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The Resistance

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Album de 141 pages comprenant les six épisodes de la série écrite par J. Michael Straczinsky et dessinée par Mike Deodato Jr. Parution le 17/03/2021 aux éditions Panini Comics

Pandémie, Pan ! T’es mort !

Depuis l’an dernier l’éditeur Panini, connu pour distribuer les comics Marvel, s’est donné pour mission d’élargir son panel en dénichant des comics indépendants issus d’éditeurs américains moins connus du grand public français. En ce début d’année, le thème des Indy est clairement d’actualité, puisqu’après Year Zéro, qui nous rejouait l’apocalypse zombie, on trouve The Resistance, qui traite une nouvelle fois d’une pandémie mondiale touchant l’Humanité. 

L’histoire débute lors de l’apparition du virus XV1N1, un pathogène mortel à plus de 95% dont l’apparition et la propagation demeurent un mystère. En quelques mois, le virus qui a pris tous les gouvernements au dépourvu (tiens, tiens) a fait 400 millions de victimes, et laissé le monde dans un état plus précaire encore qu’avant la pandémie. Le plus préoccupant, c’est que personne ne parvient à comprendre pourquoi ni comment la pandémie a pris fin. Du jour au lendemain, les personnes infectées, qui jusque là mourraient en quelques heures, se relèvent, exemptes de symptômes. 

Cerise dramatique sur le gâteau médico-scientifique, il s’avère qu’une certaine frange de la population ayant survécu au virus a développé des capacités surhumaines. L’Humanité se réveille donc de cette tragédie avec 400 millions d’âmes en moins, mais avec 10 millions de mutants dotés de super pouvoirs. Quels sont les rouages de cette évolution ? Quels phénomènes sinistres cache-t-elle ? Comment l’ordre mondial va-t-il se réorganiser après tout ça ? Les masques seront-ils toujours obligatoires ? 

Un remède à la vie ?

JM Straczinsky est un auteur reconnu pour ses travaux sur Amazing Spider-Man, Supreme Power ou encore Rising Stars. Malheureusement, ce qui fait un bon auteur peut aussi le défaire, puisque dans le cas présent, The Resistance souffre de la comparaison avec chacun de ses précédents travaux. Un événement singulier qui donne des pouvoirs en masse (Rising Stars et son météore, Supreme Power et le nanovirus apporté par Hyperion, l’auteur se permet même d’opérer un mix des deux!), des héros nouveaux qui doivent trouver leur place face à des gouvernements suspicieux voire carrément fascistes (idem, Rising Stars et SP sont en plein dedans), et ainsi s’organiser, l’héroïne rédemptrice qui se sacrifie pour le bien commun…  

Le pitch reste intéressant notamment par sa résonance avec l’actualité et le traitement pseudo-réaliste qu’il fait de la place du super-héros dans le monde et du danger qu’il représente en vérité. D’autres œuvres s’y sont déjà essayées: Watchmen et Miracleman d’Alan Moore, Injustice, Supreme Power encore, The Authority, Planetary, No Hero, Black Summer, de Warren Ellis, Irrécupérable de Mark Waid, The Boys de Garth Ennis, la liste est longue et montre bien que le genre super-héroïque n’a pas attendu The Resistance pour s’autodigérer et opérer une remise en question. 

De surcroît, le débat philosophique est d’ailleurs relativement fade puisque l’on s’éparpille dans plusieurs thématiques sans que se dégage un protagoniste fort ni un discours cohérent. On passe par la peur des gouvernements (Watchmen, Authority), à la volonté de contrôler les êtres dotés de pouvoirs (Supreme Power) puis à la coercition, avec un bref passage par l’instrumentalisation et l’entertainement (The Boys). Tout cela sent donc le réchauffé, même si un début de réflexion lancé par l’auteur sur le fait que les pouvoirs ne sont finalement qu’un amplificateur de la nature profonde de celui qui les possède, n’est pas réellement exploité, à tort. 

Le dessin de Deodato Jr, s’il comporte un gimmick distrayant, celui de doter ses personnages des traits de certaines célébrités (j’ai repéré Ed Harris en POTUS, notamment), comporte depuis quelques temps déjà des incongruités anatomiques qui vont à rebours de l’immersion ciné génique qu’induit son style réaliste. 

En conclusion, JMS nous sert une version COVID de ses précédents travaux, un argument de vente osé de la part de Panini qui jusque là avait sur dégoter des petites pépites indé. 

***·BD·Numérique·Rétro

Lecture COVID: Sanctuaire

La BD!

badge numeriqueSanctuaire est une série en trois tomes, écrite par Xavier Dorison et dessinée par Christophe Bec, parue entre 2001 et 2004 aux éditions des Humanoïdes Associés. L’intégrale la plus récente a été éditée en novembre 2018.

Couverture de Sanctuaire -INT- Intégrale

Les Lois de l’enfermement

En ces temps troublés de confinement mortifère où l’extérieur est redevenu un danger et où le prochain une menace, quoi de mieux que de se plonger dans un thriller aquatique claustrophobe, dans lequel les membres d’équipage d’un sous-marin sont piégés dans un lieu maudit au fond des eaux ?

Sanctuaire est une série dont l’impact sur le neuvième paysage artistique est indéniable, et qui a généré rien de moins qu’un reboot en cinq tomes (Sanctuaire Redux) ainsi qu’un prequel (Sanctuaire Genesis). Dans un contexte de guerre (pas si) froide, l’USS Nebraska patrouille au large de la Syrie et intercepte un mystérieux signal de détresse. Ce qu’ils vont trouver dépasse l’entendement: un vieux sous-marin soviétique échoué, aux abords d’une antique cité engloutie par les eaux. C’est en voulant explorer d’un peu trop près ces ruines que l’équipage va découvrir que quelque chose d’ancien et de malveillant y rôde, et que cette entité a jeté son dévolu sur eux…

Angoisse sous-marine

Dès lors, l’ambiance va assez rapidement dégénérer entre les parois du navire submersible. Les esprits vont s’échauffer, les angoisses patiemment refoulées vont resurgir violemment, pour donner place à une folie galopante, et même…à une incompréhensible épidémie à bord. Tandis que dans le sous-marin endommagé, les quelques hommes encore sains d’esprits tentent de trouver une issue favorable à cette débâcle, l’équipe d’expédition fait face de façon beaucoup plus frontale à un mal ancestral, pour qui les ruines servaient de prison, et qui a hâte de goûter à nouveau à la liberté.

Xavier Dorison utilise les trois tomes de Sanctuaire pour créer une ambiance paranoïaque et hallucinée, enchaînant les événements inexpliqués pour mieux plonger ses marins dans un océan de confusion, qui leur était étrangère jusque-là. Alors que ces soldats aguerris et rompus à la navigation sont formés pour faire face à toutes sortes de situations potentiellement létales, le scénariste va prendre un malin plaisir à les projeter face à l’inconnu, l’indicible même, mettant à l’épreuve leurs facultés mentales ainsi que leur instinct de survie.

Comme soulevé précédemment dans la chronique consacrée à Carthago, cette fois scénarisée par Christophe Bec, les dialogues, axés autour de la résolution de problèmes et parcourus par un jargon technique, donnent un aperçu du travail de documentation effectué par l’auteur, ce qui a pour effet de crédibiliser l’ensemble, mais peuvent être de nature à faire décrocher le lecteur non-initié ou pas assez attentif.

Le reste demeure impeccable, la trame générale de la trilogie reposant sur le ressort classique du Mal-scellé-dans-un-endroit-mystérieux et générant une terreur lovecraftienne à chaque recoin de planche. Xavier Dorison distille ce qu’il faut de background pour que le lecteur reste accroché, avide de réponses quant au sort des Le sanctuaire - AU COEUR DES BULLESprotagonistes ou à l’origine de l’être qui hante le Sanctuaire. On peut toutefois déplorer un clap de fin un peu brusque, qui contraste avec le soin apporté au reste de l’œuvre.

La partie graphique assurée par Christophe Bec, montre l’aisance de ce dernier avec le monde sous-marin, que l’auteur a exploré par la suite dans d’autres de ses œuvres (Carthago en tête). En revanche, il est possible de rester un tantinet perplexe face à certains de ses visages, qui, personnellement, m’ont peu fait traverser la fameuse Vallée de l’Étrange sur certaines cases (du coup, je ne suis pas sûr, mais j’ai cru comprendre que le dessinateur s’était inspiré d’acteurs pour certains personnages, les plus reconnaissables étant Bruce Willis ou encore Johnny Depp).

En résumé, Sanctuaire est un classique du genre Fantastique, possédant une intrigue solide et une ambiance angoissante garantie. Vous y repenserez sûrement la prochaine fois que vous visiterez des ruines antiques sous-marines !

Vous retrouverez Sanctuaire avec un article sur Sanctuaire Genesis dès demain!

****·Manga·Numérique·Rapidos

Lecture COVID: Origin

esat-westLes sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits). N’hésitez pas à signaler en commentaire de ce billet des liens intéressants vers d’autres éditeurs!


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Manga de Boichi,
Pika (2018-), 190 p. série terminée en 10 volumes (8 parus en France).

badge numeriqueJ’ai découvert Boichi il y a deux ans en tombant sur des planches sidérantes. J’ai entrepris de découvrir depuis la biblio de cet auteur en lisant Sun-ken Rock (sa série la plus connue, dont j’ai chroniqué tous les tomes), le récent Dr. Stone (plus axé jeunesse) et j’ai profité de la promo Covid de Pika pour entamer sa dernière série SF, Origin, dont l’apprenti Otaku dit le plus grand bien! Et je dois dire que si mes autres lectures de l’auteur virtuose me laissent une impression mitigée, cette entrée en matière est totalement validée, tant graphiquement que (pour une fois) scénaristiquement! Non que Boichi (Dr. Stone) met fin à son manga Originl’on ait une intrigue particulièrement complexe (on en est loin), mais le sérieux de développement du background et la focale posée avec insistance sur la problématique d’un robot vivant dans le monde des humains m’ont énormément intéressé. Ce premier tome alterne entre deux très gros combats qui vous feront découvrir (si vous ne connaissez déjà) tout ce qui fait le paradoxe de Boichi: une maîtrise technique (notamment anatomique) et artistique monstrueuse, une ambition dans le cadrage en même temps que d’agaçants tics ecchi pas plus dérangeants que cela mais bien lourdingues. Le reste du manga pose ce qui fera sans doute le thème de ce héros, un androide hyper sophistiqué, parti à la chasse d’autres androïdes humanoïdes. Conscient de sa différence, il n’a de cesse d’anticiper ce qui pourrait le faire repérer de spécialistes en robotique, ou comment bricoler son corps pour compenser un dégat lors des affrontements rageurs qui surviennent… très souvent! Clairement cette série un un gros potentiel, que la courte tomaison me laisse imaginer réduite à cette seule intrigue de chasse entre robots. Boichi aura toujours la possibilité de prolonger sur d’autres arcs pour peu qu’il ambitionne autre chose que de montrer sa virtuosité graphique. Je vais en tout cas rattraper assez vite mon retard sur ce qui est pas loin du coup de cœur.

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Lecture COVID: Tango #1

La BD!

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BD de Matz et Philippe Xavier,
Le Lombard (2017), 64 p. par album., 4 albums parus.
Un TT noir&blanc est édité pour chaque volume.

La série Tango a de plutôt bons échos et j’avais profité d’une offre de l’éditeur sur la plateforme Iznéo pour le télécharger. J’en ai donc profité pour rattraper ce retard. Tango démarre très bien en nous plongeant dans de magnifiques paysages de l’altiplano agrémentés d’une narration en vignette dans le style où excelle Matz, comme sur sa série phare Le tueur. Ces deux éléments sont la grande réussite de l’album qui introduit un mystérieux gringo, très classe, très mystérieux dans un bled perdu où la vie s’écoule dans le calme du désert. Cette ambiance nous happe avec le réalisme du dessin de Xavier. Il faut dire, les deux auteurs ont effectué un voyage documentaire avant l’album (un cahier graphique en fait mention, accompagné de photos, en fin d’ouvrage). Si le personnage du solitaire philosophe et désabusé analysant le monde et ses contemporains est désormais connu, le grand mystère qui entoure ce personnage nous maintient en haleine avec l’espoir d’une série lorgnant sur XIII ou Jason Bourne où l’on suivrait un super action-man désireux de se faire oublier. Malheureusement dès la seconde moitié de l’ouvrage on tombe un peu de notre nuage pour constater que nous avons finalement affaire à une banale affaire d’anciens associés en quête de vengeance. Du coup on ne comprend pas bien les talents de combat et de tir de Tango et l’on craint que les prochains albums ne soient qu’une série de one-shot sans véritable concept derrière hormis peut-être de nous présenter des cartes postales. Si magnifiques soient-elles, il reste indispensable de proposer quelque chose de neuf pour attirer le lecteur sur une série. Pour l’instant ce premier tome ne convainc pas, mais le potentiel peut se révéler par la suite.

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Lectures COVID : Vinland saga #1

ActuComme vous tous je suis un peu à sec en matière de lectures de BD papier et n’ai pas encore sauté le pas de commander sur Decitre, ne sachant pas si c’est une bonne idée pour soutenir l’édition (je constate du reste que la plupart des libraires en lignes qui livrent indiquent toutes les nouvelles sorties comme indisponibles)… Bref, comme j’avais déjà pris l’habitude de lire en numérique sur tablette, que ce soit sur Izneo ou via des liens d’éditeurs ponctuellement, je n’ai pas eu de mal à me mettre aux opérations lancées pendant le confinement par un certain nombre d’éditeurs.

Il n’est pas surprenant que les plus actifs en la matière soient les éditeurs manga car c’est sur ce type de BD que le passage à l’écran pose le moins de problème (que ce soit pour le format plutôt plus grand que pour la résolution de l’image, moins exigeante sur une planche manga. Cela a été l’occasion de me lancer sur des séries dont j’entends beaucoup de bien depuis longtemps… mais lisant peu de manga et étant assez sélectifs sur le dessin notamment, je n’avais jamais tenté ces séries. Le manga est un genre compliqué sur l’Etagère imaginaire car c’est sans doute celui que je maîtrise le moins sur les publications de moins de dix ans, par-ce que toute une série de sujets typiques qu’on y retrouve ne m’intéressent pas et par-ce que la grosse pagination associée à de longues tomaisons font que j’évite de tomber dans des tunnels qui m’interdiraient de suivre la publication franco-belge et comics. J’en profite d’ailleurs au passage pour rappeler que je cherche toujours un coup de main sur les chroniques manga (pour s’associer à Dahaka et moi), n’hésitez pas à me contacter par mail.

Ces dernières semaines j’ai donc pu découvrir quelques premiers tomes de séries dont je vais poster mes critiques sur cette rubrique temporaire « lectures Covid ».

Les sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits. N’hésitez pas à signaler en commentaire de ce billet des liens intéressants vers d’autres éditeurs!


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Manga de Makoto Yukimura (2005- ), 22/23 volumes parus en France chez Kurokawa.
Un anime est diffusé depuis 2019 sur Amazon Prime.

badge numeriqueVinland saga fait partie des séries pour lesquelles la critique semble unanime. Et ma lecture de ce premier tome confirme amplement ces commentaires tant j’ai été surpris par la solidité du projet et du travail de l’auteur dont c’est le second projet après le Vinland Saga Chapter 2 : Somewhere Not Here page 15 - Mangakakalots.commonumental Planètes (dont on dit aussi le plus grand bien!) et ses quelques mille pages… On suit l’histoire de Thorfinn, jeune guerrier viking enrôlé dans l’escouade d’un chef de guerre dont il souhaite se venger pour le meurtre de son paternel quelques années plus tôt. Construit sur trois périodes alternées, ce premier tome est étonnamment accrocheur et fluide malgré la complexité de l’histoire et le nombre de thèmes abordés. Au sortir de ce volume on nous parle de la vengeance, de l’histoire du père, grand général danois, de l’invasion de l’Angleterre mais aussi de la découverte de l’Amérique (le fameux Vinland) par Leif Erikson… le tout sans oublier nombre d’informations très documentées sur le mode de vie des gens du Nord ou les techniques guerrières des vikings. L’auteur sait nous proposer des cartes et plans de bâtiments pour aider la compréhension. Cela nous montre en outre si besoin était le travail documentaire accompli et la recherche de réalisme. Sur un sujet pas moins complexe que celui du Japon Edo Yukimura parvient à nous informer sans nous perdre. Sur le plan graphique, les premières pages laissent penser à un dessin assez simple, plutôt rond, mais progressivement on réalise la maîtrise technique dans l’action, les cadrages, plans et détails des objets et bâtiments. On dit souvent que les meilleurs dessinateurs vont à l’essentiel. Et mine de rien cet auteur propose des planches vraiment solides. Chapeau!

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