***·Comics·East & West

Original Sin

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Intégrale de 22 pages comprenant les épisodes 0 à 8 de la mini-série Original Sin écrite par Jason Aaron et dessinée par Mike Deodato Jr. Parution originale en 2014, réédition chez Panini Comics le 25/11/2020.

Péché mortel

L’univers Marvel, et plus précisément sa planète Terre, n’est pas surveillée que par des super-héros. Depuis l’aube des temps, elle est minutieusement épiée, scrutée, par un être appartenant à l’une des premières espèces intelligentes qui aie parcouru le cosmos.

Uatu le Gardien, a pour mission d’observer tous les événements se déroulant sur Terre, du plus insignifiant au plus important. Son voeu, et celui de toute son espèce, est d’observer fidèlement sans jamais intervenir. Ce serment, fait après l’échec d’une tentative d’intervention des Gardiens auprès d’une espèce primitive, empêche Uatu de s’impliquer directement auprès des terriens.

Mais notre gardien silencieux, attaché aux humains (parce que les humains sont spéciaux, c’est bien connu), a rompu a quelques occasions son voeu de non-intervention. La plus célèbre de ces incartades est la toute première, lorsqu’il persuada Galactus, qui s’apprêtait à dévorer la Terre, de rebrousser chemin grâce au Nullifieur Ultime.

Ce matin-là de 2014, le calme apparent permet à quelques héros, Captain America, Wolverine, Black Widow et Nick Fury, de se réunir dans un snack pour partager quelques bons souvenirs. Ce moment de détente sera interrompu par une inquiétante alerte. En effet, dans son sanctuaire lunaire, d’où il voyait tout, Uatu le Gardien a été retrouvé mort. Cet être immensément sage et puissant gît désormais avec un trou dans la tête, et les yeux absents de leurs orbites.

Qui a pu commettre un tel acte ? Et à quoi vont servir ses yeux ? Les réponses à ces questions vont apporter leur lot de fâcheuses conséquences pour tous les héros qui vont mener l’enquête.

En 2014, c’est Jason Aaron qui est aux commandes de l’event estival de Marvel. Il concocte donc une histoire à grands spectacles, sous la forme plutôt inattendue d’un whodunnit, avec deux lignes narratives distinctes qui se rejoignent lors du climax. On peut dire que la recette fonctionne, notamment grâce à une intrigue sans trop de temps morts, et munie de certains coups de théâtre, qui, sans être excessivement puissants, restent efficaces dans le contexte de l’œuvre.

Si Original Sin mérite d’être mentionné, toutefois, ce n’est pas nécessairement pour l’identité du tueur ni pour l’originalité de l’intrigue, mais plutôt pour ces conséquences, dont certaines ont laissé une empreinte durables sur les personnages durant les années qui ont suivi. On pense notamment à Thor, qui perd sa dignité et son accès à Mjolnir jusqu’en 2019, ou à Spider-Man, qui se découvre une âme-soeur mordue par la même araignée que lui.

Le reste des révélations a été assez vite enterré, comme par exemple la soeur de Thor, Angela (qui est en fait un personnage de l’écurie Top Cow racheté par Marvel), ou encore l’implication de Tony Stark dans l’explosion qui donna naissance à Hulk.

ATTENTION SPOILER

On peut également débattre de la révélation-phare de la mini-série, qui concernait alors le personnage de Nick Fury. Aaron nous apprend que Fury, depuis des décennies, assure le rôle de la « Sentinelle », qui assure une mission proactive et secrète de protection de la Terre. A l’insu de tous, le fondateur du SHIELD a abattu des dizaines de menaces potentielles, à grands renforts de balles Gamma et d’assassinats intergalactiques. Le scénariste fait donc appel au tout-puissant outil de Retcon (continuité rétroactive, ou révélation sur un personnage qui offre une réinterprétation ou réécrit des éléments de continuité), et nous laisse nous creuser les méninges pour faire coexister cette révélation avec tous les éléments déjà inscrits dans le passé du personnage.

D’ailleurs, quand on y pense, on peut trouver incongrue la réaction de certains personnages face à cette révélation. Nick Fury tue des monstres souterrains et des conquérants qui veulent s’en prendre à la Terre, depuis des lustres, avec des balles radioactives ? Ça n’en fait pas vraiment un adversaire, au pire un mal nécessaire, mais le bât blesse lorsqu’on découvre les raisons plutôt obscures derrière l’assassinat d’Uatu, puisqu’il s’agit bien de lui, initialement.

En résumé, Original Sin n’est pas le pire event que Marvel nous aie balancé ces dernières années, notamment grâce à l’écriture de Jason Aaron et aux dessins de Deodato Jr, qui n’avait alors pas encore entamé son déclin. Néanmoins, le scénario, sans doute trop audacieux, oublie trop vite sa dynamique de départ mais évite de peu la sortie de route.

***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

La petite voleuse de la Tour Eiffel

La BD!

Histoire complète en 62 pages, écrite par Jack Manini et Hervé Richez, et dessinée par David Ratte. Parution aux éditions Grand Angle le 01/09/2021.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

Volera bien qui volera le dernier

En 1904, le parvis de la Tour Eiffel attirait déjà les badauds, qui par milliers venaient admirer la grande dame de fer parisienne. Une aubaine pour un voleur habile, qui, chaque midi, profite du coup de canon tiré chaque jour pour détrousser les passants. Portefeuilles, sacoches, bijoux, tout y passe ! Rien n’échappe à la pickpocket, tandis qu’elle échappe sans cesse aux policiers lancés à ses trousses depuis plusieurs semaines.

Bien embêté par cette affaire, Jules Dormoy, inspecteur parisien introverti mais compétent, va se retrouver malgré lui aux prises avec un complot menaçant les fondations mêmes de la République, lorsque la mauvaise sacoche sera dérobée à la mauvaise personne…

Gente dame cambrioleuse

Plus tôt cette année, nous avions croisé Jack Manini pour Total Combat, qui se voulait être une immersion dans la discipline favorite de l’auteur, le MMA. On peut dire ici que le changement d’ambiance est radical, puisqu’on change de lieu, d’époque est de de genre. Assez étonnamment, les auteurs basent leur histoire sur un scandale connu de la IIIe République (que je ne connaissais pas), romancé pour la cause, et bâtissent autour un récit choral reprenant certains personnages du Canonnier de la Tour Eiffel. Le ton est léger et vaudevillesque, mêlant récit policier et comédie romantique. Cela aboutit, grâce à des personnages bien campés et attachants, à un scénario ingénieux, émouvant mais non dénué d’humour.

L’aspect politique et les remous de l’affaire en elle-même sont peut-être délicats à saisir réellement, mais il faut bien avouer que ce qui fait le sel de l’album, ce sont bien les quiproquos et les situations romanesques, que l’on prend un plaisir croissant à suivre.

David Ratte, au dessin, nous donne l’impression d’être très à l’aise dans l’exercice. Son Paris de la belle époque fait plaisir à voir et participe en grande partie à l’immersion proposée par le duo de scénariste.

Un album léger, à la fois drôle et émouvant, plongée agréable dans le Paris du siècle dernier !

***·BD

M.O.R.I.A.R.T.Y. #3: Le Voleur aux cent visages 1/2

La BD!

Premier tome du second cycle de la série coécrite par Jean-Pierre Pécaud et Fred Duval, avec cette fois Gess au dessin. 46 planches, parution le 24/06/20 aux éditions Delcourt. Les deux précédents tomes, intitulés Empire Mécanique relataient la précédente enquête de Sherlock Holmes, aux prises avec son ennemi juré.

Paris, ville du crime

Aux pieds de la Dame de Fer, c’est l’effervescence. En cette année 1900 se tient l’Exposition Universelle, durant laquelle les inventeurs et scientifiques de tous acabits pourront présenter leurs découvertes. Cette exposition augure un nouvel âge, celui du progrès et sa marche inexorable. Pour fêter l’occasion, plusieurs grandes nations s’affrontent lors d’une course en ballon dirigeable autour du monde, dont Paris sera l’une des étapes.

Comme à son habitude, Sherlock Holmes fait fi du tumulte, car il a ses propres plans. Embarqué incognito avec son acolyte Watson à bord du ballon britannique, il est à la poursuite d’un insaisissable voleur, qui sévit à chaque étape de la course en dérobant de précieux biens.

Mais Sherlock Holmes est sûr de lui: Paris sera le terminus pour le voleur. Certain de l’avoir identifié, le célèbre Détective de Baker Street lui tend un piège, dans lequel l’intrépide criminel finit par tomber. Cependant, le voleur est-il bien celui que l’on croit ?

J’peux pas, j’ai Freud

La véritable surprise surviendra lors de l’interrogatoire du malheureux. En effet, celui-ci semble tiraillé entre plusieurs personnalités contradictoires et indépendantes, rendant la séance d’interrogation déconcertante, et son sort, hasardeux. Cet homme pourra-t-il être jugé ou pas ? Pour éclaircir cette situation, la police française fait appel à des experts, des hommes ne craignant pas de s’aventurer dans les méandres torturés de l’esprit humain: le Professeur Charcot, et un jeune neurologue, un certain Sigmund Freud

Le jeune théoricien de l’esprit humain est formel: plusieurs entités se partagent le cerveau de cet homme. A cette heure, impossible de déterminer quelles personnalités sont responsables des vols perpétrés. Et si cet homme n’était qu’un instrument, la clef de voûte d’un projet plus grandiloquent ?

Une fois encore, Fred Duval et Jean-Pierre Pécaud nous entraînent dans une aventure bigarrée du plus célèbre Détective qui soit. Usant des éléments incontournables de l’œuvre originelle, ils ont eu la sagacité d’y mêler d’autres éléments de la littérature victorienne (Dr Jekyll dans les deux premiers volumes), ainsi qu’un environnement steampunk donnant à la série des airs de Ligue des Gentlemen Extraordinaires.

L’ajout des références se poursuit ici avec cette fois l’intervention de personnages historiques comme Sigmund Freud, le père de la psychanalyse. Son regard, controversé, sur la psyché humaine et les relations interpersonnelles, permet quelques moments savoureux, presque méta, durant lesquels il s’ingénie à analyser les rapports entre le détective et son partenaire.

Bien entendu, l’antagoniste principal reste le fil rouge de l’intrigue, et on sent bien que Holmes n’en a pas fini avec son ennemi juré, qui œuvre toujours en coulisse.

Les dessins de Gess tranchent de façon assez franche avec ceux de Stevan Subic. Là où Subic instaurait une ambiance sombre et glauque, grâce à un ancrage si lourd qu’il en altérait parfois la lisibilité, l’auteur nantais mise sur la clarté de ses planches pour symboliser une époque parisienne naïve et enjouée.

M.O.R.I.A.R.T.Y. n’a pas encore livré tous ses secrets, rendez-vous en 2021 pour en apprendre davantage !