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The scumbag #1

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Comic de Rick Remender, Lewis Larosa, Eric Powell et collectif.
Urban (2022), Image (2021), série en cours.

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bsic journalismMerci aux éditions Urban pour leur fidélité.

Ernie Ray Clementine est un sac à merde… une authentique raclure de bidet, une loque droguée jusqu’au bout des ongles dont la seule philosophie (ou « pensée ») est « éclate toi ». Une facétie du destin a pourtant voulu qu’il entre en possession d’un sérum de surhomme, conçu par l’agence gouvernementale chargée de lutter contre l’organisation nazi Scorpionus. Les gardiens de la paix mondiale n’ont plus le choix: ils doivent convaincre le pire « humain » sur Terre de sauver le monde…

The Scumbag (2020-) Chapter 1 - Page 18On connaît le concept. Prenez le pire anti-héros imaginable face à une menace fasciste caricaturale, plongez cela dans beaucoup de mauvais goût, une dose de sexe, une crudité graphique et un dixième degré empli d’humour noir et vous avez une chance d’embarquer un lectorat ennuyé par le formalisme bien-pensant. Ça vous donne du Renato Jones (versant politique), du Mezkal (version cartels mexicains) ou plus loin de nous Anibal 5 par Bess et Jodo. Le problème de la recette c’est l’équilibre entre radicalité (en la matière un peut faire confiance à Rick Remender qui a construit son œuvre sur les moutons noirs de la BD, avec au choix du Seven to Eternity, du Tokyo Ghost ou du Black science…) et scénario, avec le risque majeur de voir notre connard préféré devenir un véritable héros avec happy end. Le paradoxe entre le besoin de simplicité du genre et le jusqu’au boutisme de la dirsuption.

Sur ce plan on peut être inquiet sur le déroulé du scénario qui pour faire progresser son intrigue fait progressivement pousser une conscience pour ne pas dire quelques neurones à Scumbag (je ne vais pas dire « sac à merde » à chaque paragraphe non plus!). Je vais pourtant être bon prince et reprendre l’album par le début, une ouverture magistrale, tonitruante de provocation jusqu’au-boutiste qui nous rappelle pourquoi on aime Remender: cet homme va droit au but et ne s’encombre jamais de bonne morale. Aidé par les incroyables planches de Lewis Larosa (qui a travaillé chez Valiant sur le superbe Bloodshot) dont on ne sait pas si c’est le découpage dingue ou la technique graphique qui impressionne le plus, l’auteur nous balance un gros pavé dans la gueule et l’on termine le premier chapitre avec le même sourire d’extase qu’Ernie Ray Clementine… Bien vite allié à une super-espionne fort sexy et confronté à des nazi américains qui nous rappellent le mauvais coton que filent nous cousins d’outre-atlantique depuis quelques temps, Scumbag va se normaliser lorsqu’on apprend que pour activer ses pouvoirs il doit avoir des pensées positives. Mauvaise idée et mauvais point pour Remender qui introduit ainsi une bonne morale dans son histoire de sale gosse en orientant le sens de l’histoire vers une rédemption dont on ne veut surtout pas après tout cela!The Scumbag”, l'archétype du sale type face à l'apocalypse

De façon assez injuste cette bascule arrive sur le chapitre dessiné par Eric Powell, excellent dessinateur qui semble pourtant bien peu à l’aise sur sa section. Si l’action reste omniprésente et assez fun, le dessinateur ne parvient pas à illustrer la folie du projet qui devait faire tout le piment de cette lecture. Si la suite remonte le niveau trash avec une maous orgie , on réalise progressivement que l’ensemble dépend beaucoup de l’inspiration du dessinateur. Si la qualité graphique générale est de très bonne facture, on sent une certaine timidité à assumer l’idée originale, ce que Jeff parvenait parfaitement à rendre sur ses Mezkal et Gun Crazy.

Au final un a une lecture en yo-yo qui va de l’excellent au banal. Même si l’ensemble se savoure avec plaisir, on aimerait que le second tome assure un destroy intégral plus cohérent. La brochette d’artistes annoncée sur les tomes deux et trois (avec du Bengal, Dinisio et Mobili) laisse augurer en tout cas de sacrées planches.

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***·Comics·East & West·Nouveau !

Redfork

Histoire complète en 160 pages, écrite par Alex Paknadel et dessinée par Nil Vendrell. Parution aux US chez TKO Studios, publication en France chez Panini Comics le 23/03/2022.

Boule(s) de suif meurtrière(s)

Après une longue peine de prison, Noah revient dans sa ville natale de Redfork, retrouver ses proches et tenter de s’amender pour ses erreurs passées. Ce que peu savent, c’est que Noah est tombé à la place de son frère Cody, qu’il a couvert pour le meurtre accidentel d’un docteur durant un cambriolage.

Noah et Cody à l’époque, cherchaient chez le bon docteur quelque chose de suffisamment fort pour se défoncer, comme une majorité de jeunes à Redfork. Huit ans plus tard, la situation n’a pas véritablement changé, les aiguilles passant de bras en bras pour distribuer du bonheur artificielle, directement dans la veine.

Désormais clean, Noah espère renouer avec sa famille, notamment son ex Unity et leur fille Harper, dont Cody a pris soin du mieux qu’il pouvait en allant travailler dans les mines de charbon exploitées par Amcore. Alors qu’il vient juste de revenir, Noah assiste à un accident dans la mine, un coup de grisou qui provoque l’effondrement de plusieurs galeries et la mort de tous les mineurs, à l’exception de Cody, qui est remonté avec l’aide d’un mystérieux inconnu. Alors que Redfork est déjà ravagée par les luttes de classes et le fléau de la drogue, un mal qui aurait du rester enfoui va resurgir et transformer la ville à jamais…

Ville tentaculaire (littéralement)

Une bourgade isolée, une jeunesse désabusée, un secret industriel et des monstres enfouis, vous connaissez la chanson. La partition était exactement la même sur Immonde ! le mois dernier, pour un résultat plaisant mais qui aurait pu aller plus loin dans son bestiaire et dans ses effets horrifiques.

Ici, l’angle abordé concerne également des problématiques sociétales et humaines, en l’occurrence la lutte ouvrière et l’addiction. Cela permet à l’auteur de creuser son propos et ses personnages, en faisant de l’élément surnaturel un catalyseur de leurs problématiques internes.

Sur la forme, on retrouve une structure similaire à celle des Sermons de Minuit (Midnight Mass), en cela qu’un personnage de prêcheur va « convertir » les habitants d’une ville à sa foi monstrueuse dans une créature d’outre-monde, avec une première phase de miracles, puis une seconde phase de body horror.

D’ailleurs, les amateurs de gore seront servis, avec ce qu’il faut de barbaque humaine malmenée dans ses fondements. Les effets gores sont tout à fait palpables, grâce au style réaliste de Nil Vendrell et aux couleurs bien choisies de Giulia Brusco. Sorti de façon presque confidentielle chez Panini, qui avait pourtant mis le paquet pour la promotion des autres titres de TKO Studios, Redfork est un récit horrifique de bonne facture, qui aurait sans doute mérité un fin un peu plus vicieuse, mais qui opte pour une conclusion douce-amère.

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The Last Detective

Histoire complète en 72 pages écrite par Claudio Alvarez et dessinée par Geraldo Borges. Parution en France le 02/03/2022 grâce aux éditions Drakoo.

Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Polar équatorial

New Amazonia n’est pas une utopie, loin de là. Corrompu jusqu’à l’os et gangrénée par le fléau de la drogue, ce district, dont l’économie est basée sur l’exploitation du vitrium, se regarde sombrer peu à peu dans le chaos et l’anarchie, sans qu’aucune mesure concrète ne soit prise.

Joe Santos le sait bien. Estropié depuis vingt ans, cet ancien flic de haut vol était partie prenante dans la lutte contre les cartels de la drogue, tirant d’abord, posant des questions ensuite. Résolu à neutraliser Black Joao, un insaisissable baron de la drogue qui a inondé les rues d’une nouvelle drogue de synthèse, Santos a pris tous les risques pour mener sa mission à bien.

Cette traque s’est soldée par la mort de sa coéquipière, Simone Madureira, lors d’une explosion accidentelle qui lui a aussi couté un bras. Accusé à tort, Joe fut disgracié, le forçant à un exil au fin fond de la jungle amazonienne avec son lapin Horace.

Vingt ans plus tard, la situation ne s’est pas arrangée. New Amazonia est toujours un cloaque corrompu, les drogues inondent toujours les rues, surtout le vitrium, dont l’effet principal est de rendre les gens beaux et attirants, au prix d’une mort atroce au bout de quelques jours.

La commissaires Madureira, qui pleure toujours sa sœur Simone, n’a pas d’autre choix: elle doit rappeler Joe Santos afin qu’il reprenne du service et traque le nouveau fournisseur de vitrium. Mais ce dernier, qui a régressé jusqu’à ne devenir qu’une ombre pathétique de l’homme qu’il était alors, sera bien difficile à convaincre.

Zizanie en Amazonie

Les auteurs de BD sud-américains sont suffisamment rares pour susciter la curiosité, comme c’était le cas avec Far South en 2020. Ici, le pitch promet un ambiance futuriste et quasi apocalyptique, à la Mad Max premier du nom, un limier désabusé à la Deckard de Blade Runner, le tout sur fond de lutte contre les cartels à la Sicario. Un clin d’œil à la couverture nous promet même un duo flic robot/flic humain à la Robocop, ce qui finit d’aiguiser l’intérêt pour cette histoire complète.

Malheureusement, il s’avère difficile pour les auteurs de dissimuler, sous cette pluie de références pop, la mollesse du récit, qui démarre certes sans ambages mais patine dans des poncifs assez éculés, qui fleurent de surcroît le premier degré. En effet, les eighties et nineties étant passées par là, tout héros aux allures d’ours mal léché qui n’est pas écrit avec un tant soit peu de recul ou d’autodérision s’embourbe fatalement dans le cliché, ce que ne manque pas de faire Monsieur Santos.

Bougon et récalcitrant, il ne gagne de dimension humaine et sympathique qu’au travers de la perte de Simone, qui n’apparaît cependant que sur une photo en page 1, puis sur une page de flash back un peu plus tard. Ce qui signifie que l’ancrage émotionnel du protagoniste ne se fait (grosso modo) que sur une page, soit 1/72e du scénario (soit 1.39%). Et je ne parle pas des dialogues, qui sont généralement assez pauvres, et que le directeur éditorial, Arleston, aurait, de son propre aveu, « rewrité » par souci d’adaptation…

Puisque l’on en est encore au personnage principal, il faut également aborder son évolution. Elle est certes palpable, puisque Santos affronte son passé et les échecs dont il porte encore les stigmates, ce qui est propice à une tension dramatique supplémentaire.

Le fait d’adjoindre un robot à un ancien flic solitaire qui ne supporte pas son infirmité et ses prothèses robotiques est en soi une bonne idée, mais l’aspect buddy cops movie suggéré par cette prémisse (très eighties encore une fois) n’est exploité qu’avec grande maladresse, puisque l’évolution de la relation entre Santos et son équipier robot est écrite de façon très déconcertante.

Pour citer un exemple concret, dans un premier temps, les interactions entre Santos et le robot se limitent à des insultes et des injonctions à la fermer de la part du policier bougon, qui semble détester les robots et n’avoir que faire d’un partenaire. Une scène plus tard, le robot se fait tirer dessus et…. Santos hurle, une expression d’horreur sur le visage, traitant de « salaud ! » l’auteur du coup de feu… Or, rien entre temps ne vient suggérer une évolution du positionnement du héros par rapport à sa partenaire, par exemple, le fait qu’elle lui rappelle celle qu’il a perdue autrefois.

Rassurez-vous, c’est la même chose du côté de l’antagoniste (Black Joao ? Je vous mets au défi de ne pas piaffer en disant ce nom à haute voix, on dirait un pseudonyme d’acteur de films pour adultes), qui malgré une tentative de twist final, n’a ni saveur, ni charisme, ni grand projet à mettre sur son CV.

Bref, on se trouve ici face à une intrigue plutôt plate qui enchaine les facilités d’écriture et qui semble éviter soigneusement d’étoffer ses personnages. Si Drakoo se lance dans le rachat de droits et l’importation de comics indé, il va falloir choisir avec plus de soin !

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Bone Parish #2

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Second tome de 112 pages de la série écrite par Cullen Bunn et dessinée par Jonas Scharf. Publication en France chez Delcourt le 07/10/20.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Enfers artificiels

Le premier tome de Bone Parish nous présentait le business tout particulier de la famille Winters, dont le décès récent du patriarche avait forcé Grace, la mère, à prendre les rennes et à faire face aux redoutables concurrents qui souhaitent mettre la main sur la Cendre, drogue fabriquée à partir de dépouilles permettant de revivre les instants de vie d’un défunt.

Frappés par le décès d’un des leurs, les Winters n’auront pas le temps de s’appesantir sur leur deuil, car déjà, les requins se massent autour d’eux. Grace, qui jusqu’ici comptait sur la Cendre pour diriger la famille grâce aux conseils de son défunt mari, va devoir faire des choix radicaux pour protéger son clan, tandis que Brae, le fils aîné, aspire toujours à plus et commence à prendre des risques pour prouver sa valeur. Brigitte, quant à elle, est sursollicitée pour fabriquer toujours plus de Cendre. Les cartels adverses, de leur côté, tentent de reproduire la Cendre, avec des résultats pour le moins préoccupants.

From ashes to ashes

Après un premier tome mettant l’accent sur une ambiance glauque et morbide, Cullen Bunn nous fait plonger plus profondément encore dans l’horreur, n’hésitant pas à y apporter une touche graphique pour appuyer son propos. Le rythme est sans doute moins porté vers l’action, l’intrigue avance néanmoins, l’auteur positionnant ses différents antagonistes en prévision du troisième tome qui doit conclure la série.

Les Winters maîtriseront ils la Cendre suffisamment pour prendre le pas sur leurs rivaux ? Quels secret cette maudite substance recèle-t-elle encore ? réponse dans le dernier tome !

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300 Grammes

Histoire complète en 144 pages noir et blanc, écrite par Damien Marie et dessinée par Karl T. Parution le 25/09/2020 aux éditions Kamiti. Album préfinancé su la plateforme de crowdfungind Ulule avec un bilan de 439% du financement initial.

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Merci aux éditions Kamiti pour leur confiance.

Pirates et Danaïdes

Agnès arpente les rues malfamées d’Amsterdam depuis plus longtemps qu’elle ne saurait se souvenir. Survivant parmi les petites gens et les orphelins, elle va de petites combines en gros trafics, noyant ses turpitudes dans l’Épicine.

L’Épicine est une drogue très puissante, connue de quelques rares initiés à Amsterdam. Hautement addictive, elle fait voyager ses utilisateurs dans des paradis artificiels qu’il n’aspire ensuite qu’à retrouver. Agnès ne fait pas exception et trempe dans toutes sortes de transactions louches afin de pouvoir soutenir sa consommation.

Cependant, la jeune femme intrépide, aux abois, va conclure un marché de dupe pour 300 grammes, et se retrouvera poursuivi par une troupe de bandits prêts à lui faire la peau. Jusqu’où ira Agnès pour sauver sa peau ? Continuera-t-elle à fuir son passé alors que son avenir est des plus sombre ?

Triangle des Bermudes

Tandis qu’Agnès se débat avec ses propres problèmes, se joue autre chose, une quête menée par d’autres initiés et dont la jeune femme pourrait représenter la clé.

Avec 300 Grammes, les auteurs nous offrent un voyage physique, mais aussi temporel et spirituel. En effet, le récit, qui nous emmène aux Caraïbes après nous avoir fait explorer Amsterdam, entremêle les temporalités, comme pour refléter la perdition dans laquelle s’enfonce l’héroïne. Ses errances sont donc aussi celles du lecteur, qui doit maintenir son attention pour reconstituer l’odyssée d’Agnès.

Violence, cruauté, il s’agit bel et bien d’un monde de pirates, toutefois Damien Marie superpose à cet univers de forbans une dimension ésotérique très intéressante, mystérieuse et bien amenée. A cela s’ajoute une intrigue épistolaire parallèle, racontant la quête du descendant d’un des personnages de l’intrigue principale, fort bien écrite et complétant parfaitement le tableau.

Pour sublimer cette épopée mythologique, le dessin de Karl T utilise un trait impeccable taillé pour le noir et blanc. L’artiste nous bluffe par la qualité de ses plans et de ses personnages, surprend par ses décors et met la cerise sur le gâteau grâce son encrage.

300 Grammes est une excellente découverte, qui nous démontre qu’un ouvrage de qualité peut être porté par un éditeur capable de sortir des sentiers battus !

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Identités troubles

BD du mercredi
BD de Benoit Rivière et philippe Scoffoni
Les humanoïdes associés (2020), intégrale.

bsic journalismMerci aux Humanos pour cette découverte.

couv_381448Cette intégrale est une ressortie de la série Milo, parue en trois volumes chez Delcourt entre 2008 et 2011. Le format est plus compact que les albums d’origine, ce qui n’est pas gênant. Une illustration originale plutôt inspirée et dans l’esprit de l’album habille la couverture et la page de titre reprend la couverture du tome deux d’origine. Le volume se termine par quatre pages de recherches graphiques poussées. Une plutôt belle édition, qui aurait pu être un peu plus aboutie en matière de bonus mais qui propose pour vingt-cinq euros un très agréable one-shot. A noter que le renommage de cette trilogie est une très bonne idée tant le héros éponyme est loin d’être central dans l’intrigue.

Los angeles 2050, lors d’une patrouille de routine, le criminagent Milo Deckman assiste à un assassinat en pleine rue. Balancé malgré lui dans une enquête qui lui glisse entre les doigts, il va devoir résoudre la double identité d’une jeune femme au destin tragique, alors que barbouzes et truands semblent s’intéresser également à ce dossier…

Résultat de recherche d'images pour "scoffoni milo"Dans un bon polar il faut un mort, un mystère et des truands tête de con. Identités troubles a les trois, et trois de très bon niveau… Si l’environnement est futuriste c’est à dose très homéopathique et très sincèrement cette histoire aurait pu être transposée en époque contemporaine tant elle est classique. Attention, d’un classicisme qu’on aime! Celui des villa de Mulhollande drive, des femmes mystérieuses et des amours contrariées. Celui des flics ripoux et des incorruptibles. Celui des agents d’Etat qui ont moins de morale que les barons de la drogue. Dans ce maelstrom, Milo, une gueule qui vous attire la sympathie (non sans rappeler la gueule d’ange de Slots), une ténacité qui en font un bon flic, aussi prêt à se jeter dans les emmerdes que oralement tenu de ne jamais laisser tomber. Le personnage n’est pas central mais il est absolument réussi en ce que l’on a envie de l’accompagner et de lui souffler à l’oreille d’aller voir derrière le rideau. Les auteurs maîtrisent suffisamment leur création pour éviter les fausses bonnes idées comme celle d’une histoire d’amour à laquelle on ne croirait pas. Non, Milo est un flic, juste un flic. Pas un super-flic. Pas un justicier. Juste un type payé pour résoudre des crimes et qui ne parvient pas à recoller les morceaux de cette histoire de morte à deux noms.

Résultat de recherche d'images pour "scoffoni milo"A côté du personnage, qu’on voit finalement assez peu, une bonne histoire. Celle d’une femme prise dans des filets sans échappatoire. Les filets de la lutte d’Etat contre la drogue. Placez une agence gouvernementale, des services de police qui se tirent dans les pattes et des barbouzes que le pouvoir sans limite à laissé loin de la ligne de la justice et vous aurez une histoire triste mais passionnante, une histoire humaine où tous les personnages sont réussis dans leurs motivations individualistes. Un monde d’hommes décidés à tout prendre. Un monde de cyniques qui ne croient pas à l’amour et une femme qui voulait y croire. Au milieu de cela le petit criminagent Milo, avec sa gueule de cocker apporte de l’humanité.

Pour sa première BD Philippe Scoffoni livre une partition impressionnante, du dessin à la couleur, notamment sur le premier volume. Progressivement la technique se normalise, épurant un peu le trait pour laisser une importance un peu trop importante à la colorisation venant remplir les vides. Le caractère traditionnel se perd pour quelque Résultat de recherche d'images pour "milo scoffoni"chose de plus plat. Mais on reste de bout en bout dans une grande élégance et précision technique qui maintiennent une harmonie que peu de jeunes auteurs ont sur leurs albums de démarrage. L’école rappelle celle des Servain ou Hirn de la fin des années 2000. C’est reconnaissable mais très loin d’avoir vieilli. L’esthétique urbaine vaguement anticipation est rehaussée de quelques séquences oniriques de réalité virtuelle qui permettent de faire respirer les pages et de montrer l’étendue du talent de Scoffoni. Très classe tout en présentant bien ces ambiances nocturnes illuminées des néons numériques. Que ce soit dans les séquences d’action, assez brèves, ou les dialogues, le dessinateur est à l’aide dans toutes les situations.

Excellente surprise, ce polar à l’ancienne attire une grande sympathie par des personnages fort réussis et dont le dessin colle parfaitement avec le texte. Les quelques coquilles surprenantes qui parsèment les bulles ça et là ne suffisent pas à nous faire lâcher l’attention. Sachant surprendre part des thématiques que l’on attendait pas dans ce genre, les auteurs nous livrent une randonnée nocturne autour de l’identité, du libre arbitre et de l’amour, tout simplement. Une bien belle BD.

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Le tueur – Affaires d’Etat #1

BD du mercredi
BD de Jacamon et Matz
Casterman (2020), 56 p., série en cours, 1 vol. paru.

bsic journalismMerci aux éditions Casterman pour cette lecture.

9782203191143Après trois cycles de la série originale, les auteurs reviennent avec leur héros dans une nouvelle série qui reprend sa numérotation à zéro… bien qu’il s’agisse bien d’une suite. On ne va pas chipoter, personnellement je trouve cela plus clair qu’une série en cinquante tomes. Le sous-titre « affaires d’Etat » est précis tout en se rattachant à la série mère. La couverture montrant le tueur au bureau est raccord avec l’album bien qu’elle ne soit pas la plus réussie de la série, pas hyper accrocheuse. Sur le plan éditorial c’est propre et bien mené. Rien à dire. A noter qu’avec moins de douze euros par album le Tueur reste une série assez peu chère au regard des tarifs actuels de la BD.

On ne disparaît jamais vraiment quand on a été un effaceur. Dans une carrière qui l’a amené à travailler avec tout type de pouvoir, mafieux comme politique, rien d’anormal pour le tueur d’entrer (malgré lui) au service des renseignements français. Mais comme toujours sa couverture de col blanc dans une société portuaire lui fait constater beaucoup de zones d’ombres entre ce qu’on lui raconte et la réalité. Aux trousses d’un élu corrompu on va bientôt lui demander d’utiliser ses talents au service de la raison d’Etat…

J’ai découvert le Tueur sur le tard et lu l’intégralité de la série en plusieurs phases en bibliothèque. Cette série est remarquable par sa qualité générale sur la durée avec pas moins de treize albums faisant la jonction entre deux époques spécifiques de la BD sur une décennie entière, avec une marque de fabrique, celle du découpage très inspiré et des monologues cyniques et philosophes du héros. Si le premier cycle était plutôt urbain et assez novateur, le second était ensoleillé et marqué par la lumière et les couleurs de la tablette graphique de Jacamon.

Ce nouveau cycle/série revient à la grisaille des cités françaises, ce qui n’est pas forcément un gain graphique puisque le dessinateur semble avoir du mal à trouver un angle d’attaque dans ces décors mornes et monotones. Du coup il saute sur les occasions pour rajouter des touches de couleur vives. Comme sur les derniers tomes le dessin est donc tout à fait maîtrisé, plutôt précis, technique dans les décors (ce que j’aime), plus brut sur les personnages mais moins intéressant par manque de sujets graphiques vraiment accrocheurs. Le découpage reste rythmé, avec quelques scènes Résultat de recherche d'images pour "traitement négatif jacamon""d’action, mais à la fin de l’album on ressent autant visuellement que scénaristiquement que nous avons affaire à une mise en place qui doit se développer. Volontaire ou non, cette relative monotonie sert l’ambiance puisque l’on se retrouve dans l’état d’esprit du tueur, animal à sang froid qui a besoin de mouvement.

L’idée de Matz saute très vite aux yeux et l’on pense tout de suite aux récentes séries d’espionnage réaliste comme le Bureau des légendes. Cela tombe bien car ce rythme d’attente réflexive, d’anti-blockbuster a toujours été dans l’ADN du Tueur qui continue ainsi de nous entraîner sur son analyse froide et critique du mode de vie de ses contemporains. Si l’histoire de politiciens véreux peine à nous accrocher faute d’os à Résultat de recherche d'images pour "le tueur affaire d'etat""ronger du fait de la rétention volontaire d’informations par le scénariste, on aime toujours autant lire ces vérités en miroir sur le monde très proche qui nous entoure, sur nos vies rangées, nos vies de famille, etc. L’album arrive ainsi à nous maintenir en éveil avec un cahier des charges risqué et instille des doutes, des hypothèses chez le lecteur, basées sur des détails qui nous font douter de tout. Tels le Tueur on en devient paranoïaque en cherchant le loup dans cette normalité, cette simplicité apparente. Touché juste ou non, on aime ça et l’on referme l’album un peu frustré d’en savoir si peu et impatients de savoir si le Tueur a été doublé par celui-là ou par celui-ci…

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