontrer à différentes étapes de sa vie. Elle le verra évoluer, et découvrir les affres de la vie mortelle à travers ses yeux: le deuil, les peines, les échecs et les succès, autant d’événements qui le mèneront à sa fameuse destinée de conquérant de la Mort.

The fault in our Starr

De façon assez surprenante, le thème de « la Mort prend congé » est assez répandu en fiction. L’exemple le plus littéral est le long métrage La Mort prend des vacances, tourné en 1934, qui a inspiré plus tard Rencontre avec Joe Black. Dans ces deux versions, la Mort décide de venir sur Terre pour faire l’expérience de la vie humaine, et ainsi mieux comprendre pourquoi les mortels la craignent tant. Et bien sûr, dans ces deux films, la Mort choisit un cadre sophistiqué et privilégié pour vivre cette expérience (sinon, à quoi bon ?), avant de succomber à des sentiments tout à fait humains comme l’amour et le désir.

Ram V choisit donc cette prémisse pour écrire son ode à la vie, mais renverse les genres en mettant de côté Brad Pitt pour se focaliser sur une femme, dont il explore les tourments et les conflits internes avec habileté. Le procédé qui consiste à terminer chaque chapitre par une nouvelle mort suivie d’une résurrection, permet de rythmer le récit et amène adroitement les différentes ellipses de la vie de Darius. L’auteur construit ainsi brillamment la relation entre Laila et Darius grâce à ces différentes ellipses, chacun des deutéragonistes évoluant à sa manière mais de façon interdépendante. De son côté, Laila va faire l’apprentissage de valeurs qui lui étaient jusqu’ici étrangères, ce qui va radicalement la transformer et modifier sa perception de l’existence. Darius, quant à lui, va mener sa vie en traversant peu ou prou les mêmes épreuves, ce qui va forger sa destinée et le faire réfléchir sur cette mort qui lui échappe par nature mais qui se présente tout de même à lui à échéances régulières dans sa vie.

Il est d’ailleurs ironique de constater que, comme de nombreux personnages avant elle, c’est en souhaitant éviter son obsolescence que la Mort finit par la rendre possible.

Le scénariste remplit ses pages de poésie douce-amère, sans misérabilisme mais avec tact, nous rappelant que la vie n’a vraiment de valeur que parce qu’elle est rare et fugace. Ses textes sont subtils (et donc subtilement traduits), contemplatifs mais jamais ennuyeux ni pompeux, à la façon d’un Neil Gaiman, qui contait lui aussi les pérégrinations terrestres d’une entité magique avec lyrisme et poésie. En dépit d’un pitch qui a déjà été exploité, Ram V parvient à rester original, et puise dans son background culturel pour traiter la question métaphysique de la Mort. On aimera également le traitement bureaucratique qu’il calque sur les sphères célestes (on peut trouver ces exemples de bureaucratie céleste dans des œuvres telles que Beetlejuice (1988), Une Question de vie ou de mort (1946) , L’Agence (2011), , ou encore Coco, Hercules, ou plus récemment Soul), ce qui ajoute un touche de légèreté bienvenue.

Le graphisme de Filipe Andrade frise l’excellence sur chaque page, tant sur le trait qu’au regard des couleurs, le grand format choisi par l’éditeur n’étant qu’un plus supplémentaire qui permet d’apprécier encore davantage la qualité des planches. Au fil des pages, on se rend compte que l’on est presque devant un cas de synesthésie, car les mots du scénariste semblent intrinsèquement liées aux couleurs et aux formes posées par le dessinateur. Un cas rare de symbiose auteur/dessinateur.

Toutes les morts de Laila Starr est sans aucun doute une immense réussite graphique et narrative, une odyssée philosophique empreinte d’une cruelle beauté et d’une amère poésie, à l’image de sa protagoniste.

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Adlivun

Histoire complète en 168 pages, écrite et dessinée par Vincenzo Balzano. Parution en France le 04/02/2022 chez Ankama.

Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Terreur des glaces

Le Capitaine Briggs, à la tête du Mary Céleste, décide de quitter la torpeur du port de Douvres, en 1847, et embarque son équipage dans une quête périlleuse qui ne comprend qu’une alternative: rentrer couvert d’or, ou ne pas rentrer du tout.

En effet, une généreuse récompense est offerte par la Marine Royale à qui ramènera sains et saufs les marins du Terror et de l’Erebus, deux navires partis en exploration dans le cercle polaire. De nombreuses rumeurs courent à propos de ces deux bâtiments et des eaux glacées dans lesquelles ils semblent s’être perdus. Mais cela n’arrête pas Briggs, et ce malgré la réticence de Jack, son second et médecin de bord.

Le Mary Céleste reprend donc la mer, pour une mission de sauvetage incertaine, qui va confronter son équipage à des secrets enfouis depuis longtemps sous les glaces polaires. Bien vite, Jack, Briggs et les autres vont être assaillis par des visions spectrales, des réminiscences morbides qui pourraient être les pauvres hères du Terror et de l’Erebus…

Après Clinton Road, Vincenzo Balzano revient pour explorer des évènements réels sous un angle fantastique. Cette fois-ci, nulle route maudite, mais des vaisseaux fantômes victimes de malédiction, et un capitaine taciturne qui ne révèle pas tout à son équipage. L’auteur puise cette fois-ci dans le folklore inuit, pour nous plonger dans une aventure contemplative qui ne met pas de côté l’épouvante.

S’il parvient à créer une ambiance pesante et immersive grâce à son dessin à l’aquarelle, Vincenzo Balzano semble toutefois moins à l’aise avec les règles qui régissent la magie inuit ici à l’œuvre. En effet, les révélations faites sur les origines de la malédiction m’ont paru quelque peu confuses, bien qu’elles semblent maîtrisées par l’artiste.

Un peu comme pour Clinton Road, l’auteur semble ici plus conteur visuel que véritable narrateur, la force de son récit provenant en premier lieu de l’impact des planches et du dessin, davantage que sur l’intrigue en elle-même.

Avec ses très belles planches et sa thématique, qui rappellent le Moby Dick de Sienkiewicz, Adlivun mêle habilement aventure contemplative et épouvante, malgré quelques soucis d’exposition quant aux aspects fantastiques de son intrigue.

**·****·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #22: Les architectes de Babel – L’ile entre deux mondes #2 – Wombs #1

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  • Les architectes de Babel (Ashimo/Glénat) – 2021, 544p., one-shot.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

architectes_de_babel_glenatAï! Quand on tient un blog on lis énormément d’albums et on sélectionne par définition ce qui nous tente. Parfois on tombe sur de mauvais albums, parfois on se trompe de clientèle… Ce très gros volume (regroupant les deux tomes japonais originaux) était une de mes grosses attentes de cet automne, avec une envie d’Histoire et d’architecture… las, je suis tombé sur un assez laborieux shonen pas très bien dessiné et qui hormis quelques idées graphiques comme la représentation du roi Hammourabi et le personnage de Nimrod, n’apporte pas grand intérêt ni dans un esprit d’aventure ni dans un esprit historique.  On pourra être indulgent avec un auteur semi-pro dont c’est la première production éditée (à l’origine réalisée sur le web), mais je suis sceptique sur le créneau de cet album. Un vrai loupé quand au potentiel que pouvait procurer cette histoire…

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  • L’Ile entre deux mondes (Ishii/Pika) – 2021, 2/2 volumes parus.

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Merci aux éditions Pika pour leur confiance!

couv_425710Le premier volume de cette histoire m’avait subjugué par ses planches d’une qualité graphique rare. Ne se contentant pas de dérouler de beaux paysages et visions très graphiques, l’autrice y proposait un découpage très sophistiqué, esthétisant jusqu’aux cases et leur agencement. La lecture d’une histoire en deux parties est toujours compliquée car le plus souvent la césure est plus d’ordre externe (le boulot de l’auteur) que justifiée par le scénario. Ce second volume reprend donc les mêmes qualités que son prédécesseur, à savoir une atmosphère onirique apaisante, une nature magnifique et une cohésion de ce petit monde avec les forces de la Nature. Avec une séquence dans le passé qui déstabilise légèrement la concentration du lecteur, on n’est à la fin de l’histoire pas certain d’avoir tout compris mais néanmoins conquis par cette beauté éternelle qui reflète totalement l’idée d’une harmonie entre les époques, les générations et entre les espèces vivantes… Une des plus belles bouffées de positif de cette année!

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  • Wombs #1  (Shirai/Akata) – 2021, 224p., 3/5 volumes parus.

wombs-1-akataSur une planète lointaine, une guerre coloniale fait rage avec pour enjeu la préservation de l’environnement. L’un des belligérants a mis au point une technologie utilisant les propriétés d’une graine indigène qui, implantée dans l’uterus de femmes-soldats, leur donne la faculté de téléporter tout ce qui se trouve dans leur environnement. Un pouvoir redoutable, qui exige des sacrifices…

badge numeriqueJ’avais vu un très bon bouche à oreille sur cette série du petit éditeur Akata et ai profité du jury BDGEST pour me lancer dans le premier volume, avec plaisir. Si j’ai mis quelques dizaines de pages à me faire aux dessins (et surtout à la « colorisation » numérique franchement grossière et pas très élégante), j’ai fini par entrer dans cet univers à la fois dur mais proposant une idée SF très intéressante. Surtout, le mystère est maintenu subtilement sur la véritable nature de ces graines alors que l’on suit l’entraînement d’une troupe de jeunes porteuses. Le parallèle entre l’inquiétude de la grossesse chez les jeunes femmes et cette hypothèse SF est intéressant et laisse le lecteur seul responsable de son analyse, l’autrice se contentant de développer son propos froidement. Une entrée en matière qui donne bien envie de poursuivre l’aventure,  sans risque sur un format court de cinq volumes.

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Le Renard et le petit Tanuki

Jeunesse
Manga de Mi Tagawa
Ki-oon (2020), n&b, 159 p., 1/3 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Comme sur la récente série Alpi ce volume semble confirmer la démarche sans plastique de Ki-oon pour la jaquette. Le format de la couverture est original puisque incliné en paysage. Sous la jaquette on trouve des bonus en première et quatrième de couverture. Chacun des six chapitres de l’album est coupé par une page présentant un des animaux métamorphes de ce monde. L’album est inscrit dans la collection Kizuna où l’on retrouve également la Reine d’Egypte et Magus of the Librarian pour les plus connus. le_renard_et_le_petit_tanuki_1_ki-oon Les métamorphes sont des animaux dotés de pouvoirs et capables de se transformer en humains. Il y a fort longtemps Senzo le renard noir sema tant de trouble que la déesse du soleil l’enferma pendant trois-cent ans. Lorsqu’il fut libéré elle lui confia comme rédemption la tâche d’élever un jeune Tanuki, métamorphe innocent mais doté de grands pouvoirs… The Fox & the Little Tanuki, Vol. 1: Amazon.fr: Tagawa, Mi, Tagawa, Mi:  Livres anglais et étrangersDifficile de ne pas craquer devant ces dessins animaliers et cette trombine trop choupette du petit Tanuki! Conçu totalement dans un esprit Kawaii, ce manga n’est pourtant pas forcément ciblé sur un jeune public malgré l’aspect conte de son intrigue. En effet il emprunte aux légendes traditionnelles japonaises parlant d’esprits primordiaux et d’esprits de la Nature qui cohabitent plus ou moins bien avec les humains, dans un univers assez complexe pour des occidentaux. Après une entrée en matière très didactique nous présentant le contexte on entame différentes séquences permettant de comprendre l’esprit de rebellions du renard noir, personnage principal de ce premier volume et le ressort principal de la série: entre ce bad-guy soumis de force au pouvoir de la déesse et l’innocence incarnée du Tanuki qui ne cherche qu’à jouer et découvrir le monde la relation va être compliquée… Équipé d’un collier de perles blanches qui le fait se tordre de douleur dès qu’il contrevient aux commandements de la déesse, le renard va vite comprendre que son intelligence machiavélique va devoir s’accommoder du jeune métamorphe. Après avoir du intervenir pour libérer un esprit domestique chafouin qui hantait une maison, le duo improbable apprend le fonctionnement de ce monde entre magie et tradition. Mais il n’y a pas que le Renard qui est poussé par des motivations maléfiques. Ses anciens associés voient son retour comme une chance et vont tenter de profiter de l’innocence du Tanuki, pas si faible qu’il n’y paraît. Et l’on pressent déjà que le méchant va devoir contrer sa nature pour devenir le protecteur de l’enfant…Le Renard et le petit Tanuki s'installent chez Ki-oon, 26 Juin 2020 - Manga  news Belle entrée en matière pour ce conte simple très joliment mis en images même si les décors sont particulièrement vides… Mais on est surtout là pour les animaux et en la matière on est servi! Doté d’un humour sympathique et d’une mise en avant de la question culinaire (comme beaucoup de manga), Le renard et le petit Tanuki se laisse découvrir sans forcer même si pour l’heure on n’a pas encore beaucoup de matière pour se prononcer sur ses qualités intrinsèques. Les plus jeunes pourront s’attarder sur les mimiques des métamorphes en laissant sans doute de côté la complexe mythologie tout en s’ouvrant à cette autre culture. Les adultes profiteront des beaux dessins et de l’aspect sombre autour de l’histoire pas si rose du Tanuki. A suivre donc pour voir dans quelle direction l’autrice va nous emmener en mars prochain dans le second volume. note-calvin1note-calvin1note-calvin1
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Naissance du Tigre

La BD!

Histoire indépendante en 120 pages, écrite par Feldrik Rivat et dessinée par Jean-Baptiste Hostache. Parution le 09/09/2020 aux Humanoïdes Associés.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Grand Theft Me

En cette année 1889; Sélène Fouquart est l’une des médiums les plus réputées de Paris. Pour peu que vous croyiez au spiritisme, vous pouvez aller la consulter pour entrer en communication avec un défunt. Un jour cependant, ce n’est pas n’importe quel mort qui se manifeste: Victor Coqueret, surnommé l’Étrangleur, guillotiné pour ses crimes odieux.

Désespérée, Sélène va demander de l’aide à l’homme qui arrêta son terrible mari: le lieutenant Eudes Lacassagne, la fine fleur de la Sureté de Paris. Cet homme taciturne, à la fois respecté et redouté par ses pairs, ne croit pas aux fantômes. Et pourtant, des faits troublants vont peu à peu donner raison à la veuve voyante. Un esprit frappeur rôde-t-il réellement dans les rues de Paris ?

Paris et ses poltergeists

Lacassagne, secondé par les bras cassés de la police parisienne, va débuter cette enquête singulière avec comme qui dirait, un sourcil levé. Mais le limier torturé va vite comprendre le sérieux de la menace lorsque de nouvelles victimes sont découvertes, des personnes ayant toutes un lien avec l’Étrangleur.

L’inspecteur ne néglige alors aucune piste et considère tous les acteurs de cette affaire comme de potentiels suspects. Mais que fera-t-il lorsque les indices pointeront même vers lui ?

Bienvenue dans ce récit tiré de l’univers de la 25e heure, univers précédemment développé sous forme romanesque par Feldrik Rivat. L’album réussit très bien le mélange entre un Paris fantasmé en steampunk et une intrigue paranormale dans la lignée du Témoin du Mal. L’auteur joue la carte d’un protagoniste badass qui oscillerait entre un Sherlock Holmes et une Adèle Blanc Sec, ce qui fonctionne assez bien dans ce type de récit.

On peut donc dire que les auteurs savent poser un décor et une ambiance, notamment grâce aux dessins de Jean-Baptiste Hostache, que l’on pourrait ici comparer à un jeune Mike Mignola.

La Naissance du Tigre semble servir de prélude à un univers riche et intriguant, une bien bonne lecture !

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Spirite tome 1: Tunguska

La BD!

Premier album de 56 pages, écrites et dessinées par Mara, parution le 01/10/2020 aux éditions Drakoo.

Esprit(s) de contradiction

Ian Davenport est un jeune homme malhabile mais passionné par son travail. Parcourant les rues de New York avec son mentor Boris Voynich, il étudie et répertorie un genre tout particulier de créature: les spectres.

En effet, ces derniers existent bel et bien, et peuvent être observés pour peu que l’on soit dûment équipé. Ian et Boris les ont même catégorisés en dix classes différentes, en fonction de leur capacité à se manifester dans le monde matériel.

Malheureusement, le passé mystérieux de Boris finit par le rattraper, et Ian assiste ainsi, impuissant, à l’assassinat de son mentor par une singulière silhouette surgie du passé. Ce n’est que le début des ennuis pour le jeune spiritologue. D’autres éminences du domaine sont tuées, toutes reliées d’une façon ou d’une autre à la même expédition, celle qui suivit la célèbre explosion de Tunguska.

Who you gonna call ?

Désespéré, Ian se tourne vers la police pour résoudre ces meurtres. Cependant, il subit la mauvaise réputation de sa discipline jugée fantaisiste et ne récolte que du mépris de la part des forces de l’ordre, qui haussent les épaules sans écouter ce que le pauvre homme a à dire.

C’est alors qu’il fera la rencontre de Nell Lovelace, jeune journaliste qui vit dans l’ombre de sa brillante mère. Employée à contrecœur dans la rubrique paranormale d’un journal sans envergure, Nell, sceptique, voit dans l’histoire de Ian l’occasion de se faire remarquer par un scoop tonitruant, et se voit déjà félicitée pour avoir résolu une série de meurtres. La jeune reporter embarque donc le spiritologue en détresse pour une aventure qui promet d’être dangereuse.

Pour cette rentrée 2020, les éditions Drakoo attaquent fort avec cette nouvelle série fantastique. L’album débute dans le feu de l’action, par un énigmatique flash-back, avant de nous présenter de façon efficace les différents protagonistes de la série. Le ton est léger, en revanche les enjeux restent suffisamment sérieux pour que l’on soit pris dans l’histoire. On appréciera notamment que l’auteure évite l’écueil habituel voulant forcément présenter les revenants comme hostiles, et qu’elle préfère plutôt les développer sous un jour plus neutre, voire plus bienveillant.

Le graphisme de Mara fait ici des merveilles, son trait s’approprie avec grâce l’ambiance et l’architecture du New York des années folles (même si l’histoire est sensée se dérouler durant la Grande Dépression). Ses personnages sont tous très bien designés et expressifs, rendant la lecture d’autant plus agréable pour ce premier tome. Le tout porte une patte très particulière renvoyant aux codes de l’animation 2D.

Spirite est un album beau et efficace, une très belle sortie à ne pas manquer !

***·BD·Nouveau !

Buyan, l’île des morts

La BD!

Histoire complète en 196 pages, écrite par Xabier Etxeberria et Martin Etxeberria, dessinée par Martin Etxeberria. Parution le 06/11/2019 aux éditions Akileos.

Nul homme n’est une île

Maansi vient de la lointaine Nénétsie, une province inhospitalière située par-delà la toundra. A cette époque, le continent eurasien est en proie à de violentes guerres de conquêtes, initiées par l’empereur mongol Genghis Khan et perpétuées par son petit-fils, Batu Khan.

Maansi, qui vivait une existence paisible au sein de sa tribu et auprès de son épouse Sudam, s’est retrouvé pris dans la tourmente de la guerre, entre les conquérants mongols et les seigneurs slaves qui défendaient leurs terres gelées. Désormais veuf, Maansi entame un périple à travers la toundra afin d’atteindre la mythique Buyan, l’île par laquelle transitent les morts, dans l’espoir d’y retrouver sa femme. Il sera accompagné par son fidèle ami Noho, un chien-loup aussi futé qu’attachant.

Durant son périple, Maansi devra éviter les embûches et les dangers mortels qui arpentent les plaines glaciales: les soldats mongols d’une part, et les bogatyrs (chevaliers slaves) d’autre part. Il fera la rencontre d’autres âmes errantes comme lui, et fera face à des échos surgis de son douloureux passé.

Le Royaume des loups et des cygnes

Comme vous l’aurez compris, Buyan nous promet une épopée faite de grands espaces blancs, propices aussi bien à l’introspection qu’à de grandes scènes de bataille entre slaves et mongols. De ce côté là, nous ne pouvons être déçus, notamment grâce à l’écriture des frères Etxeberria, couplée à un dessin un aéré et reprenant parfaitement les codes de l’animation.

Dès le premier acte, les auteurs posent les jalons d’une intrigue politique, où les jeux d’influence et de conquête sont à même de déterminer le sort du continent tout entier. Cependant, ce contexte historico-politique, passionnant au demeurant, ne sera pas davantage exploité et servira simplement de toile de fond à l’odyssée de Maansi, qui n’a finalement que faire des hommes de pouvoir et de leurs ambitions.

Le thème du deuil est ici central, mais traité de façon à éviter le pathos qui y est généralement associé. En fiction, la vengeance est souvent corollaire du deuil, et Buyan arrive à nous surprendre assez habilement de ce côté-là.

L’irruption du fantastique se fait assez tardivement dans l’album, car, durant les deux premiers tiers, le lecteur est encore en droit de considérer que Buyan n’est qu’un mythe, et que le voyage de Maansi relève davantage du pèlerinage symbolique que d’une véritable quête pour retrouver son amour perdu.

Buyan, l’île des morts va vous emmener dans les steppes glacées de ce qui deviendra plus tard la Russie, dans une quête mêlant mythologie et Histoire. Une belle découverte chez Akiléos !