*****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Texas jack

BD du mercredi

BD de Pierre Dubois et Dimitri Armand,
Lombard-Signé (2018), 120 p. one-shot.
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Texas Jack est un album prequel au Sykes du même duo sorti en 2015. Beaucoup plus gros que son prédécesseur, il jouit d’une illustration de couverture tout aussi réussie. Pas de bonus pour l’édition classique, seulement une courte bio des auteurs en fin d’ouvrage, comme dans tout album Signé. L’édition n&b comporte un cahier graphique.

L’Ouest s’est construit sur l’aventure, mais aussi sur l’alliance de bandits et de capitalistes désireux de s’accaparer pouvoir et territoires à moindres frais. Ainsi a été lâchée la bande de Gunsmoke, terrifiants assassins, horde sauvage incontrôlable ravageant les terres des pionniers. Pour arrêter son chien, le gouvernement a besoin d’un héros, Texas Jack, plus connu pour ses aventures de feuilletons que pour le combat de sang. L’acteur de cirque va pourtant se retrouver au cœur de l’action, où il rencontrera un Marshall lui aussi lancé aux trousses de Gunsmoke…

Je n’aime pas Blueberry… je suis plus Sergio Leone et Peckinpah qu’Hawks, plus western crépusculaire ou spaghetti que classique. Du coup j’ai toujours eu un peu de mal avec le western en BD. Sans doute un effet générationnel et la technique des couleurs de l’époque qui ne permettaient pas de profiter des encrage comme il aurait fallu. Je me souviens du très beau one-shot de Guerineau, Après la nuit paru discrètement il y a quelques années, ou plus loin le diptyque mythique 500 fusils/Adios Palomita mais globalement les séries western ne m’ont jamais vraiment inspiré. En 2015 pourtant deux albums fort remarqués paraissent. Sykes à pâti de la concurrence avec l’Undertaker de Meyer et Dorison. Pourtant Dimitri Armand est de la même école que Meyer, avec peut être moins de proximités avec le maître Giraud mais des encrages tout aussi puissants.

Résultat de recherche d'images pour "texas jack dimitri armand"Je me dois de rectifier tout de suite une erreur probable: non, Texas Jack n’est pas l’album des débuts du Marshal Sykes. Il s’agit bien d’un projet distinct et c’est ce qui fait toute sa force (et vaguement inspiré d’un personnage historique). Ce n’est ni le succès de leur précédente collaboration ni l’appât du gain qui les ont poussé vers ce qui aurait pu être une démarche commerciale. En fait cet album vient d’une envie de refaire un western, grand format, en prenant le temps de montrer les grands espaces, les chevauchées interminables, la nature et les relations humaines de cet alliage improbable d’artistes et de gunmen. L’existence de Sykes leur permet d’introduire quelques personnages connus mais ils ne sont aucunement au cœur de l’intrigue et restent même plutôt périphériques. Une sorte de coloration permettant de bâtir un univers étendu.

Résultat de recherche d'images pour "texas jack armand"Cela permet en outre d’alléger une intrigue longue de 120 pages, un travail de forçat pour Dimitri Armand dont le trait s’affine depuis la première aventure du Marshal et dont les détails d’arrière-plans et la mise en couleur me font préférer sans hésitation la version classique au collector N&B. Du statut de jeune auteur prometteur il intègre aujourd’hui le groupe de tête des héritiers de Vatine et Lauffray, de ces dessinateurs visuels et encrés. Je le dis avec d’autant plus de plaisir que son incursion chez Bob Morane m’avait déçu, y compris graphiquement. Sa partition est absolument parfaite, et l’on passe un moment magnifique que l’on ne voudrait pas voir terminer dans ces décores du grand Ouest, dans ces nuits d’orage où la maîtrise d’Armand donne toute sa force, dans ses visages bien sur qu’il semble pouvoir manipuler à sa guise. Son trait a une élégance folle, ses teintes sont extrêmement agréables et le dessinateur se laisse parfois (sagement) aller à quelques outrances visuelles que l’on adore mais qui doivent rester discrètes et au service de l’action.

De l’action il y en a finalement peu dans Texas Jack qui reste plus une buddy story très intelligemment scénarisée et moins sombre et violent que Sykes. Démarrant dans le bruit et la fureur d’un méchant terriblement charismatique et abominable, l’on se surprend à attendre tout l’album la ou les confrontation(s)… Résultat de recherche d'images pour "texas jack dimitri armand"De la même manière que Sykes est discret, Gunsmoke est absent pour que l’attention se concentre sur ce bellâtre de Texas Jack et ses amis pas si branquignoles qu’il n’y paraît. Le groupe apporte tantôt sensualité, tantôt humour et complicité en vivant sur les planches de l’album. Le lecteur est tenu en haleine de promesses qui tardent à venir, surpris tout le long d’avoir ce qu’il n’attend pas. Du coup la conclusion est un poil rapide et décevante mais se prolonge heureusement sur une sorte d’épilogue qui, encore une fois confirme où se situe le cœur de ce récit, celui du héros éponyme au cœur brisé.

Texas Jack c’est finalement plus du Howard Hawks que du Spaghetti. Et j’ai adoré cette itinérance en cinémascope, aux personnages aussi réussis graphiquement que dans leur écriture, où tout semble limpide et cohérent. La barre graphique était très haute et Pierre Dubois parvient à hisser son texte aussi loin. Vraiment merci pour ce moment de western et revenez quand vous voulez!

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*****·BD·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi

Blue note

La trouvaille+joaquim
BD de Mathieu Mariolle et Mickaël Bourgoin
Dargaud (2013) 148 p. 2 vol et 1 intégrale, série finie.
Couverture de Blue Note -INT- Blue note

Concept très original, Blue note nous propose de suivre les destins croisés de deux personnages, un boxeur et un guitariste de Blues, dans les dernières heures de la Prohibition. Le premier album suit le boxeur, le second le musicien. Ils se croiseront à peine mais interagirons dans la même temporalité. On retrouve un peu l’idée de Vortex que j’avais chroniqué dans cette rubrique il y a quelques temps. A noter que pour une fois l’illustration de l’intégrale est moins belle que celles des deux albums originaux. En outre une édition de luxe n&b tirée à 260 ex chez Bruno Graff existe. Un peu chère mais les le boulot d’encrage de Mickaël Bourgoin peut justifier une petite folie sur cet album si vous le trouvez.

Résultat de recherche d'images pour "blue note bourgoin"Blue note est une bd d’auteurs. Deux artistes inspirés par l’envie de nous faire vivre une ambiance, celle des nuits pluvieuses de la Prohibition, de ses clubs de jazz tenus par des Parrains et de ses match de boxe truqués. Ce qui saute aux yeux à l’ouverture de l’album ce sont les encrages de Mickaël Bourgoin, élément essentiel dans le visuel de ce projet (dès la page des crédits le dessinateur l’annonce). Pour sa deuxième série publiée le dessinateur a souhaité se lancer dans le grand bain, inspiré par Toppi et Breccia et on peut dire que la prise de risque s’est avérée pertinente tant l’ensemble respire la fumée, les atmosphères et livre quelques pleines pages absolument sublimes lorsqu’il s’agit d’illustrer la magie de la musique du personnage de guitariste virtuose R.J. A ce titre, il est dommage qu’une version grand format n&b n’ait pas été prévue par l’éditeur (hormis le tirage de tête en nombre limite et au coût élevé) tant ces planches auraient mérité plus de place.

Résultat de recherche d'images pour "blue note bourgoin dargaud"

On écarquille donc les yeux sur la beauté de ces petites cases très minutieuses et prends le temps d’admirer les quelques pages où les auteurs prennent leur place. Le trait peut ressembler par moment à celui de Gary Gianni, avec cet effet plume d’oie doublant les traits et surtout ces volutes incroyable qui désintègrent par moment les dessins dans une inspiration vraiment atypique et magnifique. C’est tellement réussi que l’album paraît parfois trop sage et l’on imagine un Bourgoin jouant des cadres de cases avec des débordements volontaires… J’ai vraiment découvert un illustrateur de très grand talent qui propose quelque chose de neuf que je ne saurais rattacher à une école graphique. Il n’a pour le moment rien réalisé d’autre en BD mais je guette un prochain projet!

Résultat de recherche d'images pour "blue note bourgoin dargaud"L’intrigue (réalisée à quatre mains) aurait pu être basique, classique. Le simple fait de poser le contexte du dernier mois d’une époque bien connue permet de borner l’intrigue en densifiant la tension. L’histoire est celle de l’ambition, celle de RJ, guitariste d’exception à qui tout sourit ; celle de Jack, ancienne légende des rings contraint de reprendre les gants en fuyant la gloire. Deux destins croisés qui se croiseront effectivement tout au long de ce double album construit en miroir. La subtilité de l’imbrication des deux histoires est une vraie réussite car ce n’était pas évident d’en dire si peu tout en maintenant des révélations en deux temps tout au long du récit. Chaque album a son unité, son héros, qui rencontre brièvement l’autre, avant que tout se rejoigne en toute fin du second volume. C’est une histoire triste que l’on nous narre, celle de personnages mangés par la ville, par leur ambition et celle des autres. Des talents qui ne seront jamais réellement libres, soit car ils sont en avance sur leur époque soit car ils appartiennent au passé. C’est un peu trois périodes qui se rencontrent dans Blue note: celle d’un âge d’or d’avant la Prohibition, celle finissante de la Prohibition, la nouvelle ère ouverte par RJ.Résultat de recherche d'images pour "blue note bourgoin"

Les meilleures BD sont souvent celle que l’on n’attend pas, celles qui nous surprennent. Blue note en fait partie en réussissant incroyablement l’alliance du texte et de l’image, de personnages forts portés par des thèmes passionnants, iconiques (le musicien de blues noir, le boxeur irlandais) et une époque hautement visuelle et familière dans l’imaginaire collectif. C’est une très belle histoire, dure et inspirée que nous proposent Bourgoin et Mariolle, un blues à l’encre de nuit, une BD qui fait honneur à une bibliothèque et que l’on relit régulièrement.

Une interview des auteurs a été réalisée par le site Bdgest.

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*****·Cinéma·Graphismes·La trouvaille du vendredi·Rétro

La trouvaille du vendredi #17

La trouvaille+joaquimAxis Mundi
Artbook de Mathieu Lauffray
Ankama-CFSL (2013) 240 p.
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Le site collaboratif d’artistes Café-salé publie depuis plusieurs années des recueils d’illustrations pro et semi-pro publiées sur ses forums (les fameux Art-book café-salé qui proposent une immersion assez incroyables de richesse dans des univers de dizaines d’artistes différents… si vous aimez les images, foncez en acheter un!). En collaboration avec l’éditeur Ankama ils ont sorti en 2013 le second art-book de Mathieu Lauffray. Plus qu’un simple recueil d’illustration, il s’agit d’une somme rassemblant une très grande quantité d’illustrations et de photos de travail de l’artiste et de plusieurs entretiens avec ses collaborateurs, scénaristes BD ou réalisateurs de cinéma pour l’essentiel. C’est assez biographique et permet comme rarement d’entrer dans l’intimité artistique d’un grand illustrateur peu médiatique.

Résultat de recherche d'images pour L’ouvrage de 240 page est de fabrication particulièrement réussie: format carré, signet tissu, couverture épaisse, illustration de couverture et de quatrième très belles. La maquette générale est élégante et l’on pardonnera les économies de relecture qui ont laissé un certain nombre de coquilles dans les textes. L’ouvrage s’ouvre sur une court bio avec photo de l’auteur puis une double page où il détaille la naissance de sa passion pour le graphisme et les imaginaires (tiens, c’est les deux axes de ce blog ça tombe bien !) avec couvertures d’albums et affiches de films influents. Ensuite le bouquin est découpé en 8 sections, dont quatre vouées à la BD et une importante sur le cinéma.

Certains sujets vont toucher vos lecteurs à tous les coups et l’on va vous aimer des les avoir choisis. C’est l’image que l’on aime, pas sa forme. […]C’est ce tiraillement entre le choix du sujet et le goût pour l’expression du sensible qui va faire exister artistiquement.

Lauffray est un visionnaire, dans le sens qu’il conçoit son travail comme des visions graphiques et artistiques d’autres mondes. Certains grand illustrateurs représentent et sont bons pour cela. Ce qui intéresse Lauffray c’est l’idée mystérieuse, inquiétante (il est fondamentalement un auteur « fantastique » en cela) et épique qu’il y a en toute forme. Il recherche le voyage et l’inconnu vaguement inquiétant… Image associéeD’une montagne il fait un pic dantesque hérissé de formes cyclopéennes impossibles (comme dans sa BD Prophet), d’un passant d’une nuit nocturne il fait une forme encapuchonnée qui vous invite à imaginer en quelle grotte de pirates il se terre… Ses références sont éclectiques mais reviennent aux illustrateurs figuratifs d’aventure et aux écrivains qui ont conté les explorations, de Frazetta, Otomo, Druillet à Dumas, Kipling et bien sur Jules Verne. Les illustrations (notamment réalisées pour les projets avortés de films de Christophe Ganz Némo et Lord of the Apes laissent un terrible sentiment de gâchis tant ces images sont évocatrices, vivantes, puissantes… Personnellement beaucoup d’images m’ont donné envie de me précipiter regarder le film pour lequel elles ont été faites.

Résultat de recherche d'images pour Ce livre est un moyen de partage de sa réflexion pour Mathieu Lauffray. L’homme est un vrai intellectuel, réfléchissante et conceptualisant son art. A ce titre, pour qui aime le graphisme, rarement un illustrateur fantastique a pu ainsi expliquer sa vision de l’objet graphique, de ses thèmes, de sa forme. Tout ceci est absolument passionnant, absolument pas intello ni conceptuel. C’est un vrai artiste expliquant son art, propos appuyés par un nombre incalculable d’images souvent inédites.

Mon travail c’est de conserver l’attention du lecteur, de conserver tout le romantisme que l’on pourrait trouver dans une peinture et de le traduire en art séquentiel

L’ouvrage permet également d’entrer dans la conception des séries BD de l’auteur, Prophet, Long John Silver ou sa participation à la série Légion. Telles des pages de making of, cette partie nous offre des variations sur les techniques utilisées, des crayonnés préparatoires aux encrages et les peintures. Ce qui frappe c’est que chaque technique, chaque étape est magnifique, montrant le niveau technique de Lauffray… dont les albums finaux ne rendent à mon sens rarement toute la mesure (à ce titre Lauffray est réellement plus illustrateur qu’auteur de BD).

Pour ceux qui s’étonnent de la production BD relativement restreinte de Lauffray, cet ouvrage résoudra cette énigme: celui qui se dit illustrateur mais passionné de BD, touche à tout et en particulier au cinéma où il collabore depuis longtemps avec des réalisateurs français qui s’étonnent toujours qu’un tel talent ne se soit pas expatrié à Hollywood… Artiste romantique il privilégie les relations humaines et la confiance dans le travail. Dans cette grosse section abordant ses travaux sur le Pacte des Loups, Saint-Ange, 10.000 BC  et autres projets avortés de jeunes talents du cinéma français, ces réalisateurs sincèrement impressionnés par la discrétion et le talent de Mathieu Lauffray discutent longuement du fonctionnement du cinéma, du processus créatif de l’image, animée ou fixe et du rôle qu’apporte un directeur artistique dans le montage d’un film. C’est passionnant.

Je pourrais parler longtemps et décortiquer ce superbe ouvrage mais il faut bien s’arrêter. Si vous n’avez jamais acheté d’Art-book, si vous bavez devant les planches illustrant ce billet, si vous avez toujours voulu pénétrer dans l’atelier d’un illustrateur foncez, s’il ne vous faut qu’un ouvrage de ce type c’est celui-ci.

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****·BD·Nouveau !·Service Presse

Trois corbeaux

BD de Raul et Roger
Dargaud (2007-2017) 2 cycles terminés.

Album lu grâce à Iznéo.

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Si vous ne connaissez pas encore le personnage de Jazz Maynard, mélange de Jason Bourne, et d’Ethan Hunt doté d’une sensibilité de dandy trompettiste, cet album doit remédier à cette anomalie. Membre d’une école graphique hispanique qui impressionne à chacune de leurs parutions, Roger a éclaté comme l’un des plus impressionnants illustrateurs en circulation. Doté d’une maîtrise technique lui permettant de détourner une ligne réaliste et d’un instinct des ombres et lumières incroyable, il se rapproche de deux grands auteurs ayant marqué les esprits également: José Homs (Shi) et Guarnido Juanjo (Blacksad). On est dans le très très haut niveau, des auteurs qui transforment chaque case de chaque album en un choc visuel qui dispenserait du besoin de scénario pour justifier l’achat d’une BD. Heureusement pour nous, la série Jazz Maynard ne se contente pas de se reposer sur ses graphismes et sa maîtrise du rythme puisque l’excellent scénariste Raul propose une ambiance noctambule de mafias violentes au sein de récits se lisant sans temps morts et utilisant habilement les aller et retours dans le temps. Jazz Maynard, découverte sur le tard, a été un choc pour moi et est actuellement l’une des séries grand public les plus puissantes.

Dernier volume d’un second cycle se déroulant en Islande, Trois corbeaux s’ouvre alors que l’ami Théo a été capturé par des suprémacistes et sera très probablement tué dans les prochaines heures. L’album commence immédiatement après la fin du précédent et va voir Jazz se lancer à la recherche de son ami en même temps qu’il doit remplir la mission que les iraniens lui ont confié. Pas ou peu de mise en place dans ce dernier album qui voit les planches débouler à cent à l’heure avec une maestria de découpage et de trait totalement ahurissante! L’action chez Raul et Roger c’est rapide, brutal, rugueux. Héros complet, Jazz sait pirater autant que combattre à main nue ou au fusil.

Cet opus nous en apprend cependant encore un peu sur sa jeunesse aux Etats-Unis auprès d’un maître du cambriolage, même si j’ai été un peu déçu de ne pas assister à la formation proprement dite du prodige. Le passé se recoupera d’ailleurs avec le présent, la série liant toujours l’intime, le familial avec les affaires de corruption ou criminelles. Au-delà de héros a peu près invincibles, une des forces de la série est de proposer des galeries de gueules de truands, toutes aussi patibulaires, sadiques, perverses. Mais contrairement an premier cycle où les tueurs chauves mettaient fort à mal les talents de Jazz, ici le combat est plutôt une balade islandaise où malgré les séquences de combat extrêmement dynamiques, pas un instant l’inquiétude ne point sur le destin de notre héros. Ceci appuyé par un Deus Ex Machina pas forcément dérangeant mais sans doute un peu facile même s’il apporte une pointe de fantastique bien intrigante. De même, les quelques cases historiques (une première dans la série) illustrant des vikings nous font bien saliver quand à l’opportunité de trouver dans quelques années Roger dans une saga historique se rapprochant du travail de Ronan Toulhoat

Étant donnée sa construction il est préférable de lire les précédents tomes du cycle islandais avant d’entamer ces Trois corbeaux, qui reste malgré tout un nouveau chef d’œuvre visuel. Si la trilogie barcelonaise est un cran au dessus, Jazz Maynard reste, quel que soit l’album, un incontournable de la BD que l’on relis aussitôt l’album terminé pour ausculter chaque case.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mo’.

*****·BD·Graphismes·La trouvaille du vendredi

La Trouvaille du vendredi #10

 

La trouvaille+joaquim

Résultat de recherche d'images pour "alberto varanda"Aujourd’hui je vais vous parler d’un auteur (génie?) dont on ne parle pas assez je trouve, et pour cause, son rythme de publication (du fait de sa technique et de son exigence) est très lent: Alberto Varanda.

Étonnamment c’est un des auteurs que je connais depuis le plus longtemps puisqu’il avait illustré des jeux de rôle à l’époque où j’en faisais, notamment Bloodlust (écrit par le duo de scénaristes BD Ange) , fortement inspiré des romans de Robert E. Howard et de l’univers graphique de Frank Frazetta. Je ne connais pas sa première BD (remontant à 1994 quand même!) mais immédiatement on est frappé par sa maîtrise des contrastes, parfois proches du travail d’un Frank Miller (Sin City sort en 1994). Après une expérimentation en couleurs directes (technique qui Résultat de recherche d'images pour "alberto varanda"ne lui correspond pas a mon avis…), paraît le méconnu Bloodlines (scénarisé par Ange, comme tous ses albums BD jusqu’à Elixirs), excellente BD au croisement entre X-files (le FBI et la conspiration) et Akira (les pouvoirs des enfants) fixe son style de personnages, proches de l’école Vatine, ses encrages puissants et son gout pour l’architecture. A cette époque il publie assez régulièrement, mais la minutie de son style, très chronophage, va ensuite l’orienter vers l’illustration et la BD jeunesse. Ayant étudié l’architecture il livre des planches totalement ahurissantes, surtout à une époque où le numérique n’existe pas et ne permet pas de zoomer les dessins.

Résultat de recherche d'images pour "alberto varanda"

Le dessin de Varanda s’apprécie encré et sans couleurs, mais aussi par ses crayonnés où l’on peut voir les lignes de fuite et la technique de ses panoramas architecturaux où il cherche la difficulté, la précision, la minutie. De l’art gothique flamboyant en BD! Malheureusement il s’arrête le plus souvent sur le premier album des séries qu’il commence (Paradis perdu, Chronique des chevaliers dragons), dont les éditeurs ont le nez de publier chaque fois une version grand format NB.Résultat de recherche d'images pour "alberto varanda" La série Elixirs le ramène à de la BD plus classique (de l’héroïque-fantasy à la sauce Arleston) mais les trois albums parus s’étalent sur rien de moins que 8 ans, de quoi élimer la patience des lecteurs. La série reste pourtant très correcte et certaines planches, malgré la mise en couleur, nous laissent la mâchoire par terre.  Finalement Varanda doit être pris plus comme illustrateur que comme auteur de BD, ses albums étant un luxe permettant de s’immerger dans des dizaines de planches à la fois et qu’il vaut mieux prendre comme des one-shot. Travaillant depuis plusieurs années sur un mystérieux album, « la mort vivante » scénarisé par Olivier Vatine et dont les premières illustrations (qui peuvent rappeler les illustrateurs américains comme Gary Gianni) ont été publiées très récemment (pour une sortie en aout), cet artiste complet a expérimenté différentes techniques liées de près ou de loin à son album, comme la sculpture ou la peinture à l’huile. Pour moi Varanda est un artiste de la trempe d’un Travis Charest, générant énormément de frustration mais doué d’un gigantesque talent qui rendent leurs rares productions très précieuses.

 

Le site de l’artiste pour pleurer toutes les larmes de son corps…

Et quelques illustrations…
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