*****·BD·Nouveau !

Le château des animaux (gazette) #7-10

image-23
couv_456823
BD de Xavier Dorison et Felix Delep
Casterman (2022), 60p., gazettes 7, 8, 9, 10 correspondant au troisième tome « La nuit des Justes ».

Après la mise à mort du cruel n°1 par Silvio lui-même suivi des animaux, la lutte non-violente promue par Miss B et le sage Azelar a du plomb dans l’aile. Tiraillée entre sa fatigue morale, l’impatience de ses enfants et le bien lointain objectif de démocratie, Miss B semble prête à jeter l’éponge…

La Nuit des justes Tome 3 - Dernier livre de Xavier Dorison - Précommande &  date de sortie | fnacCela fait maintenant presque quatre ans que le talent du jeune Felix Delep a éclaté au monde de la BD dans cette magistrale adaptation libre du chef d’œuvre d’Orwell, La ferme des Animaux. Quatre ans que ce blog suit fidèlement la parution périodique en gazettes format A3 de l’une des séries les plus enthousiasmantes de la BD franco-belge, dirigée d’une main de maître par le rarement mauvais Xavier Dorison. Alors que le troisième album (sur 4) paraît aujourd’hui, il est temps de reprendre ce qui fait briller si haut ce Château des animaux.

En reprenant le terreau d’Orwell mais en changeant son habillage (les personnages, lieu, déroulement), Xavier Dorison réinterprète les fondements de la lutte non-violente pour faire choir les despotismes. Avec son propos résolument politique, cette série est plus que jamais d’actualité et fait office de manuel de désobéissance et de réveil démocratique alors que notre société s’habitue à voir disparaître lambeau après lambeau toute la sève d’une démocratie.

Avec une maîtrise de la progression scénaristique attendue, Dorison joue le chaud et le froid en rappelant la faiblesse des individus devant la menace, la force du collectif et les colosses aux pieds d’argile que sont la plupart des régimes dictatoriaux, menés principalement grâce à l’individualisme et au manque de courage des citoyens. Ainsi chaque fois que le dictateur, fort malin, contourne l’obstacle de la résistance Le château des animaux - Tome 3 - La Gazette du château - Xavier Dorison,  Félix Delep - broché, Livre tous les livres à la Fnacnon-violente il faut un nouvel argument du mentor Azelar pour redynamiser les troupes et rappeler que c’est en s’attaquant aux symboles que l’on élimine la tyrannie. Alors que les deux premiers tomes construisaient la lutte à partir de drames mobilisateurs, le combat se théorise désormais sur la marguerite, symbole de liberté, sur le collier à grelot symbole de soumission, alors que le nouveau chien numéro 1 s’avère bien plus subtile dans la confrontation. Et en bon maître du fascisme il évite sciemment de créer un nouveau martyre en jouant sur les jalousies pour diviser le groupe rebelle. Formellement cela s’incarne dans les gazettes par des tags contestataires gribouillés sur le journal du Régime de Silvio. Si les textes de ces journaux ne proposent pas la même riche prolongation que celles du Château des étoiles, ils participent à l’ambiance de l’intrigue.

La complexité des doutes est encore une fois parfaitement mise en image par un Delep qui se laisse savourer en grand format et dont les expressions procurent une vraie émotion. Parvenant à naviguer entre facéties disneyennes de ses animaux et le vrai drame qui se joue, il nous subjugue par ses décors et colorisation auxquels on ne s’habitue décidément pas.

Encore une fois je ne saurais que vous inviter à lire cette série majeure en grand format, en album si ce n’est en gazette (vous pouvez trouver les anciens volumes en occasion à prix correcte sur Chasseauxlivres ou Vinted). Une fiction qui allie le plaisir pur de la BD avec un bon coup de flashball pour réveiller sa conscience démocratique. Une thématique qui se prolonge dès samedi avec la conclusion de la magnifique série coréenne Intraitable qui rejoint les problématiques du Château autour des conflits salariaux et des syndicats de la grande distribution.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·****·BD·Edition·Nouveau !·Rapidos

Festival des gazettes#2: Le Château des étoiles/La Gazette du Château

La BD!

Je suis un grand fan des éditions au format Gazette (vous pouvez retrouver sur le blog la quasi intégralité des épisodes du Château des étoiles, du Château des animaux et du Sang des Cerises de Bourgeon). Cette année marque un changement important pour deux d’entre elles. La périodicité, pour la série star de Delep et Dorison (qui a raflé plusieurs prix cette fin/début d’année), avec un retour à la normale après une parution chaotique des épisodes du premier volume. Et l’arrivée d’une série parallèle pour le Château des étoiles, scénarisée par un Alain Ayroles qu’on a adoré sur le scénario des Indes Fourbes. Si vous ne connaissiez pas ces éditions il est toujours temps d’embarquer sur ces très grands formats agrémentés de rédactionnels immersifs très réussis

  • Le château des étoiles #13: Terres interdites, suivi de Les chimères de vénus 1/5. Parution mensuelle.

Edition « interplanétaire » regroupant Le château des étoiles et Les chimères de vénus.

couv_382969

Je ne tarie pas d’éloges sur les éditions Rue de sèvres qui font un formidable boulot depuis quelques années. Une fois n’est pas coutume l’augmentation ni vu ni connu des gazettes de cinquante centimes ne fait pas plaisir. On me dira que la pagination augmente avec l’arrivée de deux histoires dans chaque fournée mais bon…

La guerre contre les martiaux bat désormais son plein avec un corps expéditionnaire prussien qui fait des ravages sur une population dotée de pouvoirs psychiques mais pacifiste. Les propriétés physiques de la planète et de l’Ether contrecarrent cependant les plans des allemands dont certains commencent à douter de l’honnêteté des objectifs du régime. La migration vers le pôle continue et l’on nous reparle du Château des étoiles du roi… Pendant ce temps sur Terre les capitalistes français préparent la colonisation de Vénus, où la Nature reste relativement indomptable… Si la BD d’Alice continue son bonhomme de chemin, la nouvelle venue change assez franchement et le ton et le graphisme pour se tourner vers un style très proche du design des films d’animation Disney. Pas forcément ce que je préfère mais ça reste agréable à lire et très bien écrit en permettant une respiration par le changement de camp (partie de France, la série est depuis restée très centrée sur le monde germanique) et de thématiques. Plutot un bon point pour cette série dérivée et le format gazette permet de limiter de risque d’une série parallèle, toujours dangereuse à lancer.

note-calvin11-3note-calvin11-3note-calvin11-3


  • La gazette du château #4 (3° année, janvier 2020) – Parution trimestrielle:

couv_383949

A l’inverse du précédent, celui des animaux baisse de cinquante centimes avec une baisse de pagination… Les voies de l’édition sont décidément impénétrables. Le seuil de 3€ pour 1/3 d’album non relié me semble un ratio à ne pas dépasser. Cette nouvelle année Casterman ne s’engage pas sur une périodicité de sa gazette, échaudé par un très gros retard sur les précédentes. Vu le rendu final de Delep on serait malhonnêtes de râler et je pense que cette solution est plus sage et plus rassurante pour tout le monde. Le prochain épisode est néanmoins annoncé pour mai.

On retrouve donc Misse B et ses amis lapin et rat à la tête d’une révolte qui a bien ébranlé l’assurance du pouvoir dictatorial du président Silvio. L’hiver arrive et passé l’effet de surprise, il devient nécessaire de convaincre les animaux du pouvoir de la non-violence et d’actions des plus intelligentes…. Si les rédactionnels de la première saison étaient très agréables à lire, je trouve que l’esprit « propagande années trente » perd l’effet nouveauté et tourne un peu en rond avec une simple reprise textuelle de ce qui se passe dans l’album. IL serait bien que les auteurs développent le background, le hors-champ afin que cette édition enrichisse vraiment la série. En attendant c’est toujours aussi (plus?) magnifique, notamment dans la gestion des couleurs et textures. Delep est un véritable virtuose, les textes de Dorison font mouche et on est toujours happés par cette série qui se révèle ici une suite quasi officielle de la Ferme des animaux. On se demandait, c’est confirmé!

note-calvin11-3note-calvin11-3note-calvin11-3note-calvin11-3

***·BD·Nouveau !

L’indien blanc

Série Undertaker tome 5
BD de Xavier Dorison et Ralph Meyer, couleurs de Caroline Delaby
Dargaud (2019), 58 p. premier tome du troisième diptyque.couv_374864

L’intérieur de couverture est illustré comme depuis le premier volume et l’album comporte un cahier graphique de six pages fort élégant qui permet de profiter de la maestria de Ralph Meyer, tantôt sur des crayonnés tantôt sur des dessins encrés du croque mort. Une page de résumé comportant une belle illustration nb ouvre l’ouvrage. La couverture n’est pas la plus impressionnante qui soit mais joue un rôle important dans le scénario, chose assez rare pour être notée. Tous les albums de la série sont disponible en édition classique et GF (pour le double du prix) et en GF noir et blanc pour l’intégrale de chaque cycle (bien qu’un peu cher…).

L’undertaker est à nouveau seul avec son vautour, son cheval et sa carriole. Dans l’Ouest il ne manque pas de travail. Lorsqu’un ancien camarade de larcins le contacte pour récupérer le corps d’un riche héritier tombé sous les coups des indiens, il se retrouve pris au piège de son réalisme professionnel. En plein territoire Chiricahua il va devoir affronter les hommes du redoutable Indien blanc. Mais bien entendu rien de ce qu’on lui dit n’est vrai. Comme d’habitude…

Résultat de recherche d'images pour "meyer l'indien blanc"Avec cet album je me lance dans la série Undertaker, tête de gondole propulsée comme l’héritière de Blueberry sans que l’on sache trop si c’était une vraie volonté des auteurs ou une opportunité de l’éditeur. Il est certain que l’excellent dessin de Ralph Meyer a une vraie filiation avec celui de Giraud. J’avais découvert ce dessinateur sur son premier grand coup, le réputé Berceuse assassine avec le regretté Tome (scénariste de la meilleure période Spirou!), après quoi il a rencontré Dorison sur le lancement de la série XIII mystery, lesquels ont enchaîné sur le très bon Asgard. Je reviens un instant sur cette chronologie car cette genèse de Undertaker lui donne un statut un peu particulier. Excellent scénariste, Dorison a donc œuvré sur un lancement de très grosse série de one-shot spin-off puis devait faire avec Meyer un spin-off sur pied d’arbre, le personnage de Thorgal… qui s’est transformé en Asgard avec son personnage unijambiste dans un univers mythologique scandinave… avant que Dorison ne devienne l’éphémère successeur de Sente sur la série mère, sur un unique album. Cet itinéraire compliqué des deux auteurs avec les grandes licences peut expliquer en partie pourquoi Undertaker est Blueberry sans l’être. La série proposant des histoires en diptyques (le format idéal pour les séries longues selon moi), j’avais moyennement apprécié le premier cycle que j’avais trouvé trop classique (je précise que je n’ai jamais franchement aimé Blueberry) mais adoré le second, notamment grâce à ce Résultat de recherche d'images pour "meyer l'indien blanc"fabuleux méchant de chirurgien génial et monstrueux. Ce qui m’a incité à commencer à acheter la série (j’ai lu les autres en médiathèque) sur ce nouvel « indien blanc ». Ce long explicatif passé, que vaut l’album?

Graphiquement c’est toujours aussi maîtrisé, Meyer est l’un des meilleurs dessinateurs en exercice notamment par des encrages puissants que l’on savoure dès la majestueuse double page d’ouverture qui nous coupe le souffle instantanément. Dorison est exigeant et demande des arrières-plans très détaillés dans des décors essentiellement naturels de toute beauté. Heureusement, la nature enneigée est économe en graphisme et permet au dessinateur de proposer de superbes planches. Facile mais toujours élégant. Le problème avec Meyer c’est qu’on ne Résultat de recherche d'images pour "meyer l'indien blanc"sait jamais si ses albums doivent se lire sans couleur tant ils semblent conçus ainsi. Vous aurez comme d’habitude le choix entre l’album version classique et grand format couleur, Dargaud ayant malheureusement laissé à l’éditeur d’éditions limitées Bruno Graff le soin de sortir des intégrales par cycle NB à pas moins de deux-cent balles. On pourra dire ce qu’on veut de la politique de multiformat de Glénat sur sa série Conan par exemple mais cela permet de ne pas réserver ces beaux albums aux seuls collectionneurs fortunés ou casseurs de tirelire.

Le scénario est lui très surprenant, déstabilisant le lecteur à plusieurs reprises par des bifurcations auxquelles il ne s’attend absolument pas. On considère généralement que c’est gage d’une intrigue maline et efficace. On pourrait aussi trouver que cela nuit à la lisibilité… Reste que Undertaker reste portée par son très charismatique anti-héros et par des personnages qui ont la très grande wp-1579197539614.jpgqualité de ne pas être manichéens. Si l’on est comme dans tout bon western dans une histoire de vengeance et d’ambition, on suspecte les auteurs de préparer une transition après la disparition des deux personnages féminins des deux premiers cycles… qui mine de rien laissent un grand vide dans la structure du récit et les mécanismes d’interaction. Pour qui suit Dorison depuis longtemps je ne vous étonnerais pas en disant que les dialogues sont toujours acérés et claquant comme un Smith&Wesson.

Comme toute moitié de diptyque on reste en suspens à la clôture sans bien savoir si nous avons lu un très bon album ou juste un album de deux professionnels que sont Meyer et Dorison. Il faudra attendre la fin du troisième cycle pour le savoir. En attendant Undertaker reste une valeur sure, à la fois intéressante, exigent et d’une réalisation inattaquable. Une tête de gondole justifiée donc qui n’a pas à rougir devant la comparaison avec son glorieux ancêtre.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez le sur Decitre, librairie en ligne, achat et vente livres

**·***·*****·BD·Nouveau !·Rapidos

BD et vrac #12

BD du mercredi

  • Ira Dei #3: Fureur normande (Brugeas/Toulhoat/Dargaud) – 2019, 3 vol parus.

couv_372074

J’avais déjà émis quelques réserves sur le tome 1 de la série… avant de me déjuger tant le tome 2 était flamboyant. Cette seule couverture (qui part illico dans mon top thématiques de l’année) suffit à m’émoustiller en illustrant l’art de la mise en scène extravertie de Ronan Toulhoat. Comme j’essaye de rester objectif, je dois reconnaître que cette fureur normande souffre de l’habitude que l’on a à la lecture de ces auteurs: la réalisation globale est excellente, c’est bien dessiné, bien écrit (bien qu’un peu obscure en matière de stratégie),… mais il manque un sel, peut-être un personnage, peut-être un retournement, je ne sais. Cette série s’inscrit dans l’exotisme d’une période méconnue du grand public et dans la finesse des manigances politiques. Le premier cycle a montré combien il fallait juger du double album-cycle dans son intégralité tant cette histoire est imbriquée, aussi je me garderais de rabaisser ce tome 3, mais j’ai éprouvé des difficultés avec une introduction où il est difficile de comprendre si l’on se place dans la suite directe (et dans ce cas pourquoi une narration) ou dans une variation. Sans-doute ais-je du mal à saisir le concept d’une série qui reste néanmoins fort agréable à lire.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez

njziphxv


  • Car l’enfer est ici #1: 508 statues souriantes (Brunschwig/Hirn/Nouhaud/Futuropolis) – 2011
    Le pouvoir des innocents, cycle 2 tome 1.

mediatheque

couv_134093

La parution des trois cycles du Pouvoir des Innocents a été assez compliquée à suivre avec dès ce tome et le passage chez Futuropolis, la sortie des albums des cycles II et III en croisé. J’ai fait le choix de continuer chronologiquement avec donc ce début de cycle II dessiné par un très bon David Nouhaud. L’histoire débute quelques mois après la fin dramatique du premier cycle qui a vu l’élection de l’idéaliste Jessica Rupert à la mairie de New-York et l’incendie de la villa du boxeur Providence qui a traumatisé une grande partie de la population. Joshua Logan, en fuite avec sa femme est l’ennemi public numéro 1… jusqu’à ce qu’il se rende à la police pour dénoncer la conspiration des 508. Alors que tout l’édifice qui a permis l’élection de Rupert menace de s’effondrer l’avocat qui accepte de le défendre va mettre le nez dans un engrenage très dangereux… Avec le déroulé toujours aussi complexe de Brunschwig, cette suite nous place dans les meilleures conditions possible pour prolonger une intrigue qui s’annonce plus politique que jamais: le changement de dessinateur marque un saut graphique très appréciable. Le péché originel installé par le premier cycle laisse présager des réflexions profondes sur les buts du pouvoirs et les moyens mis en oeuvre et leurs justifications. Ce tome est une mise en bouche qui donne très envie de continuer cette très particulière saga.
note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez

njziphxv


  • Le dernier Pharaon (Schuiten, Gunzig, Van Dormael/Blake et mortimen) – 2019, Hors-série.

couv_367398

mediathequeJe ne parlerais pas de déception concernant cette aventure Hors-série de Blake&Mortimer car je n’en attendais pas grand chose et ne l’ai lue qu’en raison du battage médiatique fait autour de sa sortie, avec notamment trois éditions (classique, à l’italienne et grand format), une exposition et une importante couverture presse. Comme souvent la justification d’un album à part est difficile à trouver hormis la seule envie des auteurs. Et contrairement à Valérian dont les hors-série sont aussi originaux que truculents, ce Dernier Pharaon n’est ni un Blake et Mortimer ni un Schuiten. Trop de décalages pour un album qui se veut hommage et bourré de références. Si l’on devine l’esprit derrière certaines séquences, le dessin de Schuiten est trop éloigné, trop statique et contemplatif pour nous faire admirer autre chose que cette fascinante Bruxelle post-apocalyptique. On a malheureusement la désagréable impression d’un entre-soi belge qui fait de la capitale belge le centre du monde en nous balançant en quelques cases le plus grand plan jamais sorti d’un album de B&M… L’envie de dessiner la palais de justice de Bruxelles ne suffit pas à faire un album et tant l’époque adoptée (trop moderne) que l’esprit écologiste dénotent trop. Alors l’album se laisse lire et est plutôt joli. Mais un mauvais projet bien réalisé reste toujours un mauvais projet.

note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez

njziphxv


  • La gazette du château #3 (Dorison/Delep/Casterman) – 2019 3 épisodes parus.

couv_371302

Mes avis sur cette excellente adaptation de la fable politique d’Orwell La ferme des animaux sont ici et . La parution au format gazette (couleur, très grand format avec rédactionnel exclusif) se fait en trois épisodes par album cartonné. Le premier tome relié vient juste de paraître et la « saison deux » au format gazette doit se poursuivre dès début 2020.

Pour une fois le format feuilleton s’agence parfaitement puisque les trois parties semblent adopter la structure du scénario. En effet, après une mise en place brutale dans le premier épisode et l’irruption du tiers perturbateur dans le second, voici venu le temps de l’action pour Miss B qui va apprendre à déplacer le conflit sur le plan de la dérision… Difficile de parler de cette publication qui reprends les mêmes qualités au niveau de l’album (texte très proche du propos d’Orwell, dessin superbe) et sur le format gazette (pages immenses, maquette élégante, textes à lire après la BD qui prolongent parfaitement l’esprit totalitaire. Pour l’amateur de politique que je suis c’est bien évidemment un des albums marquants de l’année que j’hésite à acheter au format relié…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1
Achetez-le chez njziphxv

**·***·*****·BD·Nouveau !·Numérique·Rapidos·Service Presse

BD en vrac #4

  • Le château des animaux (gazette) #2

couv_357321Ce deuxième épisode du Château des animaux s’est fait attendre. prévu par Casterman sur une périodicité de trois mois, il aura fallu pas moins d’un an pour lire la suite de nos animaux… Le troisième est annoncé pour le début de l’été et l’on espère que les délais seront cette fois-ci tenus (avec un album en fin d’année). L’édition est toujours aux petits oignons avec la même très jolie maquette, un rédactionnel qui revient sur les événements de l’épisode (et à lire après donc). Mais contrairement au Château des étoiles ou au dernier Bourgeon c’est surtout pour la BD qu’on lit cette version grand format et l’on aurait aimé des commentaires périphériques ou des éléments enrichissant le hors champ. Ce n’est pas très grave tant la BD en elle-même est superbe visuellement et très plaisante avec cette transposition de la célèbre Ferme des animaux d’Orwell. Dans l’épisode on entre dans le vif de la révolte avec l’élément extérieur, un rat saltimbanque qui au travers de son spectacle ouvre les yeux des animaux sur le despotisme du Taureau. Moi j’adore et je profite de ces immenses planches!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1


  • couv_357372Green class #1

bsic journalism Lu en numérique pour Iznéo.

Très efficace couverture pour ce survival-zombie, premier album d’un dessinateur que Jérôme Hamon a rencontré sur internet. Je m’attendais à une histoire de classe verte partant en mode trash, un peu comme sur le très efficace Rocher rouge. Walking Dead fait des émules mais le soucis de cette Green class est d’arriver dans un thème déjà bien encombré et par de très bons albums/séries. Gung-Ho (dont ce dernier est très proche) est excellent tant graphiquement que dans son traitement des relations entre ado et adultes, cela par-ce que le background est travaillé. C’est là la principale faille de pas mal d’histoires de Zombies (y compris Walking Dead et donc ce Green Class) que d’oublier d’expliquer le hors champ et le contexte pour fermer la focale sur un seul petit groupe. Non que cela soit inintéressant mais c’est déjà lu mille fois. Avec un dessin proche du manga très sympa pour les personnages mais assez vide pour les arrières-plans (pour un premier album, pour peu que l’auteur progresse ca reste très acceptable) et des couleurs que j’ai trouvé un peu passées la partie graphique ne suffit pas totalement à combler ce problème. Le scénario se concentre sur l’évolution des relations dans le groupe d’ado en situation de crise et tarde un peu à proposer des scènes choc que nécessitent ces histoires. C’est au final un travail honnête, pas fondamentalement original et qui vire vers le fantastique sur la fin en laissant de possibles perspectives d’aller vers quelque chose de plus novateur…

note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv


  • Couverture de Les vieux fourneaux -5- Bons pour l'asileLes vieux fourneaux #5: Bons pour l’asile

La série des vieux fourneaux a dû attendre un film (fidèle mais moins bons que la BD) pour atteindre le grand public. Il faut dire que les couvertures, parti pris osé, sont plutôt un repoussoir… Il n’en demeure pas moins que nos trois vieux sont toujours aussi drôles et plaisants à suivre, sous la plume du génial Lupano, énervé comme jamais contre notre monde injuste et égoïste. Si toute la série est excellente, ce cinquième tome est pour moi le plus réussi par-ce qu’il assume une actualité immédiate et laisse un peu de côté les circonvolutions familiales pour se recentrer sur la force de la série: l’humour militant assumé et rageur. La dimension familiale n’est pas totalement oubliée mais sert l’humour et c’est pour cela qu’elle s »intègre mieux que jamais au projet de Lupano et Cauuet. Chapeau les artistes, on en redemande!

Achetez-le chez njziphxv

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1


  • Le dernier dragon

bsic journalism Lu en numérique pour Iznéo.

Delcourt/Soleilsont familiers des séries fantasy, tellement qu’on se demande parfois comment ces dizaines de créations trouvent leur lectorat. C’est donc sans beaucoup d’attentes que j’ai entamé cet album doté d’une très belle couverture. Et heureusement, on trouve régulièrement dans ce genre hyper-balisé de très bonnes surprises dont Le dernier dragon fait partie! Dans une Europe de la Renaissance et des cités-Etat italiennes les dragons n’ont pas disparus. Ils sont protégés par on ordre de dragonnières descendant d’Eve et que de plus en plus de puissances politiques souhaiteraient voir disparaître à mesure que le nombre de dragons faiblit et le pouvoir de l’ordre avec. Car le crane de ces bêtes ancestrales renferme une pierre aux propriétés fantastiques que des chasseurs tentent de posséder au péril de leur vie… Outre les dessins très agréables de Léo Pilipovic, le scénario de Pécau a l’originalité de transposer cet élément de fantasy dans un contexte historique bien connu, semant les premières pierres d’une intrigue géopolitique où dragons et dragonnières seront les derniers gardiens d’une ère qui s’éteint. Cet album parvient en 64 pages à poser un contexte, des personnages charismatiques et un univers très solides tout en offrant de l’action et le côté épique de toute BD grand public. Un des succès d’aventure de 2019 à prévoir.

Achetez-le chez njziphxv

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·BD·Rétro

Comment faire fortune en juin 40

BD de Fabien Nury, Xavier Dorison et Laurent Astier
Casterman (2015), 120 p.
Comment faire fortune en Juin 40

Gros volume a couverture et papier épais. Pas très qualitatif mais vu le prix et la pagination il n’y a pas arnaque. La couverture est très efficace et donne bien le ton. Je note que Nury est assez fort pour inspirer des couvertures très percutantes dans ses albums. La BD est inspirée d’un roman (comme indiqué en couverture) et surtout est la transposition d’un scénario de film non réalisé intitulé « Omaha Beach » (… vous verrez pourquoi en toute fin d’album!).

C’est la déroute! L’armée française a été défaite et les allemands s’apprêtent à débarquer à Paris. Très précautionneuses, les autorités ont fait évacuer l’or de la Banque de France. Tout? Non… Deux tonnes ont été oubliées… ce qui mets une bande d’escrocs et de criminels sur le casse du siècle: dans une France sans État, sans armée ni police, attaquer le fourgon chargé de rapatrier ces derniers lingots  à l’autre bout de la France sera une partie de plaisir! Mais c’est sans compter sur la morale très peu patriote d’un certain nombre de fonctionnaires français…

Résultat de recherche d'images pour "comment faire fortune en juin 40"Comment faire fortune en juin 40 est un album 100% Nury et Dorison n’apparaît que par-ce qu’il bosse avec son comparse depuis longtemps et que sa maîtrise des ficelles scénaristiques sont reconnues, une sorte de Script doctor en somme, comme il aime à se définir dans ses activités de cinéma. Attention, le fait de titrer en gros avec le nom d’Astier est a mon avis un peu malhonnête de la part de l’éditeur car l’illustrateur n’est pas franchement connu du grand public et l’homonymie avec le célèbre Alexandre Astier entraînera sans doute des ventes trompeuses…

Ceci étant dit, l’album a donc tout de la pâte de Fabien Nury, formule reconnaissable et efficace depuis pas mal d’années: les années 40, une bande de pieds nickelés sans morale, un sous-texte politique, une zone grise de l’histoire entre méchants et gentils. Tout cela rappellera Il était une fois en France et Katanga par exemple. La comparaison est évidente et sa formule marche chaque fois sans vraiment lasser, le principal défaut de cette BD étant qu’elle n’est pas d’une folle originalité, mais ceci est compensé par une très bonne maîtrise scénaristique et surtout sur le point fort des scénarios de Nury: les personnages. Ils sont archétypaux, vilains, bêtes, mais vraiment bien pensés comme attelage de pieds nickelés dans une France en déroute. Car l’historien Nury n’oublie dans aucun de ses albums de titiller là où ça fait mal, dans les bassesses et les heures les moins glorieuses de l’histoire nationale. Résultat de recherche d'images pour "comment faire fortune en juin 40"C’est à mon sens ce qui fait le plus de ses albums. Cela a aussi un verso plus compliqué (comme sur Katanga): au-delà de la dénonciation, le scénariste ne va pas très loin dans l’analyse et cela peut devenir un problème lorsqu’il mets en scène des ordures qu’il se garde de dénoncer. Ce n’est pas dérangeant ici car nous avons affaire à une farce, mais cela reste une tendance lourde de sa bibliographie…

Sur le plan du dessin Astier fait le job croquant des tronches compréhensibles par le très grand public. Le style est tout de même proche de l’ancienne école Spirou, ce qui dénote selon moi avec l’histoire assez adulte. L’illustrateur n’est pas toujours très précis et le papier épais n’aide pas à affiner son trait, mais sa maîtrise reste très correcte.

Au final on a un album calibré pour marcher dès la couverture mais qui n’a pas vocation à être tête de gondole non plus. Un cinoche grand public plutôt rigolo où l’on aime repérer le prochain traître avec une vague inspiration chez Lautner. Dans un esprit assez proche Il faut flinguer Ramirez est cinq catégories au-dessus. Mais vous passerez un bon moment tout de même.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le badge-cml

****·BD·Edition·Nouveau !

Festival des gazettes: Le Château des étoiles/La Gazette du Château/Le Sang des cerises

J’avais fait une déclaration d’amour au format gazette (même si je trouve les éditeurs gonflés de pratiquer un tel prix pour un tirage véry économique…) et à l’occasion de l’arrivée d’une nouvelle série sous ce format je vais faire un triplé…

  • Le château des étoiles #10: Les prisonniers de Mars.
Saison 2, les chevaliers de mars, épisode 4/6 (mai 2018)

Après une saison des chevaliers de l’Ether (2 volumes reliés, 6 gazettes), Seraphin et ses amis ont embarqué malgré eux pour un extraordinaire voyage vers Mars à la recherche du père du héros, enlevé par les hommes de Bismarck.

Alternant intelligemment les séquences (politiques) sur Terre, auprès des héros et d’autres concentrés sur le corps expéditionnaire germanique sur la planète rouge, cet épisode soulève de nombreux mystères, en découvrant certaines propriétés physiques de la planète et de ses possibles habitants: êtres intelligents? Leviathans? Les brumes de Mars cachent beaucoup de secrets et de dangers très sérieux. Comment les enfants pourront-ils gérer l’arrivée sur la planète avec le Chambellan à bord?…

Les textes additionnels qui font tout le charme et l’intérêt de ces éditions gazettes dévoilent sans détours ce qui constituera la troisième saison: la France est la première nation à avoir mis ne pied sur Vénus !… Année après année ce Château des étoiles renoue avec ce qui a inventé les histoires d’aventure: les feuilletons de Dumas et Jules Verne au XIX° siècle et les magazines fantastiques. Alors que Glénat célèbre Conan et que Ankama publie depuis quelques temps des adaptations de Stephan Wul, je trouve formidable que les éditeurs retrouvent ainsi l’esprit libre et imaginatif de l’aventure qui ne se prend pas au sérieux et vaguement kitsch. En plus la BD d’Alex Alice a le grand mérite de plaire de 7 à 177 ans…

  • La gazette du château #1 (juin-aout 2018):

Résultat de recherche d'images pour "gazette chateau dorison"Très bonne découverte que ce nouveau scénario de Dorison avec un petit nouveau extrêmement talentueux aux dessins. Je m’attendais à une transposition de la Ferme des animaux adaptée aux enfants… et je me retrouve avec un pamphlet très violent et sans détours sur l’exploitation et le totalitarisme que n’aurait pas renié un Lupano… Les dessins, donc sont assez impressionnants même si dans le registre animalier beaucoup de dessinateurs savent rendre des planches très sympa. Je vous laisse aller faire un tour sur le blog de l’illustrateur pour voir de quoi il est capable… On a donc un château occupé par des animaux abandonnés par les hommes et où un Taureau assisté d’une bande chiens féroces à instauré une dictature sanglante où le culte du chef est érigé en obligation et où toute rébellion est punie d’une mort atroce. Pas de mise en place ici, on entre dès la première séquence dans le vif du sujet avec une vieille oie révoltée qui tente de faire se réveiller une chatte blanche qui encaisse les coups pour subvenir aux besoins de ses chatons.

Les deux pages de rédactionnel alternent horoscope, météo et tractes dignes des meilleures plumes de Staline ou d’Hitler, de quoi vous mettre dans l’ambiance. Sinon, je préviens, c’est sanglant, du coup si vous voulez le lire avec vos pitchou je conseille pas avant 10 ans.

  • Le sang des cerises (journal) #2/4:
Série Les passagers du vent T.8 (Livre 1 « Rue de l’abreuvoir).

La césure entre le premier et le second épisode n’est pas idéale puisque l’on reprend la fin de la séquence de retrouvailles entre Clara/Zabo et Klervi (qui reforment le duo féminin blonde/brune présent dans toutes les séries de Bourgeon hormis Les compagnons du Crépuscule)… Pendant la découverte de l’histoire de la bretonne (en français cette fois-ci…) l’auteur se fait plaisir en illustrant en plans large un quartier et un pâté de maisons de Montmartre, justifiant le long entretien passionné sur la maquette qu’il a réalisé pour la création de l’album. L’épisode est posé, espacé avec de nouveaux sauts chronologiques et articulant narration de la vieille Klervi et dialogue enjoué entre les deux filles au XIX° siècle. Clara est l’un des personnages les plus forts de Bourgeon (ne serait-ce que par son expressivité incroyable) et l’on sent son envie de la dessiner et de la faire parler. Les deux filles retrouveront ensuite le personnage au visage de Gabriel Byrne lors de l’Exposition Universelle.

Avec, donc une explication de la méthode de travail de Bourgeon qui a toujours travaillé sur maquettes (ce qui explique aussi sa productivité lente) et des rappels historiques sur l’Exposition  de 1889 et le contexte politique, ce second épisode nous fait vraiment rentrer dans une très belle BD aux dessins plus beaux que jamais chez le dessinateur breton. Je sens une série qui fera date…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le badge-cml

 

 

C'est lundi...

C’est lundi, que lisez-vous? #10

C’est les vacances, lectures plaisir et je prends le temps de replonger dans la biblio d’auteurs que j’aime…

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

 Couverture de Xoco - Intégrale cycle 1 - Tomes 1 à 2couv-ira-dei-hd9782344027554-g

 Couverture de Wallman -3- Tome 3couv_257475Couverture de Bob Morane - Renaissance -1- Les Terres Rares

Couverture de Bob Morane - Renaissance -2- Le village qui n'existait pasCouverture de City Hall -5- Tome 5

Terminé le Wallman de Boichi qui est excellent, des lectures de la bibliothèque (dont deux séries que je suis et que j’ai chroniqué sur le blog) et deux nouveautés: Dragonball super et Ira Dei du duo Toulhoat/Brugeas.

2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

105767501 GUERRE SAMBRE T01 MAX&CONS[BD].indd501 GUERRE SAMBRE T02 MAX&CONS[BD].indd

Couverture de Red Skin -1- Welcome to AmericaCouverture de Red Skin -2- JackyUne bible - édition de luxe

Couverture de Le singe de Hartlepool - Le Singe de Hartlepool

Replay sur Sambre, une série de Dorison qui me tentait bien à sa sortie (fortement inspirée du design de Libery Meadows de Frank Cho), et un livre illustré par Rebecca Dautremer chez Gauthier Languerau (deux gages de qualité…) et qui me permet de parler un peu d’illustration hors BD. Enfin je fais mon retard sur la biblio de Lupano avec le multiaclamé Singe de Hartlepool que je n’ai toujours pas lu…

3. Que vais-je lire ensuite ?

la-quete-de-l-oiseau-du-temps-avant-la-quete-05-l-ordre-du-s9782749308487-lCouverture de Angel Wings -1- Burma Banshees

Couverture de Angel Wings -2- Black WidowCouverture de Angel Wings -3- Objectif BroadwayCouverture de City Hall -6- Tome 6

Deux nouveautés et la dernière série de Romain Huguault, auteur « aérien » que j’adore même si ce thème sur la guerre du pacifique m’avait moins tenté (récupéré à la bibli). Enfin, le tome 5 de City Hall (excellent!) m’a donné envie de continuer la série.

Et vous, que lisez-vous? Commentez et suggérez, ça m’intéresse!

****·BD·Numérique

L’ombre d’Hippocrate

BD de Xavier Dorison et Ralph Meyer
Dargaud (2017), 56p. Série « Undertaker » t4/4.

couv-tome4-undertakerÉgalement une édition grand format de chaque tome de la série qui paraît généralement en juin. Autant la qualité du trait de Meyer est indéniable, autant les couvertures de la série Undertaker ne sont pas ce qu’on voit de plus attrayant. Pas grave vu le contenu.

Jeronimus Quint, l’ogre de Sutter camp, médecin génial et fou continue sa fuite en compagnie de Rose devant un Undertaker abimé physiquement et moralement. Quint a pris un véritable ascendant psychologique sur Jonas Crow en se faisant des alliés de tous ceux qu’il a soigné ou blesse en prévision de les sauver, dont Rose. Dans cette course poursuite sanglante, le héros doute: finalement n’a-t’il pas plus de morts sur la conscience que ce médecin qui marche allègrement sur le serment d’Hippocrate?

Résultat de recherche d'images pour "l'ombre d'hippocrate meyer"Lorsque la série Undertaker est sortie il y a de cela maintenant 4 ans avec grand renfort de com’ de Dargaud j’avais passé mon tour. Non que je n’aime les auteurs (je considère Dorison comme un des tous meilleurs scénaristes et avait adoré le Berceuse assassine de Meyer) mais je n’ai jamais vraiment accroché avec les western en BD (hormis les deux albums 500 fusils et Adios Palomita du début du label Série B de Vatine) et le battage qui donne l’impression qu’on est obligé d’acheter la nouvelle pépite m’agace profondément. Je suis plus Spaghetti que classique et n’ai jamais accroché à Blueberry, présenté comme la référence d’Undertaker. Il est vrai que le dessin de Meyer est clairement de l’école Giraud et par moment plus poussé même (les fidèles de l’auteur de Blueberry me pardonneront cet affront). J’ai entre-temps découvert la série Asgard du même duo et qui m’a vraiment plu, tant graphiquement que dans la relation artistique entre les auteurs qui transparaît dans l’album. Du coup j’ai entrepris de découvrir l’Undertaker.

Résultat de recherche d'images pour "l'ombre d'hippocrate meyer"L’ombre d’Hippocrate est la clôture du diptyque entamé avec L’ogre de Sutter Camp (format de double album que je trouve idéal dans la BD et qui semble être adopté systématiquement sur Undertaker).  Clairement cette histoire fait monter le niveau de la série par rapport au premier double album introductif, et cela pour une simple raison: Jeronimus Quint est pour moi le méchant le plus charismatique, le mieux « joué » et le plus intéressant depuis pas mal d’années dans la BD franco-belge. Si l’attelage improbable des personnages mis en place sur les deux premiers albums est très efficace (Dorison est un très bon technicien, tel Van Hamme, qui sait parfaitement ce qui fonctionne en matière de scénario), c’est bien les questionnements et problématiques posés par Quint qui passionnent. Il ne se déclare pas fou mais génial. Des morts il y en a tous les jours, ses expériences sur sujets vivants doivent-elles être continuées si elles permettent de sauver à l’avenir des milliers de gens? Quint torture, tue mais sauve, beaucoup. C’est le syndrome du savant fou reniant le serment d’Hippocrate. Jonas Crow, lui, est mis sur le grill par Lin avec ses méthodes expéditives. Dans le monde d’Undertaker personne n’est bon. Alors quand la morale devient le sujet central permettant de déterminer ce qui doit être fait, comment faire? Quint est utile, Crow est moral. Qui a raison? Le sujet est passionnant et si le lecteur humaniste a la réponse, l’album dérange et c’est formidable! Le tout est relevé par des situations et des dialogues souvent drôles dans le tragique. Les estocades verbales de la chinoise et de l’anti-héros sont très savoureuses.

Résultat de recherche d'images pour "l'ombre d'hippocrate meyer"Sur le plan graphique, quel plaisir de voir un artisan manuel (la référence à Giraud est vraiment pertinente) travailler ses noirs. Meyer est parfois un peu rapide sur les arrière-plans et les personnages de fonds (il fait partie de ces dessinateurs qui se dispensent de mettre un visage sur la foule, je trouve ça gênant), mais quelle facilité dans les visages et expressions! Je retrouve un peu le Guerineau des premières années du Chant des Stryges (il a d’ailleurs produit un très bon western pour ceux que cela intéresse). On est dans le vrai plaisir du dessin à l’ancienne que l’on savoure case par case. Les paysages sauvages de l’ouest  sont épurés, dessinés en suggestions et en crêtes. L’ensemble rend très bien par-ce que la force de Meyer est sur ses premiers plans.

Undertaker est une série qui monte en puissance et les auteurs semblent avoir saisi la perle qu’ils avaient avec leur méchant qui devrait très certainement revenir dans d’autres albums voir de façon récurrente comme âme damnée du héros.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1