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Cadres Noirs #1

La BD!

Premier tome de 72 pages d’une trilogie écrite par Pascal Bertho, d’après le roman de Pierre Lemaître. Dessins de Giuseppe Liotti, parution le 16/02/22 aux éditions Rue de Sèvres.

bsic journalism

Merci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance!

Prise d’autre âge

A première vue, Alain Delambre a tout d’un homme heureux. Cadre dans une entreprise, il gagne suffisamment bien sa vie pour offrir à sa famille un environnement prospère et éloigner les problèmes.

Toutefois, rien n’est vraiment acquis dans la vie et Alain l’apprend à ses dépens lorsqu’il est licencié. Commence alors une lente désocialisation, qui l’éloigne de l’emploi et précarise l’ensemble de la famille. Heureusement pour notre quinquagénaire, ses deux filles sont grandes et ont fini leurs études. Mais Alain, lui, ne parvient pas à retrouver de travail dans sa branche d’activité, et se voit contraint d’accepter des jobs précaires pour lesquels il est surqualifié.

Un jour, Alain voit passer une opportunité dans les petites annonces. Un job taillé pour lui, qui représente l’espoir d’une seconde chance. Galvanisé de nouveau, Alain se prépare comme jamais pour décrocher ce poste, mais il doit avant cela passer une série d’entretiens et de tests, dont certains s’avèrent illégaux.

Car la mission qu’on lui propose, c’est de simuler une prise d’otage parmi un groupe de cadres candidats, afin de déterminer les plus aptes à gérer les situations de crise et de pression extrême. Plutôt que de renoncer, Alain s’immerge complètement dans le rôle et s’endette même auprès d’une de ses filles pour pouvoir gérer la logistique de cette fausse prise d’otage. Mais quelque chose tourne mal, la situation vire au drame et des gens sont blessés. Pris pour un forcené, Alain est interpellé et placé en détention provisoire, dans l’attente de son jugement.

Quelle sombre vérité se cache derrière cette prise d’otage ? Comment Alain parviendra-t-il à assurer sa défense ?

Des fentes aux enfers

Publié en 2010, le roman de Pierre Lemaître a remporté un franc succès, notamment pour sa description sans concession de l’univers cynique des grandes entreprises, gangrénées par la cupidité et les techniques modernes de management. L’adaptation BD, assurée par Pascal Bertho et Giuseppe Liotti, prend le même

Cadres noirs - Tome 1 - Cadres noirs - Pascal Bertho, Pierre Lemaitre,  Giuseppe Lotti - cartonné, Livre tous les livres à la Fnac

chemin et dresse un portrait peu ragoutant du monde moderne du travail. A noter que l’histoire a été adaptée à la télé dans la série Dérapages (visible sur Arte et Netflix).

La fongibilité des employés, la recherche du profit et de la performance au détriment de l’éthique et du bien-être des individus, tout est mis en exergue pour expliquer la descente aux enfers d’Alain, travailleur qualifié typique auquel il est aisé de s’identifier.

Cependant, si l’intrigue est immersive et articulée autour de révélations amenées de façon cohérente, j’ai été quelque peu gêné par certains détails qui ont empêché une totale immersion. Je parle principalement de l’environnement carcéral, qui comprend des erreurs et/ou clichés non conformes à la réalité: les parloirs ne sont pas organisés comme dans l’album, il n’y a évidemment pas de réfectoire dans les prisons françaises, sans parler des liens avec le surveillant d’étage, les gradés, et le SPIP qui n’est même pas mentionné… J’espère que la suite sera mieux documentée, tant sur l’environnement pénitentiaire que sur la procédure judiciaire, car cela permettra d’apprécier encore mieux les méandres de cette intrigue policière ainsi que sa critique sociale.

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La tuerie

Le Docu du Week-End
BD Laurent Galandon et Nicolas Otero
Les Arènes (2019), one shot, 142 p. couleur.

bsic journalismMerci à mon partenaire fidèle Les Arènes pour cette découverte.


La tuerie par Galandon

Couverture très réussie qui donne bien envie d’ouvrir cet album. L’intérieur de couverture comporte une illustration de cochons (on reste dans le thème) et la page de garde comprend un court texte du chroniqueur de France Inter Gillaume Meurice. Maquette élégante mais rien de particulier. Comme d’habitude je trouve dommage que sur des albums de ce type les éditeurs n’incluent pas quelques pages documentaires et biblio sur le sujet.

L’abattoir Gourdin est le seul employeur de la région. Son patron est maire. Lorsque Yannick se fait embaucher en sortant de prison, il découvre la dureté des conditions de travail et le fonctionnement de ce petit milieu. Suspicieux, employés comme direction redoutent l’infiltration de militants de la cause animale…

Résultat de recherche d'images pour "otero la tuerie"Le rangement de ce billet dans la rubrique Docu est un peu forcée… Si les Arènes publie essentiellement des BD à thème en lien avec l’actualité ou au message politique fort (comme sur Morts par la France du même dessinateur Nicolas Otero), La Tuerie reste un thriller social avant tout, prenant pour contexte un abattoir. Si l’album propose donc un vrai scénario avec personnages fictifs, il est didactique tout le long car son objet est bien d’illustrer les conditions de travail des ouvriers de ces petites entreprises locales souvent toutes puissantes. Toute ressemblance avec des situations connues et parues dans la presse n’est pas fortuite. Le scénariste Laurent Galandon se présente comme scénariste politique et souhaite ici donner au lecteur des images de l’intérieur de ces abattoirs dont on parle beaucoup depuis les actions de caméra cachée de l’association L214. La forme est donc ici clairement celle des films à thèse, ces métrages suivant un lanceur d’alerte ou scénarisant des scandales sanitaires. Et ça fonctionne en jouant parfaitement entre les deux lignes de son album: le descriptif documenté d’une industrie indispensable, invisible, soumise à des pressions des industries de l’agroalimentaire et de la distribution, puis l’enquête du personnage principal qui cherche les raisons de la mort de son frère.

Résultat de recherche d'images pour "otero la tuerie"L’histoire est bien menée, efficace mais assez attendue. C’est peut-être du en partie au dessin, propre mais qui a ses limites, notamment avec des personnages qui ont des physionomies assez proches (sur son précédent album Otero avait su être plus subtile et détaillé). Leur caractérisation est assez simple également (comme dans un film grand public…), avec le beau héros rugueux, costaud, le copain arabe qui écoute du rap et le patron pourri appuyé sur un contremaître dictatorial. Le stress est bien rendu, dans ce milieu masculin, un peu beauf où règne la loi du plus fort. La subtilité est amenée par la vétérinaire sympa qui peut difficilement s’extraire de la corruption, prise dans ses contradictions. Pour le reste on sait qui sont les méchants et les gentils…

L’intérêt de l’album est donc bien documentaire et sur ce plan il est vraiment intéressant. L’actualité donne beaucoup d’informations qui restent en surface. Cette industrie est totalement opaque et l’album rend parfaitement cet ensemble d’éléments qui concourent à s’exonérer de toutes règles salariales, sanitaire, réglementaire. Comme dans un bon Lupano, le message est donné sans fart au lecteur: dans une société de surconsommation où l’été arrive avec ses barbecue et ses bières, le citoyen ne veut pas savoir d’où vient la viande qu’il déguste. Comme les soldats, comme les matons, les ouvriers de la viande sont un lumpenprolétariat qui permet sous terre à une société de fonctionner comme elle le voudrait. Avec des conséquences donc: personne ne veut savoir, comme ce préfet contraint de pousser sa menace par-ce qu’on lui a apporté des documents sur son bureau mais qui ne veut pas être responsable pour des raisons sanitaires de la fermeture d’un employeur dans une région sinistrée. La Tuerie est un peu la version sérieuse des Vieux fourneaux avec son Garan-Servier.

Fidèle à son catalogue, l’éditeur Les Arènes propose donc avec La tuerie un bon album, original, qui vous éclairera sur un sujet rare dans le neuvième art. L’actualité immédiate est plus souvent abordée noyée dans des scénarios plus ou moins politiques et donne rarement des ouvrages directement illustratifs. L’album d’Otero et Galandon n’est pas le coup de poing qui marque mais arrive à allier plaisir de lecture BD et intérêt journalistique, et c’est déjà beaucoup.

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