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Le chevalier à la licorne

BD de Stephane Piatzszek et Guillermo Gonzalez Escalada.
Soleil – Quadrants (2015).

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Jolie couverture intriguante, typo de titre originale, intérieur de couverture identique des deux côtés représentant une sorte de peinture rupestre avec des licornes. Imprimé en Belgique.

Cet album est un petit miracle sorti de nulle part! Réalisé par un scénariste chevronné mais peu connu et par un artiste espagnol dont c’est la première (et unique à ce jour) BD, il raconte l’itinéraire du chevalier Hospitalier Juan de la Heredia (personnage historique qui a bâti les remparts d’Avignon) après sa « mort » à la bataille de Crécy qui marque le début de la guerre de cent ans. Lors de cet événement d’une violence rare, le chevalier rencontre une licorne, animal légendaire, qui semble le ramener à la vie et le hante désormais pour le reste de son existence…

chevalier20licorne203Les grands one-shot sont portés par l’ambition de leur projet autant que par la qualité de leur réalisation. Il est surprenant de trouver ce volume chez Soleil, plus habitué aux séries qu’aux projets d’auteurs. Ici le mythe surpasse très rapidement le cadre historique (pourtant si élégant). Le fil rouge est l’hypothétique folie de cet homme ramené d’entre les morts par un animal imaginaire. Tout au long de sa quête du sens de sa résurrection, Juan va s’interroger sur une impossibilité: les licornes sont imaginaires, et pourtant il est bien mort sur le champ de bataille de Crécy… x6-9-c794aq1469028668-pagespeed-ic-kwocx1859tAprès sa fuite d’une prison anglaise il va errer en bordure du monde des hommes, bravant la mort dans unique but: rattraper la licorne qu’il voit au loin, pour comprendre. Boucher au début de l’ouvrage, ermite puis chevalier à nouveau, il s’agit autant de la quête du sens de son époque barbare que d’un parcours intérieur vers la civilisation.

Je reparle à nouveau de l’école espagnole, tant la qualité du trait et de la licorne23colorisation (que certains trouveront trop numérique) d’Escalada est rare. La rage qu’il met dans ses visages, l’esthétique et la poésie de ses plans larges constituent l’une des BD les plus impressionnante graphiquement des 10 dernières années. Le trait est dur mais précis, l’élégance de son style permettant de laisser la violence au contexte sans la reproduire graphiquement. Je n’ai trouvé aucune information biographique sur cet illustrateur bien trop rare. En espérant que ce projet totalement réussi lui donne envie de nous offrir à nouveau son talent.

 

 

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Ce billet fait partie de la sélection  22528386_10214366222135333_4986145698353215442_nhébergé cette semaine chez Mo

BD·Comics·Guide de lecture

BD: l’école hispanique?

Profitant des grâces d’une bibliothèque, j’ai découvert récemment la BD Jazz Maynard, étant complètement passé à côté à l’époque car… je croyais qu’il s’agissait d’une BD sur la musique!

C’est une véritable découverte graphique que l’album dessiné par le barcelonais

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Ignacio Roger, tant je n’avais jamais vu un tel dynamisme associé à une maîtrise technique depuis les grandes heures de Masamune Shirow sur Appleseed 4 (et la mythique baston au couteau à l’épée). Enfin, réflexion faite si, et récemment… sur le Blacksad d’une autre duo espagnol… Même maîtrise technique (anatomies, perspectives,…), même utilisation de l’encrage, même goût pour les ombres, enfin, même ahurissante lisibilité lors des scènes dynamiques… Du coup, interloqué, je me suis penché sur une hypothèse farfelue, celle d’une Ecole ibère en matière de graphisme BD.blacksad_02_iz_24139-3thoom

Après un tour d’horizon je vois cette liste d’auteurs récents d’origine hispanique ou sud-américaine: Guarnido (Blacksad), Roger (Jazz Maynard), Jose Luis Munuera (Sous le signe de la Lune, Les Campbell,…), Montllo (Warship Jolly Roger), Marcial Toledano (Tebori), Guillermo Gonzalez Escalada (le Chevalier à la licorne), José Homs (Shi), Joe Madureira, Joe Quesada, Ignacio Noé, Juan Gimenez,…

tumblr_nw2vd8e2xc1sbbfwho3_12801Ok, tous n’ont pas la même technique des premiers cités. Mais tous (ou presque) ont fait parler de leurs BD sur le plan graphique et notamment par une technique sans accrocs. Lorsque l’on regarde les techniques des illustres « comics-illustrators » que sont Quesada et Madureira la proximité est saisissante avec Guarnido et Roger dans cette approche d’un trait avec forte utilisation des noirs et un mélange de traits presque cartoon et hyper précis à la fois. Chacun sait que Guarnido a bossé chez Disney et que les studios d’animation sont gros consommateurs d’artistes de talent et extrêmement formateurs sur le plan technique. Je ne connais pas les bio de tous les dessinateurs cités dans ce billet mais m’est avis que de telles techniques ne s’acquièrent pas que par leur seule formation ou par l’observation.

A partir de là, beaucoup d’autres hypothèses sont possibles: l’influence du comics (lui-même totalement redigéré depuis les années 80 par une foule d’illustrateurs étrangers ou d’origine latino-américaine) sur les auteurs espagnols? Le poids en France de la Ligne claire par contraste avec d’autres influences outre-pyrénées?

Toujours est-il que ces illustrateurs poussent très loin le dynamisme et la « mise en vie » de leurs cases en prouvant que les mangaka ne sont désormais plus seuls maîtres à bord. Roger est pour moi une énorme claque graphique, la première depuis Ronan Toulhoat ces dernières années et je vous invite à suivre de très près ses prochaines créations.