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Mimiphisto – le fils du diable

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BD de Pierre-Henry Laporterie
Soleil (2022), 84p., one-shot, collection Metamorphose.

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bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur fidélité.

Mimiphisto est le fils du Diable, Méphistophélès. Futur héritier du trône des enfers il se doit d’apprendre à contrôler les âmes au travers de la musique. Mais pour apprendre il faut un peu de confiance, et Mimiphisto en manque diablement, surtout quand son terrible père reste si lointain…

Généralement la qualité moyenne des albums de BD jeunesse est assez élevée, de part la créativité très libre permise par le genre, l’histoire nécessairement condensée et le besoin de réflexions compréhensibles mais poétiques. La collection Métamorphose de Soleil est elle aussi gage de qualité sur quasiment tous ses albums. Aussi voir arriver un album regroupant les deux catégories et parlant du fils du diable, cela ne pouvait qu’être bon…

Mimiphisto - Le fils du Diable - BD, informations, cotesMalheureusement pour son premier album solo l’auteur Pierre-Henry Laporterie semble s’être trompé de format et aurait manifestement dû opter pour un album de littérature jeunesse plutôt qu’une BD. Car si l’on sent l’amour de la construction d’univers graphiques (il a été designer en jeux-vidéo et sur l’excellent film d’animation l’Illusionniste), niveau histoire c’est la grande confusion tant dans la finalité du propos que dans une narration qui nous présente l’évolution de l’histoire sur les pages de chapitres avant de lancer son personnage dans des pages certes très belles mais où rien ne bouge. Un album muet aurait pu profiter de l’imaginaire du lecteur et un album de littérature jeunesse classique justifier la simplicité de l’intrigue. Mais du début à la fin Mimiphisto est passif, déprimé et aucun évènement ne semble créer de causalité logique menant le personnage d’un point A à un point B… avec la très désagréable impression d’un auteur qui n’a pas su créer de récit entre des visions graphiques. Il en ressort une lecture assez ennuyeuse, moyennement originale graphiquement et surtout destiné à un lectorat très très jeune. Je n’ai pas pour coutume de parler aussi crument d’une création artistique qui demande un gros travail et de l’implication de l’auteur mais je suis obligé de pointer que sur cet album l’éditeur a manifestement raté quelque chose dans sa collaboration avec cet artiste…

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Rick & Morty en Enfer

Histoire complète en 128 pages, écrite par Ryan Ferrier et dessinée par Constanza Oroza, d’après la série animée créée par Dan Harmon et Justin Roiland. Parution chez Hicomics le 15/06/2022.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance!

L’Enfer, c’est les Rick

Après avoir écumé l’Univers, en long, en large et en travers, après avoir également écumé le Multivers, et échappé à une quantité astronomique de dingueries en tous genres, Rick et Morty se réveillent… en Enfer ? Malgré l’incrédulité initiale, il faut bien que nos deux anti-héros se rendent à l’évidence: du soufre, des flammes, des âmes en peines, des sévices infligés dans des proportions industrielles par des démons ailés, cornus et désabusés… on pourrait aisément s’y méprendre.

Mais Rick étant… hé bien, Rick, il se doute que quelque chose se trame et refuse d’admettre qu’il est certainement mort et damné, d’autant plus que tout la famille Smith, à savoir Jerry, Summer et Beth, sont là aussi. Pour le savant fou alcoolique le plus génial du monde, cela ne fait aucun doute: ils se sont simplement égarés dans une des innombrables dimensions du Multivers, et ce qui leur arrive n’a rien de spirituel.

Mécontent d’avoir échoué dans cette dimension, Rick persuade Morty de l’accompagner dans une procédure d’appel dont ils se souviendront certainement…

On ne présente plus Rick & Morty, série animée qui cartonne depuis 2013, avec cinq saisons à son actif. Depuis quelques temps, la série a engendré des spin-offs, notamment une série de comic books reprenant, pour l’essentiel, les personnages originaux dans des aventures inédites (sauf la partie se concentrant sur Rick et Morty C132). Le ton irrévérencieux de la série est toujours au rendez-vous, l’auteur inclue également des références à l’œuvre principale et n’oublie pas l’aspect fouillé des relations entre les personnages.

Malgré une attention portée à la continuité de la série, on ne peut cependant pas empêcher quelques coquilles dans le scénario, par exemple, le scepticisme de Rick quant à l’existence de l’enfer et du diable, alors qu’il l’a rencontré dans l’épisode 9 de la saison 1 de la série animée. Pour qui ne serait pas familier de la série et de son humour très particulier, l’album pourrait paraître brouillon, fouillis et légèrement hystérique par moments. Mais l’émulation tentée par le scénariste fait mouche la plupart du temps, si bien que l’on a quand même l’impression d’assister à un épisode de la série animée.

S’agissant du style graphique en revanche, le rendu est légèrement en dessous des précédents tomes. Bien que la série ne soit pas connue pour ses innovations ni son excellence graphique, on trouve des étrangetés anatomiques et des disproportions qui pourraient nuire à l’immersion et ne sont pas synchrones avec la série animée.

Malgré tout, Rick & Morty en Enfer reste une lecture attrayante pour les fans du show animé.

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Hella et les Hellboyz #2: L’Épreuve du Feu

Second tome du diptyque écrit par Kid Toussaint et dessiné par Luisa Russo. 48 pages, parution le 02/02/22 aux éditions Drakoo.

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Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance!

Orphée et Hell-idyce

Comme vu dans le premier tome, Hella est une adolescente rebelle et mal dans sa peau. Un soir, après un mauvais coup fait à leur prof de maths, son petit-copain Kieran va se cacher au 21 rue Duroc, dans une maison réputée hantée, dont il ne ressortira pas. Inquiète pour lui, Hella pénètre à son tour dans la maison et découvre qu’il s’agit d’un portail vers l’enfer.

Là, un étrange lapin démoniaque la guide et lui fait découvrir cet univers hostile, qu’elle va devoir traverser de part en part pour retrouver celui qu’elle aime. Aidée des Hellboyz, trois jeunes garçons perdus dans les limbes depuis des décennies, Hella va affronter un à un chacun des gardiens des enfers, avec une seule restriction: y entrer durant la nuit et ressortir impérativement avant le lever du jour sous peine d’être piégée elle aussi.

Durant ce second tome, Hella va en savoir davantage sur les motivations réelles du lapin, ainsi que sur la nature réelle de cet endroit, sans oublier les bonnes petites révélations sur ses origines.

Le premier tome de Hella et les Hellboyz laissait déjà entrevoir quelques faiblesses d’écriture, pour lesquelles on espérait que l’auteur saurait corriger le tir. Or, les bonne intentions proverbiales qui pavent l’Enfer ont sans doute fait trébucher Hella durant son périple, et ce pour plusieurs petites raisons, qui viennent s’accumuler à ce que l’on avait relevé la dernière fois.

Tout d’abord, un manque d’attachement envers Kieran et, par voie de conséquence, un manque d’investissement émotionnel dans la quête que mène Hella pour le retrouver. En effet, comment s’inquiéter de la réussite d’Hella si l’on se fout de celui qu’elle chercher à sauver ? Expédié dans la maison infernale dès les premières pages de l’histoire, nous n’avons aucun élément en tant que lecteur, qui nous rende le personnage sympathique ou même vaguement attachant. Rayer la voiture d’un prof de maths décrit comme acariâtre, ce n’est clairement pas suffisant, cela aurait sans doute nécessité quelques dialogues supplémentaires, et a minima, un geste de Kieran qui montre bien le véritable attachement que les deux tourtereaux se portent.

On ne peut que poursuivre ce raisonnement pour l’appliquer aux Hellboyz: s’ils sont sympathiques à première vue, rien ensuite ne les rattache au cœur de l’intrigue, si ce n’est que l’un d’entre eux est le frère du policier qui enquête sur la maison hantée. Les trois garçons servent au mieux de faire-valoir, ce qui, convenons-en, n’est pas top pour un personnage secondaire. On peut même aller plus loin et imaginer l’histoire sans eux, sans que le déroulement n’en soit vraiment altéré, en tous cas pas dans ce second volume. Et, comble du comble pour un perso secondaire, lorsque Kid Toussaint sacrifie artificiellement l’un d’entre eux à la fin du deuxième acte pour augmenter vainement les enjeux. En gros, ces Hellboyz éponymes ne servaient pas à grand-chose, en tous cas pas en trois exemplaires puisque un seul se voit attribuer le rôle d’agneau sacrificiel, qui aurait d’ailleurs largement pu être attribué à Louis, le nice guy nécessairement amoureux d’Hella, qui la seconde dans sa quête. Cela aurait fait une économie de deux voire trois personnages !

Malgré ces défauts, on trouve tout de même de bonnes idées dans le scénario de Kid Toussaint, comme par exemple les gardiens qui sont d’anciennes victimes attirées par la maison et qui affichent tous un des fameux Péchés Capitaux, les différentes créatures qui sont autant de formes brouillonnes et parcellaire de l’Homme, la rébellion des anges contre le Démiurge, qui sont pour la plupart des concepts que l’on retrouve dans plusieurs dogmes religieux. Malheureusement, là encore l’album souffre de maladresses puisque toutes ces révélations sont jetées en pâture au lecteur, qui a déjà du mal à conserver l’entrain nécessaire pour suivre les pérégrinations d’Hella et ses inutiles petits frères.

Le tout laisse l’impression d’avoir été expédié, ce qui est d’autant plus dommage que l’histoire avait du potentiel, malheureusement gâché par des approximations et par ce que l’on devine être des présomptions hâtives de l’auteur.

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Les Enfers: au royaume d’Hadès

La BD!

Histoire complète en 46 pages écrite par Clotilde Bruneau et dessinée par Diego Oddi. Parution le 10/11/2021 aux éditions Glénat, dans la collection La Sagesse des Mythes, dirigée par Luc Ferry.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

L’Enfer, c’est les outres

La mythologie grecque a laissé une empreinte marquante sur la fiction encore aujourd’hui. Ces innombrables mythes, sont devenus pour beaucoup la quintessence de la narration à travers les âges, transformés de telle sorte que l’on prend aujourd’hui plaisir à les redécouvrir sous leur forme originelle.

Prenez Hadès par exemple. Toutes les histoires modernes tendent à le dépeindre de façon péjorative, majoritairement en tant qu’antagoniste, alors que les mythes grecs ne souffrent initialement pas de ce biais. Souvent comparé à Satan en fiction moderne, le Hadès classique est au contraire une figure plutôt neutre, bien qu’intransigeant vis à vis de son rôle et de la nature intrinsèque et inévitable du principe qu’il représente.

Bien loin du Caïn rongé par la jalousie, et l’amertume d’avoir été relégué aux Enfers, Hadès est au contraire dépeint comme un régent juste et sévère du monde souterrain, et l’un des seuls dieux, si ce n’est le seul, à ne pas avoir trompé son épouse, ni fait preuve d’une cruauté infondée envers les hommes. Son royaume, censé être impénétrable (mais bien entendu visité par bien des héros de la mythologie), est doté d’une géographie tout singulière et d’une histoire foisonnante qui méritaient certainement un album à part entière.

Cet album nous plonge donc dans les méandres sinueux des fleuves qui irriguent et encerclent les Enfers, et nous fait découvrir ses différentes régions. Nous avons également droit aux différents mythes qui y sont liés, de Tantale à Sisyphe en passant par les Danaïdes.

Malgré la structure du récit à tiroirs, où une digression en appelle une autre, l’album possède un fil rouge, qui permet de conserver un semblant de structure dramatique tout au long. Le dossier en fin d’album, intitulé « Hadès ou le monde grec face au non-sens de la mort », est complet mais digeste et parvient à rester succin lorsqu’il dépeint des caractéristiques méconnues du dieu grec de la Mort.

En résumé, Les Enfers: au royaume d’Hadès est un album synthétique et très instructif sur une figure tristement controversée et incomprise de la mythologie grecque. Peut être dispensable pour les experts hellénistes, mais idéal pour tout lecteur souhaitant se cultiver.

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Avengers #5: Le défi des Ghost Riders

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Cinquième tome de la série, qui comprend les épisodes 22 à 25. Jason Aaron à l’écriture et Stefano Caselli au dessin. Parution le 10/11/2021 aux éditions Panini Comics.

Highway to Hell

Dans le premier tome des Avengers par Jason Aaron, nous assistions aux débuts du jeune Robbie Reyes dans l’équipe. Le jeune américano-hispanique est depuis peu le détenteur des pouvoirs du Ghost Rider, une lignée de motards fantômes crachant le feu de l’Enfer et dédiés à la vengeance. Chaque Rider doit avoir sa monture, et celle de Robbie est quelque peu singulière, puisque c’est une voiture démoniaque qui semble avoir une personnalité propre, comme on a pu le voir à quelques reprises durant les précédentes aventures du groupe.

Depuis un moment déjà, Robbie sent que quelque chose cloche avec ses pouvoirs de Rider. Contrôlé par le roi des vampires dans le tome 3, il est depuis en grande remise en question et se persuade qu’il n’est pas digne de rester dans l’équipe des plus grands héros de la Terre. Notre Ghost Rider débutant va malheureusement se retrouver confronté aux dérangeantes vérités qui se cachent derrière son crâne enflammé et sa voiture démoniaque.

Bien entendu, lorsqu’un Avenger est en difficulté, il peut compter sur le soutien de ses frères et sœurs d’arme, qui vont le suivre jusqu’en Enfer… littéralement.

En effet, Robbie Reyes est convoqué au royaume des damnés, dirigé par un ancien Ghost Rider, le bien nommé Johnny Blaze. Le Roi de l’Enfer provoque Robbie en duel, une course avec en jeu ses pouvoirs de Rider. Si Blaze l’emporte, il cumulera ses pouvoirs avec ceux de Reyes et sera ainsi capable de régner entièrement sur les légions des damnés. Et si les desseins de Blaze étaient initialement vertueux, on peut être quasiment certains que la charge du Trône Infernal l’aura corrompu jusqu’à l’os.

Après un quatrième tome assez dispensable, Jason Aaron revient à ses moutons et met en lumière un des personnages les plus prometteurs de sa nouvelle mouture des Avengers. Robbie Reyes, héros réticent, subissant un pouvoir qui confine davantage à la malédiction et dont il commençait progressivement à tester les limites. On découvre donc à l’occasion de ce défi des Ghost Riders les différentes facettes du pouvoir de Robbie.

Jason Aaron s’amuse clairement comme un petit fou avec cette série. Dans chaque nouvel arc, il implémente de nouvelles idées originales, et ce Défi ne fait pas exception, avec moult incarnations de Riders, une course folle en Enfer et des drakkars customisés. En parallèle, l’intrigue liée aux Avengers préhistoriques avance de façon significative, sans que l’on sache encore clairement de quoi il retourne et ce qui lie les deux époques.

En résumé, ce cinquième volume relance la série avec un cocktail d’action et d’intrigue, comme Jason Aaron nous y a habitué.

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Kill 6 Billion Demons

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Premier tome de la série écrite et dessinée par Tom Parkinson-Morgan. Parution en France chez Akileos le 06/10/2021.

C’est la fête au McGuffin

La jeune Allison n’a peut-être pas une vie facile, mais au moins ce soir, elle va prendre un peu de bon temps. Résolue à perdre sa virginité, elle s’acoquine avec son petit copain Zaid, qui n’a rien d’un foudre de guerre mais qu’elle aime quand même. Alors que le maladroit Zaid s’échine à la déshabiller, dans un de ces moments gênants que l’on a tous vécu (n’est-ce pas, hein ? hein ??), Allison voit la réalité se déchirer autour d’elle et une horde de démons débarquer d’un portail dimensionnel.

Non, non, allez-y, faites comme si j’étais pas là.

La horde semble poursuivre un étrange chevalier en armure, qui, juste après avoir été décapité, lui insère dans le crâne une boule lumineuse qui fragmente son corps telle une fractale. A son réveil, Allison constate que son petit-ami a été happé dans une dimension infernale par des démons, dont elle est elle-même prisonnière.

Accrochez-vous, puisque cette partie du pitch est, assez étonnamment, la plus facilement compréhensible. A partir de là, Allison va découvrir Trône, la ville gigantesque au centre du Multivers, jonchée des cadavres de divinités antiques, et peuplée de milliards de créatures, parmi lesquelles des démons abjects et des anges pour le moins étranges. Allison découvre qu’elle est désormais la détentrice de la Clé des Rois, un artéfact à l’infinie puissance, objet de convoitises depuis que les sept derniers dieux se sont divisés et se sont répartis les 777 777 univers composant le Multivers.

La jeune femme, perdue dans ce mortel bazar, va se retrouver sous la protection de « Chaîne Blanche » (son véritable nom est « Chaîne Blanche 82 née du néant qui revient pour soumettre le mal »), un Ange gardien de la Paix, qui va tenter de déterminer pourquoi la Clé des Rois s’est retrouvée dans le crâne d’une jeune humaine.

Weird is the new black

L’aventure de Kill Six Billion Demons a commencé en 2013 sous la forme d’un webcomic, ce média alternatif et décomplexé qui a permis à de nombreux auteurs de se faire la main tout en popularisant leurs travaux. Le phénomène ayant pris de l’ampleur, c’est Image Comics qui se positionnera sur le travail de Tom Parkinson-Morgan. Cette BD quasi inclassable se révèle faire en réalité partie d’un genre à part entière, un genre tout particulier puisqu’il se définit essentiellement en opposition par rapport à ses précurseurs: le New Weird.

Alors que la SF, le fantastique et l’horreur ont pris leur essor et se sont codifiés au cours du 20e siècle, la fin du 20e et le début du 21e ont vu un courant d’auteurs chercher à s’affranchir de ces codes, qui entre temps, étaient devenus des clichés pour certains. Il en a résulté un genre en soi, visant à détourner les lieux communs et les codes de la SF, de la fantasy, et autres, sans nécessairement verser dans la parodie.

On retrouve K6BD tout à fait dans cette veine, avec un concept de départ assez classique (une jeune femme doit plonger dans un univers infernal pour sauver son petit-ami: tiens, tiens, un pitch familier et récent), voire même un peu cliché (celui du « Je meurs, prends mon McGuffin« , que l’on peut voir par exemple dans Green Lantern, Saint Seya, Gundam, L’Incal, Casablanca, Le Cinquième Élément, Harry Potter…). Ces clichés seront néanmoins rapidement détournés, et mixés avec d’autres éléments, pour donner un tout délirant et baroque à souhait.

Attention, cependant, les amateurs d’intrigues ordonnées et de dialogues ciselées risquent de sombrer dans la folie à la lecture de cet album. Cela a l’avantage de refléter l’état de confusion dans lequel se trouve Allison face à ce monde inconnu, mais cela peut également noyer le lecteur, sous des répliques cryptiques qui frôlent parfois le non-sens.

Je ne parle pas seulement ici des tartines d’exposition qui nous sont servis à grands renforts de monologues, mais du délire ambiant, inhérent à ce type d’univers. S’agissant de l’exposition, on sent bien que l’auteur s’est senti tiraillé entre la nécessité de livrer les bases de son univers et le risque d’assommer les lecteurs avec. Par exemple, lors de la tirade de l’Ange sur les origines du Multivers, l’auteur insère des vannes visant à mettre en abîme le risque de perdre son auditoire avec ce genre de procédé.

Si l’on ne peut pas résolument classer cette série comme parodique, on ne peut pas non plus s’empêcher de déceler un certain degré de pastiche, comme dans les interludes récitant des psaumes de YINSUN. Ces textes, absurdes sur la forme, se révèlent grandement subversifs sur le fond, ne sont ni plus ni moins qu’un middle finger à tous les grands courants religieux et textes sacrés.

Petite touche toute personnelle, j’ai apprécié la représentation faite des anges, du moins dans leur apparence véritable, qui fait référence directement à leur description dans l’Ancien Testament. Le reste des dessins, s’ils peuvent souvent traduire la créativité débridée de Parkinson-Morgan, frisent parfois avec l’amateurisme, ou du moins dans ce qui peut souvent se voir dans certaines BD semi-pro.

Le tout conviendra certainement aux amateurs d’univers violents et déjantés, voire WTF. Attention toutefois au prix, qui peut être considéré comme prohibitif étant donné le format.

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Hella et les Hellboyz #1: Tout droit en Enfer

Premier tome de 48 pages d’un diptyque écrit par Kid Toussaint et dessiné par Luisa Russo. Parution le 03/03/2021 aux éditions Drakoo.

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Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Hella elle a…

Hasard de calendrier ou stratégie de dumping artistique, on retrouve encore une fois Kid Toussaint pour ce premier tome horrifique, qui nous conte les mésaventures de Hella, jeune adolescente en phase de rébellion. Alors qu’elle dégrade rageusement la voiture de son acariâtre professeur de maths en compagnie de son cher et tendre bad boy Kieran, Hella passe devant la maison située au 21 rue Duroc. Cette sinistre demeure éloigne généralement les curieux, en raison des nombreuses tragédies dont elle fut le théâtre depuis sa construction. Certains la disent même hantée !

Qu’à cela ne tienne, Kieran décide d’y entrer afin de se faire oublier après son méfait, mais il n’en ressortira jamais… Éplorée, Hella va à la recherche de son petit-ami. Quelle n’est pas sa stupéfaction lorsqu’en passant la porte, elle atterrit dans les limbes infernales !

Hella fait donc une double découverte: Comme tous ceux qui s’y sont aventurés avant lui, Kieran est maintenu prisonnier dans les limbes, dont personne n’est capable de s’échapper, hormis…Hella. La jeune fille semble être la seule capable de regagner le monde normal, et donc la seule en mesure de retrouver Kieran. Pour ce faire, elle devra venir à bout de tous les seigneurs des lieux, toujours avant le lever du soleil.

Hell-ène et les garçons

Dans sa quête infernale, Hella saura se dégoter des alliés locaux, notamment trois garçons, Zack, Billy et Tony, prisonniers depuis plusieurs décennies à en croire leur style vestimentaire. Leur présence prolongée dans ces lieux, comme les autres humains, a perverti leur apparence pour faire d’eux des démons, mais leur innocence leur a évité une totale corruption, faisant d’eux des alliés de choix. Ainsi entourée, il ne reste plus à Hella qu’à s’élancer à la poursuite de son aimé pour le libérer des limbes, si elle le peut.

Soyons honnêtes, le titre du nouveau Kid Toussaint interpelle par sa ressemblance avec un certain comic traitant justement des liens de son protagoniste avec l’Enfer… A priori, la comparaison s’arrête là, gageons cependant que le second tome explorera plus avant les origines de Hella afin d’expliquer a)ce nom si particulier, et b)sa faculté à passer à volonté entre Terre et Enfer. L’ambiance est horrifique bien que le ton reste grand public, l’auteur sachant doser les éléments d’épouvante en parsemant le tout de team drama.

Cependant, le scénario s’emballe assez rapidement en plongeant Kieran dans la demeure maudite dès les premières pages, sans prendre le temps d’augmenter le capital sympathie de son héroïne. Avant de séparer les tourtereaux, rien de significatif ne vient nous démontrer leur attachement, si bien que la quête éperdue de Hella ne nous est pas ancrée émotionnellement. L’auteur prend tout de même le temps d’étoffer son personnage principal, mais il aurait été moins préjudiciable à l’intrigue d’axer la recherche sur un membre de sa famille plutôt que sur un petit copain random dont on a pas eu le temps d’admirer les qualités.

Empruntant à la Divine Comédie (voyage dans les différents cercles de l’Enfer) autant qu’à Orphée et Eurydice (le protagoniste va chercher l’être aimé en Enfer) avec une évidente référence structurelle à Saint Seya (un long escalier reliant différents sanctuaires, avec des boss à vaincre à chaque étape), Hella et les Hellboyz reste une lecture sympathique, charge à l’auteur d’approfondir ses personnages grâce à un second tome tout en évitant les écueils promis par la linéarité de la prémisse.

A partir de 10 ans. 

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Les Esprits de la vengeance

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Comic de Victor Gischler et Davd Baldeon
Panini (2018) -Marvel (2017), 122 p., comprend les épisodes 1-5 de la série. One-shot.
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Au niveau éditorial l’album est plutôt dans le haut du panier chez Panini, avec une préface habituelle de contexte sur Marvel Legacy, deux pages (assez moches) de présentation des personnages, les couvertures originales et des bonus en fin de volume sur le design des personnages et la création de l’histoire.

Tous les mille ans la Convention est formée pour permettre une discussion diplomatique entre Enfer et Paradis afin de régler les différents dans la guerre éternelle que se livrent les deux forces. Cette fois-ci les règles ont changées et menacent de rompre à jamais l’équilibre éternel, obligeant Daïmon Hellstrom (le fils du Diable) à réunir une équipe… pour sauver l’univers! 

Pour commencer cette chronique je précise que la quasi totalité des personnages et contexte de cet album Marvel m’est inconnue. Hormis les films Blade et Ghost Rider je découvre cet univers qui ressemble (en plus fun) à celui du Hellblazer (Constantine) de chez DC, au film Dogma de Kevin Smith et surtout au jeu de rôle In Nomine Satanis jadis illustré par monsieur Varanda, et dont on retrouve totalement le côté délirant. Je reconnais que j’adore absolument ces histoires de lutte entre enfer et paradis (le Rapture de Valiant avait ce côté très sympa et moins sérieux que Shadowman) avec ces archanges intervenant en personne, un Diable coquin au possible et des manigances pour contourner les règles. Avec ici des anti-héros très rock’n’roll (dont un Ghost Rider que je voyais comme assez kitsch jusqu’ici), on a résolument une histoire one-shot très fun et joliment mise en image par un illustrateur espagnol assez bon.

Résultat de recherche d'images pour "spirits of vengeance baldeon"Les dessins sont une surprise car hormis les pointures des Big-Two les comics indé ou sur des héros mineurs sont rarement un éblouissement oculaire. Je n’irais pas jusqu’à dire que Baldeon fait partie du gratin des illustrateurs de comics, mais franchement, dans l’école Humberto Ramos/Madureira on est quand-même dans la même catégorie. La colorisation très informatique ne permet sans doute pas de juger à sa juste valeur l’encrage (qu’on pourra apprécier dans les bonus) mais elle apporte, par une profusion d’effets de lumières et de flammes très jolis, une belle tonalité complémentaire à cet album. Sincèrement je me suis fait plaisir graphiquement alors que la couverture assez moyennement dessinée ne me préparait pas à cela. Les tronches un peu cartoon et le design à l’outrance assumée participent de cette idée d’une série B à gros moyens.

Et l’histoire est remarquablement construite, sans complication inutiles, sur le mode d’une enquête classique, avec un premier mort révélant une conspiration plus vaste, passage de témoins démoniaques à tabac et moultes bons mots échangés entre ces sales gueules de l’univers Marvel. Résultat de recherche d'images pour "spirits of vengeance baldeon"Les auteurs expliquent dans les bonus un traitement différencié selon le personnage suivi, de l’ambiance « actionner 80’s » pour Blade au polar pour Hellstrom ou Dragon ball pour Ghost Rider… Il y a de l’idée et cela permet de varier les planches et les séquences. Pas de faux rythme ou de ralentissement dans une histoire qu’on regrette presque une fois la centaine de pages achevées.

One-shot plus proche d’un indé de chez Image, Esprits de vengeance a le très gros mérite d’être absolument accessible à n’importe quel lecteur de BD, de se suffire à lui-même et d’avoir une cohérence graphique et scénaristique sans prétention mais terriblement efficace. Si le projet avait été un poil plus ambitieux (et si je ne l’avais pas lu en version numérique) on était pas loin des 5 Calvin!

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