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Injustice – année zéro

esat-westComic de Tom Taylor et collectif.
Urban (2021)/2017, 160p., one-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur confiance.

Avant l’incident déclencheur d’Injustice, la Justice League et la Justice Society se retrouvent pour un moment de partage. Lorsque le Prince du crime se retrouve en possession d’un artefact très ancien, un engrenage meurtrier s’enclenche, constituant petit à petit les fondements sur lesquels la dictature de Superman va pouvoir s’installer…

Injustice: Year Zero Reveals the Secret History of This Dark DC Universe -  IGNTom Taylor est décidément un sacré loustic! Alors que je découvre en même temps sa dernière saga Dceased et celle qui l’a révélé, Injustice, je ne cesse de prendre un plaisir que je croyais impossible dans l’univers DC une fois sorti des chefs d’œuvre dédiés au Chevalier noir. Mes tentatives sur JL m’ont toujours laissé de marbre (y compris des events réputés comme Crise d’identité) et les aspects nostalgiques et érudits sur l’Age d’or et d’argent trop étrangers et kitsch). Surtout, l’aspect commercial de nombre d’évènements à rallonge me laisse très sceptique dès que sort un spin-off d’une série à succès. Tout ça pour dire qu’après le ratage de Hope at world’s end je m’attendais à pas grande chose de ce Year zero… Si je vous dis tout ça c’est évidemment par-ce que ce volume me fait mentir de façon magnifique puisque j’ai toujours cru qu’un Catwoman à Rome était une anomalie de réussite (sur Un long Halloween) et qu’un spin-off avait vocation à être au mieux correcte. Or ce préquel, outre de nous passionner sur des personnages crédibles dans leur humanité, de jeter un pont avec le Watchmen que tout le monde connaît mais dont pas grand monde n’a lu les inspirations, de reprendre les codes addictifs de Injustice, pose des bases incroyablement fines et construites permettant de comprendre ce qui nous paraît le plus aberrant dans le dévissage de l’Homme d’Acier!

Sur des planches franchement de très haut niveau du trait aux couleurs (dans un style entre Immonen, Varanda et Hairsine), on suit donc la folie meurtrière du Joker qui décime la SJ en parallèle d’un éloignement de Harley qui va rejoindre sa chérie Poison Ivy. Si les couples homosexuels mis en avant dans le spin off de Dceased m’avaient paru lourdingues et inutiles, les deux présentés ici sont très attendrissants et l’aspect psychologique particulièrement bien présenté. Le premier est un couple de vieux très aimant qui va être mis à mal par les attaques de Mister J, le second nous montre l’itinéraire de Harley dans Injustice et son émancipation de la mainmise psychologique du Joker. On approfondit ainsi la psychologie du personnage le plus intéressant de DC depuis Batman après Harleen et White knight.INJUSTICE: YEAR ZERO Features JLA vs. JSA (Exclusive Preview) - Nerdist

Taylor envoie du pâté en matière de dialogues cash et de morts véritables. Sans se vautrer dans le cracra mais dans une cohérence avec Injustice. Surtout (et en cela il est bien entendu vivement conseillé de lire Année zéro après le premier Injustice) il apporte une sacrée profondeur à l’acte initial du Joker et aux bascules de Kal-El, Wonder Woman et Harley. En Tom Taylor on Twitter: "Batman spars with Wildcat with the Justice League  and JSA watching on. Have you checked out our first chapters of Injustice:  Year Zero yet? @Rogeantonio @rainberedo @jesswchen https://t.co/wpgPbpCIM7…une fluidité épatante le scénariste parvient à lier une grande part du DCverse en nous donnant envie de prolonger chacun des thèmes mis en avant (les nazi, l’Age d’or, Hawkman, la filiation, la tradition, la morale,…). Tout pousserait à une exploitation commerciale de cette efficacité or cette année zéro restera (a priori) respectueuse du lecteur en restant dans le cadre fixé d’expliquer le contexte initial et de donner des racines à un event révolutionnaire qui sonnait jusqu’ici comme un elseworld. Je m’aperçois en écrivant ce billet que Batman Metal aura décidément été plus important que je ne le pensais en créant un exemple de ce que ne devrait pas être le DCverse et que l’on pouvait bien viser un pareil syncrétisme dans une optique bien plus accessible et élégante. Avec un tel Talent on ne peut qu’espérer que Tom Taylor prenne du galon chez DC et qui sait, puisse donner un petit coup de pouce à la re-création du Snyderverse au cinéma…

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Skyward #2

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Comic de Joe Henderson, Lee Garbett et Antonio Fabela
Hi comics (2020)  2 vol paru en France. Série achevée en 3 volumes aux USA. 136 pages/volume.

bsic journalismMerci aux éditions Hi comics pour leur fidélité.

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En fuite, Willa et Edison se retrouvent coincés au milieu de la campagne et découvrent l’étonnante évolution de la faune hors des villes. La belle histoire que Barrow a raconté aux citadins est bien loin de la réalité…

J’étais sorti un peu frustré de ma lecture du premier volume qui malgré un très bon démarrage et un personnage principal fort sympathique avait du mal à développer une intrigue véritablement originale et péchait par des planches un peu pauvres. Avec les mêmes limites ce second volume nous propose de déplacer le cadre vers la forêt occupée par des insectes ayant fortement grandi du fait de l’absence de gravité et de la contrainte liée. L’humanité se retrouve ainsi bien faible face à de tels monstres voraces et doit apprendre à utiliser certains animaux pour résister. MYSTERY COMICS: SKYWARD #7, de Joe Henderson et Lee GarbettCette aération du background fait du bien en ouvrant le champ des possibles avant que le grand méchant machiavélique arrive pour se rappeler à notre bon souvenir. L’intrigue est construite autour d’un triangle « amoureux » assez classique entre la foldingue Willa, le chétif Edison en mode bon copain et le colosse chez des fermiers qui semble recouvrer toutes les caractéristiques du héros parfait et qui ne laisse pas la demoiselle de marbre. Vous l’aurez compris, ni la structure ni l’intrigue ne révolutionnent le genre (des insectes géants ce n’est pas forcément révolutionnaire en SF…) et ce sont bien les interactions entre personnages qui permettent de s’intéresser à cette série. Les dialogues sont en effet assez savoureux (avec une très bonne traduction) et les auteurs s’amusent à créer des situations décalées qui nous décochent souvent un sourire. Pour le reste l’équipe a du savoir faire, sait gérer ses rebondissements et révélations… mais on a le sentiment qu’ils ne décollent jamais vraiment d’une ambition fort modeste accrochée au seul objectif hypothétique de rétablir la gravité grâce au carnet du papa de Willa. Si le scénario en profite pour nous rappeler à des thématiques écologiques fort actuelles (l’industrie agro-alimentaire opaque, le mythe du progrès, la séparation entre villes et champs, plus prégnante que jamais dans les Etats-Unis de Trump…), l’ensemble des conflits reposent sur l’intérêt pour les uns et pour les autres à maintenir cette situation zéro-G ou de l’abolir. L’idée de départ est intéressante mais c’est un peu court pour tenir trois longueurs. Il en est de même côté visuel avec une étonnante difficulté à gérer des séquences d’action profitant de l’élément physique pour créer des jeux de découpage et des mouvements innovants. On termine ainsi cet album comme le premier, un peu frustré et toujours en attente du coup de folie qui ferait sortir cette série de la vaste moyenne des comics juste sympa.

A noter que l’édition reliée du dernier volume est sortie en aout aux Etats-Unis, ce qui peut laisser envisager une conclusion chez nous en début d’année prochaine. Une édition intégrale est également annoncée pour mars aux Etats-Unis.

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Skyward

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Comic de Joe Henderson, Lee Garbett et Antonio Fabela
Hi comics (2019) – Image (2018), 1 vol paru en France. Série achevée en 3 volumes aux USA. 136 pages/volume.

bsic journalismMerci aux éditions Hi comics pour leur fidélité.

skywardComme souvent dans les comics les illustrations de couverture et de chapitre sont très appétissantes. La série est très récente aux Etats-Unis mais comporte déjà trois volumes reliés, on peut donc s’attendre à une parution rapprochée chez l’éditeur français. La contrepartie de cette parution rapide (un chapitre par mois) c’est un dessin un peu rapide (j’y reviens plus bas). A l’intérieur c’est assez maigre côté bonus avec seulement des couvertures alternatives du dessinateur. Pas même la classique bio. On a vu mieux.

Il y a vingt ans la gravité a soudainement cessé. Depuis toute la vie humaine des survivants a changé, certains profitant de la nouvelle situation pour devenir très riches. Pour d’autres le malheur a emporté leurs proches vers l’espace et la mort. Willa était bébé lors du jour G et a vu sa mère emportée. Jeune femme optimiste, elle parcourt les cieux avec aisance pendant que son père, traumatisé, vit terré dans leur appartement. Jusqu’au jour où ils sont retrouvés par l’ancien associé de celui-ci…

Résultat de recherche d'images pour "skyward garbet"Lorsque je suis tombé sur le pitch et la couverture de cette série Image il y a quelques mois je me suis dit que l’on tenait une pépite US pour les prochaines années. L’idée juste géniale montre que les créateurs n’ont jamais fini de dénicher des concepts « et si… » très motivants. En France un album de Mickey avait déjà abordé cette idée d’une toute autre manière. Et comme souvent en matière de comics on est un peu refroidis du fait du rythme et circuit bien différent de chez nous qui implique (hors romans graphiques et projets bien spécifiques type White Knight) des dessins concentrés sur l’essentiel, une focale sur l’action et un rythme de révélations étiré entre les multiples cliffhangers.

Skyward souffle ainsi le chaud et le froid avec nos envies et le potentiel de ce projet. Les dessins d’abord. Lee Garbet a du talent et un style indéniable que l’on voit sur les couvertures et certaines planches. Malheureusement les arrières-plans sont totalement délaissés pour arriver souvent sur des fonds monocolore à la Astérix, qui font assez étrange. Il est à peu près certain qu’il s’agit là d’une économie de temps pour assurer le rythme de publication. Personnellement je ne me ferais jamais à ces impératifs qui réduisent la qualité graphique d’une série pour assouvir la fièvre de consommation des fans de comics. C’est vraiment dommage car notamment on aurait beaucoup aimé voir plus en détail les incidences matérielles de ce nouvel univers en apseanteur, hors des chaussures magnétiques et des orages.

Résultat de recherche d'images pour "skyward garbet"Du côté du scénario il en est de même. On effleure souvent des idées juste géniales (comme donc cette gestion de l’eau en apesanteur, certains comportements punks (les types qui lissent en l’air…!), la propulsion par balle et l’absence de poids ou encore la couverture des cités par des dômes… sans les voir exploitées ni visuellement ni dans le scénario. Ce dernier est ainsi assez simplifié à la relation de Willa avec son père et le grand méchant. C’est frustrant et à mettre, j’espère, sur le compte du démarrage de la série (qui ne compte que trois volumes, il ne faudra donc pas traîner!).

Cette série a beaucoup d’atouts dans sa manche et comme souvent on jugera la qualité finale au développement du hors champ, du background et au travail de l’univers. Les premiers aperçus de la suite laissent penser que l’on s’oriente vers un voyage hors villes qui donne des possibilités de gagner en graphisme et en couleurs avec les insectes qui s’annoncent majeurs pour la suite. Pour l’heure si ce premier tome n’est pas mauvais, il est extrêmement frustrant de par l’utilisation très maigre de cet univers riche en possibilités d’action et d’idées saugrenues. Espérons que les auteurs sauront se sortir de leur seul pitch aussi talentueux soit-il.

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