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La revue dessinée #18

Le Docu du Week-End

Connaissant de réputation et ayant feuilleté plusieurs fois La revue dessinée sans prendre le temps d’en lire un numéro, la rubrique docu du blog était une bonne occasion de sauter le pas et de décortiquer un volume. Izneo me permet de lire en numérique le numéro 18 sorti récemment. Étant donnée la pagination (228 p. de BD pour seulement 15€…) cet article vise à vous donner un aperçu des thèmes abordés et de la qualité générale de cette excellente revue.

https://www.larevuedessinee.fr/wp-content/uploads/2017/11/001-228_lrd18_couv_couv_dos-1.pngLe numéro comporte quatorze articles: cinq sont du reportage au format BD, sur une trentaine de page chacun, le reste est composé de courts articles ou pages illustrées sur des rubriques régulières. La revue dessinée a la même structure que tout magazine mais en format BD. Elle a donné naissance à Topo, sur le même principe mais destinée aux moins de 20 ans. A la fin de chacun des articles-BD une double page de prolongations donne des infos, statistiques, précisions, commentaires des auteurs et courte bibliographie. On ne peut rien demander de plus et en outre un courrier des lecteurs assure le contact entre la revue et les lecteurs. Dernière précision, vue la qualité de la revue et la taille du budget, il semble qu’il n’y a que très peu de stock sur les anciens numéros. Je conseille par conséquent de les acheter sur Iznéo pour vraiment pas cher (5€ le numéro)!Résultat de recherche d'images pour "la revue dessinée 18"

  • La clinique de la Borde: le premier chapitre remarquablement dessiné (l’illustrateur de Pereira pretend, qui a joui d’un excellent écho a sa sortie) aborde la psychiatrie institutionnelle à travers l’histoire de la clinique de la Borde et de Jean Oury, médecin convaincu qu’il fallait commencer par « soigner l’institution pour pouvoir soigner les fous ». Cette histoire rejoint le massage de Désobeisseurs que j’ai chroniqué il y a quelques semaines. Dans ces années 50 où les aliénés sont cantonnés aux électrochocs et a l’abandon, ce précurseur et ses amis/inspirateurs Deleuze, Foucault, Guattari ouvrent les cellules et les esprits des malades. Passionnante, cette histoire nous apprend beaucoup de choses sur un sujet peu vulgarisé.
  • Retour sur la manif pour tous: dialogues-vérité fictifs de personnalités du mouvement, les succès et échecs des combats de ce mouvement traditionaliste  et les liens avec les représentants politiques de la droite classique. Idée originale avec reprise de la bichromie rose bleu du mouvement, mais l’article est plus une pastille amusante qu’un reportage.
  • Les parafoudres radio-actifs: reportage effarant sur un scandale étouffé par France-Telecom/Orange. Des centaines de milliers de parafoudre contenant du gaz radioactif ont été installés sur les poteaux du réseau Telecom national. Des 1978 des alertes sanitaires internes sont lancées. Jusque dans les années 1990 l’entreprise tente d’étouffer, d’enterer les dossiers, d’intimider les lanceurs d’alerte. La radioprotection et la justice finissent par obliger le démontage des éléments radioactifs, tache confiée à des prestataires externes et les éléments toxiques sont stockés dans des fûts plastique sans aucun respect des règles de confinement… Ce problème concernerait également la SNCF et Air France. Histoire absolument sidérante et qui fait froid dans le dos car l’on sait que des affaires similaires sortent régulièrement et que les dirigeants à l’origine des scandales ont décennie après décennie le même cynisme qui n’est pas prêt de s’arrêter. Ecoeurant!
  • Une maternelle Montessori publique: pour qui a des enfants et s’intéresse un tant soi peu à l’Education Nationale, les paradoxes entre les réussites des pédagogies Montessori/Freinet et le coût des écoles privées qui les mettent en place est connu. L’Education Nationale vise à élever par l’éducation tous les enfants et notamment ceux victime de la reproduction des inégalités, via tout un tas de processus coûteux et ciblés mis en avant par les politiques. On sait combien les élèves différents auraient à gagner à des pédagogies « innovantes ». Un groupe de professeurs des écoles d’une cité parisienne décide collectivement d’appliquer la pédagogie Montessori, basée sur l’autonomisation des enfants et l’adaptation de l’enseignement à leurs envies, de façon souple, tout en ouvrant l’école aux parents et à la société. Loin de toute caricature les auteurs de la BD ne montent pas la méchante institution contre les gentils instit’. Très subtile et magnifiquement illustré, l’article montre les différentes problématiques de l’école et d’un système social et scolaire élitiste qui ne corrige que très peu les inégalité. Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, le format reportage permet de coller à la réalité des enfants et des adultes qui les côtoient. Un excellent docu qui aurait mérité un album édité!
  • La buvette des députés: double page décalée racontant ce qu’il se passe dans les coulisses du Parlement, en ce lieu autrefois fort aviné, mais qui aujourd’hui encore permet aux adversaires politiques de discuter dans un environnement serein, loin des caméras et de l’institutionnel. Aucun intérêt graphique, mais le sujet est sympa.
  • L’explosion des supermarchés: une présentation très didactique et illustrée de façon rigolote sur la croissance des surfaces d’hyper-marchés en regard de la baisse des achats des clients. Tout cela est lié à la libéralisation et l’idée selon laquelle cette activité crée de l’emploi et que le commerce attire le commerce. La BD se conclut avec les pages habituelles d’infos avec d’étonnantes photos de centres désaffectés aux Etats-Unis, qui permet de voir vers quel avenir on se dirige..
  • Les grammar Nazi: sketch super drôle où un ayatollah de la langue ou « grammar nazi » corrige un jeune parlant le langage sms et nous explique l’étymologie du mot Orthographe qui devrait se dire « orthographie »!

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Les secrets de Brune

Album jeunesse de Bruna Vieira et Lu Cafaggi
Sarbacane (2017), 88 pages.

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Brune va entrer dans son nouveau collège et cela lui fait peur. Elle est adolescente et plein de choses se passent dans sa tête. Les amis, les garçons, les parents, le look,… Alors elle écrit, elle se parle à elle-même, elle divague dans un univers rose d’ado brésilienne bouillonnant et plein de vie.

Étonnante rencontre entre une star du web adolescent brésilien et le petit éditeur Sarbacane, les secrets de Brune est une très jolie rencontre avec un personnage délicieusement griffé par Lu Cafuggi, de ces albums où le scénariste se dissous derrière un artiste qui semble laisser libre court à des pérégrinations graphiques qui semblent totalement déstructurées. Pourtant si le lecteur peut être un peu perdu entre cette succession de chapitres , il rentre vite dans le monde de Brune, un peu comme on le fait dans la série Carnets de cerise: sans préjugés, en se laissant porter dans l’univers et les questionnements du personnage. Bon, on est clairement dans un livre pour jeunes filles, mais le graphisme très aérien et potelé trouvera aussi un public plus large. Totalement patchwork, cette espèce de carnet intime graphique comporte autant des dessins du personnage que des séquences autobiographiques ou une recette de cuisine. Il touchera sans doute les petites minettes aux yeux emplis de doutes et de paillettes.