****·Manga·Rapidos·Service Presse

These savage shores

esat-west
Comic de Ram V, Sumit Kumar et Vitorio Astone (coul),
Hicomics (2020) -Vault Comics (2018), 148p. One-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Attention, cet album commence fort dès l’édition, avec une superbe couverture aux dorures ouvragées incrustées. Une des plus belles de cette année… ce qui se poursuit sur les cinq chapitres au design redoutable et une galerie des couvertures en deux version. Hormis quelques bonus de création qu’on aurait aimé, l’édition nous mets dans l’atmosphère avant d’avoir tourné la première page. Très efficace!

couv_397098

Inde, XVIII° siècle. Un jeune noble est exfiltré d’Angleterre après avoir manqué de discrétion sur sa condition: il est vampire… Sur place il découvre une société ancienne, élégante, une chaleur moite et une armée coloniale britannique déjà installée et jouant de rivalité entre les seigneurs locaux. Bien vite il apparaît que cet être surnaturel est bien jeune au regard des êtres anciens qui habitent cette terre…

These Savage Shores - BD, informations, cotesCet album arrivé sans coup férir va marquer cette rentrée BD tant il semble exempt de défauts et inspiré par la grâce! Les histoires de vampires ont généralement du mal à sortir du lot de par des intrigues ultra formatées et basées sur l’éternel duo Eros/Thanatos. Le début de l’histoire laisse craindre cela avec un jeune vampire contraint de fuir sur un navire, terrifiant l’équipage en référence à l’originel roman de Bram Stoker qu’a brillamment adapté Georges Bess l’an dernier. La présence d’un redoutable chasseur de vampire fait penser que l’on va avoir droit à une chasse orientale assez classique mais plutôt bad-ass… pour immédiatement être décontenancé par la tournure de l’intrigue. Car le scénario de Ram V, non content d’être très élégamment écrit via la forme de l’épistolaire, multiplie les chausses-trappe pour un lecteur pensant avoir compris où il se trouvait. Ces multiples rebondissements rendent la lecture exigeante, impliquante car sans être complexe on navigue entre plusieurs narrateurs et entre les deux axes de cette histoire, ce mystérieux personnage fantastique d’abord, le contexte de la guerre coloniale ensuite. Les deux sont liés de par le rôle que joue le personnage principal au sein de la société noble indienne et ce contexte très particulier, peu abordé dans les littératures imaginaires, invite à se renseigner sur la période historique pour mieux apprécier l’œuvre. Rien d’obligatoire mais en parcourant la richesse de ce background et l’intelligence du récit on a envie de l’apprécier jusqu’au bout en apprenant une page de l’Histoire.

Ram V. on the craft (and ferocious nature) at the heart of 'These Savage  Shores' — DoomRocketPour revenir au mètre-étalon, l’histoire d’amour n’est pas loin bien sur mais sous une forme très originale, peut-être platonique, entre cette danseuse et cet être antédiluvien. Truffé de références discrètes mais enrichissantes, l’album aborde la belle et la bête, Dracula et son amour impossible, le colonialisme naissant et les manigances politico-territoriales de la Compagnie des Indes orientales (les passages les plus complexes), et jusqu’aux récits de genèse, le tout sous une forme graphique vraiment superbe et dans une alchimie parfaitement nouvelle.  Sumit Kumar a su retranscrire avec une technique classique à la fois l’élégance incroyable des architectures indiennes mais aussi d’une végétation voulue comme ancestrale. Que ce soient les ruelles de Londres, les palais ou les odorants marchés indiens, on ressent la texture du lieu, la moiteur, la poussière de cet orient exotique. Chaque page est un régal pour les yeux avec une variété de découpages cinématographiques et une maîtrise totale des codes de la narration BD.

These Savage ShoresDes albums très beaux il y en a beaucoup. Des comics homogènes de bout en bout, moins. Mais ce qui impressionne dans ce one-shot c’est la nouveauté de cette proposition qui nous offre autant un pan de la culture des auteurs (d’origine indienne) qu’une variation tout à fait originale d’un thème de la culture populaire, dont on a déjà vu une version sur le Rapaces de Marini, en plus grossier et moins abouti. Je trouve formidable quand des auteurs parviennent à offrir un album de genre qui peut convenir à un public non habitué en ouvrant la porte, via l’Histoire et l’Orient. Sur la même année Hicomics a sorti trois albums majeurs issus de la sphère indépendante. Le premier empruntait à la culture Cajun, le second (récent Eisner Award!) donnait une vision très politique de la chasse aux monstres dans l’Amérique raciste, le troisième donc, revisite les légendes vampiriques à la couleur de l’Inde des Moghol. Trois créations mondialisées, ethniques, qui ont digéré l’imaginaire collectif en y apportant une sensibilité artistique très personnelle. C’est généralement le meilleur creuset pour produire de grands albums.

note-calvin11note-calvin11note-calvin11note-calvin11note-calvin11

****·Manga·Rapidos·Service Presse

Demon Tune #2

esat-west
Manga de Yuki Kodama,
Kurokawa (2020) – 2/4 volume paru.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance.

Koyukimaru a retrouvé son père… dans un sale état! Décidé à le venger, son tempérament bouillonnant de ninja va devoir se conformer aux règles du MBI, l’organisation très structurée sous les ordres d’un chef autoritaire. L’enfant décide d’accompagner les enquêteurs en mettant son flair de ninja au service de la traque du Bogeyman…

cover-138020-w350

Le plaisir continue sur cette petite série qui ne paye pas de mine mais arrive à créer un réel intérêt global dans le genre pléthorique du Shonen. Les impressions du premier volume sont amplement confirmées avec une montée en puissance par un remarquable équilibre entre action, enquête et révélations. Les séries courtes courent toujours le risque de couper la surprise par des révélations trop rapides. C’est partiellement le cas ici puisque l’on apprend déjà qui est le Bogeyman, ce méchant particulièrement charismatique découvert au volume précédent. Un peu dommage tant j’aurais aimé prolonger le mystère, mais bien d’autres révélations et nouveaux mystères se révèlent en nous Demon Tune 7 | MangaSakidonnant envie d’avancer rapidement. Le développement de l’univers nous montre sa richesse surprenante. Comme on le dit toujours, ce qui est important ce n’est pas les idées révolutionnaires mais un traitement novateur d’idées connues. C’est le cas ici avec une thématique des démons possédant des humains, coutumière dans les manga. Mais l’arrivée d’éléments technologiques associés à cette magie « démonique » et surtout la présence de personnages vraiment réussis, du père (pourtant inerte tout le long du volume…) au chef du MBI en passant par le duo d’enquêteurs alliant comique et action sexy, tous impriment leur présence avec des dialogues adultes et cohérents. Je tique souvent dans mes lectures manga sur des dialogues un peu faciles voir assez piteux. Ce n’est pas le cas ici et ce Demon Tune s’avère une surprise que je n’attendais pas du tout et qui me donne très envie de continuer. Graphiquement c’est toujours à la fois simple et élégant, et l’on ressent sous des aspects enfantins des personnages, une très bonne maîtrise technique de l’auteur. Je noterais juste (pour les puristes) les surprenants changements de maquette de l’éditeur d’origine, où les jaquettes des volumes un et deux ne se structurent pas de la même manière, avant des volumes trois et quatre qui semblent avoir stabilisés la maquette. Kurokawa aurait peut-être pu reprendre cela pour plus de cohérence…

Au final, Demon Tune est un vrai plaisir à la lecture facile et l’un des meilleurs Shonen que j’ai lu depuis pas mal de temps!

note-calvin11note-calvin11note-calvin11note-calvin11

***·East & West·Manga·Service Presse

Demon Tune #1

esat-west
Manga de Yuki Kodama,
Kurokawa (2020) – 1/4 volume paru.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour cette découverte.

9782368527825

Wizard city est une ville cosmopolite qui accueille tout un chacun. Travaillant pour des mafias, des humains corrompus par du sang de démon font la loi de la nuit. Lorsque la petite fée Fran est capturée par ces hommes de main elle se retrouve obligée d’utiliser son pouvoir de guérison sur un étrange enfant aux étonnantes capacités de Ninja. Lancés à la recherche du mystérieux Rouleau du cataclysme, ils vont rapidement trouver sur leur chemin le terrible Boogeyman mais aussi le MBI (magical Bureau of investigation)…

https://static.hitek.fr/img/up_m/1977622801/demontune22.pngTrès bonne surprise que ce premier tome d’une série très courte puisque prévue en quatre tomes. Probablement une des raisons de l’efficacité de la progression dans ce manga qui avance très vite en ne perdant pas de temps à installer une atmosphère ou une psychologie sophistiquée des personnages. 100% shonen, Demon Tune nous propose les aventures d’un enfant Ninja dont le flaire sur-développé va intéresser le MBI, l’agence chargée de combattre les Demon tuner, ces personnes qui utilisent du sang de démon pour transformer des humains en créatures surpuissantes. Le plus dangereux d’entre eux est le Boogey man, un être apparemment invincible dont les visées restent mystérieuses et qui sème la terreur dans les rangs de la pègre locale.

Dès le premier chapitre l’aspect sombre et assez violent attire l’intérêt en voyant Koyukimaru littéralement torturé à mort par un gang qui utilise la fée pour lui redonner les forces suffisantes à poursuivre l’interrogatoire… Même si la torture n’est que suggérée on ressent la dureté de la vie de cet enfant et seul le personnage de la fée amène un peu de légèreté dans une histoire assez noire. Car on parle de démons, de monde clandestin Yûki Kodama, l'auteur de Blood Lad revient en force - MANGA et ...et de corruption des corps… Le style de graphisme de l’auteur permet d’aborder cela sans tomber dans le malsain puisque les personnages sont assez ronds et, autre point fort, les arrières-plans sont travaillés essentiellement en contrastes, donnant un ton de polar à l’ensemble.

Sur le plan de l’action c’est franchement efficace, très lisible et fun avec un personnage principal au design travaillé et dont les combats sautillants au Katana sont percutants et dynamiques. Ce premier tome installe essentiellement le héros et le grand méchant, le Boogeyman et seul le dernier chapitre introduit l’équipe du MBI dont l’officier féminin imprime déjà sa marque et aura sans doute plus de place dans la suite.

Peu friand de shonen que je trouve souvent similaires, j’ai trouvé de vraies qualités graphiques à ce volume qui arrive à attiser notre curiosité par un remarquable équilibre narratif dans la mise en place de cet univers noir. A voir ce que cela donne par la suite mais cette entrée en matière est clairement réussie.

note-calvin11note-calvin11note-calvin11