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Hella et les Hellboyz #1: Tout droit en Enfer

Premier tome de 48 pages d’un diptyque écrit par Kid Toussaint et dessiné par Luisa Russo. Parution le 03/03/2021 aux éditions Drakoo.

bsic journalism

Merci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Hella elle a…

Hasard de calendrier ou stratégie de dumping artistique, on retrouve encore une fois Kid Toussaint pour ce premier tome horrifique, qui nous conte les mésaventures de Hella, jeune adolescente en phase de rébellion. Alors qu’elle dégrade rageusement la voiture de son acariâtre professeur de maths en compagnie de son cher et tendre bad boy Kieran, Hella passe devant la maison située au 21 rue Duroc. Cette sinistre demeure éloigne généralement les curieux, en raison des nombreuses tragédies dont elle fut le théâtre depuis sa construction. Certains la disent même hantée !

Qu’à cela ne tienne, Kieran décide d’y entrer afin de se faire oublier après son méfait, mais il n’en ressortira jamais… Éplorée, Hella va à la recherche de son petit-ami. Quelle n’est pas sa stupéfaction lorsqu’en passant la porte, elle atterrit dans les limbes infernales !

Hella fait donc une double découverte: Comme tous ceux qui s’y sont aventurés avant lui, Kieran est maintenu prisonnier dans les limbes, dont personne n’est capable de s’échapper, hormis…Hella. La jeune fille semble être la seule capable de regagner le monde normal, et donc la seule en mesure de retrouver Kieran. Pour ce faire, elle devra venir à bout de tous les seigneurs des lieux, toujours avant le lever du soleil.

Hell-ène et les garçons

Dans sa quête infernale, Hella saura se dégoter des alliés locaux, notamment trois garçons, Zack, Billy et Tony, prisonniers depuis plusieurs décennies à en croire leur style vestimentaire. Leur présence prolongée dans ces lieux, comme les autres humains, a perverti leur apparence pour faire d’eux des démons, mais leur innocence leur a évité une totale corruption, faisant d’eux des alliés de choix. Ainsi entourée, il ne reste plus à Hella qu’à s’élancer à la poursuite de son aimé pour le libérer des limbes, si elle le peut.

Soyons honnêtes, le titre du nouveau Kid Toussaint interpelle par sa ressemblance avec un certain comic traitant justement des liens de son protagoniste avec l’Enfer… A priori, la comparaison s’arrête là, gageons cependant que le second tome explorera plus avant les origines de Hella afin d’expliquer a)ce nom si particulier, et b)sa faculté à passer à volonté entre Terre et Enfer. L’ambiance est horrifique bien que le ton reste grand public, l’auteur sachant doser les éléments d’épouvante en parsemant le tout de team drama.

Cependant, le scénario s’emballe assez rapidement en plongeant Kieran dans la demeure maudite dès les premières pages, sans prendre le temps d’augmenter le capital sympathie de son héroïne. Avant de séparer les tourtereaux, rien de significatif ne vient nous démontrer leur attachement, si bien que la quête éperdue de Hella ne nous est pas ancrée émotionnellement. L’auteur prend tout de même le temps d’étoffer son personnage principal, mais il aurait été moins préjudiciable à l’intrigue d’axer la recherche sur un membre de sa famille plutôt que sur un petit copain random dont on a pas eu le temps d’admirer les qualités.

Empruntant à la Divine Comédie (voyage dans les différents cercles de l’Enfer) autant qu’à Orphée et Eurydice (le protagoniste va chercher l’être aimé en Enfer) avec une évidente référence structurelle à Saint Seya (un long escalier reliant différents sanctuaires, avec des boss à vaincre à chaque étape), Hella et les Hellboyz reste une lecture sympathique, charge à l’auteur d’approfondir ses personnages grâce à un second tome tout en évitant les écueils promis par la linéarité de la prémisse.

A partir de 10 ans. 

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Je, François Villon #3

BD de Luigi Critone, adapté de Jean Teulé
Delcourt (2011-2016), 61 p., série finie en 3 tomes.

couv_291294Le triptyque de Luigi Critone sépare la vie de Villon entre ses premiers méfaits d’étudiant (Tome 1), sa vie de bandit (tome 2) et sa repentance (tome 3), de façon remarquablement équilibrée et logique. A la complexité des citations des poèmes en ancien français entre les parties répond une linéarité plaisante et l’élégance du trait.

Ce dernier volume, après les horreurs passées, s’ouvre sur une séquence de théâtre où le public invisible est clairement le lecteur: Villon s’y confronte à ses démons, sa morale, son sur-moi avec qui il disserte de ce qu’il a fait et de ce qu’il doit faire. Cette introspection débouchera très rapidement sur l’emprisonnement et la torture, aussi abominable que les peines qu’il a causées. Là diverge la fiction des écrits de l’auteur où il se lamente longuement sur son sort et les malheurs que la Justice et quelques puissants lui ont infligé. Dans l’album pas de plaintes passée l’introduction: la dureté de la sanction semble lui mettre du plomb dans la cervelle et lui fait atteindre la maturité tant repoussée. La morale ne porte pas sur une sanction méritée, la BD a montré combien il n’y avait pas de morale en cette sombre époque. Simplement elle pose un principe de réalité à un personnage qui a tenté de s’en émanciper toute sa vie durant.

L’épisode nous fait rencontrer Louis XI qui le libère après un long et joli dialogue où les crimes du poètes répondent aux crimes du roi, en écho. Si l’intermède du tome 2 avec l’humaniste Charles d’Orléans était un peu frustrante par sa brièveté  (l’enjeu pour Critone était de montrer une nouvelle fois la trahison de Villon), les échanges prennent ici une grande force sur des considération philosophico-morales.

La constance du personnage construit par l’auteur de BD est vraiment remarquable de cohérence tout au long de cette trilogie. Rarement un personnage de BD aura eu une telle épaisseur et le discours une telle solidité. Le travail tant graphique (superbe) que littéraire mérite toute l’attention des lecteurs et je recommande très chaudement l’achat d’une série que Delcourt a eu la sagesse d’éditer en intégrale.

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Je, François Villon #2

BD du mercredi
BD de Luigi Critone, adapté de Jean Teulé
Delcourt (2011-2016), 61 p., série finie en 3 tomes.

couv_225379Le premier tome de cette magnifique série (disponible en intégrale) présentait les premières années de Villon, ses premières trahisons et tentations criminelles. L’on nous dépeignait une époque sombre mais sous le regard de l’insouciance adolescente…

Ce second tome au titre bien trouvé « Bienvenue chez les ignobles » est particulièrement dur et éprouvant à la lecture. Non que les scènes illustrées soient d’une violence crue (on assiste bien à plusieurs scènes de pillages, de massacres et de viols, mais sans insistance). Non, la dureté est psychologique: ce personnage relativement attachant dont nous avons vus les premières années difficiles et, en tant que poète voué à éclairer ses contemporains, entame une descente aux enfers, sans explication, en un chemin vers l’horreur absolu,  annoncé par les conditions de l’entrée dans la confrérie criminelle de la Coquille:

Un vol scandaleux aux yeux de tous, un crime écœurant devant témoins, puis en guise de bienvenue dans la confrérie, nous offrira ce qu’on te demandera.

Je ne déflorerais pas le fameux cadeau mais il est bien entendu qu’il vise à garantir par l’acte le plus ignoble qui soit que ce nouveau membre aura une fidélité absolu à sa confrérie. Recommandé comme poète à la cour d’un seigneur, Villon trahira encore ceux qui lui offrent sa confiance gratuitement et rejoindra une bande de pillards qui mettent le pays à feu en à sang. L’auteur ne nous donne pas d’indications sur le pourquoi de cette autodestruction. Peut-être est-ce les vers du poète qui ponctuent le récit qui nous donnent quelques pistes: un poète doit-il vivre la vie de ses contemporains pour pouvoir la relater fidèlement? Est-ce une purge auto-infligée pour se convaincre de sa liberté absolue?

La structuration de la série en trois albums très différents est remarquable et le dessin lui-même évolue vers plus de séquences contemplatives, notamment avec des séquences muettes sur la fin, faite de paysages en lavis superbes. Les figures de bienveillants aidant Villon sont à l’échelle des trahisons qui viendront. François Villon a une œuvre complexe (en ancien français) connue pour relater à la fois sa vie (l’une des premières autobiographies) et celle des petites gens contrairement aux récits de geste et courtois de l’époque qui se préoccupaient des puissants. C’est sans doute ce qu’a voulu montrer Critone dans cet album: une chronique de la vie des gueux et de son chroniqueur, dans une époque sans morale où la confiance et la vertu sont des anomalies. Ayant grandi dans la violence, le viol et le pouvoir autocratique, en homme de son temps il ne peut s’extraire à sa condition s’il veut rester fidèle, comme poète à ce qu’il relate.

Je François Villon est une BD complexe, très riche et qui donne envie de lire l’ouvrage qui lui a donné naissance. Ma chronique séparée des tomes m’empêche de mettre 5 Calvin, mais au regard des critères on n’en est vraiment pas loin.

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