BD·East & West·Service Presse

Cuisine chinoise

esat-west

BD de Zao Dao
Mosquito (2018), 86p.

couv_319961Je tiens à remercier les éditions Mosquito qui me permettent régulièrement de découvrir et faire découvrir leurs publications et leur travail de recherche d’auteurs innovants visuellement.

La première publication de Zao Dao chez Mosquito faisait saliver par sa puissance évocatrice fantastique, instillant une irrépressible envie d’avoir enfin une vraie grande histoire de démons et de chasseurs dans la Chine mythologique et il faut dire que cette Cuisine chinoise ne viens pas combler ce manque (peut-être le art-book « carnet sauvages » remplit-il cet effet… malheureusement je ne l’ai pas lu). C’est sans doute son principal défaut, car l’on sent dans chaque image la permanence de cet univers un peu cracra fait de personnages mi-hommes mi-démons, d’insectes et de fantômes aux physionomies toutes plus étranges. https://www.bedetheque.com/media/Planches/PlancheA_319961.jpgCertaines histoires sont un peu ésotériques notamment quand à leur chute et je pense qu’il est préférable (comme pour certains Miyazaki du reste) de prendre cette lecture plus comme des tranches d’univers culturel chinois que des récits construits. Il est probable que les codes des légendes chinoises soient assez éloignés des nôtres mais le travail graphique reste remarquable, notamment par les changements de techniques et de matériaux. L’utilisation du papier jaune notamment permet de fantastiques compositions, avec le personnage aux cheveux blancs qui revient souvent dans l’œuvre de l’artiste.

Des cinq histoires racontées dans le recueil, deux m’ont parues de longueur et de construction permettant un véritable récit. Les autres sont plus des expérimentations (la deuxième séquence sur les insectes est peut-être la plus intéressante mais aussi la plus expérimentale, intime et éloignée du thème de la cuisine: un jeune homme assouvit sa rancœur de voir ses parents se battre en massacrant des insectes, permettant un beau travail graphique, mais oh que sombre!).

Résultat de recherche d'images pour "mosquito cuisine chinoise zao dao"Hai Zi nous fait suivre un humain-démon passionné de cuisine et incompris et rejeté par les humains car il utilise des ingrédients dégoûtants pour ses créations. Son grand-père souhaite qu’il redevienne plus classique afin de pouvoir subvenir aux besoins de la famille grâce à leur restaurant… quand surviennent deux créatures aux goûts peu académiques.

Haleine d’immortelle est l’histoire la plus drôle qui est la plus proche d’un documentaire sur la cuisine en expliquant l’histoire d’un gâteau soufflé en pâte de riz et qui renfermerait l’haleine fétide d’une mamie…

Au final si Zao Dao reste un auteur majeur proposant régulièrement des fulgurances et des expérimentations passionnantes, sa maîtrise des récits reste à développer et pour l’heure, personnellement je me reconnais mieux dans ses récits de fantômes même s’ils sont sous forme de simples illustrations. Son travail sur la cuisine lui aura sans doute permis d’apprendre certaines structures narratives et espérons qu’elle nous proposera prochainement enfin la grande histoire évoquée dans le souffle du vent dans les pins

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Le blog très personnel et assez fourni de l’auteur.

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Guide de lecture·Manga·Numérique

Sun-ken Rock 8# – 11#

East and westUn premier article sur la série a été publié sur le blog. Un deuxième en mode étape de lecture pour les épisodes 3 à 7. Je viens de découvrir l’existence du sous genre Manga Ecchi, qui correspondrait à de la BD érotique chez nous (contrairement au Hentaï qui est porno). C’est vrai que quand on regarde les critères de ce genre on est pas loin. Ceci dit, dans Dragonball il y a des saignements de nez et des petites culottes… Si j’ai bien saisi ça reste de la BD avec une intrigue et un intérêt autre (ici la baston et les histoires d’État et de lutte de pouvoirs), le sexe n’est pas l’objectif premier du manga comme pour le Hentaï. Si je cherche une BD franco-belge dans ce style j’imagine qu’on serait entre Murena, les Borgia (Manara-Jodo) et Druuna (que du A…).Résultat de recherche d'images pour "sun-ken rock volume 8"

L’épisode 8 voit, après un intermède en mode « n’importe quoi », la fine équipe de Ken débarquer en Italie pour rendre visite au Parrain ami du père de Tae-Soo.  Ils rentrent en Corée avec Benito, un « étalon » membré comme un cheval que le Parrain dote d’une mission secrète. Comme vous le voyez, on reste dans le registre sexuel même s’il y a moins de nichons que sur d’autres tomes.

Le volume 9 voit Ken engagé comme chauffeur d’une star de la chanson. Il se retrouve quasi-esclave du manager et soumis à la tentation de la jolie Sun. L’auteur semble avoir voulu explorer le monde des fans et du star-système coréen. Pas franchement convaincu par cet arcRésultat de recherche d'images pour "sun-ken rock volume 8"

Dans le volume 10 un groupe de chanteuses est recruté et mis sous l’aile de Ken qui doit les protéger de l’appétit sexuels du manager et qui va être très tenté par les mœurs très très  libérées des donzelles…

Le volume 11 raccroche avec les thématiques précédentes: mélange de corruption, de traite des femmes et de baston mafieuse. On revient dans la ligne qui fait l’intérêt de Sun-Ken Rock. A noter que le trait évolue vers quelque chose de plus éthéré, noir, moins manga-déconne. Et plus esthétique que jamais!

Pas franchement intéressant, cet arc se déroule sur 4 volumes et est surtout un prétexte pour des séquences de nu en mode « huile et t-shirt mouillé » en laissant de côté les bastons et l’affrontement avec le Hakuryû-kai. On dira que ça dénonce vaguement la domination sexuelle masculine (c’est d’actualité)… Après cet écart, la série reprend vraiment à partir du tome 12…

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Sun-ken Rock 3# – 7#

East and west

Un premier article sur la série a été publié sur le blog.

Résultat de recherche d'images pour "boichi sun-ken rock"

La poursuite de la série (et le plaisir de lecteur) m’a donnée envie de prolonger le billet au cours de l’avancée, sorte de billet d’étape.

Si les deux premiers volumes n’ont rien d’exceptionnel tant au niveau du scénario que du dessin (mais donnent le ton sur le côté pas sérieux, très sexy et tente-sixième degré de l’humour), le manga commence à devenir véritablement intéressant à partir du volume 3 où Ken et sa bande suivent un entraînement hardcore auprès de moines-soldats du mont Ji-ri. Dans le volume 4 ils mettent à profit leurs nouvelles capacités physiques et de combattants en éliminant un gang de Séoul et en devenant les protecteurs du quartier.

Résultat de recherche d'images pour "sun-ken rock"Le volume 5 marque un tournant tant graphique que scénaristique dans la série: Yumin explique qu’elle est la fille du premier chef Yakuza du Japon et l’on comprend aussitôt que cela sera le fil conducteur du reste du manga. C’est aussi l’occasion pour Boichi de s’envoler visuellement: des combats nocturnes, gunfights et katana, des gros plans et des pleines pages chorégraphiées… l’artiste se fait plaisir et nous fait plaisir! Résultat de recherche d'images pour "boichi sun-ken rock"La bascule est étonnante entre l’avant et l’après volume 5. A partir de là l’action ne s’arrête plus et on prend un vrai plaisir sur certaines cases ou pages. La maîtrise anatomique du coréen est impeccable et si ses visages empruntent légèrement à la tradition manga (des gros yeux) on sent une attraction sensible vers le réalisme avec une utilisation de traits hachurés qui cassent le côté industriel de l’impression manga et permettent un incroyable dynamisme sur les scènes d’action. La fureur marque beaucoup de dessins et cela pourra paraître trop à certains. Pourtant comme je l’avais dit dans le premier billet (mes premières impressions) on reste dans un genre codifié: le manga de baston mafieux, organisé sur le modèle du jeu vidéo avec niveaux (les chapitres du manga sont des « level ») et boss de fin. Tout est exagéré dans Sun-ken rock, des mafieux bourrins et graveleux aux filles se vautrant de tous leurs charmes aux pieds du héros.

Dans les volumes 6 et 7 s’engage une guerre pour la prise de l’Imperial Cacino afin de devenir le premier gang de Corée.

Résultat de recherche d'images pour "boichi sun-ken rock"Ce que j’apprécie notamment dans ce manga c’est sa radicalité et son absence de censure. Si beaucoup de manga et (tous) les comics de super-héros montrent les personnages (et les filles) dans des tenues hyper moulantes et suggestives mais « techniquement habillées », Boichi ne s’ennuie pas avec des cache-sexe: ses personnages sont hypertrophiés (hyper musculeux pour les garçons, hyper sexués pour les filles), beaucoup de scènes sont des excuses non voilées pour illustrer des scènes de cuisines ou des filles nues (étrange juxtaposition des deux mais c’est la réalité de ce manga). L’auteur semble un brin obsédé par la chose et très macho (attention, certaines scènes virent presque au Hentai… mais finalement pas plus que Manara), mais après tout c’est son manga et si l’image de la femme y est très chosifiée, celle de l’homme n’est pas franchement tendre: totalement poseurs, clichés mafioso et attitudes puériles systématiques, je ne suis pas sur que la gente masculine soit mieux traitée. L’envie graphique de Boichi est évidente et je crois qu’il ne faut pas se poser plus de questions que cela.

Résultat de recherche d'images pour "sun-ken rock"La série permet du reste de découvrir une partie de la vie quotidienne coréenne, beaucoup de recettes de cuisines (parfois insérées dans des situations improbables comme lors du combat de l’Imperial Hotel) et une réelle dénonciation de l’histoire politique et du système institutionnel coréen réputé pour sa forte corruption et qui fait justifier l’axe central de Sun-Ken Rock: dans un état corrompu, une organisation criminelle structurée est-elle plus nocive pour la société que l’État officiel?

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BD·Rapidos

Lord of burgers

Pour garder une homogénéité au thème de ce blog (l’imaginaire et le graphisme) sans oublier les lectures moins glorieuses, je vais désormais publier des billets courts sur mes lectures, notamment prises en bibliothèque. Ça permettra d’être plus exhaustif.

Lord of Burgers c’est une série (plutôt pour ado) en 4 tomes d’Arleston et Barbucci (en directeur créatif: entendre « coach de jeunes illustrateurs qui n’en veulent »… puis en illustrateur principal sur les tomes 3 et 4). Un grand chef est assassiné alors que son fils bosses dans le burger pour le faire ch… et sa fille se passionne pour les lames japonaises. Ils se retrouvent contraints de reprendre le resto pour faire face aux dettes. En somme l’histoire du film « Ratatouille » mais en BD.LORD OF BURGER T01NEW[GL].indd.pdf

Et donc? Ben c’est sympa et original et se déguste plus comme un bon hamburger que comme un repas trois étoiles. On est en plein dans l’humour manga à base de grimaces et d’exagérations too much. Le dessin est correcte sans plus et l’arrivée aux crayons de Barbucci ne rehausse en rien la qualité (qui reste homogène sur les 4 volumes). L’esprit jeune branché est clairement destiné aux ado et l’on imagine plus cette série en lecture d’été dans Lanfeust Mag qu’en tirage de tête précieux dans votre bibliothèque. Une bonne lecture de bibliothèque en somme.