Comics·Nouveau !·East & West·****

Les Éternels: Braver l’Apocalypse

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Réédition de l’intégrale comprenant les 9 numéros de la série The Eternals, écrite par Charles Knauf et dessinée par Daniel Acuna et Eric Nguyen. Parution en France chez Panini Comics le 03/11/2021.

What if God was one one us

Surfant comme à son habitude sur la vague du Marvel Cinematic Universe, Panini a attendu le déferlement des Éternels au cinéma en novembre 2021 pour ressortir leurs sagas emblématiques. Après le run de Neil Gaiman et John Romita Jr, ce sont Charles Knauf, d’abord secondé de Daniel Acuna puis d’Eric Nguyen, qui s’attaquent au panthéon made in Marvel créée par Jack Kirby.

Trahis par l’un des leurs, les Éternels, ces êtres immensément puissants désignés gardiens de la Terre par d’incommensurables forces cosmiques nommées les Célestes, ont subi une perte de mémoire et une diaspora forcée, qui les a laissés quasi impuissants face à l’émergence d’un Céleste enfoui sous la surface, près de San Francisco.

Réveillés tour à tour par Ikaris, le plus valeureux d’entre eux, les Éternels ont pu in extremis éviter la destruction de la Terre et retrouver leurs pouvoirs. Néanmoins, le statu quo a changé, et le Céleste, demeuré sur Terre, s’est donné pour but d’étudier la Terre et la vie qui l’abrite pour rendre un jugement plus éclairé. Pendant ce temps, Ikaris et Théna parcourent le monde pour réveiller les Éternels restants, rivalisant avec Druig, l’Éternel retors qui compte lui aussi en rallier le plus grand nombre à sa cause.

Makkari, pendant ce temps, communie avec le Céleste Rêveur afin de mieux comprendre ses motivations, ce qui lui donne accès à des révélations cruciales pour l’avenir de la Terre. Mais ce que Makkari ignore, c’est que son nouveau rôle de prophète cosmique pourrait lui coûter très cher, et que l’ancien prophète, Ajak, est jaloux de lui, au point peut-être de commettre l’irréparable.

Difficile de passer après Neil Gaiman lorsqu’on veut laisser sa patte en tant qu’auteur. Néanmoins, Charles Knauf s’en sort ici avec les honneurs, en nous comptant une saga cosmique de grande ampleur, qui revisite et approfondit encore davantage la cosmogonie Marvel. Les énigmatiques Célestes nous livrent ici davantage de leurs motivations et de leur rôle dans le grand ordre des choses, alors qu’une menace cosmique, reprise plus tard dans le run de Jason Aaron sur les Avengers, est introduite.

Avec le recul, on constate que la série, parue en 2008-2009, fait écho au run de JM Staczinsky sur Thor, paru la même année, et dans lequel le dieu du tonnerre partait lui aussi en quête de ses frères asgardiens réincarnés en humains après le Ragnarok. On pourrait croire, qu’en 2008, après quelques années centrées autour de la Guerre Civile des Super-Héros, Marvel avait souhaité se tourner de nouveau vers ses différents panthéons, perdus ou balayés par la saga phare de Mark Millar et ses conséquences.

Sur un plan purement geek et technique, je constate aussi qu’il est assez difficile de s’y retrouver, au milieu de ce que chaque auteur ajoute sur tel ou tel élément du marvelverse, en l’occurence les Célestes. Jusque là, ils étaient vus comme d’énigmatiques précurseurs, qui manifestaient au mieux un intérêt curieux, au pire de la malveillance pour la Terre. Puis l’on a découvert qu’ils jouaient un rôle dans l’ascension des espèces intelligentes, et par là même, servaient eux-mêmes une force qui les dépassaient.

D’un autre côté, d’autres auteurs nous apprenaient que des personnages comme En-Sabah Nur, alias Apocalypse, étaient adoubés par les Célestes eux-mêmes pour favoriser l’évolution, et recevaient ainsi des items et des pouvoirs supplémentaires, comme de la technologie Céleste ou encore des graines de vie et de mort (confère la série Uncanny X-Force par Rick Remender). Or, je ne suis pas parvenu à trouver trace d’une interaction entre Apocalypse et les Éternels, qui servent pourtant les mêmes maîtres, et dont les rôles de surveillance/protection de la vie sur Terre peuvent sembler redondantes.

Plus tard, Aaron nous apprendra que la race des Célestes est finalement bien à l’origine de l’apparition de la vie sur Terre, bien que par accident. Tout ces éléments n’entrent pas nécessairement en contradiction mais ne sont pas aisément emboitables en un tout parfaitement cohérent.

Toujours est-il que le scénario de cette seconde série des Éternels est bien ficelé, entre plusieurs intrigues se rejoignant de façon ingénieuse tout en maintenant des enjeux forts tout du long. La plume d’Acuna, qui est résolument un de mes dessinateurs préférés, fait exploser les pages durant les 6 premiers numéros, tant et si bien que les quatre autres épisodes, assurés par Eric Nguyen, font l’effet d’une douche froide. Mais alors, très froide. On peut reprocher, comme souvent, une conclusion en demi-teinte qui ne reflète pas la qualité de l’ensemble, mais on peut considérer le défi comme relevé.

Une intégrale qui sort opportunément du lot pour ceux qui souhaiteraient prolonger l’aventure éternelle et faire des comparaisons entre le film et les comics. 3 calvins, plus 1 pour Daniel Acuna !

****·Comics·East & West

Les Éternels: Dessein Intelligent

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Réédition de l’intégrale comprenant les sept chapitres de la mini-série Marvel de 2007 The Eternals, écrite par Neil Gaiman, et dessinée par John Romita Jr. Parution en France chez Panini Comics le 03/11/2021.

Who wants to live forever ?

Le jeune Mark Curry fait son internat de médecine à New York. Mais depuis un certain temps, le jeune homme n’est plus tout à fait à ce qu’il fait. Perturbé par des réminiscences et des rêves qu’il ne comprend pas, il laisse les jours défiler, garde de nuit après garde de nuit, suture après suture, sans trop se rappeler comment il en est arrivé là.

C’est alors que Mark fait la rencontre, pas si fortuite, d’un homme étrange dont le discours lui paraît délirant. Cet individu, qui se présente comme le dénommé Ike Harris, prétend connaître Mark de longue date. Et quand on dit longue date, on ne parle pas du lycée il y a vingt ans, mais plutôt d’un petit million d’années. En effet, selon Ike, Mark et lui font partie des Éternels, des êtres immortels issus de l’ingérence génétique d’une race extraterrestre quasi transcendante, les Célestes.

En effet, les Célestes auraient subdivisé le genre Homo en trois catégories: les Déviants, êtres chaotiques dont la particularité et d’être en constante mutation au fil des générations, les Hommes, puis les Éternels, Homo Immortalis, censés protéger la Terre jusqu’au retour de leurs créateurs Célestes, qui reviennent à échéances régulières pour juger du résultat de leurs expérimentations.

Depuis les origines de l’Humanité, Mark, Ike, et bien d’autres ont lutté contre les Déviants tout en accomplissant la volonté de leurs maîtres, mais n’en ont aujourd’hui qu’un souvenir fugace. Qui a pu ainsi effacer les Éternels ? Est-ce une machination des Déviants ?

Les dieux sont parmi nous

On peut grossièrement saisir deux catégories parmi les scénaristes: d’une part les conteurs d’histoires, et d’autre part, les faiseurs de mythe. Jack « The King » Kirby, le créateur des Éternels, était de ceux-là. Adepte des panthéons et des cosmogonies eschatologiques, il avait auparavant tenté de laisser sa marque chez DC Comics avec ses New Gods, avant de claquer la porte pour revenir chez Marvel, qui avait alors tiré les leçons de leur précédent conflit et avait promis au King de lui laisser carte blanche.

Kirby imagine alors un panthéon de dieux que l’on pourrait croire tout droit issus du Chariot des dieux d’Erich Von Daniken: des extraterrestres précurseurs de l’Humanité, dont la technologie et les capacités les font passer pour divins aux yeux des hommes crédules et hagards, qui les ont érigés au rang de mythes. Kirby amène également une mise en abîme, puisque ses dieux physiques ont eux-mêmes des dieux, ce qui enracine encore davantage la théorie des anciens astronautes dans sa mythologie moderne.

En terme de mythes, Neil Gaiman n’est pas en reste, puisqu’on lui doit American Gods, Sandman, ou encore Stardust. Avec sa mini série, Gaiman revitalise en 2007 (en pleine Civil War chez Marvel, évènement majeur avec lequel il est obligé de composer dans son scénario) la mythologie des Éternels, qui avait subi quelques temps auparavant deux sabotages en règle en 2000 et 2003. L’auteur de Sandman revient aux fondamentaux, en présentant ses personnages comme des êtres divins, par essence éloignés de l’Humanité. Ironiquement, ces personnages sont ramenés à notre niveau, transformés en mortels à leur insu: il leur faut donc regagner, pour ceux qui en ont la volonté toutefois, leur statut d’immortels. Cette thématique occupe a minima la première moitié de l’histoire, tandis que les parties whodunnit et cosmique occupent la seconde moitié.

Les Célestes y sont dépeints comme des êtres insondables, aux motivations si étrangères que même les Éternels ne peuvent les concevoir. D’autres auteurs s’empareront plus tard de cette acception modernisée des Célestes, en y ajoutant leur propre patte (je pense notamment à Remender ou encore Jason Aaron avec ses Avengers, qui affrontent la Horde qui est évoquée par Gaiman).

A l’heure où les Éternels font une entrée remarquée dans le MCU sous la houlette de Chloé Zhao, il peut être opportun de se replonger dans les runs qui ont inspiré le film, surtout lorsqu’ils sont issus du travail d’auteurs reconnus comme Neil Gaiman.

****·BD·Jeunesse·Nouveau !

Voro #8: Le tombeau des dieux, deuxième partie

Huitième tome de la série écrite et dessinée par Janne Kukonnen. 174 pages, parution aux éditions Casterman le 07/07/2021.

Second souffle, seconde chance

Après avoir réveillé par erreur Ithiel, le dieu vénéré par la Tribu du Feu, la jeune voleuse Lylia a du faire face aux conséquences de ses actes. Déterminé à se venger de ceux qui l’avaient trahi, Ithiel est plus que jamais résolu à purifier le monde par le feu, et il faut bien avouer que peu d’obstacles se dressent sur sa route.

En effet, les royaumes humains, gouvernés par des rois cupides et belliqueux, sont divisés et affaiblis. Incapables d’opposer une quelconque résistance au Père Feu et à son armée de géants invincibles, ils sont promis aux flammes purificatrices qui précèdent inévitablement l’oubli. L’Oubli, Lylia en revient justement. Tuée par Ithiel après avoir tenté de l’achever avec la dague de la Demoiselle de la Nuit, la vaurienne au grand cœur est parvenue à convaincre la Mort elle-même, de lui donner une seconde chance.

Revenue chez les vivants, elle est de nouveau confrontée aux conséquences de ses erreurs et s’allie avec son mentor Seamus, mais aussi avec le maître Chaman de la Tribu du Feu et deux rois autrefois en guerre, afin d’éviter le pire à l’Humanité. Parviendront-ils à mettre leurs différends de côté afin d’œuvrer pour le bien commun ?

Come on baby, light my fire

Ce huitième tome est marquant d’abord par sa pagination, sensiblement plus élevée que les précédents tomes. Cela annonce donc un récit plus dense, où les rebondissements et les révélations seront nombreux. La galerie de personnages créée par l’auteur s’enrichit encore davantage, par des interactions inattendues et un compte à rebours qui se fait de plus en plus pressant.

De nouveaux items narratifs viennent donc s’ajouter, dont un personnage longtemps évoqué et suggéré, la fameuse Demoiselle de la Nuit, divinité autrefois vénérée par la Guilde des Voleurs à laquelle Lylia appartenait. La dimension mystique apportée par ce personnage est bienvenue et apporte une touche de nouveauté à l’ensemble, qui était toutefois déjà orienté fantasy.

Pour le reste, on relève une mise en lumière du personnage de Seamus, au travers d’une révélation choc qui remet irrémédiablement en question sa relation avec sa jeune protégée. Graphiquement, le trait de Janne Kukkonen a parfaitement imbibé l’univers original qu’il s’est constitué. Ce tome 8 fait monter les enchères et sera suivi par le tome 9 en novembre 2021, pour une conclusion certainement épique !

*****·BD·Nouveau !·Service Presse

Astra saga #1

BD du mercredi
BD de Philippe Ogaki
Delcourt (2021), 54p., série en cours.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

Des éons après le Ragnarök qui vit s’affronter les Ases aux titanesques géants, l’empire galactique s’est hissée sur les ruines fumantes des trois réalités. Dans ce système féodale organisé autour d’une complexe diplomatie entre grandes maisons le destin des jeunes princes n’est pas forcément plus envieux que celui des orphelins de la plèbe. Lorsqu’un croiseur spatial renfermant un précieux chargement est attaqué se révèlent des forces issues de l’ancien temps et bien décidées à reprendre leurs droits sur l’univers…

Coup de coeur! (1)

Le space-opera, tout le monde en a plein la tête et fantasme dessus, et pourtant on a presque autant de déceptions que d’albums du genre… Sans doute parce que comme toutes les envies graphiques, on oublie souvent que toute bonne histoire se doit d’avoir un fond. Et l’on pouvait craindre avec Astra Saga soit un projet jeunesse aux inspi manga soit une énième série Delcourt qui ferait passer la forme avant le fond. Or c’est tout le contraire puisque ce premier tome nous colle d’entrée de jeu une claque inattendue où dès l’intérieur de couverture on comprend que le projet est vaste…

Là où certains se seraient contentés de transposer le Ragnarök dans l’espace, Philippe Ogaki (formé à l’école du scénario par un certain Fred Duval, summum de l’intelligence dans la BD SF) ne prend que cette inspiration pour reconstruire un espace original appuyé sur une base historique et cosmologique solide. On comprend la citation de l’Or du Rhin de Wagner, on saisis aussi une envie de stratégie galactique issue du manga Les Héros de la galaxie mais aussi de complexesastrasaga - Explore | Facebook relations dynastiques tout droit empruntées à notre XIX° siècle européen. D’ailleurs le formidable design SF vaguement steampunk arrive à s’inspirer des costumes de dragons impériaux de Napoléon en les rendant diablement classes dans le vide spatial et leur aspect futuriste. Appuyé sur un outil 3D qui lui permet de composer avec précision de dantesques confrontations navales en orbite planétaire, Ogaki nous plonge d’office en grand écran dans un rêve de geek totalement immersif et remarquablement composé qui nous rappelle l’orgie de l’introduction de StarWars Episode III…

De l’action il y en a à revendre dans ce premier tome d’Astra Saga, mais également des dialogues ciselés et élégants autour de personnages bien construits. On navigue ainsi entre cette trame principale autour de l’attaque d’une flotte renfermant un trésor, et plusieurs trames alternatives suivant de jeunes nobles que le destin va faire s’émanciper des rails familiaux. A l’heure de la sortie de la nouvelle adaptation de Dune on ressent bien entendu l’influence élégante du chef d’œuvre de Frank Herbert au travers du cet équilibre féodal entre Empereur et seigneurs plus ou moins éloignés du Centre, alors que les voies de navigation spatiale (sur un concept très inintéressant, vous verrez) rendent les échanges capricieux. Que ce soit cette escouade de dragons bad-ass surgie au début de l’histoire ou ces jeunes héros que le caractère bien trempé nous donne envie de suivre, on se fait balloter avec plaisir entre plusieurs intrigues liées, plusieurs environnements très différents et réunis dans une envie d’esthétique grandiose par l’auteur et qui rappelle le chef d’œuvre méconnu des Wachowski, Jupiter Ascending. (sur lequel a travaillé l’immense designer George Hull… avant de participer au Dune de Villeneuve).

Saga épique impériale entre Wagner et Dune, la nouvelle série de Philippe Ogaki est un choc SF aussi bien écrit qu’esthétique et a tout pour devenir une des grandes séries spaceop des prochaines années. ne boudez pas votre plaisir et lancez vous à l’assaut des étoiles!

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****·Comics·East & West·Nouveau !

We only find them when they’re dead #1

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Comic de Al Ewing, Simone Di Meo et Mariasara Miotti (coul.)
Hicomics (2021) – Boom! (2020), 144 p., série en cours.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Nous sommes en 2367, le Vihan II est un vaisseau nécropsique comptant quatre membres d’équipage. Nous étions en 2323, le Vihan était un vaisseau nécropsique comptant quatre membres d’équipage… Entre maintenant et hier, voici l’histoire du capitaine Georges Malik, hanté par son passé, et son équipage qui comme ses confrères prélève la dernière ressource: la viande de corps gigantesques qui apparaissent soudainement dans l’espace. Les règles sont strictes et pour ceux qui voudraient s’en extraire, c'(est la mort qui s’annonce…

Voyageur (Le) (par Al Ewing et Simone Di Meo) Tome 1 de la série We only  find them when they're deadAuréolé d’aperçus sublimes, d’une notoriété importante et d’une mise en avant exceptionnelle de la part de l’éditeur Sullivan Rouaud, WOFTWTD nous arrive dans une édition reprenant la classique maquette Hicomics. Petit regret lorsque l’on voit les sublimes cover originales et leur logotitre immense mangeant l’illustration. La couv française est certes très jolie mais manque de la percussion de l’œuvre originale…

We only find them nous conquièrt immédiatement dès les premières pages d’une beauté spatiale froide et colorée à la fois. Ces dessins dans un style totalement issu de l’Animation chatoient et impressionnent par les très nombreux effets optiques (floutés, déformations, brillances,…) que certains trouveront gadget mais qui participent totalement à l’esprit de proposer un album de la qualité d’un Anime sans la perte graphique qui l’accompagne généralement dans ce genre de cas. Tout le long on est ébahi par la pureté des couleurs et la force de l’atmosphère d’un espace hostile. Noyés dans une pénombre éclairée par les écrans et rayons multiples de cet univers, on est transporté dans un space-opera intimiste et familial, celui d’un équipage qui comble difficilement la tragédie familiale de ce capitaine au look de pirate.Simone Di Meo a Twitter: "Paula Richter. It was fun create this character  design. @Al_Ewing wrote a great character. From WE ONLY FIND THEM WHEN THEY'RE  DEAD. Pre-Order at your local comic

Beaucoup de très belles BD oublient la nécessité d’une bonne histoire, ce qui n’est pas le cas ici. Avec sa construction en aller-retours entre trois époques et sa ritournelle de narration les auteurs densifient leur univers graphique d’un aspect littéraire fort élégant. Et chose remarquable pour un comic (genre plutôt habitué à la sur-complexification) l’histoire est relativement simple et permet ainsi d’apprécier le découpage sophistiqué sans se perdre.

WE ONLY FIND THEM WHEN THEY'RE DEAD #1-7 (Al Ewing / Simone Di Meo) - Boom!  Studio - SanctuaryMais venons en à l’originalité du background qui est sans doute ce qui fascine le plus: dans un univers techno très poussé des équipages se ruent sur des corps de « dieux » morts apparaissant dans l’espace et proposant des morceaux de viande de différents choix selon la partie repérée. Cette chasse est fortement règlementée et surveillée par un corps de limiers impitoyables qui éliminent immédiatement tout vaisseau débordant de son quotas ou tentant de s’échapper. Autrefois Georges Malik a dû faire un choix dramatique au sein de son équipage familial… dont il est le dernier représentant. Aujourd’hui capitaine sombre mais respecté, il va devoir assumer sa responsabilité dans la survie de son groupe entre règlement de compte avec leur limier de faction et nécessité de subvenir à leurs besoins. Histoire simple mais parfaitement tendue donc.

Si ce premier tome met en place une histoire torturée, le background n’évolue guère qu’en toute fin sur un cliffhanger très efficace dans une atmosphère qui rappelle le danger d’un 2001 l’Odyssée de l’Espace ou d’un Alien. Avec ce risque omniprésent, les interactions se font essentiellement par radio, proposant de belles joutes verbales où excelle le scénariste Al Ewing. Des « Dieux » on n’en verra que des bouts, en fonds de texte de même que les vaisseaux mystérieux du fait d’une gestion de l’éclairage hypnotisante. Tout à fait manipulatoire, le scénario nous capte du début à la fin en nous envoûtant par les planches fascinantes. A la réserve que l’on ne sait encore que peu de chose de l’aspect fantastique (ou cosmogonique) de cette histoire qui emprunte plus à la chasse à la baleine et au manga Drifting Dragons qu’à Star Trek, We only find them réussit haut la main son passage en donnant très envie de lire une suite certainement aussi structurée que cette ouverture.

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***·Jeunesse·Manga·Nouveau !·Service Presse

Le Renard et le petit Tanuki

Jeunesse
Manga de Mi Tagawa
Ki-oon (2020), n&b, 159 p., 1/3 volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Comme sur la récente série Alpi ce volume semble confirmer la démarche sans plastique de Ki-oon pour la jaquette. Le format de la couverture est original puisque incliné en paysage. Sous la jaquette on trouve des bonus en première et quatrième de couverture. Chacun des six chapitres de l’album est coupé par une page présentant un des animaux métamorphes de ce monde. L’album est inscrit dans la collection Kizuna où l’on retrouve également la Reine d’Egypte et Magus of the Librarian pour les plus connus. le_renard_et_le_petit_tanuki_1_ki-oon Les métamorphes sont des animaux dotés de pouvoirs et capables de se transformer en humains. Il y a fort longtemps Senzo le renard noir sema tant de trouble que la déesse du soleil l’enferma pendant trois-cent ans. Lorsqu’il fut libéré elle lui confia comme rédemption la tâche d’élever un jeune Tanuki, métamorphe innocent mais doté de grands pouvoirs… The Fox & the Little Tanuki, Vol. 1: Amazon.fr: Tagawa, Mi, Tagawa, Mi:  Livres anglais et étrangersDifficile de ne pas craquer devant ces dessins animaliers et cette trombine trop choupette du petit Tanuki! Conçu totalement dans un esprit Kawaii, ce manga n’est pourtant pas forcément ciblé sur un jeune public malgré l’aspect conte de son intrigue. En effet il emprunte aux légendes traditionnelles japonaises parlant d’esprits primordiaux et d’esprits de la Nature qui cohabitent plus ou moins bien avec les humains, dans un univers assez complexe pour des occidentaux. Après une entrée en matière très didactique nous présentant le contexte on entame différentes séquences permettant de comprendre l’esprit de rebellions du renard noir, personnage principal de ce premier volume et le ressort principal de la série: entre ce bad-guy soumis de force au pouvoir de la déesse et l’innocence incarnée du Tanuki qui ne cherche qu’à jouer et découvrir le monde la relation va être compliquée… Équipé d’un collier de perles blanches qui le fait se tordre de douleur dès qu’il contrevient aux commandements de la déesse, le renard va vite comprendre que son intelligence machiavélique va devoir s’accommoder du jeune métamorphe. Après avoir du intervenir pour libérer un esprit domestique chafouin qui hantait une maison, le duo improbable apprend le fonctionnement de ce monde entre magie et tradition. Mais il n’y a pas que le Renard qui est poussé par des motivations maléfiques. Ses anciens associés voient son retour comme une chance et vont tenter de profiter de l’innocence du Tanuki, pas si faible qu’il n’y paraît. Et l’on pressent déjà que le méchant va devoir contrer sa nature pour devenir le protecteur de l’enfant…Le Renard et le petit Tanuki s'installent chez Ki-oon, 26 Juin 2020 - Manga  news Belle entrée en matière pour ce conte simple très joliment mis en images même si les décors sont particulièrement vides… Mais on est surtout là pour les animaux et en la matière on est servi! Doté d’un humour sympathique et d’une mise en avant de la question culinaire (comme beaucoup de manga), Le renard et le petit Tanuki se laisse découvrir sans forcer même si pour l’heure on n’a pas encore beaucoup de matière pour se prononcer sur ses qualités intrinsèques. Les plus jeunes pourront s’attarder sur les mimiques des métamorphes en laissant sans doute de côté la complexe mythologie tout en s’ouvrant à cette autre culture. Les adultes profiteront des beaux dessins et de l’aspect sombre autour de l’histoire pas si rose du Tanuki. A suivre donc pour voir dans quelle direction l’autrice va nous emmener en mars prochain dans le second volume. note-calvin1note-calvin1note-calvin1
***·Comics·Nouveau !·Rapidos

Wonder Woman: année un

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Comic de Greg Rucka, Nicola Scott, Bilquis Evely, Mirka Andolfo et Romulo Fajardo jr. (coul.).
Urban (2020), collection « le meilleur du comic à 4.90€ »

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Sur l’île de Themyscira vivent depuis la nuit des temps des Amazones, protégées du monde par un voile invisible. Jusqu’à ce qu’un avion s’écrase sur ses rivages, signe que quelque chose a changé dans l’équilibre entre les Dieux de l’Olympe. La fille de la reine, Diana, décide d’accompagner le survivant, Steve Trevor, et de révéler au monde l’existence des dieux et des Amazones…

Enchanté par les sublimes couvertures de la série lors de sa sortie et ravi par ma lecture du Black Magik des mêmes auteurs, j’ai profité de l’opération estivale Urban pour tenter ce Wonder Woman Rebirth. Pas franchement passionné par ce personnage, j’avais trouvé le récent film gentillounet et l’aventure celtique en compagnie de Batman m’avait donné l’impression d’un personnage assez secondaire…

Wonder Woman Rebirth Annual 2 - Comic Book RevolutionSur ce volume trois dessins alternent. La première séquence, très linéaire, reprend grosso modo l’intrigue du film avec un Steve Trevor venant apporter l’amour et la nécessité d’assumer son rôle à une Wonder Woman invincible et naïve. Les planches de Nicola Scott sont superbes et donnent une atmosphère un peu « Riverdale » à ce monde très manichéen. C’est finalement l’intrigue dessinée (plutôt bien) par la brésilienne Bilquis Evely qui intéresse le plus, avec ce personnage d’archéologue boiteuse et de dieux manipulant des humains pour capturer Diana. Comme souvent dans les comics on sent quelques séquences manquantes par moment mais le tout se laisse lire plutôt agréablement, avec quelques séquences à la violence surprenante. La dernière section est totalement hors sol, plaçant Diana à Gotham, assez mal dessinée et sans aucun lien avec le reste, j’ai personnellement fait l’impasse.

Il ressort de cette lecture l’impression d’une lecture estivale, légère, qui ne révolutionne rien et peut franchement s’arrêter là (pour ma part en tout cas). Ce personnage presque aussi puissant que le problématique Superman jouit d’un autre handicap, celui d’introduire des dieux dans un monde DC plutôt SF. Je trouve que le concept n’accroche pas. Surfant sur la vague du film (sorti à la même date), DC utilise WW comme un argument pseudo féministe… en introduisant des protagonistes essentiellement féminins comme ce fameux syndrome des super-héros où les filles se battent uniquement entre elles. Un peu léger comme féminisme. Avec un Greg Rucka plutôt efficace pour bousculer ses personnages, il faudrait attendre une vraie prise de risque sur ce personnage avec une proposition adulte réaliste et sombre. A réserver aux fans de Nicola Scott ou de Wonder Woman.

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***·Comics·East & West·Nouveau !·Numérique

Mister miracle

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Comic de Tom King et Mitch Gerads
Urban (2019), one-shot., 264 p.

couv_367135badge numeriqueA peu près à chacune de mes incursions sur des albums DC je me dis que l’on ne m’y reprendra plus. Parfois quelques chefs d’œuvres ou anomalies (White Knight par exemple) vient contrarier ma résolution. Ce Mister Miracle n’aurait normalement jamais dû tomber dans ma besace: j’avais été très déçu par le récent Sheriff of Babylon du même duo et la mythologie spatiale de DC autour des planètes Neo-Genesis et Apokolypse m’a toujours parue totalement désuète. Pourtant le feuilletage de l’album, son travail graphique original, son découpage en gaufrier intégral et les très bons échos de la blogosphère m’ont fait tenter la lecture de ce très gros volume. Avec un résultat déconcertant…

Scott Free est un dieu. Le fils du Haut-Dieu de Néo-génésis, la planète paradisiaque et fils adoptif du terrible Darkseid sur l’enfer d’Apokopypse a trouvé refuge sur Terre sous le costume du roi de l’évasion Mister Miracle, sorte de champion de cirque où il coule le parfait amour avec Big Barda, elle aussi élevée dans les fosses ardentes de l’enfer. Un jour il tente de se suicider… avant que les évolutions guerrières des deux planètes divines ne lui tombent sur le nez. Or Scott n’a qu’un envie, vivre simplement avec ses t-shirt de super-héros et la guerrière géante qu’il aime…

Résultat de recherche d'images pour "mister miracle gerads"En librairie cette couverture m’avait fait de l’œil (en même temps que Omega men). Si vous vous posez la question je vous confirme qu’il ne s’agit aucunement d’une BD de super-héros et que l’insertion dans l’univers DC est totalement artificiel. Mister Miracle raconte avant tout l’histoire d’un type naïf, qui veut une vie simple avec son amoureuse et à qui la vie ne fait pas de cadeaux. C’est la chronique d’une vie, des joies et des peines, du rôle paternel, bref de tout un chacun… transposé dans l’univers too much des néo-dieux. Les auteurs des Big-Two s’amusent depuis la nuit des temps avec les slip, les séquences décalées entre l’attitude et le style absolument iconique de ces personnages et la trivialité du quotidien. Ainsi le volume se déroule en aller-retour entre la Terre et les deux planètes divines via les tunnels-boom, sorte de portails dimensionnels instantanés et nous montrent ces dieux menant une bataille homérique tout en se préoccupant de la température du biberon de bébé… Scott n’a visiblement aucun pouvoir et se fait dérouiller chaque fois qu’il affronte quelqu’un… mais il reste l’héritier du Haut-dieu et absolument revanchard Résultat de recherche d'images pour "mister miracle gerads"envers Darkseid, le grand méchant que l’on ne voit pratiquement pas de l’album. Scott est sous la protection de Big Barda, la valkyrie bad-ass géante qui est très touchante dans ses attentions envers son petit chéri si faible. Ça regorge de saynètes très drôles, jouant souvent du même registre de décalage entre dialogues très terre à terre qui nous rappellent vaguement du Woody Allen et visuel gore, guerrier ou totalement WTF, comme quand Darkseid se retrouve à manger une assiette végétarienne…

Tout cela est aidé par un découpage en simple gaufrier (oui-oui, un gaufrier exacte sur presque trois-cent pages!) qui accentue l’aspect strip classique, au risque de lasser. On pourra le prendre comme un exercice de style (plutôt réussi) ou comme une facilité un peu banale, tout dépend des goûts. En tout cas cela colore la narration en instillant cette platitude, cet anti-héroïsme jusqu’à reprendre par moment (lors des combats entre les deux armées) l’esprit Deadpool avec notre Mister-Miracle qui sort du cadre tout en Résultat de recherche d'images pour "mister miracle gerads"parlant ou qui enfile son collant avec difficulté… Le dessin de Gerads est très maîtrisé même si personnellement je coince un peu sur cette école qui fait dégrader des dessins très beaux par des trames un peu pourries et des couleurs délavées. L’utilisation en continue d’effets de distorsion (pour instiller une inquiétude sur la réalité de ce que l’on voit) ne m’a pas convaincu surtout que jusqu’à la conclusion pas très compréhensible on n’en connait pas la raison (ou alors j’ai raté quelque chose…).

Déstabilisant mais intellectuellement très intéressant, Mister-Miracle parvient à nous émouvoir en observant ce gentil gars mis sur des responsabilités qu’il n’a pas demandé. J’ai également aimé cette chose rare qui veut qu’il n’y ait pas de drame, pas de trahison, pas de lâchetés… Scott aime Barda. Barda aime Scott. CA ressemblerait presque à du Riverdale chez les dieux si ce n’était le visuel un peu foutraque qui décale encore un peu l’histoire. Cent pages de moins n’auraient pas été gênantes mais même en l’état l’album se lit plutôt bien et sort du lot du tout-venant comic en produisant l’improbable: un véritable comic indé chez les héros DC.

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**·***·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #7

  • Les métamorphoses 1858 #1

Ouvrage lu en numérique sur Résultat de recherche d'images pour "iznéo"

couv_354108Clairement Les Métamorphoses 1858 jouit d’une des plus beaux design et des couvertures les plus percutantes de ce début d’année, avec un style qui nous fait plus penser à la collection Metamorphoses de Soleil qu’à du Delcourt. Mais la couv’ ne faisant pas tout, qu’est-ce que ça donne? Stanislas est détective et inventeur. Joseph, son ami d’enfance est médecin. Les deux ne sont d’accord sur rien mais ne peuvent se passer l’un de l’autre. Quand on vient leur demander de retrouver une jeune fille disparue mystérieusement, ils se retrouvent plongés dans une machination criminelle d’une échelle inimaginable…

Dans la forme on a une enquête criminelle dans un paris XIX° siècle qui va se teinter progressivement d’aspects Steampunk et conspirationniste. Déjà, avec des savants fous, une organisation criminelle et un réalisme cru, j’aime! Là-dessus ce qui frappe le plus après la couverture c’est la mise en cases, le découpage et le procédé de narration jouant sur les points de vue. A la conclusion du Résultat de recherche d'images pour "les métamorphoses 1858 ferret"premier volume on ne sait pas si c’est gratuit ou au service de l’histoire mais il est certain que c’est très original et diablement classe! Surtout que le dessin de  Sylvain Ferret n’est pas le plus précis qui soit et jouit de quelques problèmes techniques (il s’agit de son premier album), mais la mise en couleur et la maîtrise des pages compense allègrement ces petits soucis pour proposer une lecture très agréable visuellement et fort dynamique à la fois dans les scènes d’action mais aussi dans certaines séquences où les auteurs exploitent la technique du cinéma fantastique de mettre le cadre du point de vue de quelqu’un d’autre. Très efficace! Là dessus on ajoute une écriture très verbeuse dans des dialogues en ping-pong entre les deux compères dont le caractère antinomique s’agence à merveille et nous donne envie de les suivre dans leurs aventures. Le second volume sortant à peine trois mois après le premier vous pouvez vous jeter dessus (pourquoi ne pas avoir produit un unique volume?). Pour peu que Sylvain ferret progresse rapidement dans son dessin on risque d’avoir une des très bonnes séries à suivre dans les années qui viennent!

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  • Negalyod (Vincent Perriot/Casterman)

Album lu dans le cadre du  des bibliothèques de l’ouest lyonnais.

couv_340430Jarri est berger dans les étendues désertiques qui voient déambuler des dinosaures, loin de la grande Cité hyper-connectée au Réseau. Lorsque son troupeau est décimé par la technologie urbaine il décide de retrouver l’auteur du massacre et tombe sur une rébellion qui vise à jeter par terre la dictature de ceux d’en haut…

Avec sa couverture et son titre intrigants, son très grand format et son univers SF Negalyod avait eu de très bons échos l’an dernier. En commençant ma lecture j’ai été pris de court par les visuels qui m’ont semblé bien brouillons… Après la clôture et réflexion faite, si certains effets (le vent) et arrières-plans sont expédiés un peu vite (probablement en raison du boulot considérable qu’a du représenter cet album à la pagination conséquente), c’est bien plus la colorisation qui choque. Florence Breton n’est pourtant pas une novice et a proposé dans sa carrière de superbes colorisations. Elle officiait par exemple sur le Vortex de Stan et Vince dont l’aspect old school et rétro était affirmé. C’est donc bien une volonté esthétique qui correspond au design général totalement inspiré de la SF des années 60-80 avec ses mauvaises impressions et ses couleurs pauvres qui est à l’origine de cette faute de gout. Certains anciens nostalgiques percuteront, moi pas… Du coup je conseille à ceux qui souhaiteront le lire d’opter pour la version NB éditée par Casterman.

Je dois dire qu’avec un buzz moins important j’aurais pu voir Negalyod comme un projet investi à défaut d’être foncièrement original. Le schéma de la société technologique pompant les ressources de la planète et attaquée par une rébellion de pauvres exclus est connu. Dans le genre Urban est (à la fois graphiquement mais aussi scénaristiquement) est bien plus abouti. Le principal intérêt de ces 200 pages réside dans l’ambiance inspirée des steppes d’Asie, entre mongoles et peuples himalayens, ainsi que dans une technologie à la Mad Max, faite de cordages et de tubes métalliques associés à une très haute technologie qui voit le peuple d’en haut utiliser la fission nucléaire comme le réseau internet et l’IA totale. Mais aucun background ne vient expliquer ni le titre ni le pourquoi des dinosaures ou de la constitution de ces cités. Pourtant l’auteur parvient dans son découpage aéré à nous proposer quelques vues très audacieuses dans leur dynamisme et certains décors naturels très réussis, au contraire de la ville qui, dans ses enchevêtrements de n’importe-quoi laisse de marbre. Au final on a l’impression d’un projet issu des visions graphiques de son auteur qui a tenté bon gré mal gré d’appliquer un thème SF connu à son univers. Il est souvent compliqué de faire à la fois scénario et dessins et Negalyod rate le coup de Mathieu Bablet il y a trois ans.

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  • L’arbre de vie (Carrion/Hamon/Soleil) – série Nils #3/3

couv_350183Nils est une série frustrante. Portée par l’un des plus talentueux dessinateurs actuels (Antoine Carrion), doté d’une maquette magnifique chez la toujours élégante collection Métamorphoses de Soleil, d’un design et d’une atmosphère absolument envoûtante et une inspiration Miyazaki affichée, elle avait tout pour être le carton des années 2010. Si le premier tome posait les bases d’un univers écolo-steampunk basé sur la mythologie nordique plutôt réussi, dès le second je voyais poindre de gros soucis d’articulation temporelle qui gênaient la lecture dans une intrigue assez complexe et volontairement cryptique. Ce dernier tome confirme les précédents: le dessin est l’un des plus enivrants de ces dernières années (bien que très sombre), l’histoire ambitieuse sur une lutte entre des dieux anciens garants de la Nature et de l’équilibre et des hommes que la science mets à leur niveau au péril du monde même… mais le scénario a toujours de grosses difficultés en oubliant qu’une certaine linéarité est nécessaire  à la lecture. Est-ce le dessin qui ne sait imager les transitions ou le scénario même qui les oublie, toujours est-il que cette intrigue est hachée. Pourtant L’arbre de vie propose beaucoup plus d’action alors que Nils se découvre des pouvoirs… divins dans des séquences dantesques absolument superbes. Mais jusqu’à l’épilogue (laissée à l’interprétation du lecteur) on souffre en n’étant jamais sur de bien comprendre ce que l’on voit et ce que l’on lit. Vraiment dommage. Nils restera une série à part, intéressante, mais qui loupe le statut de chef d’oeuvre en raison d’un manque de relecture éditoriale sans doute. Frustrant disais-je…

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***·BD·Nouveau !·Numérique·Rapidos

BD en vrac #5

  • 2617_couvJakob Kayne #1: la Isabella

La jolie couverture à l’ancienne est efficace et semble proposer de la grande aventure maritime. La focale mise sur le héros avec son masque (qui n’est dans la BD pas aussi important que cette couverture le laisse penser) laisse de côté le cœur de l’intrigue de ce premier tome: le siège de la cité des Inquisiteurs par les forces du Sultan. Et c’est le principal problème de ce très joli album, on ne sait pas bien vers quoi on va. En effet, si l’univers est plutôt original avec cet affrontement féodo-religieux entre les Omeykhim (inspirés des ottomans du XVIII° siècle) et une Inquisition dirigée par Torquemada qui remplace tout à la fois le Vatican et l’ensemble des puissances catholiques, l’intrigue de ce premier volume se contente de nous montrer les capacités extraordinaires de Jakob Kayne, dernier descendant d’un peuple disparu, les « mange-mémoire » qui outre la possession d’artefacts magiques, ne peut jamais être reconnu… Quelques éléments fantastiques et mystérieux (comme ces hommes-poissons dont on ne sait absolument rien), l’infiltration de Jakob pendant le siège de la cité inquisitrice et c’est tout… On a l’impression d’un album en milieu de cycle ou d’un one-shot en raison de l’absence d’éléments introductifs. Ce n’est pas dramatique mais il faudra attendre la suite pour une série plutôt prometteuse (prévue en trois tomes indépendants) qui sait nous allécher par divers éléments assez sympathiques (même si un peu patchwork) en plus d’un dessin et d’un design donc très sympa.

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  • Conan: La fille du géant de gel

Après la fabuleuse version du toujours bon duo Toulhoat/Brugeas, Robin Recht nous propose un volume assez personnel, extrêmement graphique, dont le scénario est plus un concept qu’une histoire. C’est la concrétisation graphique de grands schémas mythologiques qui intéresse l’auteur, donnant une liberté absolue dans la personnification de la féminité, de la relation homme/femme, de la virilité rageuse des guerriers du Nord et jusqu’au divin.

Ayant opté pour la version grand format noir et blanc cet aspect est encore renforcé puisque l’on se retrouve dans un travail artistique très poussé, uniquement de contrastes et d’expérimentation de textures, proche de ce qu’à pu proposer un Frank Miller sur 300 par exemple. Résultat de recherche d'images pour "la fille du géant de gel recht"Sur un champ de bataille il ne reste plus qu’un homme debout, un colosse brun, un cimmerien. Comme à chaque fois la fille du géant de gel vient chercher ce héros pour le sacrifier à son père. Elle est nue, belle, Conan la pourchasse mais elle semble inatteignable, à travers la neige et la montagne. Ce jeu du chat et de la souris est celui d’une déesse face à un humain. Mais la fin de cette histoire est-elle vraiment inéluctable?… Après ma lecture je ne regrette pas cette version superbe, un magnifique boulot de Glénat et de l’auteur. Pourtant les couleurs que je trouvais un peu passées donnent une lisibilité à ces planches et je dirais malheureusement que les deux versions ne sont pas superflues pour ceux qui aiment suffisamment ce dessinateur. D’une lecture très rapide puisque le récit est essentiellement graphique, la fille du géant de gel vaut le coup. Notamment pour le travail sur le texte graphique, ce qu’on appelle onomatopées mais qui prend ici une véritable dimension visuelle, partie prenante du dessin, presque organique. L’album de Robin Recht n’est pas un récit épique mais plutôt un concept mythologique, comme un artbook expérimental, le lâcher prise d’un auteur qui a mis beaucoup d’envie dans son travail.

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