***·Comics·East & West·Nouveau !

No One’s Rose

Histoire complète en 160 pages, écrite par Emily Horn et Zac Thompson, dessinée par Alberto Albuquerque. Parution aux US chez Vault Comics, parution française avec le concours de Komics Initiative le 25/02/2022.

L’Arbre et la Vie

L’Homme le savait, et pourtant, l’Homme n’a rien fait. Lentement mais sûrement, l’Anthropocène aura détruit l’équilibre fragile de la nature, jusqu’à ce que cette dernière ne soit plus en mesure de sustenter la vie. Devenue inhospitalière, puis carrément hostile, la planète Terre a agonisé dans un dernier soubresaut qui promettait l’extinction du genre humain, mais aussi de toutes les autres formes de vie qui avaient passé des milliards d’année à s’adapter.

C’était sans compter sur l’ingéniosité humaine, qui ne réalise son potentiel que lorsqu’elle a atteint le précipice ou lorsqu’elle peut en retirer un gain immédiat. Les derniers scientifiques humains sont parvenus à maintenir la vie dans un périmètre restreint, une bulle hermétique dans laquelle le moindre atome d’oxygène ou la moindre molécule d’eau fait l’objet d’une attention particulière, un dôme où tout est recyclé de manière durable et où chacun à un rôle à jouer.

Ainsi, quelques dizaines de milliers d’humains ont survécu à l’apocalypse, a l’abri d’un microcosme qui représente tout ce que le genre humain aurait du faire depuis bien longtemps. Malheureusement, la survie de tous a toujours un prix, et elle ne peut se faire sans le sacrifice de quelques valeurs, et au passage, de quelques (milliers) de gens. Comme vous ne l’ignorez pas, la gestion durable de ressources (à savoir la raison d’être de la civilisation selon les anthropologues) entraîne nécessairement l’établissement d’une hiérarchie sociétale et d’un système normatif. C’est la raison pour laquelle les derniers humains de ce monde en décrépitude sont répartis en différentes castes: ceux qui travaillent en bas, dans les racines de l’arbre Branstokker, organisme génétiquement modifié pour assurer la subsistance des survivants, et l’élite qui vit sur la canopée, qui conçoit et maintient les systèmes de traitement et de gestion des ressources, et qui, accessoirement, vit dans l’opulence.

Tenn et Serenn Gavrillo sont deux frère et soeur, orphelin, qui travaillent dans des castes différentes. Alors que Serenn trime au service des élites, Tenn, elle, rêve d’un monde meilleur grâce la bio-ingénierie. Leur quotidien déjà difficile sera bouleversé lorsque le jeune homme va entraîner sa soeur à son insu dans un mouvement de révolte, organisé par les Drasils, un groupe de radicaux qui fomente des actions violentes au service de leur cause. Les Drasils, qui utilisent une forme de technologique impliquant une fusion avec des organismes fongiques, pensent que Branstokker est fichu et que quitter la zone verte est inéluctable.

Convaincu, comme les autres Drasils, que les autorités mentent, Sorenn compte se joindre au mouvement, quitte à s’aliéner son ambitieuse sœur.

No One’s Rose nous amène dans un futur post apocalyptique, sur un thème écologique fort pertinent. L’idée d’une dystopie écologique est très bien exploitée, avec de forts airs de Métropolis: un cité avancée centrée autour d’une machine (ici un arbre, autrement dit une machine biologique), des ouvriers exploités en bas et une élite détachée des réalités en haut.

A cela, ajoutez la débat sur l’intelligence artificielle (on peut dresser un parallèle avec la Gynoïde de Métropolis), la bioéthique, la manipulation des masses, une fresque familiale parcourue par des conflits de loyauté, et vous obtiendrez un récit engageant et cohérent, même s’il est avare en coups de théâtre. Côté narration, on a droit à des dialogues fournis, détaillés, mais on peut rester perplexe face à quelques transitions quelque peu abruptes entre les différentes scènes.

Rien que ne gâche la lecture cependant, surtout si l’on prend en compte la qualité des dessins et de la mise en couleur (assurée par Raul Angulo). Un dystopie émouvante prenant la forme d’un avertissement sur les abus de l’Homme, qui ne peut s’empêcher de se débattre avec lui-même, même au bord de l’abîme.

*****·Comics·East & West·Nouveau !

Saison de sang

Titre original: Step by bloody step, écrit par Simon Spurrier et Matias Bergara, avec Mat Lopes aux couleurs. Parution aux US chez Image Comics, en France chez Dupuis le 17 juin 2022.

A chaque enfant son géant

Par un hiver glacial dans un monde inconnu, une enfant s’éveille. Elle est entre les mains d’un géant en armure, qui avance inexorablement en détruisant tous les obstacles qui se dressent sur leur route. Peu à peu, l’enfant grandit, et finit par quitter le cocon rassurant formé par les mains du géant pour marcher par elle-même, toujours dans le sillage de son protecteur.

Cependant, portée par la curiosité, l’enfant se laisse distraire et quitte le chemin. C’est alors que l’air s’anime autour d’elle pour former des créatures qui l’empêchent de quitter la route, des phénomènes contre lesquels même le puissant guerrier en armure ne peut rien. L’enfant doit donc avancer quoi qu’il arrive, et découvrira sur le chemin sa véritable destinée.

Aux US, Step by bloody step a fait une sortie remarquée chez Image Comics, et a atteint sa conclusion quelques semaines seulement avant sa publication française chez Dupuis. La particularité de ce roman graphique divisé en quatre chapitres est de ne contenir aucun dialogue.

En effet, on ne trouve en terme de texte, que de brèves introduction poétiques entre chaque partie, mais le corps de la BD en lui-même ne contient rien d’autre que les images, les quelques phylactères présents ne contenant de des glyphes inintelligibles. Le scénariste anglais Simon Spurrier, et le dessinateur uruguayen Matias Bergara , qui nous avait déjà bluffés avec Coda (voir aussi le nouveau Sandman pour Spurrier) font donc un pari osé, et relèvent ce défi narratif haut la main. L’auteur parvient en effet à immerger le lecteur sans user d’artifices littéraires, rien que par la force des images et des plans concoctés par l’artiste.

Les enjeux initiaux sont simples, puis gagnent progressivement en ampleur grâce à une caractérisation subtile des personnages principaux. Si vous consultez régulièrement le blog, alors vous aurez déjà entendu parler de la récurrence du duo enfant/badass en fiction, qui donne souvent la part belle aux histoires d’amitié, d’amour filial et de rédemption pour l’un ou l’autre membre du duo. Ici, avec le procédé choisi par l’auteur, le lecteur est tenu de se concentrer non plus sur les échanges verbaux mais sur les éléments de mise en scène, les regards et les actes des personnages, pour saisir la nature de leurs relations ainsi que leur évolution.

Si la partie narrative est impressionnante de maîtrise, la partie graphique est elle aussi à louer pour sa qualité. Matias Bergara fait preuve d’un talent incontestable de créateur d’univers. Les paysages sont tout simplement magnifiques et saisissants de beauté, la flore et la faune inventives, et les architectures, qui oscillent entre magie et technologie, rappellent Coda tout en se détachant néanmoins par un aspect plus brut.

La conclusion de l’album m’a rappelé celle du film mother! de Darren Aronofsky, en moins cruelle et plus poétique, évidemment, mais le parallèle allégorique et la thématique écologique et cyclique sont bel et bien communs.

Il résulte donc de la combinaison des savoir-faire de ces deux artisans de la narration un œuvre excellente, qui provoque des émotions authentiques par des procédés antédiluviens qui nous rappellent que la fiction et la narration sont au cœur de notre ADN humain. Et ça vaut bien 5 Calvin pour un candidat à l’album de l’année !

***·BD·Nouveau !

Immonde !

Histoire complète en 233 pages, écrite et dessinée par Elizabeth Holleville. Parution chez Glénat le 12/01/2022. Lecture conseillée à partir de 16 ans.

Horrifique nostalgie

Morterre est une petite bourgade comme en voit très souvent dans les récits de genre: isolée, et pourvue d’un nom qui devrait faire fuir toute personne censée. Pour Jonas et Camille, Morterre représente toutefois la seule perspective d’avenir. Pour tuer le temps en dehors du lycée, les deux ados regardent des films d’horreur et tournent des canulars vidéos qu’ils diffusent sur internet. Leurs parents, comme l’essentiel de la population d’ailleurs, travaille au sein de la grande usine d’Algemma, à côté du site d’extraction du tomium, un minerai radioactif servant désormais à alimenter les centrales nucléaires.

En résumé, Algemma fait vivre Morterre, dans un équilibre nécessaire auquel tout le monde semble contribuer. De son côté, Nour, qui ne se remet pas du décès de sa mère, emménage avec son frère, et son père et va se lier d’amitié avec le duo marginal. Mais tout n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît à Morterre, car l’Agemma semble cacher bien des choses à ses employés, à commencer par les effets du tomium sur la population…

Teenage wasteland

La nostalgie est ce qui transparait en premier à la lecture d’Immonde ! d’Elizabeth Holleville. D’emblée, la comparaison avec des classiques comme les Goonies ou d’autres œuvres traitant du désarroi adolescent, saute aux yeux du lecteur, comme avec des séries comme Stranger Things. Le scénario emprunte donc çà et là l’essentiel de ses éléments pour construire un tout fleurant résolument le déjà-vu.

Comme on vient de le dire, la petite bourgade dont un groupe d’adolescents se sent prisonnier et dont il s’évade grâce à la pop-culture, est un élément maintes fois traité, mais qui constitue encore aujourd’hui une base solide pour construire un récit d’ambiance. On peut aussi voir du côté des références la conspiration militaro-industrielle, dont l’inconséquence et la cupidité provoquent l’éruption de l’innommable, qui déferle dans les rues de la ville comme un tsunami.

Heureusement que le fond de l’album ne se résume pas à ces éléments de forme, car l’horreur et l’épouvante ne semblent être qu’un habillage pour l’auteure, qui s’en saisit pour mieux traiter en toile de fond des problématiques sociétales et environnementales. En premier lieu, les troubles adolescents et la découverte de soi, mais également l’identité et le genre, ou encore des sujets économiques comme le chantage à l’emploi, font partie des thèmes phares de l’album.

La première moitié s’avère très efficace pour instiller une ambiance pesante et accroître progressivement la tension, avant le réel basculement dans l’horreur pour la seconde moitié.

Néanmoins, on ressort tout de même de cette lecture avec un petit sentiment d’inachevé, car si les thématiques sont visibles et traitées tout au long de l’album, d’autres éléments, mentionnés de façon ostentatoire et donc forcément perçus comme importants par le lecteur, ne sont ensuite pas exploités comme il se doit par l’auteure.

Je prends pour exemple principal les capacités extrasensorielles de Nour, qui sont évoquées mais ne servent en rien le récit, puisqu’elles ne jouent aucun rôle dans la résolution de l’intrigue, qui se serait donc déroulé de la même manière sans cet élément. Il y avait pourtant matière à quelque chose de plus dynamique (cet élément est sûrement inspiré de Eleven dans Stranger Things), mais cela donne finalement l’impression que la scénariste ne savait plus quoi faire de cet élément une fois lancée dans la production du récit.

Il me semble aussi avoir vu des approximations quant au sujet en lui-même (Morterre est un lieu d’extraction de minerai, mais on parle ensuite de traitement des déchets radioactifs, qui sont deux activités différentes et séparées dans le temps, voir cet article qui détaille le tout), qui aurait mérité une meilleurs documentation ainsi qu’une exposition plus détaillée. En effet, si l’un des objectifs est de dénoncer la pollution nucléaire, mieux vaut savoir de quoi on parle. Les autres points qui auraient mérité un traitement plus approfondi, ce sont les différentes mutations provoquées par la radioactivité au sein de la population, qui sont sans lien apparent avec les créatures qui arpentent les galeries de la mine souterraine et qui apparemment résistent aux radiations.

Immonde ! peut donc être rangée dans la catégorie des œuvres citant des œuvres qui sont elles-mêmes des références, ce qui peut provoquer des déperditions en terme de message et de puissance narrative, malgré des thématiques vitales et bienvenues.

*****·BD·Nouveau !

Renaissance #4: Sui Juris

Quatrième album de la série, écrite par Fred Duval et dessinée par Emem, avec Fred Blanchard crédité au design. 54 pages, parution le 10/09/2021 chez Dargaud.

Ils viennent en paix

Sui Juris ouvre le second cycle de la série Renaissance, dont les trois composantes avaient été chroniquées ici, ici et ici. Rappelons la prémisse de la série: Dans un futur proche, l’Humanité, sur le déclin, doit faire face à des désastres écologiques croissants, lorsqu’elle voit débarquer, partout sur la planète, d’immenses vaisseaux d’où sortent des extraterrestres. Leur but n’est pas de conquérir ni d’exterminer l’Humanité, bien au contraire. Ces fonctionnaires du cosmos travaillent tous pour Renaissance, une fédération galactique qui s’est donné pour objectif d’aider les civilisations en détresse à prospérer.

Ainsi, Swänn et Säti, originaires de l’idyllique planète Näkän, sont deux jeunes époux envoyés en mission sur Terre. Chacun d’entre eux va faire des rencontres décisives avec des humains et tenter d’inverser le cours des événements pour le bien de la Terre. Mais si les défis sont plus compliqués à relever que prévu sur la planète bleue, il s’avère que la politique interplanétaire et les tractations politique au sein de la fédération réservent également bien des surprises.

Depuis 2018, Duval, Emem, et Blanchard frappent fort avec cette série SF, étonnante par la qualité de son écriture et par la pertinence des sujets abordés. En effet, la longue et prolifique carrière du scénariste lui a sans aucun doute appris que pour traiter de sujets sérieux et pousser à la remise en question, il convient dans un premier temps d’inverser les points de vue et voir certains évènements par un autre prisme, afin de décloisonner la pensée et reconsidérer certaines opinions.

Ainsi, il apparaît assez évident que Duval nous confronte aux bouleversements majeurs qui se profilent pour l’Humanité, et que certains s’évertuent encore à minimiser (voire à nier pour certains). Ce premier niveau de lecture est donc plutôt évident à saisir, mais il se cache ensuite d’autre nœuds dramatiques et philosophiques dans cet emballage SF.

…on prépare la guerre.

Dans un second temps, on pourrait penser que Fred Duval enfonce des portes déjà maintes fois ouvertes, en plaçant l’Homme à l’origine de tous les maux qui le condamnent. La Bible avait en effet déjà tenté le coup, en expliquant aux hommes que c’était la curiosité malsaine et la naïveté de leur prédécesseur qui les avait conduit à vivre ainsi diminués, condamnés à subir les affres du monde plutôt que de profiter des bienfaits de l’Eden.

Ainsi, beaucoup d’œuvres ont pour propos cette monstrueuse vérité sur la nature profonde de l’Homme et du mal niché en son sein. Pour filer la métaphore biblique, on pourrait d’ailleurs comparer Swänn et Säti à des anges, descendus de cet Eden inaccessible pour nous sauver de nous-mêmes. De la même façon que des anges seraient étrangers à la nature et aux énigmes de l’âme humaine, les deux extraterrestres doivent s’acclimater à ces humains revêches et par nature discordants. Par le prisme de ces êtres pacifiques et évolués, le scénariste est tenté de trancher cette fameuse question, celle qui taraude les humains depuis très longtemps et qui, grâce à l’épuisement des ressources et à la pollution, devient de plus en plus pressante: méritons-nous d’être sauvés ?

Il ne faut pas non plus oublier le propos politique et anthropologique de Renaissance, qui met en abîme le concept de colonisation mettant à mal le principe, supposé inaliénable, de l’autodétermination des peuples. Si l’Homme a déjà asservi l’Homme en brandissant le bien commun, et notamment le bien du colonisé, que se passerait-il si le genre humain tout entier était « pris en charge » par une entité disposant d’une technologie supérieure, de blocs moraux différents et d’intentions ambigües ? Et bien, la réponse est plutôt claire, ici: l’Homme Blanc, grand gagnant de l’Anthropocène, en prendrait un sacré coup dans son égo.

Si Duval évite le cliché des aliens malfaisants, il a tout de même l’intelligence de nuancer son propos en le liant notamment à la thématique de la colonisation, puisque, toute bienfaisante qu’elle puisse être, la fédération lorgne tout de même sur certaines ressources terrestres dont elle envisage de faire commerce.

Vous l’aurez compris, ce quatrième album de Renaissance offre matière à réflexion sur plusieurs sujets, et maintient bien haut le niveau de qualité scénaristique et graphique.

*****·BD·Nouveau !·Numérique·Service Presse

Le Dernier Atlas #3

La BD!

Dernier tome de 254 pages de la série écrite par Fabien Vehlmann, Gwen De Bonneval et dessinée/designée par Hervé Tanquerelle, Fred Blanchard, et Laurence Croix. Parution le 03/09/21 aux éditions Dupuis.

Le poids du monde sur les épaules

Coup de coeur! (1)
badge numerique

Ismaël Tayeb, truand nantais dont l’ingéniosité et le charisme lui avaient permis de grimper les échelons du banditisme, a eu une révélation lors d’une mission en apparence peu commune. Chargé par le dangereux Legoff de récupérer la pile nucléaire contenue dans la carcasse du Georges Sand, le dernier des robots Atlas aujourd’hui tombés en désuétude, il a entrevu une catastrophe à même d’entraîner la chute de l’Humanité.

Cette catastrophe prit la forme d’un être étrange et d’origine inconnue, ayant la faculté d’altérer son environnement , de causer des tremblements de terre, des ondes électromagnétiques ainsi que des retombées radioactives, sans parler des altérations génétiques chez des nouveau-nés.

Pour Ismaël, la vision qu’il a eue, alors qu’il se tenait au bord du gouffre qui vit émerger la créature, était on ne peut plus claire. Le destin du dernier Atlas n’était pas de satisfaire les lubies d’un baron du crime, mais de servir une dernière fois pour stopper cette menace, surnommée l’UMO. Tayeb s’est donc entouré d’une équipe, constituée d’anciens pilotes d’Atlas et d’ingénieures indiennes, afin de remettre le mécha sur pied pour la grande bataille, toujours surveillé par Legoff.

Pendant ce temps, Françoise Halfort, reporter d’investigations, assiste aux perturbations provoquées par l’UMO, et en fait même personnellement les frais. Malgré une ménopause intervenue des années auparavant, Françoise tombe enceinte, d’une enfant qui se révélera très particulière. Alors qu’elle fuit le gouvernement français qui souhaite mettre la main sur sa fille Françoise va croiser la route de David et Hamid, alliés d’Ismaël, qui cherchent à échapper à Legoff et à ses hommes.

Après moult péripéties, le Georges Sand et son équipage feront face à l’UMO en Algérie. La créature, profondément inhumaine et insondable, ne montrera pas de réel signe d’hostilité lors de cette première confrontation et finira même par disparaître assez rapidement, au grand désarroi de l’équipage, qui entre temps s’est déchiré, littéralement, sur la meilleure stratégie à adopter.

Heal the world

Alors que le monde sombre peu à peu dans le chaos, l’UMO surprend tout le monde en réapparaissant, en France cette fois. Mue par une force invisible, la créature/structure mobile se déplace, attirée semble-t-il par la fille de Françoise Halfort, laissant dans son sillage radiations et perturbation telluriques en tous genres. Le dernier Atlas doit donc se préparer pour un second round. Mais Tayeb, lui, doit manœuvrer pour se soustraire au courroux de Legoff, qui n’en a pas fini avec celui qu’il considérait déjà comme son protégé, sinon son successeur.

En effet, vexé d’avoir été doublé par Tayeb, Legoff retient en otage son père ainsi que son épouse, contraignant le gangster algéro-nantais à jouer à un jeu de dupes.

Après quinze longs mois d’attente, voici la conclusion du récit-fleuve mêlant habilement polar, SF et intrigues politiques. Sur fond d’uchronie, les auteurs nous plongent dans un récit haletant et addictif, dont les enjeux augmentent progressivement au fil des chapitres qui le ponctuent. Cet aspect feuilletonesque permet un développement sans faute des nombreux personnages, dont les destins se croisent de sorte à former une toile cohérente et dense.

La conclusion du récit, vient apporter des éléments de réponse obtenus assez logiquement dans sa diégèse sans alourdir le propos. On regrette simplement que Tayeb, désigné assez naturellement comme le protagoniste, ne soit toutefois pas celui qui mette un terme au règne de Legoff. La dernière séquence, cependant, rattrape cette impression en nous offrant un final digne du Parrain, rien que ça.

Ce dernier volume reste donc dans la lignée des deux précédents, et son contenu a de quoi le faire entrer dans le panthéon de la franco-belge de ces dernières années.

****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Orbital, cycle 2 (intégrale)

A l’occasion de la sortie de la seconde intégrale de la série, je re-publie ma critique récente de ces quatre volumes…


BD de Sylvain Runberg et Serge Pellé
Dupuis (1999-2005), série en cours, 8 volumes parus. 46 p./album

Couverture de Orbital -INT02- Deuxième époque

J’avais découvert le premier « cycle » de cette série réputée, à moitié convaincu mais intrigué par le phénoménal design installé par Pellé et par la richesse d’un univers qui ne demande qu’à être exploré. Je confirme mon impression des quatre premiers albums concernant la structure de la série: il n’y a absolument ni cycles ni missions, mais bien une continuité de l’intrigue du premier au huitième tome. Très étrange que cette présentation en diptyques qui ne correspond pas au récit…

Caleb est aux portes de la mort après l’attaque du Varosash et laisse Mézoké seule face à une tentative de déstabilisation de la Confédération toute entière. Alors que les factions opposées cherchent à utiliser la situation de crise  et que le pouvoir saute de camp en camp à chaque incident, les deux agents diplomatiques vont se retrouver en fuite pour sauvegarder l’ordre établi… pour peu qu’il doive être sauvé…

L’intrigue évolue assez vite dans cet arc, avec l’arrivée de la plutôt réussie sœur de Caleb dont nous n’avions plus entendu parler depuis le premier tome. Sa personnalité explosive et son opposition de mentalité avec son frère sont intelligemment amenés et participent au développement de la relation avec Mézoké en faisant réaliser aux deux agents diplomatiques qu’ils ont finalement beaucoup en commun. A noter que ce sont résolument les femmes qui mènent la danse et tissent notre intérêt dans cette série, en laissant les mâles dans des rôles assez ingrats! De nouveaux personnages majeurs arrivent également et nous permettent de mieux comprendre le rôle d’Angus le Nevronome que l’on voit beaucoup depuis le début sans savoir comment ni pourquoi. Comme pressenti, cette série monte en puissance lentement mais surement, chaque tome gagnant en intérêt, en qualité, en complexité. C’est vraiment étrange et je ne crois pas avoir déjà ressenti cela sur une autre série. Passer ainsi de l’assez banal à l’une des meilleures séries SF en quelques tomes n’est pas commun.

Clipboard02.jpgCela est d’abord dû à la noirceur assumée d’une série dont les dessins des personnages tranchent avec l’intrigue politique complexe (Runberg nous y a habitués). L’aspect politique très poussé est l’autre atout avec une galaxie tombant dans la guerre civile dans une progression particulièrement réaliste pour une série SF et qui pourrait sans soucis ranger Orbital dans la catégorie Thrillers politiques. On décortique de multiples facteurs, de l’attentat ayant coûté la vie aux parents de Caleb et sa sœur aux tensions sécessionnistes, xénophobes, aux débats de conception politique au sein d’Orbital entre différents courants qui veulent mettre leur chef sur le siège de dirigeant… Tout cela est mené très finement, sans manichéisme (ou presque), les méchants ayant tous des motivations crédibles avec pour point de convergence la peur. Car mine de rien cette série aborde des problèmes actuels et universels qui mènent aux conflits, qu’ils soient locaux ou galactiques avec le plus souvent comme moteur la peur de l’autre, de l’étranger, de la perte, de l’inconnu. Ainsi le rôle des Nevronomes (dont l’action est centrale sur ces quatre tomes) est très intéressant de par la gestion du mystère laissé par Runberg. On ne sait à peu près rien de ces vaisseaux pensants qui Résultat de recherche d'images pour "orbital 7 pellé"semblent terrifier la confédération et dont on peine à comprendre la nature et les motivations. Cela nous titille dans l’envie d’en savoir plus et les auteurs vont distiller de tout petits cailloux jusqu’à la conclusion marquante du tome huit qui ouvre de nouvelles portes et monte d’un cran dans l’ambition de la série. Même chose, plus subtilement, avec les Sandjar, la race que représente Mézoké et qui est physiquement androgyne, perturbant les humains qui ne savent pas s’ils ont affaire à un mâle ou une femelle… ce qui permet de pointer sans en avoir l’air la question du déterminisme sexuel et du schéma hétérosexuel de nos sociétés (Florent Maudoux avait abordé cette question dans son étonnant et superbe Vestigiales)

Même si Pellé est toujours aussi imaginatif dans sa description des aliens et des lieux (la superbe cité du crime!) et tend à faire évoluer ses personnages humains vers des traits légèrement plus réalistes, ces derniers restent le point noir de la série. C’est vraiment dommage car cela empêche le lien d’empathie avec le lecteur (en contre-exemple du superbe travail d’expression de Corentin Rouge sur Rio et de Paul Gastine sur Jusqu’au dernier). Les personnages humains sont finalement peu nombreux mais demeure le putatif héros, Caleb, qui malgré ses pouvoirs temporaires ne parvient pas à endosser le statut de personnage central.Clipboard01.jpg

Orbital est ne singulière série que je ne classerais pas dans les blockbusters mais qui par ses défauts et son évolution que l’on ressent instinctive attire une grande sympathie par la générosité de ses auteurs qui semblent passionnés par leur univers sans être certain qu’un plan d’ensemble existe. Une BD qui semble progresser volume par volume avec talent et qui gomme progressivement ses quelques problèmes en nous emmenant sur des concepts SF très intéressants, vers l’infini, et au-delà…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·BD·Nouveau !

Carbone & Silicium

La BD!

BD de Mathieu Bablet
Ankama (2020), 287p. + cahier graphique de 37 pages, couleur. One-shot.

L’édition chroniquée est celle proposée par le réseau des librairies CanalBD et on peut dire que si la couverture n’est ni plus ni moins belle que celle de l’édition classique, les bonus sont tout à fait passionnants, ce que j’attends dans chaque édition spéciale pour entrer (un peu) dans la démarche créative de l’auteur. La préface d‘Alain Damasio, un peu lyrique, nous déblaye le terrain avant que Bablet ne détaille ses hésitations, sa démarche, l’évolution du projet, tout au long de nombreuses pages agrémentées de dessins à toutes les étapes de réalisation. Un vrai making-of absolument passionnant qui rehausse franchement une lecture… complexe. Un Calvin pour l’édition!

couv_401899

Lire la suite « Carbone & Silicium »

*****·BD·Jeunesse·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Ultralazer #2

BD du mercredi
BD de Maxence Henry , Pauline Giraud et Yvan Ducque
Delcourt (2020),  121 p. , série en cours, deux tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

47dca0c62522ebfebb210ed1c0bab8eb

Magnifique couverture que celle de ce second tome de mon coup de cœur jeunesse de l’an dernier. Comme pour le premier volume, l’ouvrage comporte une carte de la planète Rok en intérieur de couverture, une planche de cartes à découper indiquant les caractéristiques de certaines pierres de pouvoir et la dernière page annonce le dernier volume à paraître l’an prochain. L’ouvrage est en format compact avec un titre en papier brillant. On retrouve également les icônes de bas de page indiquant l’utilisation possible de l’appli de l’éditeur pour du contenu augmenté. Travail éditorial nickel.

Après une victoire inespérée sur Topoï nos héros se sont retrouvés propulsés dans l’espace en direction de la planète aride Rok. Là ils découvrent que la problématique environnementale et la menace des hommes-oiseaux est commune à trois planètes et que Horb, désormais détenteur du pouvoir suprême va devoir se trouver de nouveaux alliés pour restaurer l’équilibre du roi des animaux…

Résultat de recherche d'images pour "ultralazer 2 rok duque"Allons droit au but: ce second volume de la saga écolo Ultralazer confirme en tout point la réussite du premier! En élargissant le champ (nouvelle planète, nouvel univers, nouveau contexte) les auteurs renouvellent les idées déjà excellentes de Horb et Bouko. L’immense réussite de cette série jeunesse c’est sa richesse dans un cadre simplifié pour pouvoir parler aux plus jeunes. Ainsi si les dessins sont à la fois simples, relativement plats, mais chatoyants de couleurs et de décors magnifiques et variés, la richesse des personnages, des design et des thématique se maintiennent à un très haut niveau.

Le trio ne se contente pas de reprendre les méchants du premier volume, ils conservent cette base rassurante pour les lecteurs et la complexifient avec une nouvelle interaction avec le seigneur de Rok (corrompu bien entendu). Dès les premières pages on nous explique que le roi des ultralazer_la_bd. 2 cases du tome 2 !  On avance doucement mais sûrement !  On se donne animaux n’est pas seul et que le peuple des hommes-oiseaux (reprenant la thématique SF classique du peuple destructeur d’un écosystème fragile) voyage de planète en planète pour les assécher à la recherche de pierres de pouvoir. La thématique écologiste de l’hyperexploitation de notre planète devrait ainsi parler très fort aux jeunes! Si l’arrivée dans la cité est un peu confuse scénaristiquement (l’histoire et le découpage avancent vite et l’on ne voit absolument pas passer les cent-ving pages!), on découvre bien vite que sous terre cohabitent avec la classe bourgeoise un Résultat de recherche d'images pour "ultralazer 2 rok duque"peuple d’exclu s’amusant dans des combats de gladiateurs. L’occasion de belles séquences d’action bien bourrines où l’on retrouve l’esprit manga déjà présent dans le tome un (comme cette séquence de repas très alléchant tout droit sortie de DragonBall..). Très équilibré, l’album introduit sur un premier tiers la problématique du roi des animaux fossilisé qu’il faut libérer, puis se prépare la révolte des opprimés dans un second tiers et la grande bataille finale sur le dernier tiers très ambitieux dans sa dramaturgie. Jamais l’on ne sent de manichéisme malgré l’approche jeunesse et c’est véritablement un plaisir de voir que l’on peut parler aux enfants sans les prendre pour des idiots. Si certains adultes pourront bloquer sur le type de dessins, le développement scénaristique n’a rien à envier aux grandes séries fantasy Soleil-Delcourt.

Résultat de recherche d'images pour "ultralazer 2 rok henry"

La générosité émotionnelle, graphique et thématique est totale sur cet album d’auteurs qui semblent mettre tout leur amour de l’aventure et de la BD sans aucune retenue. Déjà marquante l’an dernier, la série Ultralazer se confirme comme La série BD jeunesse majeure depuis bien longtemps! Vivement l’an prochain.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez le sur Decitre, librairie en ligne, achat et vente livres

****·BD·Jeunesse·Nouveau !

Ultralazer #1

Rufus Stewart

Cette rubrique vous présente un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique.

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle a aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

BD de Maxence Henry , Pauline Giraud et Yvan Ducque
Delcourt (2019),  121 p. , série en cours.

couv_361391-1

Sur la planète Topoï le jeune chevalier Horb protège l’équilibre en veillant sur le dieu des bêtes. Lorsque débarque une armée d’hommes-oiseaux décidés à dévaster ce paradis écologique. Horb entreprend alors la quête de l’Ultralazer, seule arme capable d’éliminer la menace…


Salut Talia, peux-tu nous présenter en une phrase ce nouvel album?

C’est un album plutôt destiné aux petits, assez comique, avec pas mal d’action. Ça raconte la fuite des héros face aux méchants et découvrent plein d’endroits qu’ils ne connaissent pas…

Il y a beaucoup de références dans cette BD, est-ce que tu en as reconnu certaines?

Ça m’a fait penser à Princesse Mononoke, avec le grand cerf.

Qu’est-ce qui est original dans cet album?

C’est un monde totalement imaginaire. Dès que le roi des animaux marche il crée des plantes. La végétation est très originale avec des formes rigolotes, avec des dimensions inhabituelles. Les méchants sont des hommes-poules ! … tout est complètement inventé. J’ai bien aimé cette inventivité. J’ai l’habitude de lire des BD plus réalistes.

Parle nous des dessins. Tu as peut-être l’habitude de pages plus réalistes dans ce que tu lis…?

Je lis des albums moins jeunesse. Les décors sont bien travaillés même si les dessins sont simples. Parfois on dirait des maquettes.


Résultat de recherche d'images pour "ultralazer"Le papa: Avec cette rubrique je me remets à chercher des albums jeunesse et constate régulièrement combien il est compliqué de trouver des albums lisibles par des adultes, s’adressant réellement à des jeunes sans être gnangnan. La BD jeunesse a longtemps été cantonnée aux « gros nez » genre petit Spirou, Ducobu ou les Sisters. Non que ces séries soient mauvaises, mais dès qu’on part dans un registre SF ou aventure on tire assez vite sur un public pré-ado ou ado. Et bien cette pépite montre que l’on peut s’adresser à un public jeune, avec un langage graphique et textuel adapté tout en gardant la créativité, la beauté et l’intérêt de l’aventure. Cela grâce à une bande d’auteurs qui ont auto-édité l’album Katarakt avant de signer cet Ultralazer chez Delcourt. On ne peut donc pas réellement parler de premier album et les auteurs ont tous suivi une formation d’arts graphiques… mais la qualité général de leur travail, que ce soit sur leur premier projet ou sur Ultralazer (qui semble en reprendre l’essence) est bluffante, suffisamment pour taper dans l’œil du jury BDGESTARTS auquel j’ai participé et qui m’a permis de découvrir ce bouquin passé sous mes radars… et atterri directement dans mon top jeunesse 2019!

Résultat de recherche d'images pour "ultralazer"On ressent dès la couverture et l’intérieur de couverture (qui comprend une sorte de planisphère du monde… renvoyant à la troisième de couverture que vous lirez à la fin de l’album!) l’influence du jeu vidéo et du design informatique. Sous un aspect assez plat et simple qui plaira aux enfants (un peu le même esprit jouet que Volcano Trash), les auteurs proposent un superbe monde cohérent, avec ses lois physiques, simples mais bien décrites et ludiques. Cela fourmille de détails architecturaux, végétaux, avec des jeux sur le rôle des minéraux et leurs propriétés associées créant des sortes de pouvoirs magiques. On peut parler d’écosystème pour enfant qui donne furieusement envie de manipuler des cartes et des objets sortis de cet univers. Avec la force de frappe de l’éditeur les auteurs ont d’ailleurs proposé une appli de réalité augmentée. Pas moins de vingt-neuf pages possèdent du contenu (cartes de cristaux, storyboard, peintures originales, pop-up 3D), c’est un des ouvrages avec appli le plus sympa que j’ai vu, bien plus intéressant que Bolchoi arena par exemple. Les auteurs ont d’ailleurs créé des compositions en papier issues de l’univers d’Ultralazer

Cette histoire de fuite devant un grand méchant à tête de poule ne manque pas d’action, qui défile à cent à l’heure en nous donnant envie de découvrir chacun des lieux avec une ambiance très inspirée des univers de Miyazaki, très écologique. Les personnages sont tous bien caractérisés avec un pouvoir et se balancent de grosses mandales et autres rayons de la mort. Ça reste une BD de garçon mais quelle générosité! Je ne suis rarement autant régalé sur une BD jeunesse (qui pourra être lus dès 7 ans), avec un peu d’aide étant donnée la pagination.

Le tome deux de cette série sort dès le 26 février, juste à temps pour rattraper votre retard!

Image

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez le sur Decitre, librairie en ligne, achat et vente livres

****·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Orbital, cycle 2

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


BD de Sylvain Runberg et Serge Pellé
Dupuis (1999-2005), série en cours, 8 volumes parus. 46 p./album

J’avais découvert le premier « cycle » de cette série réputée, à moitié convaincu mais intrigué par le phénoménal design installé par Pellé et par la richesse d’un univers qui ne demande qu’à être exploré. Je confirme mon impression des quatre premiers albums concernant la structure de la série: il n’y a absolument ni cycles ni missions, mais bien une continuité de l’intrigue du premier au huitième tome. Très étrange que cette présentation en diptyques qui ne correspond pas au récit…

Caleb est aux portes de la mort après l’attaque du Varosash et laisse Mézoké seule face à une tentative de déstabilisation de la Confédération toute entière. Alors que les factions opposées cherchent à utiliser la situation de crise  et que le pouvoir saute de camp en camp à chaque incident, les deux agents diplomatiques vont se retrouver en fuite pour sauvegarder l’ordre établi… pour peu qu’il doive être sauvé…

Résultat de recherche d'images pour "orbital 7 pellé"L’intrigue évolue assez vite dans cet arc, avec l’arrivée de la plutôt réussie sœur de Caleb dont nous n’avions plus entendu parler depuis le premier tome. Sa personnalité explosive et son opposition de mentalité avec son frère sont intelligemment amenés et participent au développement de la relation avec Mézoké en faisant réaliser aux deux agents diplomatiques qu’ils ont finalement beaucoup en commun. A noter que ce sont résolument les femmes qui mènent la danse et tissent notre intérêt dans cette série, en laissant les mâles dans des rôles assez ingrats! De nouveaux personnages majeurs arrivent également et nous permettent de mieux comprendre le rôle d’Angus le Nevronome que l’on voit beaucoup depuis le début sans savoir comment ni pourquoi. Comme pressenti, cette série monte en puissance lentement mais surement, chaque tome gagnant en intérêt, en qualité, en complexité. C’est vraiment étrange et je ne crois pas avoir déjà ressenti cela sur une autre série. Passer ainsi de l’assez banal à l’une des meilleures séries SF en quelques tomes n’est pas commun.

Clipboard02.jpgCela est d’abord dû à la noirceur assumée d’une série dont les dessins des personnages tranchent avec l’intrigue politique complexe (Runberg nous y a habitués). L’aspect politique très poussé est l’autre atout avec une galaxie tombant dans la guerre civile dans une progression particulièrement réaliste pour une série SF et qui pourrait sans soucis ranger Orbital dans la catégorie Thrillers politiques. On décortique de multiples facteurs, de l’attentat ayant coûté la vie aux parents de Caleb et sa sœur aux tensions sécessionnistes, xénophobes, aux débats de conception politique au sein d’Orbital entre différents courants qui veulent mettre leur chef sur le siège de dirigeant… Tout cela est mené très finement, sans manichéisme (ou presque), les méchants ayant tous des motivations crédibles avec pour point de convergence la peur. Car mine de rien cette série aborde des problèmes actuels et universels qui mènent aux conflits, qu’ils soient locaux ou galactiques avec le plus souvent comme moteur la peur de l’autre, de l’étranger, de la perte, de l’inconnu. Ainsi le rôle des Nevronomes (dont l’action est centrale sur ces quatre tomes) est très intéressant de par la gestion du mystère laissé par Runberg. On ne sait à peu près rien de ces vaisseaux pensants qui Résultat de recherche d'images pour "orbital 7 pellé"semblent terrifier la confédération et dont on peine à comprendre la nature et les motivations. Cela nous titille dans l’envie d’en savoir plus et les auteurs vont distiller de tout petits cailloux jusqu’à la conclusion marquante du tome huit qui ouvre de nouvelles portes et monte d’un cran dans l’ambition de la série. Même chose, plus subtilement, avec les Sandjar, la race que représente Mézoké et qui est physiquement androgyne, perturbant les humains qui ne savent pas s’ils ont affaire à un mâle ou une femelle… ce qui permet de pointer sans en avoir l’air la question du déterminisme sexuel et du schéma hétérosexuel de nos sociétés (Florent Maudoux avait abordé cette question dans son étonnant et superbe Vestigiales)

Même si Pellé est toujours aussi imaginatif dans sa description des aliens et des lieux (la superbe cité du crime!) et tend à faire évoluer ses personnages humains vers des traits légèrement plus réalistes, ces derniers restent le point noir de la série. C’est vraiment dommage car cela empêche le lien d’empathie avec le lecteur (en contre-exemple du superbe travail d’expression de Corentin Rouge sur Rio et de Paul Gastine sur Jusqu’au dernier). Les personnages humains sont finalement peu nombreux mais demeure le putatif héros, Caleb, qui malgré ses pouvoirs temporaires ne parvient pas à endosser le statut de personnage central.Clipboard01.jpg

Orbital est ne singulière série que je ne classerais pas dans les blockbusters mais qui par ses défauts et son évolution que l’on ressent instinctive attire une grande sympathie par la générosité de ses auteurs qui semblent passionnés par leur univers sans être certain qu’un plan d’ensemble existe. Une BD qui semble progresser volume par volume avec talent et qui gomme progressivement ses quelques problèmes en nous emmenant sur des concepts SF très intéressants, vers l’infini, et au-delà…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1