****·Comics·East & West

Oblivion Song #4

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Quatrième tome de la série écrite par Robert Kirkman et dessinée par Lorenzo De Felici. Parution le 20/01/2021 aux éditions Delcourt.

Par delà le voile

Il y a plusieurs années maintenant, un événement surnommé « la transférance » a permuté une portion de la ville de Philadelphie avec une portion équivalente d’Oblivion, une dimension étrangère et hostile régie par d’autres règles.

Cette catastrophe fut causée par les recherches du scientifique Nathan Cole et son équipe, et condamna des milliers de personnes aux affres d’Oblivion, qui se sont retrouvés catapultés là-bas, à la merci des créatures monstrueuses qui l’habitent.

Pendant des années, Nathan a utilisé ses connaissances et sa technologie pour se rendre sur Oblivion et tenter de ramener autant de victimes que possible. Cependant, il s’est vite aperçu que certains des rescapés de la transférance s’étaient étonnamment bien adaptés à leur nouvel environnement. Une partie d’entre eux refusaient même d’être rapatriés, menés par nul autre qu’Ed, le frère de Nathan.

Finalement, Nathan, qui entre temps a révélé au grand jour sa responsabilité dans l’incident, a purgé sa peine de prison, et découvre à sa sortie que l’exploitation de sa technologie de transfert a permis des découvertes sur Oblivion et des avancées technologiques. Toutefois, il semble que toutes les menaces de cette dimension hostile n’aient pas encore été dévoilées.

Nous sommes les envahisseurs

Oblivion est en effet habitée par les Sans-visages, créatures intelligentes qui sont restées en retrait jusque-là, mais qui intensifient depuis peu leur traque des humains installés sur Oblivion. Ces derniers sont donc traqués enfermés et étudiés par les sans-visages, dont le but semble être de trouver un moyen de se rendre sur Terre.

Nathan , qui se remet à peine de sa dernière rencontre avec l’une de ces créatures, voit ainsi débarquer Ed, dont la femme et le fils ont été enlevés. C’est donc le début d’une guerre des nerfs et d’un chassé-croisé tendu entre les humains et les aliens, avec pour enjeu la survie de l’Humanité mais aussi celle de la famille de Nathan.

Après trois excellents tomes, Oblivion Song revient en force. L’intrigue, grâce à une habile ellipse, change de direction pour nous offrir un nouveau conflit plein de promesses. Les Sans-visages sont effrayants, leurs motivations mystérieuses mais en partie compréhensibles, et, mieux encore, l’auteur ne les uniformise pas pour autant en leur donnant des personnalités et des agendas distincts.

L’action n’est pas en reste mais moins présente sur ce quatrième tome, qui sert notamment a instaurer la tension entre les deux factions. Kirkman ne néglige pas pour autant ses héros et continue de développer leurs relations. Afin de relancer la machine, il termine aussi l’album sur un cliffhanger percutant qui laisse présager des belles turpitudes pour la suite.

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Poussière #3

La BD!

Troisième tome de 86 pages d’une série écrite et dessinée par Geoffroy Monde. Parution le 27/01/2021 aux éditions Delcourt.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Attack of the Fifty-Foot Whatever

Mettez-y une femme revancharde, des titans anthropophages, des kaijus ou des cyclopes, dès qu’il s’agit de gigantisme, mon œil de lecteur est immédiatement attiré. 

Poussière nous raconte l’histoire d’une jeune guerrière éponyme, qui affronte depuis quelques années d’énigmatiques cyclopes, qui ravagent inlassablement sa planète, Alta, dont l’écosystème est régi par ce que l’on nomme l’Essence. Jusqu’ici pacifiques, les cyclopes sont devenus comme fous et se sont mis à piétiner tout ce qui se trouvait sur leur passage, provoquant une hécatombe et une série de cataclysmes écologiques dont Obel, le royaume dominant sur Alta, peine à se remettre. 

Pourtant, il est possible pour les guerriers d’Obel de lutter contre ces créatures, au prix de lourds sacrifices, qui paraissent vains tant la marche des géants est inexorable. En effet, les cyclopes font partie intégrante de l’écosystème et sont renvoyés à l’Essence après chaque défaite, pour mieux revenir ensuite, plus forts que jamais. 

D’après les rumeurs, cette lutte perpétuelle a commencé lorsque est apparu un certain Homme Noir dans les rues de la capitale d’Alta. Silhouette indéchiffrable, l’Homme Noir est apparu plusieurs fois de façon apparemment aléatoire, entraînant dans son sillage les terrifiants cyclopes. C’est donc à lui que l’on impute la catastrophe, sans savoir d’où vient cet homme ni pourquoi il agit ainsi. 

Entre deux attaques de cyclopes, Poussière veille sur son frère Pan et sa sœur Ayame, qui disposent de capacité les mettant en lien direct avec l’Essence. Et si tous ces événements étaient liés ? Quels secrets dissimule le gouvernement d’Obel à ses sujets terrifiés ? 

Gaïa’s Revenge

Les deux premiers tomes, sortis respectivement en 2018 et 2019, livrent les premières clefs du mystère grâce à quelques révélations choc: Suite à un accident de laboratoire, Alta a subi un échange de matière avec une planète nommée la Terre, qui est une jumelle d’Alta située dans une autre dimension. Ces transferts ont perturbé l’Essence, si bien que les conséquences des outrages des humains envers la nature ne se répercutent plus sur Terre mais bel et bien sur Alta. L’Homme Noir n’est lui aussi qu’un accident, un dommage collatéral qui a obtenu la faculté de passer furtivement d’un monde à l’autre. 

A l’issue du tome 2, des enfants d’Alta, incluant Ayame, capables de contrôler les cyclopes, furent envoyés sur Terre pour mener une expédition punitive et détruire l’Humanité, tandis que Poussière se retrouvait elle aussi piégée sur Terre. 

Nous voici donc à la conclusion de l’odyssée dimensionnelle de Geoffroy Monde, qui avait apporté un point de vue innovant et atypique pour une série  de SF. Les thématiques abordées, à savoir la revanche de la nature et le voyages dimensionnels, ne sont pas inédites mais traitées avec révérence et habileté, grâce à une alternance des points de vue entre Terre et Alta. Le discours écologique est donc tout à fait de mise, l’auteur s’amusant ici à la mettre en abîme puisque l’Humanité est ici jugée par sa jumelle Altienne qui subit injustement les conséquences de nos actions. 

Poussière tome 3 - BDfugue.com

Il convient également d’imputer à l’auteur un travail sérieux sur la construction de son monde fictif, exercice périlleux s’il en est qui est ici réussit haut-la-main. Les concepts philosophiques et religieux qui sous-tendent le monde d’Alta sont riches mais aussi complexes, ce qui pourrait perdre en route le lecteur tant il est parfois nécessaire de raccrocher les wagons avec les tomes précédents. 

Pour sa conclusion, on peut dire que Geoffroy Monde ouvre les vannes et va au bout de sa thématique, même si cela peut paraître abrupt. 

Poussière est donc une trilogie SF qui vaut le détour, tant sur le plan graphique que scénaristique, ce grâce à des influences évidentes mais qui n’en sont pas moins maîtrisées. 

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Môbius #1: Les fils du vent

La BD!

Premier tome de 56 pages d’une série écrite par Jean-Pierre Pécau et dessinée par Igor Kordey. Parution le 13/01/2021 aux éditions Delcourt.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Quantum Sliders

Berg vit parmi une communauté de gens du voyage lorsqu’il est alpagué par un commando armé. Prenant ses jambes à son coup, il meurt malencontreusement durant sa fuite. L’histoire se serait arrêtée là si Berg n’était pas Voyageur de son état.

Les Voyageurs font partie des rares êtres à se souvenir de leurs vies antérieures. Car ce que notre héros itinérant ignore, c’est que chaque être qui rend son dernier souffle ne fait que passer dans une dimension nouvelle, balloté dans la grande toile du Multivers.

Les Voyageurs sont donc recrutés par le Mont, une organisation qui chapeaute le multivers. A sa grande surprise, Berg, qui avait perdu ses souvenirs lors de son dernier transfert, apprend qu’il était un agent du Mont, et se voit confier une nouvelle mission: appréhender un autre Voyageur, qui utilise son don pour commettre une série de meurtres atroces.

La mort, le voyage aux mille escales

Les amateurs de comics et de SF seront coutumiers du Multivers car le concept fut maintes fois utilisé dans différents médias. Jean-Pierre Pécau y ajoute une coloration métaphysique, puisqu’il le lie au phénomène de métempsycose. Ainsi, dans Môbius, c’est la mort qui sert de passage vers un autre monde, dont le caractère paradisiaque ou infernal ne dépend pas des actions de celui qui voyage, mais du hasard de sa destination.

Le concept en lui-même est donc très séduisant. Ceux qui meurent ne font finalement que se réincarner ailleurs, parmi une infinité de possibilités, ce qui ajoute un énorme réservoir de potentialité au récit. L’amnésie de Berg, si l’on se doute qu’elle aura une autre fonction narrative, n’en constitue pas moins une porte d’entrée opportune pour le lecteur, qui reçoit donc l’exposition en même temps que le héros.

Néanmoins, le scénariste se contente dans ce premier tome d’une exposition cryptique, qui laisse de côté, sans doute volontairement, des questionnements cruciaux: se réincarne-t-on tous comme les Voyageurs, dans un corps similaire, au lieu d’une véritable réincarnation ? Le nouveau corps apparaît-il de nulle part dans la nouvelle dimension, ou appartenait-il à la version locale du voyageur ? Est-ce seulement un transfert de l’esprit ? Et quid des nouveaux nés ? Sont-ces des âmes vierges de tout voyage, ou bien des transfuges ?

Bref, vous l’aurez compris, les règles exactes du voyage et de la réincarnation sont pour le moment floues, et peuvent laisser les amateurs du genre sur leur faim. Toutefois, connaissant le scénariste et son expérience, gageons que la cohérence viendra au fil des albums…du moins nous l’espérons.

Môbius possède un pitch vertigineux aux possibilités alléchantes, mais ce premier tome instaure beaucoup de zones d’ombres, qui laissent penser que le concept est sans doute trop vaste pour cette entrée en matière.

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Oblivion Song #3

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Série en cours, écrite par Robert Kirkman, dessinée par Lorenzo De Felici. Trois tomes parus en France chez Delcourt, en 2018, 2019 et 2020.

Je rêvais d’un autre monde

Il y a quelques années, Philadelphie a connu un évènement surnaturel aux conséquences tragiques: la transférance, qui envoya toute une partie de la ville dans une dimension baptisée Oblivion, zone hostile peuplée par une faune cauchemardesque. Nathan Cole, scientifique de son état, maîtrise une technologie pouvant reproduire, à petite échelle, le transfert vers Oblivion, et s’est donné pour mission de ramener tous les habitants de Philadelphie perdus là-bas.

Nathan a poursuivi ses périlleux sauvetages des années durant, même après l’abandon du gouvernement américain. Une victime après l’autre, au compte-goutte, Nathan ramène des survivants sur Terre, espérant secrètement retrouver son frère Ed. Ce que Nathan, enfermé dans son complexe du sauveur, ignore, c’est qu’entre temps, les survivants d’Oblivion se sont adaptés à leur nouvel environnement, et certains d’entre eux s’y sont même épanouis.

Les deux premiers tomes étaient le théâtre des retrouvailles entre Nathan et Ed. Le frère rebelle, marginal dans notre monde, était devenu à Oblivion le leader respecté d’une communauté de survivants solidaires et débrouillards. Attaché à son nouveau mode de vie, Ed ne voyait pas les choses du même œil que Nathan. Notre scientifique eut bien du mal à accepter ça, mais les deux frères parvinrent à se réconcilier, chacun d’entre eux reprenant le chemin qu’il s’était tracé.

Hélas, les choses ne sont jamais aussi simples quand on parle de transfert dimensionnel. Ce que Nathan cachait à tout le monde, et ce qui motivait ses recherches effrénées de survivants, c’est sa véritable responsabilité dans la transférance. Membre d’une équipe de recherche, le scientifique a contribué à créer la machine qui engendra le phénomène. Débusqué par l’armée, Nathan a du se rendre pour assumer sa responsabilité.

L’Abysse le scrute à son tour

Le troisième tome opère un changement de paradigme, grâce à une ellipse temporelle de trois ans. Libéré de prison et relaxé des charges qui pesaient contre lui, Nathan découvre qu’Oblivion a été explorée et exploitée pendant qu’il était absent. De nouvelles ressources ont été découvertes, permettant des avancées médicales et scientifiques significatives. Malheureusement, Oblivion n’est pas seulement peuplée de monstres carnivores. Teasés dans les précédents tomes, les Sans-Visages font ici leur entrée fracassante.

Forme de vie intelligente, ces êtres énigmatiques semblent piqués de curiosité pour ces êtres étranges venus d’un autre monde, les humains. Capturant en masse des survivants et des explorateurs, les Sans-Visages attirent l’attention d’Ed et de Nathan, chacun de leur côté. Ce sera donc l’heure des retrouvailles pour les deux frères que tout oppose. Seront-ils de taille face à ces aliens hostiles ?

On ne présente plus Robert Kirkman, auteur à succès dont la plus grande création a touché plusieurs médiums comme la BD, la TV et le Jeu Vidéo. Il nous sert ici un concept original qu’il exploite de manière très fun. Switchant entre les dimensions, Nathan se sert de ses connaissances pour passer les obstacles et résoudre des problèmes, rappelant des univers comme celui de Portal ou Soul Reaver. Cette mise en scène est servie par les dessins maîtrisés de Lorenzo De Felici, qui fait tantôt penser à James Harren (pour les monstres), tantôt à Ron Garney (pour les visages et le dynamisme du trait). Avec du recul, le scénario contient sans doute quelques fils blancs, mais la trame générale, menée avec le brio que l’on connaît à Kirkman, reste suffisamment addictive pour nous tenir en haleine. A ceci s’ajoute bien sûr la psychologie torturée des personnages, ce dont le scénariste a fait sa marque de fabrique.

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Ether

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Deux premiers tomes de 114 pages, d’une série écrite par Matt Kindt et David Rubin. Parution dès 2017 aux US chez Dark Horse, parution en France le 21/09/2018 et le 30/08/2019 aux éditions Urban Comics, dans la collection Urban Indies.

Blondin avait publié un avis à la sortie du premier tome.

Enquêtes mortelles au pays des rêves

Boone Dias est un aventurier d’un genre bien particulier: après avoir découvert une nouvelle dimension, nommée l’Éther, ce scientifique rigoureux bien que controversé s’est lancé à corps perdu dans son exploration, devenant au fil des années une sorte d’enquêteur attitré pour cet univers régi par des règles étranges.

Si Boone Dias a pu résoudre des affaires toutes plus inextricables les unes que les autres dans l’Ether, c’est grâce à son esprit affuté et son absolu pragmatisme, qui sont à contre-emploi dans un monde dont le substrat semble défier toute logique. Le scientifique-explorateur met en pratique la fameuse Troisième Loi de Clarke, qui veut que toute science suffisamment avancée soit indiscernable de la magie, si bien qu’il perce aisément tous les mystères qui se présentent à lui en se raccrochant à ses connaissances.

Mais si l’Ether représente le rêve de tout aventurier, sa découverte et son exploration ont eu un coût exorbitant pour Dias: le temps passant différemment dans chaque monde, le scientifique a du laisser derrière lui sa vie terrienne, sacrifiée sur l’Autel de la Science…

Le Sherlock Holmes transdimentionnel

Lors d’une de ses excursions dans l’Ether, Boone va se voir confier une enquête bien particulière: élucider le meurtre de la Flamme d’Or, la gardienne réputée invincible du royaume. Ses investigations périlleuses vont le mener dans les recoins sombres et inexplorés d’Agartha, la capitale, et le confronter à son insidieux adversaire, Lord Ubel, gardien du savoir de l’Ether, maître de la duplicité et fourbe ourdisseur de complots les plus retords.

Dès les premiers chapitres d’Ether, on est frappé par la dynamique très holmesque de l’univers mis en place par Matt Kindt. Comme l’incontournable détective de Baker Street, Boone est un homme gouverné par la raison, doté d’un esprit si cartésien et détaché qu’il en devient presque antipathique, car sa manie de décortiquer les évènements magiques de l’Ether l’empêche d’en saisir toute la beauté (il faut savoir également qu’Arthur Conan Doyle n’aimait pas Sherlock, ou en tout cas, il souhaitait dénoncer à travers ce personnage le détachement scientifique).

Boone Dias se paie même le luxe d’avoir à ses côtés un Watson, en la personne de Glum, une Irène Adler en la personne de Violette, sans oublier son Moriarty, se cachant sous les traits de Lord Ubel.

Malgré ses manies, Boone reste un personnage attachant, notamment du fait des sacrifices auxquels il a consentis pour pouvoir explorer l’Ether. Chacun de ses retours dans le monde réel, chacun de ses départs pour le monde magique est déchirant, ce qui confère une dimension humaine à cet aventurier hors du commun.

Le dessin de David Rubin donne une forme spectaculaire à l’Ether, le dessinateur espagnol sait parfaitement rendre tangible l’architecture étrange et les personnages bigarrés qu’on y croise. Grâce à son trait, on saisit bien aussi la différence entre les deux mondes, par les jeux de couleurs notamment.

Les deux tomes d’Ether parus chez Urban comics sont une belle découverte, idéal pour combler votre confinement !

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By night

esat-westScénario de John Allison, dessin de Christine Larsen, couleurs de Sarah Stern. Paru le 31/01/2020 chez Bliss Éditions. Récit complet en 320 pages.

bsic journalismMerci aux éditions Bliss pour cette découverte.

badge numeriqueLa fiction nous a appris à de nombreuses reprises que pour se découvrir soi-même, il faut parfois explorer le lointain et se confronter à l’altérité. C’est sur ce paradoxe que surfent l’auteur britannique John Allison et la dessinatrice Christine Larsen, au travers des 12 numéros du comic book By Night, édité en récit complet chez Bliss Comics.

URBI ET URBEX

Jane est une jeune femme brillante, qui occupe un poste de technicienne dans un laboratoire, pour lequel elle est assurément surdiplômée. Peu aventureuse, elle a laissé derrière elle ses ambitions artistiques, elle qui rêvait de faire des films pour montrer le monde au travers de sa caméra. C’est alors que débarque l’impétueuse Heather, amie d’enfance qui a fait ce à quoi Jane n’a pas su se résoudre: voir du pays et crapahuter ça et là, loin du mouroir qu’est devenue leur ville natale, Spectrum. Après leurs impromptues retrouvailles, Heather embarque avec Jane pour une session improvisée d’exploration urbaine (pratique aussi appelée « urbex« ) au travers de ce qui s’apparente désormais à une ville fantôme. Mais leurs insouciantes pérégrinations vont les mener beaucoup plus loin que ce qu’elle imaginaient, à travers les dimensions et les sombres secrets tapis au cœur de la bourgade.

LES COPINES D’ABORD

Jane et Heather vont tomber par hasard sur une étrange machine, cachée dans l’usine qui autrefois donnait tout son ressort économique à Spectrum, et qui ouvre un portail vers une non moins étrange dimension, peuplée de diverses créatures surnaturelles et monstrueuses. Dès lors, les deux amies vont se lancer dans une singulière entreprise: explorer ce nouveau monde et en rapporter des preuves filmées, afin d’en tirer gloire et fortune. Mais les propriétaires de l’usine ne l’entendent pas de cette oreille…

Au fil des 12 épisodes, Jane et Heather vont former ce duo improbable et pourtant complémentaire, qui, tout en composant avec ce qui les oppose, franchiront ce pas difficile qu’est l’âge adulte. Le monde qu’elles explorent pourrait être sorti tout droit d’un épisode de Rick & Morty, et on doit reconnaître aux dialogues de John Allison leur caractère percutant. Ce dernier manie l’ironie avec une aisance indéniable, transformant le moindre échange entre ses personnages en joute verbale drôle et ciselée.

J’ai une réserve quant au personnage de Heather, qui à la première lecture, m’a semblé tout à fait conforme à l’archétype décrié de la Manic Pixie Dream Girl, ne servant finalement qu’au développement du personnage de Jane. Toutefois, leur relation est bien traitée et on ne peut que s’y attacher.

BY NIGHT séduira les amateurs d’aventure et de fantastique, mais également ceux qui recherchent avant tout une intrigue laissant la part belle aux relations entre ses personnages. Une belle trouvaille chez Bliss Comics !

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Shipwreck

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Comic de Warren Ellis et Phil Hester
Snorgleux éditions (2019), 120 p. one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Snorgleux pour cette découverte.


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Pas forcément désireux de lire tout ce que la galaxie de petits éditeurs français de comics dénichent j’ai été attiré par une couverture très énigmatique et graphiquement réussie. L’éditeur m’a permis de découvrir cet album one-shot au format numérique, aussi je ne parlerais pas de la fabrication, simplement des habituelles pages de making of graphique. Des notes d’intention des auteurs auraient été appréciées dans un ouvrage hautement mystérieux, jusqu’à son dénouement.

Le docteur Charpentier ouvre les yeux sur un monde énigmatique, presque désert, où étape après étape des protagonistes lui racontent qui il est et ce qu’il fait là. La mort rôde sur ce monde étrange où on l’accuse de différents maux. Qui est-il? Que fait-il ici? Est-ce le Purgatoire après sa mort? Pour le savoir il devra affronter ses démons et sa lâcheté…

Résultat de recherche d'images pour "hester shipwreck"Shipwreck se présente comme une nouvelle variation sur le voyage entre les dimensions, avec le même point de départ que la série à succès Black Science. Comme les comics indé adorent les anti-héros, nous avons ici un grand savant qui a conçu une « maille » capable d’ouvrir une brèche entre les dimensions. Le problème c’est qu’il ne sait plus où il est et que la réalité présentée par Warren Ellis est incertaine. Quel récit est véridique? La temporalité est-elle linéaire ou inversée? C’est la grande réussite de ce récit que de nous balader dans ce monde de pierres et de Motels parcouru par des nuées de corbeaux et mille autres détails qui semblent indiquer que Charpentier a entamé son voyage dans les Cercles des Enfers… Entre récit scientifique donc et parcours ésotérique, le lecteur balance jusqu’à la conclusion, aidé en cela par de magnifiques planches très torturées et au découpage chaotique de Phil Hester. Le morbide est là et plusieurs scènes sont assez gores, laissant pourtant le héros de marbre. Un flic, une vamp ou une scientifique locale vont tenter de le mettre sur les traces de son destin, à l’image du superbe album de Flao Essence. Résultat de recherche d'images pour "hester shipwreck"Car ce sont les rencontres qui vont faire avancer le récit et découvrant par bribes ce qui a amené Charpentier ici.

Les dessins sont donc une des forces de l’album. Je ne connaissais pas cet auteur qui propose un très intéressant travail de contrastes et sur les différents plans de ses cases (avec un point noir en revanche pour des pages de chapitres vraiment atroces avec des cartons blancs énormes et très laids). Cet univers parallèle est fascinant, avec ses grandes étendues, ses formes circulaires et ce découpage en « portes » qui nous le présente. Étrangement, la seconde partie de l’album tombe dans un réalisme scientifique qui brise un peu la magie de l’incertitude. C’est étrange car la chute reste fortement interprétative et que l’ensemble de l’album repose sur les hypothèses que peut se faire le lecteur. Du coup j’ai été un peu déçu sur le parti pris par le scénariste de briser l’inconnu. Shipwreck reste néanmoins une très belle immersion de lecture, souvent fascinante thématiquement et visuellement.

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BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

La trouvaille du vendredi #7

La trouvaille+joaquim


Xoco

BD de Thomas Mosdi et Olivier Ledroit
Vent d’ouest (1994-1995), 2 albums de 54 et 62 pages.

Couverture de Xoco - Intégrale cycle 1 - Tomes 1 à 2J’ai parlé la semaine dernière d’Olivier Ledroit pour son Art-book sur les fées. Une fois n’est pas coutume, je remets le couvert avec l’un de mes albums préférés: le diptyque Xoco. La série a été suivie quelques années plus tard pas un second cycle scénarisé par Mosdi mais illustré par le très moyen Palma (suite donc très dispensable).

New-York, période de la Prohibition. Alors que les gangs s’affrontent pour le contrôle de la ville, des meurtres atrocement sanglants sont perpétrés. La fille d’un antiquaire autrefois assassiné se retrouve au centre d’une poursuite qui va voir s’affronter différentes visions de la réalité et dont d’étranges indiens arrivés de leur Nevada pourraient avoir la clé.

Résultat de recherche d'images pour "xoco ledroit"Paru il y a 24 ans alors que Ledroit venait de clôturer sa participation aux Chroniques de la Lune noire (dont il continuera à réaliser les superbes couvertures jusqu’à aujourd’hui), Xoco lui permettait de partir dans un registre à la fois plus réaliste (des crimes pendant la Prohibition) et collant à son univers noir et gothique en illustrant une histoire fortement inspirée de l’univers de HP Lovecraft. Certainement sa meilleure œuvre (tant graphique que scénaristique), le double album adopte une technique en peinture directe (son premier il me semble) et aux traits beaucoup plus sérieux que ses albums d’Heroïc-Fantasy. Le film Seven, sorti en même temps que le second volume Notre seigneur l’écorché adoptait une esthétique très proche: une ville sombre, poisseuse, humide où la lumière semble fuir. le lien entre les deux ne s’arrête pas là car la mise en scène de la BD est extrêmement cinématographique, avec travelings, zooms et dézooms, textes hors-champ etc. L’esthétique art-déco irradie des décors très fouillés et surtout, Ledroit développe ce qui a fait sa marche de fabrique: la destruction de pages par un savant jeu de cases rompant totalement avec les codes de la narration franco-belge et entièrement fusionnées avec ses nécessités graphiques. L’inspiration vient probablement du Manga puisque même Sin City  de Frank Miller (qui a lui aussi révolutionné la construction des planches) sort à peu près en même temps.

Image associéeThomas Mosdi n’est sans doute pas pour rien dans cette évolution plus cadrée de l’art de Ledroit, puisqu’il avait produit le scénario de la première série de Guillaume Sorel, également très teintée de Lovecraft (l’Ile des morts) et très travaillée en matière de découpage. Toutes les autres BD d’Olivier Ledroit ont le gros défaut d’être basées sur des scénarios de jeu de rôle, sans grande ambition, laissant libre court à la furie des pinceaux de l’illustrateur. Xoco est d’abord une histoire sur le voile des réalités, des démons d’entre les mondes et des pouvoirs des esprits (les chamans navajo). Une histoire solide, à la progression construite et laissant la place aux séquences dialoguées, aux atmosphères (dès l’intérieur de couverture un rapport de police nous immerge dans l’histoire). Probablement que Ledroit s’amuse plus en envoyant des légions de millions de dragons se fracasser sur des murailles titanesques… mais ses albums en pâtissent. Ainsi hormis la fin apocalyptique et très noire, la plus grande partie du récit est une enquête policière relativement classique. Résultat de recherche d'images pour "xoco ledroit"Ça reste sombre, violent, mais c’est de la très bonne BD, de l’excellent scénario: en clair, un film sur papier.

J’hésite souvent à penser qu’Olivier Ledroit gâche son talent et ne choisit pas vraiment les bons scénaristes qui le bousculeront… Sa tentative de scénario sur le très bon Les irradiés (jamais poursuivi faute de succès) m’incite à penser que cela aurait pu l’amener à diversifier ses histoires et sa technique. Il y a plein de raisons de ne pas aimer les BD de Ledroit, malgré des planches objectivement magnifiques… Si vous êtes de ceux-ci, lisez Les deux tomes de Xoco et savourez un artiste ambitieux, travailleur, exigeant. Un chef d’œuvre.

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East & West·Graphismes·Manga·Rétro

Cyber Weapon Z

East and west

Manga chinois d’Andy Seto
Tonkam (1995). Série en 10 volumes (terminée). 124 p. par album.

cyberweaponz1_16052004Qui se souvient de Tonkam, le libraire-éditeur de la rue des Ecoles qui œuvra a peu près autant que le grand Glénat pour faire connaître le manga et son univers culturel aux français ? Aujourd’hui absorbé par Delcourt, Tonkam a permis la publication d’auteurs majeurs comme Masakazu Katsura et, donc, Andy Seto sur le manga chinois Cyberweapon Z.

Ce « Manhua » (manga chinois) au titre improbable est une singularité dans l’édition de mangas en France et n’est plus édité aujourd’hui (mais on peut trouver la collection des 10 volumes en occasion sur le Bon coin ou les sites spécialisés). Sa principale qualité (outre sa longueur très raisonnable) repose sur ses graphismes tout en couleur directe (peinture). L’histoire est totalement banale (un traitre attaque le Temple de Shaolin, où sont réunies toutes les connaissances sur l’humanité et défendues par les techniques martiales ultimes…) mais guère pire qu’un Dragonball par exemple. On est dans le manga d’arts martiaux classique où l’on attend plus de beaux combats chorégraphiés qu’un scénario à la Hitchcock…

seto3Sur ce plan donc on en a pour son argent. Le type sait tenir ses pinceaux même si par moment la foison d’effets spéciaux et de couleurs peut gêner la compréhension des cases. Mais c’est flamboyant, ça castagne à coup d’attaques spéciales aux noms improbables et de méchants invincibles. Une très bonne lecture « plaisir des yeux » en somme, une curiosité y compris pour le travail de fabrication très particulier de Tonkam, assez luxueux (rabat souple, pages de papier transparent et plein d’illustrations bonus). Attention cependant, la série étant assez rare, des coquins spéculent et les 10 tomes peuvent atteindre plus de 200€…

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Fiche BDphile