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Eden, It’s an endless world (perfect) #8

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BD de Hiroki Endo
Panini (2022) – 1998, 484 p./volume, 8 volumes parus sur 9 (1,5 tomes/volume).

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Il vaut mieux être à jour sur la série pour lire cet article!

L’exfiltration de Mana se poursuit lors d’un affrontement qui voit les forces redoutables du Propater et d’Elijah se neutraliser avec des dommages irrémédiables dans chaque camp. Bientôt l’IA Maya intervient, alors qu’une catastrophe mondiale se prépare, qui va bouleverser les équilibres…

Coup de coeur! (1)

Si vous ne l’avez pas encore compris Eden est un manga absolu, un miracle qui se hisse au-dessus de tout ce qui a été fait dans le pays de Tezuka. Pour que ce soit clair, à l’approche de la conclusion cette série dépasse par son ambition et sa réalisation Akira et tous les manga que je concevais comme des chefs d’œuvres…

Chapter 99 - Eden: It's an Endless World! - Manga1s.com - Read and download  Manga Online for Free!Je ne reviendrais pas sur les schémas narratifs de l’auteur qui continuent ici avec toujours autant d’efficacité pour me concentrer sur les thèmes de cet avant-dernier volume. Si on a largement abordé précédemment les déviances urbaines que sont la prostitution, les drogues et les mafias mais également les guerres civiles africaines, ici le scénario approfondit la question des religions en lien avec le concept d’IA et du Colloïde comme nouvelle entité de l’Evolution qui fusionne les questions de la singularité humaine et du rôle de Dieu.

Dans ce monde dévasté (et qui ne finit pas de l’être dans les mains de Hiroki Endo) Maya interroge plusieurs personnages sur le sens de leur vie comme entité individuelle et sur la proposition de fondre sa personnalité dans le collectif du Colloïde. Il pointe en cela directement la promesse non aboutie des religions qui laissaient transparaître dans l’Au-Delà une telle fusion. Dieu restant invisible et son action sur le monde manifestement peu efficace, le Colloïde convainc un nombre croissant d’humains qui voient dans sa matérialité et sa propagation une réalité tangible.

Eden: It's an Endless World! - Chapter 110L’auteur aboutit ainsi sur ce volume l’apport de la Gnose sur son œuvre (que hormis les théologiens et les érudits bien peu avaient pu percevoir jusqu’ici). Cette vision/réflexion est encore passionnante par sa modernité très concrète et son lien avec l’idée SF d’IA. Dans le paradigme futuriste on aura vu les cerveaux transférés dans des corps robotiques et des IA se matérialiser inversement. Il ne reste plus qu’à imaginer un transfert de l’esprit d’un humain dans un cyberespace collectif (idée vue récemment dans l’excellent Chappie de Neill Blomkamp) pour boucler avec le relativisme de la singularité démiurgique de l’Homme. Sans aucun prosélytisme, uniquement poussé par sa curiosité et son cartésianisme absolu, l’auteur ne cesse de jongler entre le plaisir de la BD et l’expression de ses analyses sur l’histoire des hommes, sur l’état du monde lorsqu’il écrit son œuvre (… qui n’a malheureusement guère évolué depuis). En lisant Eden on se sent plus intelligent, on réfléchis sans cesse aux vies très réalistes de cette multitude de personnages, à notre monde et au caractère très mortel et remplaçable des humains. Eden est une œuvre profondément nihiliste, froide, mais d’une richesse folle. Il ne reste plus qu’à conclure…

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Les promeneuses de l’Apocalypse #1 – Pilote sacrifié #2 – Dr. stone #20 & 21

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Le mois de juillet touche à sa fin et il est temps de se rappeler quelques bonnes séries manga en cours, avec notamment le shonen Best-seller de Boichi qui s’approche de sa fin, mais aussi une étonnante nouvelle série post-apo en mode feel-good qui confirme le talent de Doki-Doki pour dénicher des séries courtes très qualitatives!

  • Les promeneuses de l’Apocalypse #1 (Saito/Doki-Doki) – 2022, 176p./volume, 9/12 vol. parus.
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Merci aux éditions Doki-Doki pour leur confiance!

 

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Très étonnant manga qui, s’il n’a pour le moment rien d’addictif ou de marquant, a le mérite de surprendre par son ton résolument positif, chose à laquelle le genre post-apo ne nous a pas habitué. Ce n’est pas grand chose mais c’est suffisant pour attirer notre attention du simple fait d’une rupture avec des attendus. Ainsi on découvre une jeune fille et son amie androïde partie pour un voyage touristique en moto (électrique) dans un Japon vidé d’habitants et largement noyé sous la montée des eaux. Si quelques séquences font monter l’adrénaline il n’y a pourtant aucun pathos dans cette aventure qui a plus du Shojo que du Seinen et profite de dessine remarquables de technique et de précision pour une première œuvre. Sous son aspect écolo qui distille des éléments de background à dose homéopathique, one est plutôt conquis, en attendant de savoir si nous avons affaire à de simples tranches de vie ou si une intrigue véritable va se développer.

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    • Dr. Stone #20&21 (Boichi-Inagaki/Glénat) – 2022, 192 p./volume, 21/26 volumes parus.
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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance!

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Grosse surprise sur ces deux tomes qui nous rapprochent plus que jamais de la conclusion finale. Alors que les auteurs avaient toujours navigué jusqu’ici entre révélations choc et retour au ronron scientifique, ils semblent enfin résolus à assumer une certaine continuité dans l’avancée de l’intrigue principale (la quête de la source de la pétrification, on aurait presque fini par l’oublier!). Je ne sais pas si c’est le fait de savoir que le dernier tome (le 26) est sorti au Japon ou si l’intrigue est vraiment plus concentrée mais quel pied de progresser enfin sans les a-côté et digressions humoristiques souvent lourdingues. On nage ainsi en pleine aventure dans une quasi-parfaite alchimie entre séquences de découvertes (courtes), action graphique et aventure. Nos amis sont poursuivis par les hommes de Snyder vers la source de l’émission au Brésil, ce qui va entraîner une chasse sur eau, en montagne ou dans la Jungle via mille et un véhicule, jusqu’à une des plus grosses révélations depuis le début de la série. On ne sais toujours pas bien jusqu’où les auteurs comptent aller dans la SF (bien que l’épisode Byakuya nous laisse une perspective assez ambitieuse) mais ces deux tomes sont pour moi peut-être les meilleurs depuis le début et l’acmé du parfait shonen qui maintient l’exigence sans rien sacrifier. Bravo aux auteurs qui nous transmettent leur plaisir créatif!

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  • Pilote sacrifié #2 (Azuma-Kokami/Delcourt) – 2022, 192 p./volume, 2/10 volumes parus, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

pilotes-sacrifies-2-delcourtAprès une belle entrée en matière prenante sur le tome un, on entre dans un rythme de croisière pour cette série historique qui perd ici la dynamique de suspens apportée par les discussions avec le Sasaki d’aujourd’hui. Il ne se passe ainsi pas grand chose pour ces soldats cloués au sol aux Philippines et qui dépendent de leur héros de capitaine qui conteste la perte de tels talents guerriers. Cela permet (au travers d’un terrible général imbu de lui-même et porteur d’ordres aberrants) de critiquer le régime sans s’attaquer plus que ça aux fondements nationalistes qui ont engendré le fascisme à la mode nippone.  Si l’approche documentaire et historique est sérieuse, il manque un petit quelque-chose soit dans l’action soit dans la a critique pour maintenir l’envie. Avec une série qui en est déjà à son dixième tome je suis assez pessimiste sur la faculté des auteurs à tenir un rythme soutenu sans s’endormir le descriptif historique.

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Eden, It’s an endless world (perfect) #6-7

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BD de Hiroki Endo
Panini (2022) – 1998, 484 p./volume, 7 volumes parus sur 9 (1,5 tomes/volume).

Il vaut mieux être à jour sur la série pour lire cet article!

La recherche de l’assassin d’Helena va envoyer Elijah en Australie où  le Propater détient sa sœur Mana. Alors que le professeur Mishima va faire une découverte majeure sur l’origine et les buts du Disclosure virus, une nouvelle IA fait son entrée pour aider Elijah mais également poursuivre ses propres buts…

Coup de coeur! (1)

Chaque nouvel album d’Eden est un bonheur rare et une souffrance, celle de voir avancer irrémédiablement la conclusion alors que l’on a le sentiment de n’avoir approché qu’un dixième de l’univers et des possibilités de l’œuvre. Cela ne retire en rien la confiance absolu que l’on a dans cet auteur qui semble immunisé contre les fautes de goût et les digressions inutiles. Entamant le volume six par une nouvelle séquence d’action magistrale qui nous rappelle encore le poids d’Appelseed sur ce manga, on saute toujours d’une séquence à l’autre avec un sens du rythme et des coupures machiavélique. Dans Eden il ne suffit pas d’être un super-guerrier, d’apparaître depuis quatre volumes ou de Eden: It's an Endless World Volume 14 TPB :: Profile :: Dark Horse Comicsdétenir des informations cruciales pour survivre. Renouvelant sans cesse son personnel, Endo maintient une tension permanente pour le lecteur, seulement soulagée par les quelques séquences wtf qui instaurent un jeu savoureux entre un Elijah dévergondé et une Miriam Arona  que l’on adore voir en garçonne effarouchée.

Si l’aspect techno-sf reste majeur et d’un niveau rarement vu en BD, l’intrigue avance fortement sur le sixième volume qui voit le personnage du scientifique confrontée à la personnalité du Disclosure virus en nous faisant comprendre  l’idée d’une évolution de Gaïa vers une forme de conscience maîtrisant les propriétés quantiques de l’univers… Oui car chez Endo la précision scientifique ne cesse jamais et le jargon n’est jamais étouffant mais plutôt pédagogique, jouant à la fois le rôle d’habillage sérieux et de réflexion SF. Laissant malgré tout toujours le contexte général en retrait, l’auteur avance ses intrigues secondaires avant de nous envoyer le Propater brutalement sur des séquences inattendues. Je dirais qu’on continue à avancer à dose homéopathique dans les objectifs de ce gouvernement mondial, sans savoir quand le mangaka se décidera à nous balancer ses révélations. Tic-tac-tic-tac il reste deux tomes seulement et on commence à craindre un effet Ajin très frustrant…

Abordant ici le sujet des violences ethniques en Afrique et l’impuissance de l’ONU, l’auteur rendre comme à l’accoutumée dans une analyse tout sauf manichéenne qui rejoint son propos SF de gouvernement mondial visant à abolir les conflits. Réintroduisant sa dream team qui nous manquait avec Nazarbaïev, Kenji, Sophia et une nouvelle venue, le septième tome s’oriente plus sur l’action avec l’opération d’exfiltration de Mana, alors que le Propater semble décidé à envoyer ses plus redoutables assassins pour récupérer la fille d’Enoa Ballard. Et nous laisse, le souffle court, en plein milieu d’une (nouvelle) séquence d’action dantesque…

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Manga en vrac #19: Shangri-la frontier #1 – Eden #4 – 008:Apprenti espion #3

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  • Shangri-la  (Katarina-Fuji/Glénat) – 2021 série en cours, 1/5 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

couv_432073Sunraku est un hardcore gamer un peu particulier: il ne joue qu’à des « bouses », ces jeux buggés ou trop lourds qui font planter les serveurs des jeux en réseau. Lorsqu’on lui propose de s’essayer à Shangri-la, blockbuster des jeux massivement multi-joueurs, il est d’abord sceptique, avant de redécouvrir les plaisirs simples de la découverte d’un jeu fonctionnel et très bien conçu…

Digne représentant du sous-genre phare des Shonen, les Isekai, Shangri-la frontier est aussi un crossmedia puisque la scénariste est également autrice d’un roman participatif du même nom publié en ligne depuis 2018 et dont ce manga est l’adaptation. Assez peu friand de ce genre ciblé sur un public très particulier j’étais un peu inquiet et surpris du plan com’ important déployé par Glénat pour accompagner une de ses grosses sorties de septembre. A la lecture je reconnais que j’ai passé un très bon moment sur des dessins dans la moyenne haute qui mettent bien sur l’accent sur le chara-design et la fluidité des séquences d’action. Le gros avantage de ce manga c’est le fait de s’inscrire dans un jeu vidéo (où chacun trouvera ou pas des références selon sa culture propre de gamer) et donc de justifier tous les manichéismes et archétypes inhérents au média. Étonnamment on se prend au jeu de regarder le héros découvrir ce système de jeu, sur le même mode que la série française Bolchoi Arena, et s’il serait abusif de dire que l’intrigue nous happe, même totalement extérieur au monde des jeux vidéo on pourra apprécier cette série (au moins au démarrage) par un calibrage grand public qu’oublient trop souvent les Isekai…

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  • Eden, it’s an endless world #4 (Endo/Panini) – 1998/2021, 4/9 tomes parus (edition Perfect).

eden-perfect-4-paniniVous pouvez trouver mon billet de découverte.. et coup de cœur ici.

Après une entrée en matière aussi dantesque que les deux premiers volumes, le troisième entamait ensuite l’arc de la prostitution et des narcotrafiquants. Ce quatrième volume continue donc sur le même ton, à la fois très réaliste, cru parfois, mais assez éloigné des préoccupations SF avancées jusqu’ici. Une sorte d’intermède alors que la mère d’Elijah et l’escouade de Nazarbaïev sont convalescents. C’est donc l’occasion pour l’auteur d’approfondir son regard sur une société violente où ceux qui ne veulent pas être des agneaux sacrifiés décident d’intégrer des meutes, de mafieux, de prostituées, de miliciens,… L’intrigue tourne donc autour d’Helena après son agression par le mafieux Perdo. Confirmant son refus obstiné du manichéisme, Hiroki Endo va ainsi nous raconter comment cet affreux salopard en est arrivé là, comment la drogue pousse des mères à vendre leurs enfants, comment certains ne veulent tout simplement pas être sauvés. Et s’il faut le reconnaître, ce volume est beaucoup plus posé et moins prenant que les précédents, la série n’en perd pas sa force qui réside dans une complexité de tous les instants interdisant le lecteur à pouvoir anticiper quoi que ce soit tant les pulsions humaines poussent tous ces protagonistes dans leurs actions. On ne peux pas parler de pessimisme mais plutôt d’un réalisme froid tant dans la représentation des copulations en maison close que dans les assassinats qui sont légion… Alors qu’on découvre enfin Enoia Ballard, on profite de cette relative accalmie comme un reportage sombre sur les bas-fonds de l’âme humaine et des bas-fonds des grandes villes. En retenant notre respiration pour le prochain tome qui sera sans aucun doute un nouveau choc!

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  • 008: Apprenti espion #3 (Matsuena/Kurokawa) – (2018) 2021 série en cours, 3/14 volumes parus.

Manga - Manhwa - 008 Apprenti Espion Vol.3En revenant dans le lycée on s’attend à découvrir les différents professeurs découverts au volume précédent, tous plus délirants les uns que les autres. Le volume remplit partiellement cet office puisque après un cours avec la prof de guerre psychologique (comprendre: utilisation des charmes féminins pour déstabiliser l’adversaire) on va trouver Eight et ses amis affronter quelques épreuves et partir en mission sur le terrain avec l’un des prof. Si le tome ne tombe pas dans la douleur du second volume, on comprend pourtant que la gestion du second degré reste difficile (puisqu’il faut tenir une série au long cours) et l’articulation entre fan-service, humour et intrigue-action reste laborieuse. Quelques séquences rigolotes, quelques personnages sexy ou bad-ass… et c’est à peu près tout. On a décidément du mal à s’intéresser à cet anti-héros et si précédemment les actions d’éclat de la ninja à forte poitrine permettait de rester dans la course, on finit par se lasser d’attendre quelque chose qui nous décroche un peu la mâchoire. Pour ma part je pense m’arrêter là. Les adolescents pré-pubères (japonais si possibles…) pourront trouver quelque intérêt mais au regard de la concurrence pléthorique, cet agent 008 reste tout de même très faible…

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Eden, It’s an endless world (perfect) #1-3

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BD de Hiroki Endo
Panini (2021) – 1998, 484 p./volume, 4 volumes parus sur 9 (doubles tomes).

Cette édition d’un classique de la SF me permet une petite remarque sur la culture des éditions spéciales entre manga et franco-belge. Pour ne pas tirer sur une ambulance je ne pointerais pas Panini en particulier mais remarque simplement que si cette habitude de ressortir les meilleurs mangas (et plus grosses ventes passées…) en Perfect édition est une très bonne chose pour vulgariser auprès d’un public jeune assez marqué par l’immédiateté des sorties du moment, elle reste très peu ambitieuse en se restreignant la plupart du temps à simplement éditer les manga dans une impression et un format correcte. Le format manga est à la base peu qualitatif, de fait puisque les œuvres sont publiées dans des journaux. Adapter les volumes à un format plus proche de nos habitudes européennes (comme la démarche d’Urban de sortir certains titres de comics indé en format franco-belge) est cohérente et permet à un marché assez saturé de continuer à croître sur des titres anciens. De bonne guerre dirais-je. Pourtant accompagner les volumes de dessins couleur, croquis, interviews, analyses et autres ajouts ne coûterait pas bien plus cher et justifierait l’appellation d’édition spéciale. Au regard des collectors de la franco-belge, le surcoût est moyennement justifié. Bref…

Concernant Eden on a donc une jaquette avec vernis sélectif, résumé avec quelques personnages du volume en main, table des matière des chapitres et deux intéressants mais anecdotiques textes de réflexions de l’auteur sans aucune mise en perspective. Sur un matériaux aussi riche on aurait voulu des commentaires sur l’univers ou les thèmes abordés. Edition juste correcte donc.

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Coup de coeur! (1)

Le virus Closure a éradiqué 15% de la population mondiale, provoquant un effondrement des états tels que nous les connaissions et l’émergence de narco-états. Face à eux l’organisation du Propater entre en chasse d’un adolescent héritier de données informatiques que tous semblent convoiter. Alors que seule la force militaire et numérique semblent pouvoir régenter ce monde de chaos, des combattants et victimes se retrouvent associés dans un Grand jeu qui les dépasse…

Mon grand âge fait que j’ai eu le privilège de découvrir les premiers manga en France avec l’arrivée d’Akira en kiosque dans les années quatre-vingt-dix, un choc adolescent que j’ai prolongé sur les œuvres de Masamune Shirow et notamment Appleseed. Akira est largement cité pour présenter Eden et l’influence de son auteur. Shirow également mais en citant de manière erronée Ghost in the shell… que je trouve loin thématiquement même si certains aspects cyberpunk peuvent y faire penser. Je confirme après lecture des trois premiers numéros que l’oeuvre de Hiroki Endo est un parfait mélange entre Akira et Appleseed, une vraie création de fan qui a mis tout ce qu’il a adoré dans ses glorieux ancêtres. Il est marquant de voir comme certains styles graphiques sont datés en Manga, comme en franco-belge. C’est le cas avec Eden dont la technique semi-réaliste se précise avec les volumes et propose par moment des planches vraiment impressionnantes et d’une précision chirurgicale y compris dans les décors (point de repère pour évaluer la profondeur du travail sur tous les ouvrages que je lis).

Eden : It's an Endless World ! (Perfect Edition) (tome 2) - (Hiroki Endo) -  Seinen [BDNET.COM]Il y a plusieurs types d’auteurs de manga. Les otaku (Boichi), les techniciens sur des productions industrielles, les artisans (Urasawa) et les intello. Endo fait partie de cette dernière catégorie, avec une ambition et réflexion globale sur son projet rarement vus. Ainsi la construction des premiers tomes est surprenante et déstabilisante. Un très gros prologue d’une centaine de pages nous plonge dans cet univers en nous présentant Enoa Ballard après la Chute, avant de nous projeter vingt ans plus tard avec seulement quelques épisodes de flashback sur pages noires qui développeront épisodiquement certains personnages dans le passé. Nous avons donc l’histoire d’une famille, du père Chris impliqué dans l’apparition du virus, à son fils devenu devenu patron d’un des plus gros narco-cartels de la planète et que l’on ne voit pas adulte au cours des trois premiers tomes de l’édition Perfect (équivalent à six tomes donc) et suivons le dernier descendant, Elijah, jeune homme faible ballotté dans des conflits qui le dépassent et gérant difficilement son héritage familial. Le nom du héros n’est pas anodin, la série est parsemée de références bibliques et de réflexions philosophiques plus accessibles que chez Shirow. A ce titre l’équilibre entre les thématiques scientifiques et cyberpunk pointues (l’auteur s’est remarquablement documenté et est très précis), les commentaires sur la civilisation, l’homme et Dieu, les équilibres géopolitiques et sujets sociétaux comme la pauvreté ou la prostitution… est incroyablement solide! C’est le cœur et l’intérêt des œuvres de SF me direz-vous. Oui bien sur, mais c’est très rarement maîtrisé à ce point.

Alt236 Twitterissä: "Ensuite : "Eden Its an Endless World" de Hiroki Endo.  Ca parle Pandémie et trucs pas net, mercenaire et post-infection, si j'ai  bien compris. A voir mais les images interpellent !…Eden est radical sur tout les plans et c’est une de ses très grandes qualités. Endo montre et dit ce qu’il souhaite sans se censurer. Il en découle des séquences gores et violentes qui participent à créer un univers sombre et réaliste, sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le fan-service. Si l’on voit des nus ce n’est jamais montré de façon sexy, de même que la violence militaire illustre simplement (comme dans Akira) la rudesse de ce monde. Ambitionnant de montrer les effets du nouveau contexte entre deux scènes d’action, Endo tisse une trame qui va se densifier en un tout.

Je parlais de construction déstabilisante. Ainsi après le prologue on entre dans une phase militaire avec une équipe de mercenaires chargés de récupérer des données informatiques et qui entrent en contact avec Elijah. S’ensuit une longue séquence de conflit techno-militaire d’une réalisation magistrale. La galerie de personnages d’Eden est impressionnante et leur disparition (par la mort ou le changement de contexte du récit) est très efficace pour nous maintenir en haleine. De la même manière que le personnage d’Enoa Ballard est présent en filigranes tout le long sans jamais se montrer, l’auteur joue de son lecteur qui ne sait jamais quels personnages vont durer ou non. Si la séquence mafieuse du troisième tome est un peu en retrait au niveau de l’intérêt, chaque chapitre reste intéressant en tant que tel et nous implique émotionnellement sans jamais pouvoir anticiper l’intrigue ou le destin d’un personnage.

Eden Volume 1: It's an Endless World! TPB :: Profile :: Dark Horse ComicsContrairement à Shirow qui pouvait devenir un peu soporifique dans ses digressions philosophiques Hiroki Endo ne laisse jamais l’action bien loin. De façon crue et très létale,  il montre des adversaires redoutables, jusqu’au troufion de base. Chez Endo la force des héros ne repose pas sur la faiblesse de leurs adversaires. Il en ressort des affrontements magistraux où même les crac ne ressortent pas indemne.

L’aspect cyberpunk commence à peine avec l’irruption d’une IA extrêmement puissante. Avant cela nous sommes confrontés à des cyborgs chargés de la guerre électronique en support aux troupes et de terrifiants humanoïdes guerriers issus de manipulations génétiques. Si l’on nous parle de l’organisation religieuse Propater depuis les premières pages on ne sait toujours pas quel est son but hormis qu’il se confronte à plusieurs organisations, dont une confédération musulmane et une zone « agnostique » structurée par les organisations mafieuses.

Oeuvre impliquante, s’intéressant autant à des sujets de garçons (les super-soldats, la technologie militaire, les robots) qu’aux drames humains (on parle des indiens, mais aussi de filles-mères, des relations familiales et des problématiques du tiers-monde…), Eden est comme toutes les grandes œuvres de science-fiction un projet global impressionnant de solidité tant graphique que dans son écriture. Aucune faute de goût n’est à relever et on dévore les centaines de pages avec le plaisir de savoir que Panini a prévu une publication serrée des neuf tomes. Maintenant il ne vous reste plus qu’à foncer en librairie pour vous plonger dans ce must-read pour tout lecteur de manga!

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