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20th century boys #11-22

Manga de Naoki Urasawa
Panini (2002-2007), 208 p./volume, série finie en 22 volumes.

L’édition chroniquée dans cette série de billets est la première édition Panini. Une édition collector (avec albums doubles) a ensuite été publiée puis récemment la Perfect, grand format et papier glacé, au format double également. Le billet sur le premier volume est ici.

Attention spoilers!

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Pour ce dernier billet en mode marathon sur la seconde moitié de la série, je vais faire un petit décorticage de la structure. Après une sorte de prologue originel et fondamental pour poser l’ambiance de cette bande de garçons par qui tout à commencé (cinq premiers tomes), l’histoire commence vraiment avec Kanna, la nièce de Kenji, dix ans après le Grand bain de sang de l’an deux-mille, pendant dix tomes. Le tome quinze marque une nouvelle rupture essentielle et le début d’un nouvel arc en élargissant franchement le périmètre de la conspiration et en rappelant pas mal de personnages vus très tôt. On peut ainsi dire que le cœur de la série commence à ce stade, concentrée, moins erratique maintenant que l’on connait les protagonistes et les perspectives de AMI et son organisation.

Serie 20th Century Boys (Édition Deluxe) [KRAZY KAT, une librairie du  réseau Canal BD]Et après cette lecture échevelée de ce qui a tous les atours d’une série TV, je reconnais que l’auteur a eu du mal à conclure son grand oeuvre… C’est du reste le problème de la quasi-totalité des grandes saga chorales et déstructurées qui à force de vouloir surprendre leur lecteur/spectateur finissent par s’enfermer dans un cercle infini. Comme Game of Thrones qui a noyé son auteur avant sa conclusion (pour le roman), à force de cliffhangers permanents et de croisements d’intrigues à la révélation sans cesse repousser, Urasawa ne savait plus trop bien comment achever son récit après la dernière pirouette du tome quinze. Conscient du risque de redite, l’auteur troque son grand méchant énigmatique AMI pour le retour du héros. Et autant que la renaissance christique d’AMI, le choc est là, tant l’attente a été longue, l’incertitude permanente et l’effet recherché parfaitement réussi. Pourtant les très nombreuses portes ouvertes et mystères créés nécessitent d’être refermés, ce qui devient compliqué à moins de changer complètement de rythme et de structure au risque de tomber dans quelque chose de plus manichéen.

Ainsi la dernière séquence post-apocalyptique, si elle reste saisissante 20th Century Boys (Édition Deluxe) (tome 8) - (Naoki Urasawa) - Seinen  [CANAL-BD]notamment en ces temps de COVID et de perméabilité des foules à toute sorte de croyance avec une sorte d’abolition du raisonnement humain, elle est bien moins prenante avec le sentiment de partir tous azimuts et de continuer à maintenir un suspens qui demande à se finir. Comme une prolongation de trop, comme un épisode superflu, le cycle situé entre les tomes seize et vingt-deux tourne un peu en boucle. Ce n’est pas faute de sujets accrocheurs, le rassemblement de la bande à Kenji, esquissé jusqu’ici, est une bonne idée de même que l’itinéraire autour de la mère de Kanna. Si la question de l’identité d’AMI fait un peu réchauffé, Urasawa a suffisamment de bons personnages, qui ont vieilli et donc plein de choses à nous raconter, pour tenir jusqu’à la fin. Mais certains effets de style commencent à peser, comme cette technologie faire de bric et de broc et ces forces de sécurité bien piteuses pour un Gouvernement du monde aux ressources théoriquement infinies. Quelques incohérences commencent également à se voir et la course effrénée des héros vers on ne sait quoi tout comme la lenteur avec laquelle Kenji finit par endosser son rôle finissent par lasser.

20th Century Boys (Édition Deluxe) (tome 11) - (Naoki Urasawa / Takashi  Nagasaki) - Seinen [CANAL-BD]Attention, 20th century boys reste une oeuvre d’exception qui mérite la lecture ne serait-ce que pour le talent de scénariste indéniable de Naoki Urasawa. Malheureusement la série semble une nouvelle fois confirmer le fait que les plus grandes œuvres sont relativement compactes et à l’intrigue simple. Sorte de concept scénaristique employant toutes les techniques d’addiction du spectateur mises en place par les séries américaines à l’orée des années 2000 (l’époque de Lost, The Wire, Breaking Bad, The Shield, 24H chrono ou Prison Break…), 20th century boys marque par l’amour de l’auteur pour ses personnages, le refus du grand spectacle et l’utilisation (parfois abusive) des points de suspension. Niveau efficacité c’est impérial, on dévore les 2/3 de la saga avec envie et autant de plaisir de retrouver tel personnage trente ans après. Le second arc est pour moi le meilleur et aurait pu être une conclusion (noire) très acceptable même si il aurait laissé bien des portes ouvertes. En assumant la vraie disparition de Kenji il aurait assumé jusqu’au bout le concept tout à fait original d’histoire sans héros et du rôle du mythe. Balayant un nombre incalculable de sujets de société avec courage et parfois une certaine rage, Urasawa livre une oeuvre de SF presque Kdickienne, du Philip K. Dick réalisé par Wong Kar Wai, plein de nostalgie pour une belle époque de simplicité, de franchise et de Rock’n roll. Son propos dès l’an 2000 sur la manipulation des foules est particulièrement percutant aujourd’hui et l’on se dit par moment que la réalité a rattrapé la fiction lorsque l’on voit le pilotage au forceps d’une pandémie par des gouvernements qui s’assoient sur certains principes et des foules prêtent à tout accepter par peur et panurgisme. Si sa saga est donc imparfaite, Naoki Urasawa reste un grand bonhomme, un des mangaka les plus intéressants et sa dernière création encours laisse une sacrée envie lorsque l’on voit la maturation de son trait comme de son récit.

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****·BD·Nouveau !

Lucky Luke: un cow-boy dans le coton

La BD!
BD de Achdé et Jul
Lucky comics (2020), 44p., one-shot.

couv_406050Alors qu’il vient de rencontre son vieil ami le Marshal Bass, Luke apprend qu’il hérite d’une vaste plantation de coton dans le Sud. Alors que l’esclavage a été aboli et que la société sudiste accepte mal sa disparition, Luke va se retrouver au beau milieu de pas mal d’ennuis…

Cela faisait des lustres que je n’avais pas lu de Lucky Luke et pour cette reprise j’ai été plutôt surpris par le ton politique de l’album. Sur le plan purement Luckien je reconnais que c’est un peu léger, le déplacement du contexte vers la Louisiane, la brièveté de l’album et le choix de développer des thématiques complexes ne permettent pas vraiment de belles rigolades et bagarres typiques de l’Ouest façon Morris. Visiblement c’est le sujet lui-même qui a fait couler beaucoup d’encre et j’avoue que les commentaires de lecteurs que j’ai lu ici et là m’inquiètent pas mal quant à une idéologie réactionnaire à laquelle je pensais les lecteurs de BD étanches… Je m’efforce de maintenir ce blog le plus neutre possible et réserve mes commentaires sociétaux sur les BD documentaires, mais de par son approche on pourrait presque classer cet album dans ce genre tant les auteurs ont voulu faire de la pédagogie auprès des jeunes lecteurs en leur expliquant clairement la société féodale et fasciste qu’était le Sud américain au sortir de la Guerre se Sécession. Nombre de grandes séries classiques ont abordé sans détour le racisme et d’autres oppressions et je crains que les commentaires des lecteurs sur cet album ne reflètent le poids politique de l’extrême-droite dans le débat public. C’est assez glaçant… Sous couvert de respecter les canons de la série (premier conservatisme: pourquoi une vieille série ne devrait pas bouger?) il ne faudrait pas parler de sujets de fond? Pourtant Morris comme Gosciny ou Franquin ont toujours assumé le rôle de vecteur des idées pour la BD.

Alors oui on aborde frontalement le racisme, le KKK présenté comme un ramassis de débiles (comme un peu tout le monde dans Lucky Luke) mais surtout de violents, les noirs ne sont pas en reste car peureux et feignants mais sauvés par la figure de l’institutrice et du Marshal Bass, figure désormais connue et mythique… qui vole un peu la vedette à un Luke assez passif et désorienté par la complexité des problèmes qu’il doit résoudre en décidant de céder les terres aux anciens esclaves. J’ai trouvé pour ma part que sur ce sujet miné les auteurs étaient clairs et présentaient une situation crédible.

Les codes restent globalement respectés avec une évasion de daltons torturés à coups de lecture, Avrel mange du savon (!!), on se bagarre un peu et les méchants sont très méchants. Les auteurs insèrent du reste des citations anachroniques comme on les aime avec un petit Barack et une petite Oprah et je les remercie d’avoir osé utiliser ce média lu par des centaines de milliers de lecteurs pour rappeler une réalité que certains préfèrent laisser dans les oubliettes de l’histoire. A ceux-là je conseillerais de prolonger la lecture par une lecture indispensable, la trilogie Wake up america parue chez Rue de Sèvres.

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****·BD·Nouveau !

Sur un air de fado

La BD!
BD de Nicolas Barral
Dargaud (2021), 160p, one-shot.

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mediathequeEn 1968 dans une calme Lisbonne soumise aux exactions de la police politique de Salazar le « Doutor » Fernando Païs arpente tranquillement les rues qui le mènent voir ses patients, certains situés dans des cellules de la prison. Coureur et refusant de sombrer dans la lourdeur du contexte politique, il se faufile depuis ses jeunes années entre jolies révolutionnaires et une famille adepte du pouvoir…

Sur un air de Fado - BDfugue.comPour ma première immersion dans un album de Nicolas Barral (connu jusque là principalement sur sa participation à la reprise de Nestor Burma après Tardi) j’ai été impressionné par l’écriture et la maîtrise scénaristique de cet auteur complet. Si je ne suis pas de prime abord très adepte de ce type de dessins « classiques », son découpage lent et académique (qu’on peut retrouver chez Juillard par exemple) instille brillamment une atmosphère qui fait partie intégrante de ce projet de reconstitution d’une vie calme sous une dictature qui se ferait presque oublier sous la chaleur et les nuits de Fado. La couverture est en cela particulièrement bien trouvée en reflétant ces deux façades où de gentils papy peuvent cacher des informateurs de la police et où les geôles abritent autant de violentes brutes que de grands professionnels.

Le personnage du docteur, qui emprunte ses traits à Benicio Del Toro est au cœur de l’ouvrage et particulièrement intéressant. Il ne s’agit pas de monter un jaune ou un collabo, loin de là. On découvrira que cet épicurien a su faire montre de courage par le passé. Il n’est pas non plus un traumatisé condamné à la passivité. Non, il s’agit bien d’un homme libre qui refuse de se retrouver enfermé dans un conflit idéologique. Un rêveur qui croit encore que sous la dictature peuvent perdurer les amourettes et le fado, qui ne veut pas se faire dicter une conduite qui vise BD : "Sur un Air de Fado" (Nicolas Barral / Ed. "Dargaud") | Ardenne Weble bonheur. Egoïste assurément dans son refus de l’action collective. Courageux aussi quand il doit sauver des camarades pour les beaux yeux de la belle. par intérêt bien sur. Mais pas que?

En cela le Doutor est une véritable figure héroïque placée dans un faux-semblant historique où l’auteur nous rappelle ce qu’a été cette dictature fasciste au cœur de l’Europe où les humanistes et la jeunesse n’avaient aucune perspective. Il nous rappelle en cela le magnifique Matteo, comme une sorte de cousin lusitanien du beau parleur au nez aquilin qui traverse son époque tout en y participant. Et confirme par cette comparaison la très grande qualité de cet album.

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Injustice – les dieux sont parmi nous, année 4

Comic de Tom Taylor, Brian Bucchelatto et collectif.
Urban (2014-2021), édition intégrale par année, 4/5 vol. parus., 320p./volume.

Chaque volume d’intégrale par année rassemble deux volumes de la série publiée de 2014 à 2018 plus les épisodes « annual » intercalés et permettant de développer les interstices de cette bataille des Dieux… A savoir que DC a sorti récemment un Omnibus rassemblant l’intégralité de la série en deux volumes, mais qui ne semblent pas prévus pour le moment chez Urban. En fin de volume un carnet de croquis des personnages et des couvertures d’épisodes.

Attention spoilers!

injustice-integrale-annee-quatre

badge numeriqueAprès l’année zéro hier, on enchaîne avec le même plaisir sur cette quatrième année de la dictature de Superman… La couverture ne l’annonce pas mais l’avant-dernière année de cet improbable miracle (voir les billets précédents pour un rappel du projet) fait intervenir rien de moins que le panthéon olympien dans le conflit entre Batman et Superman… Je ne sais pas si les irruptions de Zeus, Hera et autres Atlas sont fréquentes dans l’univers DC mais il est certain que si leur intervention était apparue plus tôt on aurait risqué le grand n’importe quoi. Or après trois volumes pleins on est devenus habitués aux petites pilules vertes qui vous transforment n’importe qui en super-héro et aux affrontements WTF de dimension galactique. Taylor a d’ailleurs la grande intelligence de laisser tout le monde mortel dans les limbes, ne nous faisant apparaître les gouvernements sidérés que très rarement. On reste donc entre nous, confortablement, pour assister à des bourre-pif entre superman et Heraklès ou entre Aquaman et Neptune. On passera sur le syncrétisme tout américain qui ne s’embête pas à mélanger les noms latins et grecs des personnages et sur l’échelle de puissance qui nous laisse par moment circonspects à voir les dieux « mineurs » se faire botter le train par Robin ou Huntress..

The Gods Of Olympus (Injustice Gods Among Us) – ComicnewbiesOn sentait monter le rôle de Wonder Woman, prise entre deux feux avec sa fidélité envers son peuple et son père (Zeus pour rappel) et sa place dans l’équipe de Superman. Moralement toujours à peu près lucide, elle reste la seule voix capable de faire entendre raison à Kal-El et on reste tout à fait satisfait quand au traitement réaliste des choix de chacun des personnages dans cette bataille. Batman se trouve en retrait alors que son camp se voit très fortement diminué et soumis aux manigances d’un Luthor dont on ne sait jamais (en « homme le plus intelligent du monde » qu’il est) ce qu’il va manigancer. Les histoires de Superman regorgent de tellement d’attendus qu’on passe les quelques facilités de cette quatrième année pour profiter d’un palier où pour la première fois l’homme de Krypton semble relativement démuni quand à sa capacité à reprendre la main. Le cœur de l’intrigue se passant sur Themyscira (l’île de WW), on peut profiter des très jolis For Those Who Really Want Wonder Woman And Superman To Split Up, Read  Injustice Gods Among Usdessins de l’équipe artistique dans un style antique. Je regretterais juste l’intervention finale de l’inévitable Darkseid et son pendant divin dont je ne cesse constater l’aspect décalé. Un peu moins puissant que l’épisode Green Lantern, cet arc grec a le mérite de préparer un affrontement entre Diana et Clark qui semble inévitable et dantesque de puissance.

On notera que pour la première fois Tom Taylor passe la main à un autre scénariste sur l’essentielle de cette année qui voit (chose remarquable!) grandir Robin qui, devenu quasi-adulte depuis le début du règne de Superman, semble plus déterminé que jamais à écraser Bruce Wayne. Nouvelle illustration de la spécificité de cette saga d’une maîtrise incroyable en parvenant à chaque année à évoquer un aspect de l’immense univers DC sans perdre en cohérence. A l’approche de la conclusion on ne peut qu’être inquiet quand à la conclusion choisie par les auteurs et en même temps confiant quand on voit la solidité de l’entreprise depuis le début. On enchaîne…

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Injustice – les dieux sont parmi nous, année 3

Comic de Tom Taylor et collectif.
Urban (2014-2021), édition intégrale par année, 3/5 vol. parus., 320p./volume.

Chaque volume d’intégrale par année rassemble deux volumes de la série publiée de 2014 à 2018 plus les épisodes « annual » intercalés et permettant de développer les interstices de cette bataille des Dieux… A savoir que DC a sorti récemment un Omnibus rassemblant l’intégralité de la série en deux volumes, mais qui ne semblent pas prévus pour le moment chez Urban

Attention spoilers!

injustice-integrale-annee-trois

badge numeriqueAprès deux années dont une seconde qui introduisait le Green Lantern Corp dans une surenchère jouissive on comprend désormais la structure de la série dans une ambition sidérale qui vise à balayer l’intégralité du corpus DC en parvenant à rendre presque crédibles les agencement théoriquement totalement WTF de personnages. Ainsi cette troisième année laisse un GL corp dévasté, un superman équipé de l’anneau jaune du corps de Sinestro et se concentre sur l’univers magique de DC (esquissé au travers de Zatana) avec un personnage central: le magnifique anti-héro John Constantine!

Injustice - Year 3 #02 | John constantine, Injustice, Comics onlineJe le répète souvent, je ne suis pas un fana de l’univers DC que j’ai toujours trouvé soit kitsch soit trop complexe et foutraque, tout cela trouvant son acmé dans l’archi-bancale Batman Metal. Certains aiment cela mais le principal problème est de ne jamais ouvrir la porte à des lecteurs occasionnels… Et justement, sous un aspect fun en mode What if? Tom Taylor est parvenu avec cet Injustice à l’improbable de rassembler tout le canon DC en le rendant absolument accessible, ce que je ne pensais tout simplement pas impossible jusqu’ici! De la même manière que le très qualitatif Black label en proposant des one-shot déconnectés ouvre une porte vers les lecteurs de franco-belge, cet Injustice a les mêmes vertus que les dynamitages Millardiens de Marvel (je pense à Red son ou Old man Logan) en évacuant le certificat de dcologie du lecteur avant de pouvoir lire l’album. C’est d’autant plus remarquable que le nombre de personnages du DCverse convoqué est très important. Mais leur intégration et surtout la fluidité du récit font que ce qui était bloquant sur Batman Metal passe Nikol crême ici.

Cette année est moins engageante que la précédente en laissant un peu de côté l’aspect gigantesque du combat entre Superman et les Green Lantern mais n’en oublie pas le canon de Georges RR Martin que Taylor a fait sien: exécuter sommairement les personnages à rythme régulier. C’est désormais une technique classique pour maintenir le lecteur en état de sidération permanent et c’est redoutablement efficace! Un poil plus complexe donc avec l’apparition de mondes parallèles, d’enfer, de mondes entre les mondes et autres états non mort/non vivant… tout ceci est lié par le personnage absolument craquant de Constantine qui joue le rôle d’un Deadpool de chez Marvel à force de vannes et de remarques en décalage (j’aime beaucoup le lattage de burnes de batman…). Le comic code authority est fort loin et nous assistons sans censure à des éviscérations, morts diverses (généralement bien brutales et inattendues), langage fleuri, j’en passe et des meilleures. L’humour très présent et très efficace participe également à ce déminage des aspects les plus grossiers de l’opération.

Mister Mxyzptlk And Trigon's Effect On Reality – ComicnewbiesDerrière toute cette action (magique donc) on devine une éventuelle explication à cet énorme craquage de l’homme d’acier qui une fois le Rubicon du meurtre du joker franchi ne semble plus avoir aucune limite morale hormis quand les personnes de Wonder Woman (la femme) et de Shazam (l’enfant) se rappellent à lui. Si la déconstruction des codes DC est jouissive on tique par moment sur ce qu’est devenue  l’éducation de papa et maman Kent malgré le traumatisme vécu par Kal-el et on espère que l’auteur a prévu sa chute. Comme toujours, plus on aime moins on tolère un atterrissage raté. Pour le moment, à mi-série, on reste dans un bon gros kiff que vous invite sincèrement à rejoindre à l’occasion de la ressortie de ces intégrales.

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***·BD·Rétro

Le fléau vert

La BD!
BD de Michael Sanlaville
Casterman (2012), 150 p. format comic relié. One-shot.

couv_161657On commence une semaine « animation » avec un OBNI sous amphet’ signé Michael Sanlaville. L’idée remonte à ma lecture du Mécanique Celeste de Merwan et des liens graphiques très forts entre une troupe d’auteurs passés par l’animation et dont le dessin respire une énergie de mouvement très intéressante. Il n’est pas surprenant que certains lecteurs crachent sur des planches qu’ils considèrent comme pas finies. L’envie de ces auteurs est de créer une dynamique permanente en s’éloignant souvent des canons techniques d’anatomie ou de perspective. Déformant leurs formes, créant des effets de caméra improbables ils cherchent à rendre l’effet des métrages d’animation sur papier. Ce n’est pas toujours heureux car si un dessin d’intervale peut justifier ses libertés par son association avec l’animation globale, sur un dessin fixe cela peut paraître exagéré. Un peu punk sur les bords, la troupe assume sa culture et se jette dans des projets pas franchement grand-public et qui parviennent parfois à le devenir. Je commence donc cette semaine spéciale par ce Fléau vert, nanarissime histoire tout droit sortie d’une mauvaise VHS section SF des années 70…

La prophétie de la Grande plante s’est réalisée: surgie des profondeurs de la terre, une racine cannibale a dévoré la totalité du genre masculin, laissant la Terre  gouvernée par un régime matriarcal autoritaire dirigé par Hildegarde. Les deux derniers survivants, le macho Murphy et le gamin Abdou, vont devoir faire équipe avec un transexuel et une bonne sœur pécheresse pour mettre à bas le régime de Hildegarde et la menace du Fléau vert…

Résultat de recherche d'images pour "fléau vert sanlaville"J’avais découvert Michael Sanlaville sur le très bon premier tome du Rocher rouge où j’avais pu apprécier son identité nanaresque et son approche graphique exagérée. Rencontré à l’occasion d’un salon de BD j’ai tenté l’aventure du Fléau vert en attendant de démarrer Lastman. Je savais à peu près le style de BD que j’avais sous la main mais j’avoue avoir été passablement surpris par la liberté totale et l’énergie de cet album que l’on imagine réalisé rapidement tant le dynamisme transpire chaque page que l’on imagine mal ciselée laborieusement. A l’inverse de Gatignol sur les Ogres-dieux et ses décors flamboyants, Sanlaville prépare ici ce qu’il fera sur la série à succès LastMan en tirant vers la simplification du trait dans la suite de Bastien Vivès.

La séquence d’introduction mets KO comme savent le faire les séquences rapides des films d’animation. Ne s’embêtant pas de superflu, l’auteur rend pourtant chaque case parfaitement lisible (ce ne sera pas toujours le cas sur l’album) avec une maîtrise technique qui permet de suggérer un décors ou une mécanique par quelques traits. L’utilisation de floutés en premiers plans illustre la culture ciné et une profondeur de champ Résultat de recherche d'images pour "fléau vert sanlaville"que la BD classique permet rarement. Si le Manga a apporté le mouvement à la BD, ce type d’albums montre que l’on peut briser l’image fixe par la suggestion. Le principe du cinéma.

Passé ce choc on découvre une histoire totalement déglingue avec tous les poncifs du nanar: le savant-fou moustachu à l’esthétique issue de la culture homo et maniant la tronçonneuse, un héros blond, très Blond, roulant en 4X4, une chaste bonne-soeur très sexy ou un hélicoptère de combat soviétique…  Dès les premières scènes l’irruption parfaitement gore de la plante cannibale qui bouffe les parties génitales des hommes en les coupant en deux pose le décors. L’auteur se fait plaisir en mettant tous ce qu’il a envie de dessiner sans soucis de cohérence particulier. On nous raconte une histoire dont on n’a que faire et vole de bulle en bulle dans des dialogues tantôt marrants de dixième degré tantôt jouant de typographie pour produire des textes-onomatopées. Bref, un gros lâchage bien sympathique. Attention, c’est une BD de garçon, rempli de hordes de filles nues, de bite, de sperme, de bave et de sang. La modération, Michael Sanlaville ne connait pas et c’est tant mieux. Je remarque souvent dans mes chroniques que le plaisir éprouvé par les auteurs à réaliser leurs albums se ressent à la lecture, quelle que soit la qualité de l’histoire ou des dessins. C’était le cas du Ramirez de Petrimaux ou du Streamliner de ‘Fane (en beaucoup plus travaillé). C’est le cas ici, dans toute la démesure et l’efficacité du dessin. Si quelques passages semblent néanmoins mal raccrochés avec la fuite de Murphy et ses copains, l’auteur parvient même à proposer une fin étonnamment pertinente, réfléchie, cohérente après ce grand n’importe quoi. La preuve qu’un auteur inspiré peut partir en vrille tout en restant parfaitement lisible.

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***·Comics·East & West·Rétro

Empress

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Comic de Mark Millar et Stuart Immonen
Panini (2017), 179 p., One-shot.

couv_303880Le moins que l’on puisse dire c’est que j’attendais de le lire celui-là! Lors de sa sortie beaucoup de battage avait été fait et pour cause, les deux auteurs que je ne connaissais pas sont parmi ce qui se fait de mieux dans le circuit du comic indépendant. L’abominable couverture m’avais fait passer à côté et je ne comprends toujours pas comment un dessinateur aussi talentueux que Stuart Immonen a pu produite un dessin aussi banal et de mauvais goût, surtout quand on connaît la propension des américains à survendre une série sur ses couvertures… Comme a son habitude Pannini propose l’album avec ses sept chapitres et leurs couvertures originales, un texte d’introduction, une bio des auteurs en fin d’album ainsi qu’une galerie des (superbes) couvertures alternatives d’Immonen. L’album est encré par le collaborateur habituel du dessinateur canadien, Wade von Grawbadger, l’un des meilleurs en activité et qui participe grandement à la qualité des planches d’Immonen.

Il y a bien longtemps… l’empire du roi Morax qui a son siège sur la planète Terre domine une grande partie de la galaxie. Tyran sanguinaire, il est marié à une jeune et magnifique femme, Emporia qui, lassée de cette violence et de son absence de liberté, va s’enfuir avec ses enfants et son garde du corps…

Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"Allons droit au but, Empress est loin du chef d’oeuvre qu’il aurait pu être et jouit des mêmes qualités et des mêmes défauts que les autres créations du scénariste écossais: un dessinateur majeur, un pitch impérial, un traitement classique autour de la famille, de la trahison, une mise en image monstrueuse et globalement un aspect jamais vu. Millar a du talent, on le sait. Il est feignant, on le sait aussi et déroule des intrigues classiques sur des one-shot fort agréables mais qui ratent toujours le coche de l’album qui fera date. Manque d’ambition, de concentration, je trouve dans Empress les mêmes sentiments que sur le récent Magic Order avec Olivier Coipel: d’abord Waou! puis Ah bon?

La grande réussite de l’album ce sont les personnages, décalés, inattendus et qui se révèlent très progressivement. Il y a un côté fun chez cet auteur qui sait mieux que quiconque ce que l’on a envie de voir en BD. Il se fait plaisir et nous fait plaisir (dans cet ordre ou dans l’autre…). Pas de longues mises en places et de temporisations verbeuses chez Millar, il va droit au but pour placer son contexte et commencer l’action. Là où ça pèche c’est dans le procédé utilisé, facile, trop facile, comme sur Magic Order ou sur Jupiter’s Legacy. Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"La faute au format trop court sans doute (des séries de trois volumes siéraient mieux aux super idées du scénariste), il transbahute sa famille de fuyards de lieux en lieux grâce à un téléporter. Du coup on se rapproche du concept d’un Black Science qui m’avait lassé justement en raison de ce manque de constance dû aux multiples environnements. Millar est gonflé et arrive toujours à nous placer une scène grandiose, inattendue et donc qui fait mouche. Mais à la fin de la lecture on a la désagréable sensation d’avoir été trimbalé passivement dans une histoire qui n’a pas d’intrigue. On ne peut pas dire que la fin soit bâclée, mais à force de placer un gros twist final dans ses albums on finit par ne plus être surpris.

Sur la partie graphique il en est de même. On sent à chaque case poindre le très grand talent du rare Stuart Immonen mais également la facilité et l’économie de moyens. Pour une fois ce n’est pas le dessin du canadien qui rehausse l’album car il reste assez en retrait, notamment du fait d’une colorisation flashy pas vraiment bien pensée. C’est parfois un peu brouillon et si la gamme reste de haut niveau on n’a pas la claque de la collaboration de Millar avec Quitely ou Coipel.

Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"L’intro éditoriale présente l’album comme la contribution « Star Wars » de Mark Millar à l’univers des comics. On sent en effet l’envie de grand space Opera. Mais le chois d’axer l’intrigue autour de la famille et le tic du scénariste de tenter de prendre le lecteur à contre-pied empêche l’aventure de prendre une dimension épique qui aurait dû être. On se retrouve alors avec une très bonne course-poursuite qui nous fait visiter des lieux, races alien improbables, des lumières techno entrecoupés par des dialogues parfaitement orchestrés. Mais il manque un petit quelque chose qui fasse étincelle. Les deux signatures peuvent légitimement faire monter les enchères des attentes des lecteurs et en cela ils seront vaguement déçus. Si l’on exclut cela Empress reste une très sympathique aventure spatiale avec son lot de scènes d’action endiablées et d’acrobaties quantiques.

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**·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

The invisible Republic

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Comic de Gabriel Hardman, Corina Becko et Jordan Boyd
 Hi-comics (2018/2019) – Image  (2015/2019), trois volumes parus.

bsic journalismMerci aux éditions HI-comics pour cette découverte.

couv_366494Cette critique porte sur les trois premiers  volumes parus en France, qui suivent exactement la parution reliée US. Quinze épisodes sont actuellement parus, sur une trentaine envisagée à terme pour la série (environ cinq chapitres par volume). Chacun des albums comportent en fin de volume plusieurs textes sur les problématiques de la Hard-Science-fiction et sur l’univers d’Invisible Republic. Moyennement intéressants mais ils ont le mérite de donner des infos de la scénariste sur sa création et c’est toujours à saluer.

Sur la lune Avalon le régime dictatorial d’Arthur MacBride est tombé, laissant place à un gouvernement dont les mœurs démocratiques riment avec éloignement des centres du pouvoir martien du Commonwealth. Nous sommes en 2843, l’humanité a essaimé sur des exoplanètes grâce à des vaisseaux générationnels. Un journaliste va découvrir l’existence d’une proche du dictateur, dont le témoignage peut remettre en question toute l’historiographie officielle et secouer jusqu’aux fondements politiques du régime martien.

Résultat de recherche d'images pour "invisible republic"The invisible Republic jouit d’un sacré buzz au sein des blogueurs et dans la galaxie des comics indépendants. Ses très jolies couvertures et son étiquette de « SF politique » m’ont assez vite attiré… Première déception, les dessins. Je ne peux pas dire qu’ils soient mauvais, mais ils font partie d’une école graphique qui ne me plait pas, avec un style imprécis qui peut avoir un intérêt pour refléter une ambiance mais que je ne trouve pas joli esthétiquement. Pour les mêmes raisons que Lazarus, autre dystopie très politique, que Sheriff of Babylon, ce graphisme m’a empêché d’entrer dans cet univers pourtant riche, ambitieux, réaliste. En outre la colorisation donne un aspect « sale » certainement recherché mais qui accentue l’impression à la fois de zone de guerre, de documents récupérés et clandestins qui collent parfaitement avec le sujet, mais n’aide pas à la lisibilité. C’est très subjectif bien sur, certains aimeront.

Résultat de recherche d'images pour "invisible republic"La grosse qualité supposée de cette série est son réalisme et son côté politique. Là aussi j’ai été déçu par un scénario assez déstabilisant, qui semble fuir l’action et les scènes choc. On est dans une certaine normalité avec l’ambition des auteurs de déconstruire la mythologie que tout régime politique se construit. Sur ce point c’est très réussi et efficace. On a plus l’aspect d’un documentaire (le personnage axial est le journaliste) que d’un thriller politique. De même, l’histoire commence en suivant ce journaliste assez insipide alors que l’on réalise progressivement que le centre de l’intrigue est la cousine du dictateur, personnage très réussi pour le coup et que l’on retrouvera à différents ages de sa vie et de prise de connaissance par le lecteur de son journal et donc du déroulement de l’ascension du dictateur MacBride.

Résultat de recherche d'images pour "invisible republic"Vous l’aurez compris, Invisible Republic est une série exigeante avec des auteurs qui (un peu comme Christophe Bec…) s’efforcent de brouiller la lecture, de densifier en poussant le lecteur à l’effort, par des croisements constants de narration (maintenant, le récit de Maïa, la vie passée de Maïa). Cela participe de l’ambiance complexe bien sur, mais cela rend la lecture compliquée, peu fluide en créant des énigmes artificielles. Ce comic est sans doute une série à lire en intégralité quand elle sera finie et l’attente des volumes n’aide certainement pas à rester plongé dans cette atmosphère de hard-science. La scénariste a écrit en fin d’ouvrages plusieurs textes de réflexions sur les problématiques que pose cet univers: le voyage inter-générationnel, la faune et la flore, la gravité, l’ascenseur spatial,…autant d’éléments passionnant pour tout amateur de SF. Il est dommage que ces thèmes soient finalement assez peu abordés dans la BD qui tourne autour de l’enquête de ce journaliste lâche et peu charismatique en laissant un peu confus le but recherché: chronique ethno-politique d’une lune ou description d’une révolution? Personnellement je suis plus intéressé par la seconde et la description SF n’est pas soutenue par des dessins qui auraient nécessité d’être plus précis, plus design.

Je ne voudrais pas laisser penser par une chronique trop négative que The invisible Republic est un mauvais comic. Il est certain que j’ai moyennement accroché et que le déroulé avance assez lentement. Mais la lecture du troisième tome a un peu remonté mon intérêt, avec des dessins que je trouve améliorés, plus nets et colorés et surtout une intrigue qui se simplifie, non dans son scénario mais dans son déroulement, plus linéaire. Du coup l’attention gagnée par le lecteur peut se concentrer sur les détails et l’ensemble y gagne en qualité. On ne peut du reste que saluer l’investissement des auteurs dans une série atypique à tout point de vue et qui fait une proposition novatrice si ce n’est très créative. Pour les amateurs.

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**·***·*****·BD·Nouveau !·Numérique·Rapidos·Service Presse

BD en vrac #4

  • Le château des animaux (gazette) #2

couv_357321Ce deuxième épisode du Château des animaux s’est fait attendre. prévu par Casterman sur une périodicité de trois mois, il aura fallu pas moins d’un an pour lire la suite de nos animaux… Le troisième est annoncé pour le début de l’été et l’on espère que les délais seront cette fois-ci tenus (avec un album en fin d’année). L’édition est toujours aux petits oignons avec la même très jolie maquette, un rédactionnel qui revient sur les événements de l’épisode (et à lire après donc). Mais contrairement au Château des étoiles ou au dernier Bourgeon c’est surtout pour la BD qu’on lit cette version grand format et l’on aurait aimé des commentaires périphériques ou des éléments enrichissant le hors champ. Ce n’est pas très grave tant la BD en elle-même est superbe visuellement et très plaisante avec cette transposition de la célèbre Ferme des animaux d’Orwell. Dans l’épisode on entre dans le vif de la révolte avec l’élément extérieur, un rat saltimbanque qui au travers de son spectacle ouvre les yeux des animaux sur le despotisme du Taureau. Moi j’adore et je profite de ces immenses planches!

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  • couv_357372Green class #1

bsic journalism Lu en numérique pour Iznéo.

Très efficace couverture pour ce survival-zombie, premier album d’un dessinateur que Jérôme Hamon a rencontré sur internet. Je m’attendais à une histoire de classe verte partant en mode trash, un peu comme sur le très efficace Rocher rouge. Walking Dead fait des émules mais le soucis de cette Green class est d’arriver dans un thème déjà bien encombré et par de très bons albums/séries. Gung-Ho (dont ce dernier est très proche) est excellent tant graphiquement que dans son traitement des relations entre ado et adultes, cela par-ce que le background est travaillé. C’est là la principale faille de pas mal d’histoires de Zombies (y compris Walking Dead et donc ce Green Class) que d’oublier d’expliquer le hors champ et le contexte pour fermer la focale sur un seul petit groupe. Non que cela soit inintéressant mais c’est déjà lu mille fois. Avec un dessin proche du manga très sympa pour les personnages mais assez vide pour les arrières-plans (pour un premier album, pour peu que l’auteur progresse ca reste très acceptable) et des couleurs que j’ai trouvé un peu passées la partie graphique ne suffit pas totalement à combler ce problème. Le scénario se concentre sur l’évolution des relations dans le groupe d’ado en situation de crise et tarde un peu à proposer des scènes choc que nécessitent ces histoires. C’est au final un travail honnête, pas fondamentalement original et qui vire vers le fantastique sur la fin en laissant de possibles perspectives d’aller vers quelque chose de plus novateur…

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  • Couverture de Les vieux fourneaux -5- Bons pour l'asileLes vieux fourneaux #5: Bons pour l’asile

La série des vieux fourneaux a dû attendre un film (fidèle mais moins bons que la BD) pour atteindre le grand public. Il faut dire que les couvertures, parti pris osé, sont plutôt un repoussoir… Il n’en demeure pas moins que nos trois vieux sont toujours aussi drôles et plaisants à suivre, sous la plume du génial Lupano, énervé comme jamais contre notre monde injuste et égoïste. Si toute la série est excellente, ce cinquième tome est pour moi le plus réussi par-ce qu’il assume une actualité immédiate et laisse un peu de côté les circonvolutions familiales pour se recentrer sur la force de la série: l’humour militant assumé et rageur. La dimension familiale n’est pas totalement oubliée mais sert l’humour et c’est pour cela qu’elle s »intègre mieux que jamais au projet de Lupano et Cauuet. Chapeau les artistes, on en redemande!

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  • Le dernier dragon

bsic journalism Lu en numérique pour Iznéo.

Delcourt/Soleilsont familiers des séries fantasy, tellement qu’on se demande parfois comment ces dizaines de créations trouvent leur lectorat. C’est donc sans beaucoup d’attentes que j’ai entamé cet album doté d’une très belle couverture. Et heureusement, on trouve régulièrement dans ce genre hyper-balisé de très bonnes surprises dont Le dernier dragon fait partie! Dans une Europe de la Renaissance et des cités-Etat italiennes les dragons n’ont pas disparus. Ils sont protégés par on ordre de dragonnières descendant d’Eve et que de plus en plus de puissances politiques souhaiteraient voir disparaître à mesure que le nombre de dragons faiblit et le pouvoir de l’ordre avec. Car le crane de ces bêtes ancestrales renferme une pierre aux propriétés fantastiques que des chasseurs tentent de posséder au péril de leur vie… Outre les dessins très agréables de Léo Pilipovic, le scénario de Pécau a l’originalité de transposer cet élément de fantasy dans un contexte historique bien connu, semant les premières pierres d’une intrigue géopolitique où dragons et dragonnières seront les derniers gardiens d’une ère qui s’éteint. Cet album parvient en 64 pages à poser un contexte, des personnages charismatiques et un univers très solides tout en offrant de l’action et le côté épique de toute BD grand public. Un des succès d’aventure de 2019 à prévoir.

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****·Comics·East & West

Jupiter’s Legacy vol. 2

East and west
Comic de Mark Millar et Frank Quitely
Publié chez Panini (2017). Première publication US chez Image (2013), 2 volumes parus.

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Le second et dernier volume de la série Jupiter’s Legacy, intitulée « le soulèvement » reprend la couverture originale de l’édition US dans une maquette simple mais élégante de Panini. L’album comprend la traditionnelle galerie de couvertures additionnelles en plus d’un carnet de croquis et d’une bio à jour des auteurs. A noter que le coloriste du volume 1 a changé, avec une petite perte de qualité à ce niveau. L’album se termine avec une possibilité de suite et les Millar a produit avec un autre dessinateur un préquel, Jupiter’s Circle racontant les aventures de Skyfox, le meilleur ami d’Utopian, sorti entre les deux tomes de la série mère. Le potentiel de l’univers est évidemment gigantesque même si Millar continue rarement ses séries sur de longs arcs.

La rébellion a sonné pour les descendants d’Utopian décidés à libérer les super-vilains, seuls à même de former une armée pur mettre à bas la dictature de Brandon et son oncle. Parmi eux, Skyfox, le chef des méchants, ancien meilleur ami du fondateur Utopian et accessoirement grand-père de Jason…

STK698478-1La lecture du premier tome m’avais subjugué, comme c’est souvent le cas avec les scénarii de Mark Millar. Le sentiment d’avoir sous les yeux un album majeur au même titre que son Red son, uchronie plaçant Superman dans un univers soviétique. Si la cesure entre les deux tomes peut surprendre (la coupure chronologique de plusieurs années avec l’arrivée du jeune Jason était intéressante mais aurait pu être placée entre les deux tomes), l’intrigue reste linéaire et passionnante, avec le cadre classique des derniers espoirs contestant un pouvoir dictatorial. La petite faiblesse tient à la moindre surprise, le basculement entre le monde d’avant, celui d’Utopian et celui de son frère se faisant dans le tome précédent. Du coup on attend des surprises du même ordre qui tardent à venir. le principal intérêt repose dans ce volume sur la vérité variable selon le camp que l’on occupe, avec un Skyfox présenté comme le super-méchant qui se trouve être en réalité un simple contestataire de l’ordre établi. Ici la dimension politique qui rend la série passionnante revient en illustrant que ce sont les détenteurs du pouvoir qui déterminent qui est bon et qui est méchant. Avec en petit bonus l’attitude très bad-ass du grand-père de Jason, sa clope au bec et son nihilisme égoïste. En revanche la virulence du propos économique retombe presque totalement et l’on se retrouve avec un comic plus classique, moins sulfureux. Quand Jupiter #1 trouvait l’alchimie parfaite entre l’entertainment graphique virtuose (les inventions délirantes de Quitely sur les pouvoirs) et le pamphlet à la Renato Jones, le deux se contente d’achever ce qui a été lancé. Il est probable que les deux volumes doivent se lire à la suite et devrait être désormais édités en un unique volume comprenant Jupiter’s Circle tant la coupure n’est scénaristiquement pas pertinente.

Hormis ce bémol, cette clôture reste de très haut niveau, avec toujours ce découpage très horizontal du dessinateur écossais qui permet une formidable lisibilité et un dynamisme digne d’un manga. La puissance des explosions, envols, la gestion de la temporalité des cases est affolante et rappelle par moments les jeux graphiques de Trevor Hairsine sur Divinity (les deux illustrateurs britanniques partagent d’ailleurs un style très crayonné et organique). La grands originalité de Jupiter’s Legacy, dans un cadre de Super-héros très formaté, repose sur les trouvailles quand aux pouvoirs et effets physiques: la téléportation d’un train en action sur une rangée de soldats, la manipulation mentale ou l’héroïne qui voyage sur les électrons sont des exemples d’idées très motivantes. Le changement de coloriste pose des textures moins subtiles que sur le premier tome, ce qui est dommage, même si la cohérence entre les deux n’est pas remise en question. STK698478-2Le design des héros reste génial et original. On ressent l’envie de changement et la liberté créatrice des auteurs. Cette série est une telle fraîcheur!

La déception principale après avoir lu cette incroyable réinvention du genre super-héroïque est donc bien la brièveté de ce concept que l’on aimerait voir prolongé sur d’autres arcs. L’alchimie entre le scénario et le graphisme est telle que l’on est déçu de voir tant d’idées qui n’ont pas le temps d’être développées. Je lirais à coup sur Jupiter’s Circle par curiosité et vous invite très vivement à vous procurer les deux volumes de Legacy, que vous soyez férus de comics ou novices. Il s’agit d’un grand moment de lecture que l’on a plaisir à reprendre en attendant comme toujours chez Millar, une adaptation ciné qui promet d’être grandiose pour peu que l’équipe parvienne à reproduire ce miracle dessiné.

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