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Monsieur Vadim #2: Supplément frites et sulfateuse

La BD!

Second tome du diptyque écrit par Gihef et dessinée par Morgann Tanco. Parution le 18/08/21 chez Grand Angle.

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Merci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

La vieillesse, ce naufrage

Vadim en a vu de dures pendant toutes ses années de services au sein de la Légion étrangère. Pourtant, ce n’est que récemment que ses conditions de vie se sont dégradées. Le militaire retraité a perdu sa fille, victime de l’emprise d’un proxénète, et son ex-gendre douteux l’empêche de voir son petit-fils Sasha.

Pire encore, son curateur l’a spolié de toutes ses ressources, ce qui a obligé la papi légionnaire à quitter sa maison de retraite de façon impromptue. Soutenu par une jeune assistante sociale naïve et entraveé par les lourdeurs du système administratif, Vadim tente de retomber sur ses pattes, mais finit par attirer l’attention du Belge, un voyou dont l’appétit n’a d’égal que l’ambition, et qui espère détrôner la Trinité, l’organisation criminelle qui a la mainmise sur la Côte d’Azur.

Voici notre vieux briscard qui reprend du service, se réinventant en tueur à gages pour reprendre sa vie en main. Mais tout ne se passe pas comme prévu, d’abord parce que Vadim n’est plus dans sa prime jeunesse, et ensuite car un concours de circonstances fait que Sasha est présent sur les lieux du contrat, ce qui fait perdre ses moyens à l’ancien tireur d’élite.

Papy flingueur

Vu que le premier tome prenait fin sur un cliffhanger à l’issue duquel Vadim se retrouvait suspendu à un arbre, il était logique que ce second tome s’ouvre sur une scène tendue nous faisant craindre pour l’avenir de notre octogénaire protagoniste. Vadim s’en sort assez facilement, même si c’est de peu. Le reste de l’album est un polar assez typique qui nous donne à voir corruption suivie de rédemption, vengeance sur fond de justice poétique, sans oublier une petite dose d’humour impertinent.

On pourrait toutefois reprocher à l’album de ne pas aller au bout de sa prémisse. En effet, placer un vieil homme qui a passé son apogée de loin, dans une situation à la fois injuste et dangereuse, aux prises avec des gangsters, promet des scènes d’actions décalées et traitant avec malice du naufrage de la vieillesse.

Mais l’accent n’est pas assez mis sur cet aspect, l’arthrose et la vieillesse ne constituant pas un élément déterminant durant les scènes d’action. L’ambiance générale, avec son casting de gangsters reste toutefois agréable à suivre, ce qui est du aussi en grande partie au capital sympathie de Monsieur Vadim.

Cette satire sociale déguisée en polar décalé s’avère donc une bonne lecture, pour peu que l’on ne soit pas allergique au plombs ni aux crevettes.

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Lecture COVID: Moriarty #1

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Les sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits). N’hésitez pas à signaler en commentaire de ce billet des liens intéressants vers d’autres éditeurs!


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Manga de Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi
Kana (2018-), série en cours, 6 vol./11 parus en France.

badge numeriqueLes personnages et l’univers de Sherlock Holmes font parti des plus attrayants, surtout pour toutes les variations autour du canon qui fleurissent dans les imaginations des auteurs. Moriarty est l’un des plus charismatiques et mystérieux méchants de l’imaginaire collectif… il n’en fallait pas plus pour me donner envie de tester cette série qui propose d’aborder l’enfance et l’ascension de l’ennemi du locataire du 221b Baker Street… au travers du prisme des classes sociales dans l’Angleterre victorienne. Sujet ô combien omniprésent dans la culture manga, comme un rappel à l’histoire et la société si particulières de l’archipel, j’ai parfois l’impression que tous les mangas que je lis abordent cette question de façon assez frontale (par exemple Innocent, Les héros de la galaxie, Green blood,…)!

Moriarty T1 - Par Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi - (...) - ActuaBDCe premier tome aux dessins très soignés et agréables (même si on peut les trouver un peu formatés « Anime ») décrit ainsi comment une fratrie d’orphelins se retrouve à la tête d’une famille noble, l’un d’eux utilisant sa grande intelligence et son absence de tabou pour se dresser en justicier d’une société pétrie d’injustice et de conservatismes quasi féodaux. Je reconnais que j’ai eu un peu de mal à distinguer certains personnages au début mais progressivement, à mesure que l’histoire se structure on trouve nos repères et suivons avec grand plaisir ces prémisses d’une vie de crime. Outre le fait d’aborder ainsi de front un sujet très sérieux et historique, le manga postule dès la première page (qui nous montre Moriarty et Sherlock aux chutes de Reichenbach, là ou le détective est supposé avoir trouvé la mort) une inversion des rôles, Moriarty ayant été le véritable justicier contre un enquêteur qui n’aurait fait que défendre l’ordre établi… Idée passionnante. Je ne sais à ce stade si le projet des auteurs est de confronter leur héros à Sherlock Holmes mais pour un démarrage l’album fait du très bon travail et donne envie de continuer la découverte.

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La vampire de barcelone

Le Docu du Week-End
BD de Parra, Ledesma, Gonzalez
Les éditions du long bec (2019), 120 p., one-shot.

bsic journalismMerci aux Editions du Long bec pour cette découverte.

couv_367812Je n’avais pas prévu cette critique pour la rubrique Docu du Week-End, mais l’aspect historique de l’intrigue et surtout la qualité du travail d’édition sur les annexes font de cet album un vrai documentaire illustré. J’en profite donc pour souligner la qualité du boulot des Editions du Long Bec, que j’avais découvert sur l’excellent Ava Granger en début d’année et qui non seulement publie à une fréquence soutenue mais nous fait découvrir de « jeunes » auteurs étrangers de grande qualité. L’exigence graphique du catalogue de cet éditeur est importante et quand on regarde ce Vampire de Barcelone, avec une préface, une introduction, un épilogue, une conclusion (le tout illustré de journaux d’époque dans une très bonne définition), un cahier graphique et la première BD réalisée, en 1912 sur l’histoire de la Vampire de Barcelone, on ne peut qu’être élogieux. Cela participe grandement à l’appréciation générale sur l’album et l’immersion du lecteur. Joli boulot et un Calvin éditeur.

En 1912 toute la ville de Barcelone est en effervescence après la disparition d’une fillette dans le quartier populaire d’El Raval. Très vite l’enquête révèle une affaire qui n’a rien de banale et semble impliquer des personnalités de la haute société catalane. Entre la personnalité de la suspecte, surnommée « Vampire » et les difficultés de l’avancée de l’enquête, le juge Fernando de Prat voit son professionnalisme mis à rude épreuve…

Résultat de recherche d'images pour "la vampire de barcelone gonzalez"La Vampire de Barcelone intrigue par son titre et une couverture qui fait penser à l’orphelinat du film Les trois brigands. La qualité des encrages (comme souvent chez les dessinateurs espagnols) et des couleurs saute aux yeux dès cette première image au design élégant. Les auteurs nous proposent une véritable enquête policière dont le suspens ne portera pas sur l’identité du criminel (la fameuse vampire sera arrêtée dès les premières pages) mais bien sur la mise au jour d’une machination dont on ne sait si le plus horrible est les actes de la criminelle ou le cynisme des dignitaires qui couvrent ses agissements. La mécanique du scénario est la classique découverte d’éléments successifs, reprenant les confrontations entre juge d’instruction et suspecte, découverte d’indices, intervention de tiers maléfiques etc. Mais l’on sent que nous avons surtout affaire à une chronique de l’époque, des mœurs de l’Espagne d’avant Guerre, une société corsetée dans ses classes sociales et des puissants qui se croient tout permis, y compris le plus flagrant viol de la morale chrétienne et sociale. Ce qui fascine c’est, comme dans tous les documentaires, la confrontation de la BD avec les documents d’époque, le fait de savoir que ces évènements se sont vraiment passés.

Résultat de recherche d'images pour "vampira de barcelona gonzalez"La lecture ne garde pas moins l’aspect thriller avec une machination très efficace à mesure que le juge de Prat découvre les protection dont jouit Enriqueta Marti, qu’il se fait agresser et que les pièces à conviction disparaissent. Nous avons ainsi tout le long ce qui fait le sel des films à dossier avec des officiers idéalistes bataillant avec la procédure malgré des preuves qui devraient condamner l’auteur du rapt très rapidement. Le rythme n’est pas entrecoupé de coups de théâtres mais plutôt constitué d’une certaine linéarité dans la progression de l’enquête. Une sorte de tableau criminel où l’on se demande à chaque évènement si les véritables commanditaires historiques sont allés si loin ou si les auteurs ont pris des libertés. Les textes des annexes nous indiquent que le sujet a été relativement bien traité outre-Pyrénées dans la littérature et que la BD est bien restée au plus près des éléments connus, appuyée sur une documentation assez abondante dès les premières semaines des évènements. Totalement inconnu de par chez nous, on imagine néanmoins les cas similaires qui se sont produits dans l’histoire criminelle de notre pays au début du XX° siècle.

Résultat de recherche d'images pour "vampira de barcelona gonzalez"L’album nous permet de découvrir également un dessinateur (Jandro Gonzalez) de grande qualité, qui nous rappelle Jordi Lafebre et dont ce premier album BD en France laisse présager de très belle choses s’il devait continuer dans l’illustration album tant son talent, notamment dans les encrages et l’expressivité des visages, s’étend du réaliste-glauque au comique. Le rendu des espaces (essentiellement huis-clos), la dynamique des cadrages et une colorisation très élégante en font un bon représentant de l’école hispanique, style que j’adore et qui montre une qualité technique et esthétique redoutable depuis quelques années dans la BD franco-belge.

Cet album est une étonnante surprise de professionnalisme qui montre l’ambition croissante de ce petit éditeur alsacien qui semble se spécialiser pour l’instant dans les auteurs espagnols et italiens. L’alliance de beaux dessins expressifs, d’une documentation de qualité et d’un scénario efficaces font que ce sujet inconnu qui n’avait pas vocation à intéresser outre Espagne deviens une BD grand public qui rend curieux et montre que bien traité tout sujet est passionnant.

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