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The Cape: Fallen

Dernier volume tiré de la nouvelle éponyme de Joe Hill et dessiné par Zach Howard, parution chez Hicomics le 24/08/22.

Trois jours à tuer

Si vous connaissez Eric Chase, alors vous connaissez son sordide destin, influencé par la cape magique qui lui octroie le pouvoir de voler. Après une jeunesse marquée par un grave accident, Eric mène une vie morne marquée par l’immobilisme et l’alcool. Comme de nombreux autres avant lui, Eric va trouver les causes de sa médiocrité dans des causes externes, à savoir son accident, bien sûr, mais aussi son frère, à qui il se compare sans cesse, ou encore Angie, sa petite amie, et enfin sa mère.

Lorsque Angie met fin à leur relation, Eric retourne chez sa mère et retrouve par hasard sa cape fétiche, celle avec laquelle il fit la chute qui bouleversa sa vie. En enfilant le bout de tissu rabougri par les années, Eric découvre son véritable pouvoir: la cape donne à celui qui la porte le pouvoir de voler !

Mû par ces nouvelles opportunités, Eric en profite non pas pour devenir une meilleure version de lui-même, mais au contraire, pour laisser s’exprimer ses impulsions les plus noires. Impossible d’en dire davantage sans spoiler, mais on peut d’ores et déjà faire confiance ) Joe Hill pour nous faire frissonner.

Après le premier tome de The Cape, est sorti The Cape 1969, qui comptait les mésaventures du père d’Eric au Viêt Nam. Cette partie donnait un début d’explication au pouvoir de la cape éponyme, mais demeurait dispensable dans l’ensemble. En revanche, l’histoire principale comportait une zone d’ombre, un laps de temps durant la descente aux enfers d’Eric qui demeurait secret. Et bien, Fallen se charge de nous narrer le déroulement de ces trois jours inconnus.

Après un premier évènement tragique causé par l’homme volant, ce dernier prend la fuite pour se réfugier dans un endroit familier, une cabane où son père l’emmenait passer du temps lorsqu’il était petit. Mais à sa grande surprise, l’endroit est occupé par un groupe de rôlistes, amateurs de jeux de rôle grandeur nature. Ces derniers, excités à l’idée d’accueillir un nouveau joueur, ne se doutent pas qu’ils viennent d’inviter dans leur partie la personnification du mot problèmes.

Hill poursuit l’exploration des recoins sombres de la figure anti-héroïque avec Fallen, en nous montrant comment Eric, alors qu’il se voit présenter une chance de se racheter et de réfléchir à l’horreur de ses actes, franchit une nouvelle fois le Rubicon en cédant à ses tendances homicidaires. Car ne vous y trompez pas, si The Cape était une déconstruction de l’origin story des super-héros, alors Fallen est immanquablement un slasher. Le groupe d’innocents, avec le geek, le sportif, l’empotée, l’ingénue et la final girl, la cabane isolée et les meurtres au compte-gouttes, le cadre est rapidement posé et bien exécuté.

L’intrigue ne s’éternise pas et se parcourt rapidement pour un final gore flirtant avec le grotesque, afin de ne pas disperser l’intérêt du lecteur pour ensuite le choquer avec des mises à morts cruelles et inhabituelles comme on les aime. Bien évidemment, la lecture de Fallen n’aura d’intérêt que pour ceux qui ont lu et apprécié The Cape, à bon entendeur.

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Rick & Morty en Enfer

Histoire complète en 128 pages, écrite par Ryan Ferrier et dessinée par Constanza Oroza, d’après la série animée créée par Dan Harmon et Justin Roiland. Parution chez Hicomics le 15/06/2022.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance!

L’Enfer, c’est les Rick

Après avoir écumé l’Univers, en long, en large et en travers, après avoir également écumé le Multivers, et échappé à une quantité astronomique de dingueries en tous genres, Rick et Morty se réveillent… en Enfer ? Malgré l’incrédulité initiale, il faut bien que nos deux anti-héros se rendent à l’évidence: du soufre, des flammes, des âmes en peines, des sévices infligés dans des proportions industrielles par des démons ailés, cornus et désabusés… on pourrait aisément s’y méprendre.

Mais Rick étant… hé bien, Rick, il se doute que quelque chose se trame et refuse d’admettre qu’il est certainement mort et damné, d’autant plus que tout la famille Smith, à savoir Jerry, Summer et Beth, sont là aussi. Pour le savant fou alcoolique le plus génial du monde, cela ne fait aucun doute: ils se sont simplement égarés dans une des innombrables dimensions du Multivers, et ce qui leur arrive n’a rien de spirituel.

Mécontent d’avoir échoué dans cette dimension, Rick persuade Morty de l’accompagner dans une procédure d’appel dont ils se souviendront certainement…

On ne présente plus Rick & Morty, série animée qui cartonne depuis 2013, avec cinq saisons à son actif. Depuis quelques temps, la série a engendré des spin-offs, notamment une série de comic books reprenant, pour l’essentiel, les personnages originaux dans des aventures inédites (sauf la partie se concentrant sur Rick et Morty C132). Le ton irrévérencieux de la série est toujours au rendez-vous, l’auteur inclue également des références à l’œuvre principale et n’oublie pas l’aspect fouillé des relations entre les personnages.

Malgré une attention portée à la continuité de la série, on ne peut cependant pas empêcher quelques coquilles dans le scénario, par exemple, le scepticisme de Rick quant à l’existence de l’enfer et du diable, alors qu’il l’a rencontré dans l’épisode 9 de la saison 1 de la série animée. Pour qui ne serait pas familier de la série et de son humour très particulier, l’album pourrait paraître brouillon, fouillis et légèrement hystérique par moments. Mais l’émulation tentée par le scénariste fait mouche la plupart du temps, si bien que l’on a quand même l’impression d’assister à un épisode de la série animée.

S’agissant du style graphique en revanche, le rendu est légèrement en dessous des précédents tomes. Bien que la série ne soit pas connue pour ses innovations ni son excellence graphique, on trouve des étrangetés anatomiques et des disproportions qui pourraient nuire à l’immersion et ne sont pas synchrones avec la série animée.

Malgré tout, Rick & Morty en Enfer reste une lecture attrayante pour les fans du show animé.

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Hella et les Hellboyz #2: L’Épreuve du Feu

Second tome du diptyque écrit par Kid Toussaint et dessiné par Luisa Russo. 48 pages, parution le 02/02/22 aux éditions Drakoo.

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Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance!

Orphée et Hell-idyce

Comme vu dans le premier tome, Hella est une adolescente rebelle et mal dans sa peau. Un soir, après un mauvais coup fait à leur prof de maths, son petit-copain Kieran va se cacher au 21 rue Duroc, dans une maison réputée hantée, dont il ne ressortira pas. Inquiète pour lui, Hella pénètre à son tour dans la maison et découvre qu’il s’agit d’un portail vers l’enfer.

Là, un étrange lapin démoniaque la guide et lui fait découvrir cet univers hostile, qu’elle va devoir traverser de part en part pour retrouver celui qu’elle aime. Aidée des Hellboyz, trois jeunes garçons perdus dans les limbes depuis des décennies, Hella va affronter un à un chacun des gardiens des enfers, avec une seule restriction: y entrer durant la nuit et ressortir impérativement avant le lever du jour sous peine d’être piégée elle aussi.

Durant ce second tome, Hella va en savoir davantage sur les motivations réelles du lapin, ainsi que sur la nature réelle de cet endroit, sans oublier les bonnes petites révélations sur ses origines.

Le premier tome de Hella et les Hellboyz laissait déjà entrevoir quelques faiblesses d’écriture, pour lesquelles on espérait que l’auteur saurait corriger le tir. Or, les bonne intentions proverbiales qui pavent l’Enfer ont sans doute fait trébucher Hella durant son périple, et ce pour plusieurs petites raisons, qui viennent s’accumuler à ce que l’on avait relevé la dernière fois.

Tout d’abord, un manque d’attachement envers Kieran et, par voie de conséquence, un manque d’investissement émotionnel dans la quête que mène Hella pour le retrouver. En effet, comment s’inquiéter de la réussite d’Hella si l’on se fout de celui qu’elle chercher à sauver ? Expédié dans la maison infernale dès les premières pages de l’histoire, nous n’avons aucun élément en tant que lecteur, qui nous rende le personnage sympathique ou même vaguement attachant. Rayer la voiture d’un prof de maths décrit comme acariâtre, ce n’est clairement pas suffisant, cela aurait sans doute nécessité quelques dialogues supplémentaires, et a minima, un geste de Kieran qui montre bien le véritable attachement que les deux tourtereaux se portent.

On ne peut que poursuivre ce raisonnement pour l’appliquer aux Hellboyz: s’ils sont sympathiques à première vue, rien ensuite ne les rattache au cœur de l’intrigue, si ce n’est que l’un d’entre eux est le frère du policier qui enquête sur la maison hantée. Les trois garçons servent au mieux de faire-valoir, ce qui, convenons-en, n’est pas top pour un personnage secondaire. On peut même aller plus loin et imaginer l’histoire sans eux, sans que le déroulement n’en soit vraiment altéré, en tous cas pas dans ce second volume. Et, comble du comble pour un perso secondaire, lorsque Kid Toussaint sacrifie artificiellement l’un d’entre eux à la fin du deuxième acte pour augmenter vainement les enjeux. En gros, ces Hellboyz éponymes ne servaient pas à grand-chose, en tous cas pas en trois exemplaires puisque un seul se voit attribuer le rôle d’agneau sacrificiel, qui aurait d’ailleurs largement pu être attribué à Louis, le nice guy nécessairement amoureux d’Hella, qui la seconde dans sa quête. Cela aurait fait une économie de deux voire trois personnages !

Malgré ces défauts, on trouve tout de même de bonnes idées dans le scénario de Kid Toussaint, comme par exemple les gardiens qui sont d’anciennes victimes attirées par la maison et qui affichent tous un des fameux Péchés Capitaux, les différentes créatures qui sont autant de formes brouillonnes et parcellaire de l’Homme, la rébellion des anges contre le Démiurge, qui sont pour la plupart des concepts que l’on retrouve dans plusieurs dogmes religieux. Malheureusement, là encore l’album souffre de maladresses puisque toutes ces révélations sont jetées en pâture au lecteur, qui a déjà du mal à conserver l’entrain nécessaire pour suivre les pérégrinations d’Hella et ses inutiles petits frères.

Le tout laisse l’impression d’avoir été expédié, ce qui est d’autant plus dommage que l’histoire avait du potentiel, malheureusement gâché par des approximations et par ce que l’on devine être des présomptions hâtives de l’auteur.

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Les Enfers: au royaume d’Hadès

La BD!

Histoire complète en 46 pages écrite par Clotilde Bruneau et dessinée par Diego Oddi. Parution le 10/11/2021 aux éditions Glénat, dans la collection La Sagesse des Mythes, dirigée par Luc Ferry.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

L’Enfer, c’est les outres

La mythologie grecque a laissé une empreinte marquante sur la fiction encore aujourd’hui. Ces innombrables mythes, sont devenus pour beaucoup la quintessence de la narration à travers les âges, transformés de telle sorte que l’on prend aujourd’hui plaisir à les redécouvrir sous leur forme originelle.

Prenez Hadès par exemple. Toutes les histoires modernes tendent à le dépeindre de façon péjorative, majoritairement en tant qu’antagoniste, alors que les mythes grecs ne souffrent initialement pas de ce biais. Souvent comparé à Satan en fiction moderne, le Hadès classique est au contraire une figure plutôt neutre, bien qu’intransigeant vis à vis de son rôle et de la nature intrinsèque et inévitable du principe qu’il représente.

Bien loin du Caïn rongé par la jalousie, et l’amertume d’avoir été relégué aux Enfers, Hadès est au contraire dépeint comme un régent juste et sévère du monde souterrain, et l’un des seuls dieux, si ce n’est le seul, à ne pas avoir trompé son épouse, ni fait preuve d’une cruauté infondée envers les hommes. Son royaume, censé être impénétrable (mais bien entendu visité par bien des héros de la mythologie), est doté d’une géographie tout singulière et d’une histoire foisonnante qui méritaient certainement un album à part entière.

Cet album nous plonge donc dans les méandres sinueux des fleuves qui irriguent et encerclent les Enfers, et nous fait découvrir ses différentes régions. Nous avons également droit aux différents mythes qui y sont liés, de Tantale à Sisyphe en passant par les Danaïdes.

Malgré la structure du récit à tiroirs, où une digression en appelle une autre, l’album possède un fil rouge, qui permet de conserver un semblant de structure dramatique tout au long. Le dossier en fin d’album, intitulé « Hadès ou le monde grec face au non-sens de la mort », est complet mais digeste et parvient à rester succin lorsqu’il dépeint des caractéristiques méconnues du dieu grec de la Mort.

En résumé, Les Enfers: au royaume d’Hadès est un album synthétique et très instructif sur une figure tristement controversée et incomprise de la mythologie grecque. Peut être dispensable pour les experts hellénistes, mais idéal pour tout lecteur souhaitant se cultiver.

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Avengers #5: Le défi des Ghost Riders

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Cinquième tome de la série, qui comprend les épisodes 22 à 25. Jason Aaron à l’écriture et Stefano Caselli au dessin. Parution le 10/11/2021 aux éditions Panini Comics.

Highway to Hell

Dans le premier tome des Avengers par Jason Aaron, nous assistions aux débuts du jeune Robbie Reyes dans l’équipe. Le jeune américano-hispanique est depuis peu le détenteur des pouvoirs du Ghost Rider, une lignée de motards fantômes crachant le feu de l’Enfer et dédiés à la vengeance. Chaque Rider doit avoir sa monture, et celle de Robbie est quelque peu singulière, puisque c’est une voiture démoniaque qui semble avoir une personnalité propre, comme on a pu le voir à quelques reprises durant les précédentes aventures du groupe.

Depuis un moment déjà, Robbie sent que quelque chose cloche avec ses pouvoirs de Rider. Contrôlé par le roi des vampires dans le tome 3, il est depuis en grande remise en question et se persuade qu’il n’est pas digne de rester dans l’équipe des plus grands héros de la Terre. Notre Ghost Rider débutant va malheureusement se retrouver confronté aux dérangeantes vérités qui se cachent derrière son crâne enflammé et sa voiture démoniaque.

Bien entendu, lorsqu’un Avenger est en difficulté, il peut compter sur le soutien de ses frères et sœurs d’arme, qui vont le suivre jusqu’en Enfer… littéralement.

En effet, Robbie Reyes est convoqué au royaume des damnés, dirigé par un ancien Ghost Rider, le bien nommé Johnny Blaze. Le Roi de l’Enfer provoque Robbie en duel, une course avec en jeu ses pouvoirs de Rider. Si Blaze l’emporte, il cumulera ses pouvoirs avec ceux de Reyes et sera ainsi capable de régner entièrement sur les légions des damnés. Et si les desseins de Blaze étaient initialement vertueux, on peut être quasiment certains que la charge du Trône Infernal l’aura corrompu jusqu’à l’os.

Après un quatrième tome assez dispensable, Jason Aaron revient à ses moutons et met en lumière un des personnages les plus prometteurs de sa nouvelle mouture des Avengers. Robbie Reyes, héros réticent, subissant un pouvoir qui confine davantage à la malédiction et dont il commençait progressivement à tester les limites. On découvre donc à l’occasion de ce défi des Ghost Riders les différentes facettes du pouvoir de Robbie.

Jason Aaron s’amuse clairement comme un petit fou avec cette série. Dans chaque nouvel arc, il implémente de nouvelles idées originales, et ce Défi ne fait pas exception, avec moult incarnations de Riders, une course folle en Enfer et des drakkars customisés. En parallèle, l’intrigue liée aux Avengers préhistoriques avance de façon significative, sans que l’on sache encore clairement de quoi il retourne et ce qui lie les deux époques.

En résumé, ce cinquième volume relance la série avec un cocktail d’action et d’intrigue, comme Jason Aaron nous y a habitué.

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Hella et les Hellboyz #1: Tout droit en Enfer

Premier tome de 48 pages d’un diptyque écrit par Kid Toussaint et dessiné par Luisa Russo. Parution le 03/03/2021 aux éditions Drakoo.

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Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Hella elle a…

Hasard de calendrier ou stratégie de dumping artistique, on retrouve encore une fois Kid Toussaint pour ce premier tome horrifique, qui nous conte les mésaventures de Hella, jeune adolescente en phase de rébellion. Alors qu’elle dégrade rageusement la voiture de son acariâtre professeur de maths en compagnie de son cher et tendre bad boy Kieran, Hella passe devant la maison située au 21 rue Duroc. Cette sinistre demeure éloigne généralement les curieux, en raison des nombreuses tragédies dont elle fut le théâtre depuis sa construction. Certains la disent même hantée !

Qu’à cela ne tienne, Kieran décide d’y entrer afin de se faire oublier après son méfait, mais il n’en ressortira jamais… Éplorée, Hella va à la recherche de son petit-ami. Quelle n’est pas sa stupéfaction lorsqu’en passant la porte, elle atterrit dans les limbes infernales !

Hella fait donc une double découverte: Comme tous ceux qui s’y sont aventurés avant lui, Kieran est maintenu prisonnier dans les limbes, dont personne n’est capable de s’échapper, hormis…Hella. La jeune fille semble être la seule capable de regagner le monde normal, et donc la seule en mesure de retrouver Kieran. Pour ce faire, elle devra venir à bout de tous les seigneurs des lieux, toujours avant le lever du soleil.

Hell-ène et les garçons

Dans sa quête infernale, Hella saura se dégoter des alliés locaux, notamment trois garçons, Zack, Billy et Tony, prisonniers depuis plusieurs décennies à en croire leur style vestimentaire. Leur présence prolongée dans ces lieux, comme les autres humains, a perverti leur apparence pour faire d’eux des démons, mais leur innocence leur a évité une totale corruption, faisant d’eux des alliés de choix. Ainsi entourée, il ne reste plus à Hella qu’à s’élancer à la poursuite de son aimé pour le libérer des limbes, si elle le peut.

Soyons honnêtes, le titre du nouveau Kid Toussaint interpelle par sa ressemblance avec un certain comic traitant justement des liens de son protagoniste avec l’Enfer… A priori, la comparaison s’arrête là, gageons cependant que le second tome explorera plus avant les origines de Hella afin d’expliquer a)ce nom si particulier, et b)sa faculté à passer à volonté entre Terre et Enfer. L’ambiance est horrifique bien que le ton reste grand public, l’auteur sachant doser les éléments d’épouvante en parsemant le tout de team drama.

Cependant, le scénario s’emballe assez rapidement en plongeant Kieran dans la demeure maudite dès les premières pages, sans prendre le temps d’augmenter le capital sympathie de son héroïne. Avant de séparer les tourtereaux, rien de significatif ne vient nous démontrer leur attachement, si bien que la quête éperdue de Hella ne nous est pas ancrée émotionnellement. L’auteur prend tout de même le temps d’étoffer son personnage principal, mais il aurait été moins préjudiciable à l’intrigue d’axer la recherche sur un membre de sa famille plutôt que sur un petit copain random dont on a pas eu le temps d’admirer les qualités.

Empruntant à la Divine Comédie (voyage dans les différents cercles de l’Enfer) autant qu’à Orphée et Eurydice (le protagoniste va chercher l’être aimé en Enfer) avec une évidente référence structurelle à Saint Seya (un long escalier reliant différents sanctuaires, avec des boss à vaincre à chaque étape), Hella et les Hellboyz reste une lecture sympathique, charge à l’auteur d’approfondir ses personnages grâce à un second tome tout en évitant les écueils promis par la linéarité de la prémisse.

A partir de 10 ans. 

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Je, François Villon #3

BD de Luigi Critone, adapté de Jean Teulé
Delcourt (2011-2016), 61 p., série finie en 3 tomes.

couv_291294Le triptyque de Luigi Critone sépare la vie de Villon entre ses premiers méfaits d’étudiant (Tome 1), sa vie de bandit (tome 2) et sa repentance (tome 3), de façon remarquablement équilibrée et logique. A la complexité des citations des poèmes en ancien français entre les parties répond une linéarité plaisante et l’élégance du trait.

Ce dernier volume, après les horreurs passées, s’ouvre sur une séquence de théâtre où le public invisible est clairement le lecteur: Villon s’y confronte à ses démons, sa morale, son sur-moi avec qui il disserte de ce qu’il a fait et de ce qu’il doit faire. Cette introspection débouchera très rapidement sur l’emprisonnement et la torture, aussi abominable que les peines qu’il a causées. Là diverge la fiction des écrits de l’auteur où il se lamente longuement sur son sort et les malheurs que la Justice et quelques puissants lui ont infligé. Dans l’album pas de plaintes passée l’introduction: la dureté de la sanction semble lui mettre du plomb dans la cervelle et lui fait atteindre la maturité tant repoussée. La morale ne porte pas sur une sanction méritée, la BD a montré combien il n’y avait pas de morale en cette sombre époque. Simplement elle pose un principe de réalité à un personnage qui a tenté de s’en émanciper toute sa vie durant.

L’épisode nous fait rencontrer Louis XI qui le libère après un long et joli dialogue où les crimes du poètes répondent aux crimes du roi, en écho. Si l’intermède du tome 2 avec l’humaniste Charles d’Orléans était un peu frustrante par sa brièveté  (l’enjeu pour Critone était de montrer une nouvelle fois la trahison de Villon), les échanges prennent ici une grande force sur des considération philosophico-morales.

La constance du personnage construit par l’auteur de BD est vraiment remarquable de cohérence tout au long de cette trilogie. Rarement un personnage de BD aura eu une telle épaisseur et le discours une telle solidité. Le travail tant graphique (superbe) que littéraire mérite toute l’attention des lecteurs et je recommande très chaudement l’achat d’une série que Delcourt a eu la sagesse d’éditer en intégrale.

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Je, François Villon #2

BD du mercredi
BD de Luigi Critone, adapté de Jean Teulé
Delcourt (2011-2016), 61 p., série finie en 3 tomes.

couv_225379Le premier tome de cette magnifique série (disponible en intégrale) présentait les premières années de Villon, ses premières trahisons et tentations criminelles. L’on nous dépeignait une époque sombre mais sous le regard de l’insouciance adolescente…

Ce second tome au titre bien trouvé « Bienvenue chez les ignobles » est particulièrement dur et éprouvant à la lecture. Non que les scènes illustrées soient d’une violence crue (on assiste bien à plusieurs scènes de pillages, de massacres et de viols, mais sans insistance). Non, la dureté est psychologique: ce personnage relativement attachant dont nous avons vus les premières années difficiles et, en tant que poète voué à éclairer ses contemporains, entame une descente aux enfers, sans explication, en un chemin vers l’horreur absolu,  annoncé par les conditions de l’entrée dans la confrérie criminelle de la Coquille:

Un vol scandaleux aux yeux de tous, un crime écœurant devant témoins, puis en guise de bienvenue dans la confrérie, nous offrira ce qu’on te demandera.

Je ne déflorerais pas le fameux cadeau mais il est bien entendu qu’il vise à garantir par l’acte le plus ignoble qui soit que ce nouveau membre aura une fidélité absolu à sa confrérie. Recommandé comme poète à la cour d’un seigneur, Villon trahira encore ceux qui lui offrent sa confiance gratuitement et rejoindra une bande de pillards qui mettent le pays à feu en à sang. L’auteur ne nous donne pas d’indications sur le pourquoi de cette autodestruction. Peut-être est-ce les vers du poète qui ponctuent le récit qui nous donnent quelques pistes: un poète doit-il vivre la vie de ses contemporains pour pouvoir la relater fidèlement? Est-ce une purge auto-infligée pour se convaincre de sa liberté absolue?

La structuration de la série en trois albums très différents est remarquable et le dessin lui-même évolue vers plus de séquences contemplatives, notamment avec des séquences muettes sur la fin, faite de paysages en lavis superbes. Les figures de bienveillants aidant Villon sont à l’échelle des trahisons qui viendront. François Villon a une œuvre complexe (en ancien français) connue pour relater à la fois sa vie (l’une des premières autobiographies) et celle des petites gens contrairement aux récits de geste et courtois de l’époque qui se préoccupaient des puissants. C’est sans doute ce qu’a voulu montrer Critone dans cet album: une chronique de la vie des gueux et de son chroniqueur, dans une époque sans morale où la confiance et la vertu sont des anomalies. Ayant grandi dans la violence, le viol et le pouvoir autocratique, en homme de son temps il ne peut s’extraire à sa condition s’il veut rester fidèle, comme poète à ce qu’il relate.

Je François Villon est une BD complexe, très riche et qui donne envie de lire l’ouvrage qui lui a donné naissance. Ma chronique séparée des tomes m’empêche de mettre 5 Calvin, mais au regard des critères on n’en est vraiment pas loin.

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