****·Comics·East & West·Jeunesse

Middlewest

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Comic de Skottie Young et Jorge Corona
Urban (2020-2021) env. 130p./album. Série finie en 3 volumes.
Info, Sélection officielle du 48e Festival d'Angoulême - Editions DupuisPrix jeunesse 12-16 ans Angoulême 2021

Série publiée en trois volumes chez Urban Link (label ado d’Urban comics) rassemblant les 18 chapitres de l’édition américaine publiée en 2018 chez Image. Les ouvrages sont au format comics, brochés, la première édition comportant les couvertures originales et des carnets de croquis.

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Abel est un p’tit gars du Middlewest qui n’a qu’une envie: que son paternel soit fier de lui. Il se lève tôt pour livrer le journal… mais rien n’est assez. Depuis le départ de sa mère, Dale maîtrise mal sa colère intérieure qui explose dans des accès de violence destructeurs. Abel se voit contraint de fuir à la recherche d’une enfance perdue…Middlewest, la recensione: di genitori, figli e tornado | Lega Nerd

mediathequeL’univers graphique coloré et géométrique du vénézuelien Jorge Corona claque immédiatement aux yeux. Si l’inspiration est celle du titre, ces plaines américaines balayées par les vents et cœur des Rednecks, ces populo qui habitent dans des caravanes et se constituent des communautés voyant les lois comme très lointaines, Skottie Young habille son monde d’un vernis steampunk et magique subtile qui Middlewest #15 | Image Comicspermet de basculer immédiatement dans la fable. Jamais loin du Magicien d’Oz et de tout l’imaginaire populaire américain, le scénariste vise néanmoins un propos relativement sombre, celui d’un jeune garçon victime de violences paternelle et qui doit partir en quête de sa propre identité. Afin de lui donner une magnifique concrétisation graphique, cette colère prend la forme d’une sorte de malédiction qui frappe cette famille, un mal d’amour qui transforme ses hôtes en des sortes de golems de tempête, des créatures de vent dont le potentiel destructeur ravage tous l’environnement, semant mort et désolation. Accompagné par un compagnon à la forme de renard parlant, une sorte de bon génie qui lui permet de rester maître de son corps, Abel est touchant dans sa fuite et sa recherche d’une famille d’adoption aimante, ce à quoi devrait avoir droit tout enfant.

L’idée de ces tempêtes est excellente puisqu’elle incarne dans un monde de magie cette réalité d’éléments du continent américain, cette nature indomptable, ces tornades qui deviennent des sortes d’esprits punitifs. L’approche psychanalytique du comic lui donne un propos à la lisière de la BD ado et adulte, le récit et l’univers graphique permettant toutefois une lecture très accrocheuse dans ces deux catégories de lecteurs. Pourchassé par ce père qui ne sait contrôler sa furie mais ne se pardonne pas son incapacité à aimer son fils, Abel se voit bientôt touché par ce « pouvoir » et seule l’amitié des forains qu’il va rencontrer lui permettra de maîtrises la malédiction. Comme dans tout bon conte, les drames relationnels, les failles intérieures se matérialisent.

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*****·Manga·Nouveau !

L’attaque des Titans #34

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Dernier tome de la série créée par Hajime Isayama. Sortie le 15/10/2021 aux éditions Pika.

Amour, mort et génocide

Coup de coeur! (1)

Après de lourds sacrifices et de nombreux rebondissements, Eren est parvenu à s’emparer du pouvoir du Titan Originel, coiffant au poteau son demi-frère Sieg qui pensait pouvoir manipuler notre héros afin de mettre à exécution son plan d’éradication douce du peuple eldien, dépositaire involontaire du pouvoir des titans.

Mais Eren avait tout prévu, et ce depuis déjà un moment. Fort du pouvoir véritable du Titan Assaillant, Eren avait fait naviguer sa conscience dans les méandres du passé et du futur, allant même jusqu’à influencer son père lors d’un événement crucial, afin que toutes les pierres sur son chemin s’alignent favorablement et lui permettent d’accéder à la victoire.

Car loin de se résoudre à l’éradication, Eren a opté pour une approche bien plus radicale en vue de régler le conflit qui oppose l’empire Mahr à Eldia: le Grand Terrassement, procédé au cours duquel le Titan Originel libère les milliers de Titans Colossaux enfermés dans les murs de l’île de Paradis, pour qu’ils piétinent tout sur leur passage.

Eren est donc devenu un génocidaire, et c’est à Armin, Mikasa, Reiner, Annie et d’autres guerriers eldiens qu’il revient de tout mettre en œuvre pour le stopper. Fidèle à sa philosophie, Eren fait cependant bien comprendre à ses amis qu’il ne contreviendra pas à leur liberté, alors qu’il le pourrait grâce à l’Originel, mais qu’il utilisera la sienne pour aller au bout de son plan. Alors que les morts s’accumulent, l’escadron final mène une course ventre à terre qui se termine par un assaut désespéré contre le monstre qu’est devenu leur ami d’enfance. Auront-ils la puissance nécessaire pour achever leur mission ? Mais, plus important encore, auront-ils en eux une résolution suffisante pour abattre Eren ?

Mikasa es su casa

Nous y voici, la conclusion la plus attendue depuis celle de Game of Thrones nous parvient enfin, à nous autres lecteurs VF. D’ailleurs, l’auteur a clairement fait référence à la fin plus que controversée de la série médiévale lors d’une interview, expliquant qu’il souhaitait éviter le désastre en fournissant aux lecteurs la fin la plus cohérente et satisfaisante possible.

Il y est parvenu par certains aspects, même si ce chapitre final et son épilogue soulèvent leur lot d’interrogations et de points de friction pour les fans hardcore. Il n’en demeure pas moins que ce final est épique à souhait, et nous offre ce que l’on était en droit d’attendre en terme d’intensité et de tragédie. Isayama fait encore une fois la démonstration de la maîtrise de son œuvre, qui se veut marquante et intemporelle, mais aussi amère et sombre.

Il a été reproché à plusieurs occasions au mangaka une posture fascisante, ses détracteurs s’appuyant sur la philosophie radicale du protagoniste pour présumer que l’artiste en faisait son porte-parole. Effectivement, on peut déceler dans l’écriture d’Isayama, ainsi que dans certaines interviews ou tweets, un vif intérêt pour certains courants politiques ayant œuvré pour la remilitarisation du Japon, ou encore des cercles de penseurs nostalgiques du Japon impérial et colonialiste. Il appartient à chacun de juger de l’impact des opinions supposées de l’auteur sur son œuvre, le principal est d’apprécier les émotions convoquées par le manga en tant que tel.

SPOILER ALERT pour ceux d’entre vous qui n’auraient pas lu la fin du manga.

La mort d’Eren des mains mêmes de Mikasa était une conclusion logique, presque inévitable, dont les indices étaient semés bien en amont. Le thème du sacrifice d’un être cher pour le bien commun n’est finalement pas si répandu que ça, mais on peut tout de même en trouver quelques exemples (demandez à Agamemnon, ou bien Psylocke, qui tue Archangel dans Uncanny X-Force, ou Wolverine qui tue Jean Grey dans X-men 3…) qui montrent bien que c’est une mécanique puissante sur laquelle Isayama a bien fait de s’appuyer.

Le personnage d’Eren sera donc resté fidèle jusqu’au bout à sa soif de liberté et à son désir d’avancer quels que soient les obstacles. Cependant, les révélations qu’il faites à Armin alors que les deux amis discutent au-delà du temps dans la dimension qui relie tous les eldiens, tendent à montrer qu’Eren n’a finalement fait que suivre un chemin qu’il pensait nécessaire à l’accomplissement de son destin.

La notion de Liberté est donc toute relative pour le mangaka, qui adopte une posture littéralement tragique au travers de ce héros qui aura tout sacrifié au nom de la Liberté dans le seul but d’accomplir une destinée, soit l’antithèse de la liberté. Avec un peu de recul, on réalise d’ailleurs que ce n’est pas un hasard si la dimension d’où chaque titan tire son pouvoir se nomme le Chemin. C’est en fait celui du Destin, une voie toute tracée pour chaque eldien dont même l’Assaillant n’aura su s’écarter.

Outre cette opposition entre liberté et destin, l’auteur nous plonge dans les méandres du temps et du déterminisme, nous révélant qu’Eren, en devenant le Titan Originel, a accédé à un autre plan d’existence, dans lequel passé, présent et futur sont simultanés, ce qui signifie qu’il a, depuis la première page du manga, influé sur les événements dans le but d’aboutir à l’issue qui nous est présentée. En se sacrifiant ainsi, Eren aura donc œuvré pour ses deux objectifs, à savoir éradiquer les titans et assurer l’avenir des siens.

Tout était donc pensé et implémenté depuis la genèse de la série, et aboutit donc à une conclusion douce-amère. Il appartiendra ensuite à chaque lecteur de juger cette fin à l’aune de ses propres attentes.

***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Ennemis # 2: Blanc

La BD!

Dernier tome de 56 pages du diptyque de Kid Toussaint et Tristan Josse, parution chez Grand Angle le 28/04/21.

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Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

La revanche des incapables

Alors que la Guerre de Sécession fait rage entre les États de l’Union et les États Confédérés, le Colonel Cooke, de l’Union, charge son homme de confiance, le Lieutenant Kaine, de mener un escadron ayant pour mission de capturer Jeb Stuart, officier confédéré dont les troupes harcèlent l’Union.

Cependant, le Colonel Cooke a omis de mentionner à Kaine que son escadron ne serait composé que de cinq soldats, et pas des foudres de guerre. Ainsi le valeureux nordiste embarque-t-il avec Livingstone, dandy égotiste, le robuste Noto, porté sur la boisson, Kaverin, artificier mutique, l’atrabilaire Reilly, et le jeune Watkins. Il y a des missions qui ressemblent à des missions-suicides. Et d’autres qui SONT des missions suicides.

Lors du premier tome, le scénariste distillait des indices et des pistes, laissant penser qu’aucun des membres de l’équipe n’était digne de confiance. En effet, chacun d’entre eux a un vécu singulier, et a quelque chose qui pourrait, ou pas, le lier au camp adverse.

Fidèle à la méthode employée dans le premier tome, KT utilise donc de nombreux flash-back afin d’entrecroiser les destinées de ces pieds-nickelés en tunique bleue. A première vue, il n’en ressort pas un sentiment de complétude, comme c’est le cas dans les bons récits chorals, mais plutôt d’heureux hasard.

L’action n’en demeure pas moins intéressante, notamment grâce au face-à-face final entre nos héros et les forces confédérées. Les sous-titres des deux albums, Blanc et Noir, laissaient entendre une éventuelle inversion de point de vue, mais il n’en est rien, l’attention est bel et bien maintenue sur Kane et sur ses hommes.

On parlait plus haut d’un final spectaculaire, mais on déplore qu’il ne se fasse qu’au prix de la résolution de certaines des sous-intrigues, qui sont expédiées en fin d’album, comme on le voit souvent sur un format de 56 planches.

Le diptyque s’impose néanmoins comme une aventure sympathique et débrouillarde, mêlant action et suspense.

***·BD·Nouveau !·Service Presse

Ennemis #1: Noir

La BD!

Premier tome de 48 planches d’un diptyque écrit par Kid Toussaint et dessiné par Tristan Josse, avec Vera Daviet à la couleur. Parution le 03/03/2021 aux éditions Grand Angle.

bsic journalism

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Une Guerre Si Vile

Alors que la Guerre de Sécession fait rage entre les États de l’Union et les États Confédérés, le Colonel Cooke, de l’Union, charge son homme de confiance, le Lieutenant Kaine, de mener un escadron ayant pour mission de capturer Jeb Stuart, officier confédéré dont les troupes harcèlent l’Union.

Cependant, le Colonel Cooke a omis de mentionner à Kaine que son escadron ne serait composé que de cinq soldats, et pas des foudres de guerre. Ainsi le valeureux nordiste embarque-t-il avec Livingstone, dandy égotiste, le robuste Noto, porté sur la boisson, Kaverin, artificier mutique, l’atrabilaire Reilly, et le jeune Watkins. Il y a des missions qui ressemblent à des missions-suicides. Et d’autres qui SONT des missions suicides.

Les Dix petites tuniques bleues du Sécession Express

Comme si cela ne suffisait pas, il s’avère que l’équipe de Kane comporte très certainement un traître, fidèle aux confédérés et à la fameuse Cause Perdue. Au fil des pages, chacun des protagonistes aura donc droit à un portrait, dressé par les autres soldats de la compagnie du Colonel Cooke, nous révélant leur potentiel de traitrise. Cependant, au cœur d’une période aussi troublée, avoir des liens avec l’autre camp est presque inévitable et ne saurait être une preuve de sédition…à moins que ?

Ce début d’année voit le scénariste Kid Toussaint s’imposer avec pas moins de trois albums parus à quelques jours d’intervalles (Absolument Normal, Love Love Love et Ennemis). Pour celui-ci, l’auteur s’empare du contexte historique de la guerre de Sécession pour construire une aventure autour d’un aréopage de marginaux disparates comme on les aime généralement en fiction (qui en est généralement très friande, pensez à la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, Armageddon, les Sept Mercenaires, Inglorious Bastards, Gardiens de la Galaxie, etc). Avec le thème de la taupe infiltrée, KT ajoute en sus un peu de mystère, façon Agatha Christie. Y-a-t-il bien un traître dans l’équipe ? Le sont-ils tous ? Le second album devra nous apporter la réponse.

Le thème choisi par l’auteur permet d’explorer une nouvelle fois les ramifications de l’esclavage au sein de la nation américaine et la dichotomie entre le Nord industrialisé et le Sud plus agricole donc plus dépendant de la main d’œuvre contrainte. Une guerre civile est avant tout une guerre fratricide, la Civil War n’est pas en reste puisqu’elle a causé pas moins de 750000 morts, déchirant des familles et des états en deux.

Côté graphique, Tristan Josse, dont c’est le deuxième album, se débrouille très bien en jonglant entre un style caricatural et des scènes au ton plutôt grave/violent.

***·BD·Documentaire

La petite bdthèque des savoirs #19

Zombies
BD de Richard Guerineau
Le Lombard (2017), 56 p., La petite bdthèque des savoirs #19

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Je poursuis ma découverte des excellents bouquins de la Bdthèque des savoirs avec un volume illustré par Richard Guerineau. L’album au format comics est comme d’habitude agrémenté d’un texte (brut) d’introduction à la thématique, sorte de grosse préface, et de bibliographies proposées par l’illustrateur et par l’auteur du texte visant à prolonger la thématique.

Le sujet des Zombis (distingués des Zombies, transposition culturelle dans l’imaginaire créatif) est lié au Vaudou africain, basé au Bénin, avant de passer en Haïti avec les esclaves transplantés. C’est une religion syncrétique par excellence, sorte de patchwork entre christianisme magique, animisme africain et culture populaire liée au monde des morts. Ce document nous détaille les origines mais surtout le fonctionnement de la zombification, sorte d’empoisonnement par un puissant psychotrope tétanisant la victime pour la rendre visiblement morte. Il s’agit de démarches criminelles aboutissant à la mise en esclavage de la victime par le commanditaire, nouant avec les manipulations sexuelles, familiales ou d’argent qui sont coutumières dans les sociétés traditionnelles, y compris en France au XIX° siècle…

L’explication est clinique mais ne prends pas le temps de se pencher sur les raisons socio-ethnologique de ce phénomène ni sur son échelle. Le sujet est en effet vaste et intimement lié à la société haïtienne et le format de la collection ne permet pas de déborder du cadre stricte des Zombis. La mise en forme et en couleurs (avec sa technique crayonnée) de Guerineau est superbe et donne envie de lire une bd de l’illustrateur du Chant des stryges sur ce thème… Le volume pourra vous aider à entrer dans la série de comics Shadowman qui reprends beaucoup d’éléments au vaudou et aux zombis, ce numéro de la petite bdtheque démontrant la grosse documentation des auteurs américains de Shadowman.

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****·Comics·East & West·Numérique·Service Presse

Shadowman

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Comic de Justin Jordan, Patrick Zircher, Peter Milligan, Roberto de la Torre, …
Bliss comics (2018) – Valiant (2012), 608 p.

bsic journalismMerci aux éditions Bliss pour cette découverte.

couvs_shadowman_rv-1-600x922Shadowman est une étrange série qui demande de la patience… que remplit parfaitement l’intégrale proposée par Bliss, l’éditeur des comics Valant! Ce très gros volume est très bien mis en page (quelques coquilles néanmoins), notamment sur le plan graphique avec l’ensemble des couvertures originales des épisodes (j’adore celles de Johnson, dont l’illustration choisie pour la couverture de l’intégrale) et une véritable orgie d’illustrations (couvertures alternatives et planches n&b). Malgré une page d’aide de lecture pour raccrocher la suite des aventures du Shadowman dans les autres séries Valiant, on aurait aimé un peu plus d’éditorial comme une introduction à l univers du personnage et à son histoire éditoriale. A noter que la dernière page laisse entendre un reboot en 2019… La série Shadowman est parue en 1992 et a été relancée en 2012 avec six volumes présents dans cette intégrale.

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Jack Boniface est un cajun de la Nouvelle-Orléans, orphelin placé en centre d’accueil et ayant appris à se débrouiller seul. Mais il est aussi l’héritier des Shadowman, généalogie de porteurs de l’esprit vaudou (Loa) « ombre » qui combattent les créatures des ténèbres. Son père, le dernier porteur, à été tué dans son combat avec le très puissant maîtres des arts obscures Darque. Happé malgré lui dans un monde de magie, d’ombres et d’esprits, il apprendra la guerre occulte que se livres des groupes humains, la réalité des liens entre monde des morts et celui de ses vivants… mais surtout il apprendra à retrouver un passé enfoui est une relation complexe entre amour et mort…

Reprenant des éléments de Batman dans un univers vaudou complexe, Shadowman apporte une vraie originalité dans la relation que le porteur du Loa Jack Boniface assume avec cet esprit violent qui en fait le fléau des esprits maléfiques …mais aussi de ses contemporains! La part d’ombre et la violence intrinsèque du héros le rapprochent du Bruce Wayne tourmenté chassant ses chimères.

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La première partie qui entre en matière très rapidement introduit le porteur de Shadowman et son ascendance ainsi que le grand méchant Darque, une des grandes forces du comics! L’intrigue est très classique mais permet d’introduire les différents personnages et l’univers magique de la série.

Puis un second arc voit Darque tenter une bonne fois pour toute de rompre la barrière entre les mondes. Le fait de laisser son rôle très mystérieux en regard de sa puissance qui rend le Shadowman relativement dérisoire, apporte une tension inattendue. Si les pages se déroulant dans le monde réel sont très correctes graphiquement, celles situées dans l’autre monde sont remarquable, la technique utilisée instaurant une atmosphère voilée et sombre très originale et bien vues.

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L’intégrale nous propose ensuite de découvrir l’origine de Darque. Cette partie arrive a point nommé pour réactiver la connaissance de cet univers. L’un des meilleurs moments de l’intégrale.

Les épisodes suivants sont très anecdotiques, histoires courtes du Shadowman de couplées de l’intrigue principale, avec des dessins très inégaux. C’est un peu le principe d’une intégrale que d’avoir l’ensemble des histoires qu’elle que soit sa qualité.

Le gros arc s’oriente sur un Jack Boniface luttant avec son Loa, esprit qui le hanté et le rend violent… on continue à avoir une explication progressive de l’univers de Shadowman. C’est appuyé par des dessins remarquables de Roberto De la Torre qui avait introduit les séquences du monde des morts sur le premier arc.

Si le destin de maître Darque et de Dox sont très surprenants, ils prennent cohérence une fois toute la série achevée. Commençant en série d’action avec des dessins chouettes mais assez classiques notamment sur la colorisation, Shadowman évolue dans sa seconde de partie vers un drame plus intimiste, liant l’histoire tragique de Jack avec la malédiction familiale appuyée par un graphisme plus adulte, plus complexe et une chute à la fois inéluctable, tragique et permettant une prolongation passionnante.

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Cette intégrale paraîtrait au final presque comme une introduction à une large saga qui ne ferait que commencer. Quel plaisir en tout cas de voir une BD de super-héros ( mais en est-ce une?) aussi mâture et assumant des choix scénaristiques risqués.

Bliss vient de sortir le crossover ninjak/shadowman Rapture, qui devrait prolonger le récit. Après des hauts et des bas pendant la lecture, dus notamment aux nombreux changements de dessinateurs, à l’entrée en matière assez abrupte et aux quelques épisodes dispensables en milieu de volume, cette intégrale, outre le fait d’être un beau bouquin, est au final une très belle expérience, une belle découverte graphique et une immersion dans un univers fascinant que l’on n’a que très rarement l’occasion de voir en BD. Du coup j’attends avec impatience de lire ce qu’il adviendra de Jack Boniface…

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Et la critique vidéo de Sweepincomics.

**·Comics·East & West·Rapidos·Service Presse

L’armure de Shanhara

esat-westComic de Robert Venditti et Cary Nord
Bliss comics (2017), Ed. US Valiant 2012) 118p. Série X-O Manowar #1/5
Lu en version numérique grâce à Iznéo.

x-o-manowar-tome-1-couverture-bliss-comics-600x923Comme décrit dans mes précédentes chroniques de comics Valiant, l’édition française est remarquable, en proposant systématiquement une cartographie iconographique très originale et qui aide bien à s’y retrouver dans le contexte soit historique comme ici, soit dans l’univers Valiant afin de raccrocher les wagons entre les différentes séries et personnages.

Aric le Wisigoth part dans une guerre perdue d’avance face à la puissance de l’envahisseur romain lorsqu’il est enlevé par une race d’extraterrestres qui vouent un culte à la légendaire armure de Shanhara. Contre toute attente c’est lui, un étranger, qui sera « choisi » comme hôte par l’armure, le dotant de pouvoirs surpuissants. De retour sur Terre plusieurs siècles plus tard, Aric va se retrouver confronté à une conspiration impliquant ce fameux peuple extra-terrestre…

Ce premier épisode de la seconde série X-O Manowar  (la première date des années 90 et la troisième vient de faire l’objet d’une édition intégrale chez le même éditeur Bliss avec des dessins modernisés) introduit l’histoire entre trois univers: l’antiquité tardive pour le début de l’histoire, le vaisseau des Vignes sur une période de plusieurs années d’esclavage et l’époque actuelle à laquelle réapparaît le héros. Tout va très vite et la cohabitation entre ces trois univers graphiques et thématiques intrigue. Les grandes lignes de l’histoire se devinent néanmoins dans les dernières pages avec la découverte de cette armure (qui fait un peu penser à Iron Man) et d’une conspiration initiée en début d’album et qui permettra de se raccrocher sans doute avec les autres arcs et héros de l’univers Valiant, à commencer par Ninjak, dès le second épisode. A noter les très belles couvertures des épisodes et notamment celle du premier, réalisée par l’excellent Esad Ribic.

Cette introduction est assez bateau dans sa trame et l’on a du mal à s’intéresser au personnage principal. Les dernières planches éveillent notre intérêt et j’espère que les choses sérieuses commencent rapidement dans le second volume. L’intérêt de l’univers Valiant est son interconnexion avec certains personnages vraiment attrayants (Ninjak rencontré dans The Valiant, Toyo Harada ou les organisations non gouvernementales). Surtout, les dessins sont assez faibles en regard des autres productions Valiant. Le reboot de la série qui vient de sortir semble dotée de graphismes beaucoup plus forts et personnellement je continuerais sur la nouvelle version.

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BD·Service Presse

Les Déchaînés

 BD de Fred Pontarolo
 Editions Sarbacane (2017)
 Reçu en SP version numérique

Les Déchaînés nous emporte en Martinique quelques années après l’abolition de l’esclavage, alors que la vie entre propriétaires blancs et ouvriers noirs peine à sortir des traditions de propriété, de violence, de haine. Le fils du propriétaire, éduqué par un précepteur féru des Lumières passe son temps avec ses amis noirs et notamment Amélia. Au sortir de l’enfance les premiers émois sexuels tendent à changer leur relation d’amitié ainsi que le fragile équilibre entre les deux communautés.

La très jolie illustration de couverture masque quelque peu la dureté de cette histoire intéressante aux atmosphères des romans de Le Clezio. Il n’est pas question de voiliers ou de mer mais bien de relation entre noirs et blancs dans cet album. J’avoue que le dessin m’a laissé sur ma faim par une technique que l’on peut trouver dans des premiers albums et il est heureux que la colorisation et l’apposition de jolies textures (bien maîtrisées) donnent du corps à ces images. De même le découpage est par moment un peu rapide (mais la lecture sur écran a pu accentuer cela).

les-decc81chainecc81s-bd_p34-35L’histoire en revanche est bien menée, intéressante et transcrit bien le mélange de violence latente et de torpeur lascive d’une vie chaude dans les îles. Certains dialogues peuvent sembler manichéens mais les thématiques (l’ouverture des Lumières, la liberté individuelle, l’émancipation des individus de leur condition, la jalousie des faibles,…) enrichissent cette histoire d’amitié enfantine. L’auteur aurait pu laisser plus de place aux aventures des gamins dans des paysages de terre et de feuilles. Au final cet album laisse une impression mitigée d’ouvrage semi-amateur par un auteur qui a déjà presque 20 ans de métier. J’avais eu les mêmes difficultés avec le dessin de Bablet sur « Shangri-la«  mais de l’ensemble ressortait une impression bien plus maîtrisée.

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