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3Keys #1

Premier tome de 144 pages, écrit et dessiné par David Messina. Parution en France aux éditions Shockdom le 14/01/2022.

Les Grands Anciens, c’est plus ce que c’était

Randolph Carter, le voyageur du Multivers, est parvenu, au cours de ses aventures, à entrer en possession des trois Clés d’Argent, trois armes capables de vaincre les Grands Anciens et leurs innommables rejetons. Après s’être volatilisé, ces armes semblaient perdues, mais elles ont été retrouvées par les trois derniers guerriers d’Ulthar. Ces armes ne pouvant être utilisées que par la lignée des Carter, les trois guerriers se sont séparés, pour retrouver les trois dernières descendantes de Randolph, et ainsi les seconder dans la tâche ardue qu’est la défense du Multivers.

Sacrés arguments de vente

En effet, les Grands Anciens sont de retour, et la Contrée du Rêve, dont sont issus les trois guerriers, a été ravagée. Peu à peu, les monstres s’insinuent dans notre réalité, en passant pas les rêves et les cauchemars des humains, qui sombrent peu à peu dans la folie. Il est donc urgent pour les cousines Carter d’intervenir ! Mais Noah, accompagnée de son mentor Theon, n’a pas toujours la tête à combattre des monstres…

Le dessinateur italien David Messina s’est fait connaître dans l’industrie du comics, chez Marvel, DC, IDW Publishing, avant de se lancer en tant qu’auteur complet avec 3Keys. En guise de worldbuilding, il reprend le mythe de Cthullu, en y ajoutant des guerrières sexy et des hommes-tigres, pour créer un univers décalé.

Néanmoins, si l’aspect graphique est indéniablement sublime, avec une maitrise évidente du trait et des postures, des créatures bien travaillées et des scènes d’action, il paraît clair que l’écriture ne suit pas. La mise en scène, passable par moments, ne sert en rien l’intrigue ni l’évolution des personnages, qui est ici quasi inexistante. Ce point ne serait pourtant pas rédhibitoire si le second degré et l’aspect cartoon étaient plus assumés, voire outranciers. Ici, on se retrouve avec un duo certes improbable, mais dont la dynamique tombe un peu à plat. L’héroïne badass et (trop) sûre d’elle peut être un atout, voire une base solide pour un arc narratif intéressant, mais ici, l’auteur ne semble pas saisir la pleine mesure des enjeux de son récit et passe vite d’une scène à l’autre, éparpillant d’autant plus l’intérêt du lecteur.

Cela donne donc des scènes d’action parfois brouillon, quelques tentatives d’humour qui ne font pas toujours mouche, et bien entendu, des retournements de situation pour lesquels on peine à trouver du sens.

Il n’y a pas grand chose d’autre à dire sur ce 3Keys, si ce n’est qu’il contenait tous les éléments d’une recette efficace, mais que l’auteur n’a pas eu les moyens entiers de sa politique. On peut donc proposer l’octroi de deux Calvin, éventuellement un troisième pour les fans de Lovecraft et pour la qualité des dessins.

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Les Éternels: Braver l’Apocalypse

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Réédition de l’intégrale comprenant les 9 numéros de la série The Eternals, écrite par Charles Knauf et dessinée par Daniel Acuna et Eric Nguyen. Parution en France chez Panini Comics le 03/11/2021.

What if God was one one us

Surfant comme à son habitude sur la vague du Marvel Cinematic Universe, Panini a attendu le déferlement des Éternels au cinéma en novembre 2021 pour ressortir leurs sagas emblématiques. Après le run de Neil Gaiman et John Romita Jr, ce sont Charles Knauf, d’abord secondé de Daniel Acuna puis d’Eric Nguyen, qui s’attaquent au panthéon made in Marvel créée par Jack Kirby.

Trahis par l’un des leurs, les Éternels, ces êtres immensément puissants désignés gardiens de la Terre par d’incommensurables forces cosmiques nommées les Célestes, ont subi une perte de mémoire et une diaspora forcée, qui les a laissés quasi impuissants face à l’émergence d’un Céleste enfoui sous la surface, près de San Francisco.

Réveillés tour à tour par Ikaris, le plus valeureux d’entre eux, les Éternels ont pu in extremis éviter la destruction de la Terre et retrouver leurs pouvoirs. Néanmoins, le statu quo a changé, et le Céleste, demeuré sur Terre, s’est donné pour but d’étudier la Terre et la vie qui l’abrite pour rendre un jugement plus éclairé. Pendant ce temps, Ikaris et Théna parcourent le monde pour réveiller les Éternels restants, rivalisant avec Druig, l’Éternel retors qui compte lui aussi en rallier le plus grand nombre à sa cause.

Makkari, pendant ce temps, communie avec le Céleste Rêveur afin de mieux comprendre ses motivations, ce qui lui donne accès à des révélations cruciales pour l’avenir de la Terre. Mais ce que Makkari ignore, c’est que son nouveau rôle de prophète cosmique pourrait lui coûter très cher, et que l’ancien prophète, Ajak, est jaloux de lui, au point peut-être de commettre l’irréparable.

Difficile de passer après Neil Gaiman lorsqu’on veut laisser sa patte en tant qu’auteur. Néanmoins, Charles Knauf s’en sort ici avec les honneurs, en nous comptant une saga cosmique de grande ampleur, qui revisite et approfondit encore davantage la cosmogonie Marvel. Les énigmatiques Célestes nous livrent ici davantage de leurs motivations et de leur rôle dans le grand ordre des choses, alors qu’une menace cosmique, reprise plus tard dans le run de Jason Aaron sur les Avengers, est introduite.

Avec le recul, on constate que la série, parue en 2008-2009, fait écho au run de JM Staczinsky sur Thor, paru la même année, et dans lequel le dieu du tonnerre partait lui aussi en quête de ses frères asgardiens réincarnés en humains après le Ragnarok. On pourrait croire, qu’en 2008, après quelques années centrées autour de la Guerre Civile des Super-Héros, Marvel avait souhaité se tourner de nouveau vers ses différents panthéons, perdus ou balayés par la saga phare de Mark Millar et ses conséquences.

Sur un plan purement geek et technique, je constate aussi qu’il est assez difficile de s’y retrouver, au milieu de ce que chaque auteur ajoute sur tel ou tel élément du marvelverse, en l’occurence les Célestes. Jusque là, ils étaient vus comme d’énigmatiques précurseurs, qui manifestaient au mieux un intérêt curieux, au pire de la malveillance pour la Terre. Puis l’on a découvert qu’ils jouaient un rôle dans l’ascension des espèces intelligentes, et par là même, servaient eux-mêmes une force qui les dépassaient.

D’un autre côté, d’autres auteurs nous apprenaient que des personnages comme En-Sabah Nur, alias Apocalypse, étaient adoubés par les Célestes eux-mêmes pour favoriser l’évolution, et recevaient ainsi des items et des pouvoirs supplémentaires, comme de la technologie Céleste ou encore des graines de vie et de mort (confère la série Uncanny X-Force par Rick Remender). Or, je ne suis pas parvenu à trouver trace d’une interaction entre Apocalypse et les Éternels, qui servent pourtant les mêmes maîtres, et dont les rôles de surveillance/protection de la vie sur Terre peuvent sembler redondantes.

Plus tard, Aaron nous apprendra que la race des Célestes est finalement bien à l’origine de l’apparition de la vie sur Terre, bien que par accident. Tout ces éléments n’entrent pas nécessairement en contradiction mais ne sont pas aisément emboitables en un tout parfaitement cohérent.

Toujours est-il que le scénario de cette seconde série des Éternels est bien ficelé, entre plusieurs intrigues se rejoignant de façon ingénieuse tout en maintenant des enjeux forts tout du long. La plume d’Acuna, qui est résolument un de mes dessinateurs préférés, fait exploser les pages durant les 6 premiers numéros, tant et si bien que les quatre autres épisodes, assurés par Eric Nguyen, font l’effet d’une douche froide. Mais alors, très froide. On peut reprocher, comme souvent, une conclusion en demi-teinte qui ne reflète pas la qualité de l’ensemble, mais on peut considérer le défi comme relevé.

Une intégrale qui sort opportunément du lot pour ceux qui souhaiteraient prolonger l’aventure éternelle et faire des comparaisons entre le film et les comics. 3 calvins, plus 1 pour Daniel Acuna !

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Les Éternels: Seule la Mort est éternelle

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Recueil comprenant les premiers numéros de la série Marvel The Eternals (2021) écrite par Kieron Gillen et dessinée par Esad Ribic. Parution en France chez Panini le 03/11/2021.

Mytho-logique

En sus de la réédition des Éternels par Neil Gaiman puis des Éternels par les frères Knauf, Panini s’empresse de battre le geek tant qu’il est hype en publiant la récente mouture des Éternels par Gillen, qui sort concomitamment avec le film du même nom.

Chronologiquement, la dernière fois que les Éternels ont été vus, c’était dans la série Avengers par Jason Aaron, qui les avait sacrifiés sans ménagement sur l’autel de son run grandiloquent (mais efficace). En effet, après un million d’années passés à servir religieusement les dieux de l’espace et leur impénétrable dessein, les Éternels ont découvert que leur sacerdoce n’était qu’une farce, qu’ils ne protégeaient en réalité aucun équilibre cosmique immanent, mais qu’ils avaient été crées dans le seul but d’aider les Célestes à lutter contre leur ennemi naturel, La Horde. Cette révélation a rendu fou les homo immortalis, qui se sont retournés les uns contre les autres avant de mettre fin à leurs jours.

Ressusciter ? C’est comme se réveiller un lendemain de cuite.

Hélas ! Si l’immortalité peut être vue comme un don extraordinaire, elle peut en revanche se transformer en malédiction pour celui ou celle qui souhaiterait en finir avec une existence aussi longue que vide de sens. Car le propre des Éternels, c’est d’être ressuscité après chaque mort brutale, par une Machine d’une infinie complexité, qui se révèle être ni plus ni moins que la personnification de la Terre.

Voici donc nos immortels revenus une énième fois d’entre les morts, avec pour certains un changement radical d’apparence ou de genre (afin de matcher avec leurs homologues cinématographiques). Pour la plupart, le choc des dernières révélations fut aisé à digérer, pour d’autres, la Machine a du procéder à une réécriture mémorielle afin de corriger les éventuelles dissonances cognitives.

C’est alors que l’impensable se produit: Zuras, le chef suprême, le Premier Éternel, est sauvagement assassiné, par quelqu’un qui fait nécessairement partie de la maison puisqu’il emprunte le réseau de téléportation des Éternels. Ikaris et Sprite, fraîchement ressuscités, vont se lancer dans une course contre la montre pour trouver le coupable, alors même que la toute-puissante Machine dysfonctionne, rendant inopérante toute tentative de résurrection…

Les yeux dans les dieux

Le coupable est vite trouvé par notre héros: Thanos, le Titan fou, qui dans les comics est un parent proche des Éternels, issu de Titan, la lune de Saturne. Cette force de la Nature, maniaque génocidaire (voire omnicidaire, si vous me passez le néologisme) que même la Mort a rejeté, s’en prend aux immortels qui pour la première fois, font l’expérience de la mortalité. Que peut-il bien arriver de pire ?

Après la lecture des trois séries successives consacrées aux Éternels ces dernières années, on s’aperçoit de la forte empreinte biblique que présentent les personnages de Jack Kirby. En effet, ils peuvent être perçus comme des Anges, ces êtres créés de la main de Dieu pour veiller sur le monde. Initialement sans défaut, les Anges vont être progressivement influencés, voire infectés, par l’Humanité, au point pour certains, de se rebeller contre leur créateur. Dans la Bible, on peut citer sans hésitation Lucifer, qui dans un acte d’orgueilleuse rébellion va devenir le symbole du Mal. Chez les Éternels, on peut dresser un parallèle avec L’Oublié, ou encore Druig. Ikaris, lui, ferait plutôt officie d’Archange comme Gabriel ou Michael, dont la vertu ne sera jamais ternie dans les textes sacrés. Le parallèle est d’autant plus frappant qu’Ikaris rappelle par son nom un personnage ailé…

Concernant la série de Gillen, on peut ici parler de soft reboot, car si l’essentiel est là, l’auteur introduit tout de même de nouveaux concepts et de nouveaux personnages, qui sont détaillés au travers de diagrammes rappelant, ou pastichant, allez savoir, ceux qu’aime faire Jonathan Hickman dans plusieurs de ses séries. On y apprend donc davantage sur la Machine, mais également sur les mœurs et les systèmes politiques qui ont régi la vie des Éternels durant un million d’années.

Le ton adopté par Gillen est souvent ironique, second voie troisième degré, que ce soit dans les dialogues ou dans la narration pas si omnisciente de la Machine. Attention, certains lecteurs pourraient trouver que l’auteur en fait trop, peut être au détriment de l’implication du lecteur dans les enjeux de l’histoire.

Les lecteurs de plus longue date pourront dénicher un petit recyclage d’idée de la part de l’auteur, qui fait du personnage de Sprite une sorte d’écho de Kid Loki, jusque dans sa relation avec Ikaris, qui nous rappelle bien évidemment le tandem Thor/Kid Loki.

Toujours est-il que le scénariste sait où chercher les moteurs de l’histoire, il faut lui reconnaître ça. Des personnages immortels qui ressuscitent inévitablement après chaque mort ? Privez-leur de cet item narratif pour obtenir un enjeux plus élevé. Des croyances infaillibles qui ont récemment été réduites à néant ? Accentuez-en l’impact en ajoutant de nouvelles révélations choc qui ébranleront encore davantage les personnages. Bref, la série de ne manque pas d’enjeu ni de qualité, surtout si l’on ajoute les dessins d’Esad Ribic, qui fait encore un travail dantesque (mais qui loupe encore quelques visages çà et là).

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Avengers: Nuit Noire

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Recueil des dix épisodes la mini-série Marvel Avengers No Road Home, écrite par Mark Waid, Al Ewing et Jim Zub, et dessinée par Paco Medina, Sean Izaakse et Carlo Barberi. Parution le 25/08/2021 chez Panini Comics.

Nyx sa mère

Peu de temps auparavant, les Avengers, les plus puissants héros de la Terre, ont fait face à une nouvelle menace cosmique. Deux entités extraterrestres surpuissantes issues des Doyens de l’Univers, le Grand Maître et le Collectionneur, ont pris la planète en otage et s’en sont servi comme d’un plateau de jeu, utilisant héros et vilains comme des pions à leur service.

Ce faisant, ils ont involontairement permis à Nyx, déesse de la Nuit et des Ténèbres, autrefois toute-puissante, de rompre l’enchantement qui la maintenait en captivité depuis que Zeus l’a bannie après avoir dispersé les morceaux de son âme. Très insatisfaite de ce sort peu enviable, Nyx resurgit accompagnée de sa progéniture, et impose sa vengeance au panthéon grec, n’épargnant personne.

Seul Hercules, fils immortel de Zeus, échappe au massacre, du fait de sa présence sur Terre au moment des faits. Seul, le Lion de l’Olympe ne peut rien face à la déesse de la nuit. C’est pourquoi Voyager, la fille du Grand Maître, grande admiratrice des Avengers, se lance dans une campagne express de recrutement pour épauler Hercules et repousser Nyx, dont le pouvoir grandissant provoque la disparition de la lumière à travers tout le cosmos.

Ainsi, Hercules retrouve-t-il la Sorcière Rouge, La Vision, Spectrum, Hawkeye, Hulk et Rocket Racoon, pour une quête qui va les mener aux quatre coins de l’univers, jusqu’à la source de la création, en passant par le royaume des rêves. Le souci qui va rapidement se poser, c’est que sept héros choisi aléatoirement ne seront pas nécessairement les mieux équipés pour affronter cette menace. En effet, Hercules a perdu les siens, et est donc aveuglé par la rage et le désespoir. La Sorcière Rouge, va se retrouver aveuglée par Nyx et projetée dans un monde inconnu, où elle fera la rencontre d’un célèbre Barbare. La Vision, quant à lui, est détérioré et entrevoit pour la première fois la possibilité de mourir comme un humain. Hawkeye doute de lui-même et de sa réelle place au sein de l’équipe, alors que Hulk caresse l’idée de se venger de l’archer suite aux événements tragiques de Civil War 2. Rocket Racoon, lui, se demande encore ce qu’il fait là, comme le reste de l’équipe.

Ce que l’on devient dans l’obscurité

Nous voici face à une histoire auto contenue des héros les plus populaires de Marvel, comme ont pu l’être des séries de la belle époque comme Avengers Forever. Waid et Ewing, désormais vieux briscards des comics et notoirement érudits en terme de continuité, s’entourent majoritairement de seconds couteaux, en évitant soigneusement les piliers du groupe tels que Cap, Iron Man ou Thor. En effet, Sorcière Rouge, Vision et Hawkeye, font depuis belle lurette partie du coeur de l’équipe, mais ont longtemps été considérés comme des personnages mineurs incapables de soutenir la série lors du départ des Big Three.

Nuit noire (par Mark Waid, Paco Medina, Al Ewing et Carlo Barberi)

L’Histoire a donné tort aux détracteurs, puisque la série Avengers, loin de se focaliser sur ses stars, a su perdurer en entremêlant les destinées des personnages dits secondaires, pour tisser une toile complexe au fil des décennies. Ici l’intrigue est relativement simple, mais permet à l’ensemble des personnages, dans ce casting bigarré à la limite du WTF (Rocket ?), de briller à sa manière en respectant sa caractérisation antérieure.

Il faut reconnaître cependant que l’antagoniste Nyx, si elle provoque la sympathie par moments, manque un tant soit peu de charisme et de présence. Ses pouvoirs, assez peu définis, semblent surgir et évoluer au gré des besoins des auteurs, qui nous ont habitués à plus de rigueur de ce côté-là (il n’y a qu’à lire les Ultimates de Al Ewing par exemple). L’inclusion de Conan le Barbare paraît quant à elle forcée, surtout si l’on prend en considération le fait que Marvel avait récupéré juste avant les droits du personnage.

Il n’en demeure pas moins que l’aventure cosmique de ces Avengers de la dernière chance se révèle dynamique et engageante, et prend même une dimension supérieure inattendue durant son dernier chapitre.

Dire que c’est une histoire auto contenue est peut-être un peu abusif, cependant, car les auteurs ont inclus de nombreux easter eggs et références, rappels à des événements antérieurs, qui peuvent remonter à plusieurs décennies pour certains d’entre eux. Rien de gênant pour les nouveaux lecteurs, mais très appréciable pour les true believers de la première heure.

Tout le monde devrait donc trouver son compte dans Nuit Noire: les lecteurs occasionnels ne souhaitant pas s’embarquer dans un lecture trop étalée ou trop fastidieuse, et les fans inconditionnels qui y retrouveront leurs personnages favoris, avec un avant et un après.

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Absolute Carnage

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Recueil des 5 chapitres de la mini-série Marvel Absolute Carnage, précédés du Free Comic Book Day 2019: Spider-Man/Venom. Donny Cates au scénario, Ryan Stegman au dessin. Parution chez Panini Comics le 25/08/2021.

Symbiote un jour, symbiote toujours

De tous les porteurs de symbiotes, Cletus Kasady est sans aucun doute le pire. Après avoir rencontré Eddie Brock, alias Venom, durant son incarcération, ce psychopathe, condamné à mort pour de nombreux meurtres, est passé au stade supérieur de la folie en fusionnant avec le rejeton symbiotique de Venom. Cette union catastrophique a engendré Carnage, l’un des ennemis les plus dangereux de Spider-Man.

Pour le vaincre, Spider-Man a été contraint de s’allier avec Venom, les deux hommes n’ayant alors pas d’autre choix que de mettre leurs différends de côté pour mettre cet inopposable fléau hors d’état de nuire. Au cours des années, Carnage a régulièrement fait parler de lui, laissant dans son sillage d’innombrables victimes. Dans Maximum Carnage (mon tout premier comics ! Ça ne nous rajeunit pas…), Cletus s’échappait de l’asile et, flanqué d’une bande de monstres aussi frappés que lui, semait la terreur à New York avant d’être neutralisé in extremis par notre héros arachnéen.

Plus tard, dans New Avengers, il était apparemment tué par Sentry et laissé pour mort dans la stratosphère terrestre. Mais dans Carnage USA, le tueur revenait en force (mais sans ses jambes) et reprenait son œuvre meurtrière en jetant son dévolu sur une petite ville américaine. Stoppé une nouvelle fois, Carnage s’échappe de nouveau et se met en tête de provoquer l’apocalypse en invoquant le dieu lovecraftien Chton (une version Marvel de Cthullu).

Cette fois, Kasady, revenu d’entre les morts, a découvert les origines secrètes des Klyntars (le vrai nom des symbiotes) et de leur dieu Knull, si malfaisant que les symbiotes eux-mêmes se sont sacrifiés en masse pour le maintenir enfermé dans une prison cosmique. Là encore, Cletus montre qu’il est le roi des bonnes décisions et entreprend de le réveiller. Pour ce faire, il doit collecter toutes les parcelles du Codex.

Le Codex, c’est la parcelle de lui-même que laisse un symbiote dans son hôte, et qui fait partie intégrante de leur esprit de ruche. Si Carnage parvient à retrouver tous les anciens porteurs de symbiotes, il sera en mesure d’exécuter son plan. Eddie Brock, privé depuis un certain temps de son partenaire Venom, qui lui a fait une infidélité de quelques années avec Flash Thompson, n’a pas d’autre choix que de se lancer à la poursuite de son vieil ennemi. Une fois de plus, il lui faudra chercher de l’aide auprès de Spidey. Cependant, Carnage n’est-il pas déjà trop puissant pour être vaincu ?

Fleuve noir et rivières de sang

Alors que le personnage est adapté au cinéma actuellement, pour un résultat plus que mitigé, Marvel poursuit la croisade sanglante de son psychopathe symbiotique. Malgré un aspect unidimensionnel et on-ne-peut-plus manichéen, Cletus Kasady a favorablement traversé les décennies, pour gagner ses galons de méchant de premier ordre dans la spider-galaxie. On ne peut s’empêcher de déceler chez lui un petit goût de Joker (pas le jus de fruit), à savoir une force chaotique que rien n’arrête, sorte de pêché originel du héros (Batman se sent impliqué dans la création du Joker, tandis que Spider-Man se sent coupable d’avoir ramené sur Terre Venom, qui a ensuite engendré Carnage), qui profite d’une immunité découlant du code moral du dit héros, qui se refuse à le supprimer définitivement lorsqu’il en a l’occasion.

Avec Absolute Carnage, le tueur revient sur le devant de la scène avec cette fois en toile de fond la mythologie propre aux symbiotes, dont les ramifications s’étendent à d’autres séries, comme Thor, par exemple. Donny Cates parachève donc son travail sur les symbiotes en mêlant adroitement action et horreur.

En effet, Cates a rebondi sur le run du Massacreur de Dieux écrit par Jason Aaron sur la série Thor: God of Thunder, dans lequel l’adversaire éponyme arborait une arme spéciale, la (All-Black the Necrosword en VO), qui sous la plume de Cates s’est avérée être le tout-premier symbiote, crée par Knull. C’est dans l’arc Venom Rex que Brock apprend l’existence du dieu maléfique des symbiotes, dans un récit court mais intense durant lequel il affronte le symbiote Grendel (celui du mythe de Beowulf, oui oui) et fait équipe avec Miles Morales.

Le duo Spidey/Venom fonctionne très bien sous la plume de l’auteur, qui parvient à retranscrire les années de passif entre les deux personnages, et la relation complexe qui en a découlé. Autrefois anti-héros plutôt caricatural, Eddie Brock a donc mué en une entité plus convaincante et mieux caractérisée, en tous cas au-delà de la simple rancune envers l’Araignée.

Sur la forme, Cates reproduit la formule assez classique du combat désespéré contre Carnage, en utilisant des décors (l’asile par exemple) tout à fait appropriés mais offre un final brutal, convaincant et satisfaisant pour notre protagoniste. On regrette tout de même qu’Absolute Carnage ne soit finalement, une fois la dernière page tournée, qu’un prélude à King in Black, le crossover qui relate l’arrivée tant redoutée de Knull sur Terre.

La prédominance du rouge et du noir, les décors claustrophobes et l’ambiance oppressante sont magnifiés par les dessins de Stegman, qui rappellent un Mike Deodato Jr de la grande époque des ’90. Expressions, postures, découpage, l’artiste rend tout à fait justice au scénario mi-super mi-horrifique de Cates.

L’apparition de certains personnages reste à la fois attendue et anecdotiques, mais il faut bien ça pour mériter l’étiquette d’event ou de crossover. Le tout se lit avec facilité, à lire si vous êtes intéressé par la mythologie symbiotique.

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Green Lantern Legacy

Histoire complète en 126 pages, écrite par Minh Lê et dessinée par Andie Tong. Parution en France le 10/09/2021 aux éditions Urban Comics, dans la collection Urban Link.

En plein jour ou dans la nuit noire…

Tai Phan est un adolescent américain typique. Passionné de dessin, gentil et attentionné, il a tissé des liens très étroits avec sa grand-mère Kim, qui, après avoir émigré du Viêt-Nam vers les États-Unis, a ouvert une boutique, qui est devenue au fil des décennies la clef de voûte communautaire. La grand-mère de Tai est une femme sage et respectée dans tout le quartier, auquel elle a consacré beaucoup de temps. Mais même les icônes ne sont pas éternelles, et Kim, âgée, finit par quitter ce monde, laissant à Tai un héritage bien singulier: l’anneau de jade qu’elle portait constamment au doigt, et qui semble avoir des propriétés toutes particulières…

Ce que Tai va découvrir avec stupéfaction, c’est que la bague de sa mère-grand n’était pas une simple babiole, mais un des objets les plus puissants de l’univers DC: un anneau de pouvoir, alimenté par la Batterie Verte de la Volonté. Kim était donc, à l’insu de tous, membre du corps des Green Lanterns, milice intergalactique chargée par les Gardiens de l’Univers de faire régner l’ordre et la paix dans chaque galaxie.

Choisi à son tour par l’anneau, Tai est désormais doté d’un pouvoir limité seulement par son imagination. C’est donc une double épreuve qui se profile pour le jeune garçon: faire le deuil de cette grand-mère adorée dont il découvre peu à peu le véritable passé, et maîtriser les pouvoirs de l’anneau afin de se montrer digne de son héritage. Car Kim était un membre éminent des Lanternes Vertes, qui a protégé des années durant la Terre de la convoitise de Sinestro, un Lantern renégat doté de l’anneau jaune, matérialisation de la Peur.

Les ennuis de Tai ne s’arrêtent pas là, puisque la vie à Coast City n’a jamais été de tout repos pour les minorités ethniques. Harcelé par des bigots et des racistes, Tai sent monter en lui la tentation d’user de son pouvoir pour rectifier quelques injustices. Sera-t-il assez courageux pour respecter le serment des Green Lanterns ?

Affaires de famille

L’univers DC, au fil de décennies d’existence, fut marqué par un phénomène finalement assez commun dans les comics, à savoir la question transgénérationnelle et la transmission des identités secrètes. On peut citer en exemples le personnage de Flash, qui a connu pas moins de trois générations de héros, qui se sont transmis sinon les pouvoirs, du moins le titre. Ces noms-héritages se retrouvent aussi, dans une moindre mesure, chez Green Lantern, dont le nom représente pas moins de quatre ou cinq personnages distincts, sans parler du corps lui-même qui compte des milliers de membres.

L’idée du passage de flambeau est donc très présente dans les comics, sans doute motivée par leur longévité exceptionnelle (plus de 80 ans maintenant) et donc par la nécessité d’apporter au lectorat des personnages dans lesquels ils peuvent se projeter. Bien souvent, l’héritier commence l’aventure comme un novice naïf, qui ignore tout de l’univers dans lequel il s’apprête à plonger et le découvre peu à peu, ce qui en fait un substitut idéal pour les jeunes lecteurs.

Proposer une version hors-continuité du personnage en en faisant un adolescent se révèle donc assez logique de ce point de vue. L’auteur y a ensuite implémenté une part importante de son propre vécu, puisqu’il traite des difficultés d’intégration pour les communautés émigrées, et du fléau du racisme et de la xénophobie.

Thématiquement, immigration, identité transgénérationnelle et héritage culturel vont opportunément de pair avec les voyages interstellaires et l’aspect cosmique induit par le lore des Green Lanterns. En effet, comme chacun sait, les lanternes sont toutes alimentées par une émotion en fonction de leur couleur (vert=volonté, bleu=espoir, indigo=compassion, orange=avarice, rouge=colère, rose=amour et jaune=peur).

Il est donc finalement très cohérent que l’armée des Green Lanterns, cosmopolite et composée d’espèces vivantes toutes différentes, soit armée du pouvoir donné par la volonté et le courage, alors que les ennemis, motivés par la peur, créent la division en disant rechercher l’ordre. Il n’est pas étonnant, à ce titre, de voir la couleur jaune savamment reliée aux personnages racistes qui essaiment dans GLL, ou que le nom de l’antagoniste commence par un X. Si l’on cherche bien, on s’aperçoit également que l’auteur y va de sa critique de la gentrification, avec ce même personnage qui tente de racheter un quartier communautaire dans le but de le « réhabiliter ».

Le tout est donc habilement écrit, centré autour des personnages, mais contient tout de même quelques poncifs, pas nocifs, mais qui prêteraient tout de même les lecteurs les plus désabusés à sourire. Green Lantern Legacy remanie donc utilement le personnage en utilisant des thèmes sociétaux cruciaux, dans un habillage estampillé jeunesse qui demeure toutefois agréable à lire.

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TMNT 14: Le Procès de Krang

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Kevin Eastman et Tom Waltz au scénario, Cory Smith au dessin, parution chez HiComics le 07/07/2021.

bsic journalism

Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Accusé, levez-vous !

Après leurs rocambolesques aventures, les Tortues Ninja du clan Hamato auraient bien mérité une pause. Que nenni, puisqu’ils sont conviés sur la planète Neutrino dans la dimension X, afin d’assister au procès au cours duquel seront jugées les atrocités commises par Krang, tyran interdimensionnel que nos jeunes héros sont parvenus à vaincre dans la première partie de la série. Voici donc Leonardo, Raphael, Donatello et Michelangelo repartis pour de nouvelles aventures, qui s’annoncent peut-être plus tranquilles qu’à l’accoutumée. Ou pas ? 

Car c’est bien connu, les TMNT n’ont droit à aucun répis. Même emprisonné, Krang reste une menace, et il s’avère que le cerveau sur pattes a plus d’un atout dans sa manche. Prêt à tout pour échapper à la condamnation, le redoutable Utrom n’hésitera pas à commanditer des assassinats pour couvrir ses traces et discréditer l’accusation. 

Les tortues vont donc se remettre au boulot pour protéger les témoins clés du procès, Ace, B’een Go, Anemon, Souche, Polly et Leatherhead, tout en défendant la planète d’une attaque (pas si) inopinée de Maligna, la reine parasite. Krang parviendra-t-il à ses fins, ou la justice intergalactique finira-t-elle par triompher ?

Verdict tranchant

Avec ce 14e tome, les TMNT font l’économie d’une transition en nous emmenant directement dans les étoiles pour une aventure cosmique à mi-chemin entre le space-opéra et le procedural, montrant par la même occasion le caractère tout à fait syncrétique de leur univers. En effet, avec les Tortues, des ninjas peuvent côtoyer des mutants, autant que des cyborgs et des dieux, sans que cela paraissent choquant ni WTF. Assez étonnamment, on ne se lasse pas des dynamiques perpétuelles entre les quatre frères, qui gardent chacun leurs sempiternelles spécificités à travers le temps. 

Le fil rouge du procès permet de ne pas perdre le rythme entre les différentes péripéties, dont certaines sont néanmoins traitées au travers de salvatrices ellipses. Le verdict final en surprendra certains mais ne manquera pas d’en décevoir d’autres. Toujours est-il qu’il offre de nouvelles perspectives pour la suite de la série. En revanche, si l’interlude qui ouvre l’album enrichit encore davantage l’univers et promet de nouvelles batailles épiques, il pâlit tout de même en comparaison du cœur de l’album, à savoir le procès. 

En résumé, ce quatorzième tome de TMNT maintient son niveau qualitatif, que ce soit sur l’intrigue, le rythme, ou le graphisme. 

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Silver-surfer: black

esat-westComic de Donny Cates, Tadd Moore et Dave Stewart (coul.)
Panini (2020), 100p., one-shot.

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Lors d’un combat le silver-surfer est aspiré dans une faille temporelle qui le renvoie à l’Aube des Temps, où il va devoir affronter une menace antédiluvienne contre l’Existence même…

Comic Review: Silver Surfer Black #5 - Sequential PlanetDepuis quelques albums je découvre par hasard (et notamment grâce à l’opé Printemps des comics!) l’auteur Donny Cates qui me passionne à chaque nouvel album par les sujets qu’il aborde et l’ambition de ses récits. Surtout il compose progressivement un univers partagé cohérent qui parvient (et ce n’est pas peu de chose!) à rendre accessible les concepts les plus fumeux de l’univers Marvel, comme Knull le dieu des Ténèbres ou Ego la planète vivante (vue dans le film Gardiens de la galaxy vol.2). Se basant sur l’un des fondements les plus puissants de l’univers Marvel récent, le diptyque du Massacreur de dieux où apparaît la nécro-épée, Cates donne une explication à cet artefact dans Venom Rex où il explique l’origine des symbiotes similaires à Venom avec la création de ce dieu maléfique. Après avoir fait du Surfer l’un des adversaires finaux de Thanos à la Fin des Temps, l’auteur propose avec le récent Silver-surfer: black une odyssée dans la genèse de l’univers Marvel, à l’Aube des Temps, alors que Galctus n’est pas encore né, que la planète Ego est en croissance et que Knull cherche à étendre son emprise sur le vivant… tout en convoquant le premier dessinateur du surfer, Jack Kirby, auquel Tradd Moore fait un hommage puissant…

SILVER SURFER : BLACK #1-5 (Donny Cates / Tradd Moore) - Marvel - SanctuaryCette aventure est de celles qui cherchent l’omnipotence, les failles entre les mondes, la rupture du temps et la genèse des astres… de ces combats cosmiques qui voient créer et détruire des soleils, broyer des dimensions et renaître après la mort. Le surfer est théoriquement immortel et tout puissant, doté de la puissance cosmique et son affrontement originel avec le dieu des Ténèbres s’inscrit dans une boucle/paradoxe du grand-père. En revenant à l’Aube des Temps il génère son propre destin, sa propre condamnation tout en cherchant sa rédemption, traumatisé par les infinités de vies que Galactus lui a fait prendre. Il est toujours compliqué pour les héros cosmiques d’intéresser les lecteurs sur des préoccupations humaines (la dualité Norin Radd/Héraut de Galactus) mais cet album parvient à rendre acceptable ce conflit intérieur et cosmique qui fait du Silver-Surfer une cosmogonie à lui tout seul puisque son voyage sera à l’origine de sa propre existence, de celle de son maître mais aussi de l’itinéraire de Knull et Ego. Totalement syncrétique, Cates semble parvenir à rattacher de façon cohérente tout ce qui a été fait sur le surfer auparavant, comme ces références au « cancer » qui dévore Radd dans le magnifique Requiem que lui ont offert Straczynski et Ribic.

SILVER SURFER : BLACK #1-5 (Donny Cates / Tradd Moore) - Marvel - SanctuaryGraphiquement, puisque c’est bien évidemment ce qui a été mis en avant autour de cette mini-serie, la partition de Moore et Stewart est clairement bluffante. Le multi-récompensé coloriste de Sean Murphy, Mignola et Tim Sale (sacrée carte de visite) complexifie encore plus le dessin déjà chargé de l’illustrateur en évitant le psychédélique par des teintes plutôt douces. C’est l’association des deux, comme dans un mandala, qui crée la surcharge magnifique qui explose la rétine en donnant vie à un combat galactique qui ne pouvait être sobre. Quand on perfore des planètes, que l’on taille la réalité, cela ne peut être lisse. Alors le duo fait parcourir les planches d’ondulations permanentes totalement empruntées à la technique de l’Animation. De l’infiniment grand à l’infiniment petit ces mondes fantastiques se reflètent sur la peau d’argent du surfer en une expérience sensorielle fascinante. Certains craindront le trop plein, mais chacun reconnaîtra la force et la complexité de ces dessins d’une profondeur organique sans nom…

Avec la fraîcheur de la jeunesse Donny Cates, Tradd Moore et Dave Stewart proposent avec ce one-shot un classique immédiat dont on reparlera sans doute dans quelques décennies. Que l’on aime/connaisse ou pas ce personnage si particulier, le Silver Surfer est le seul qui permette de telles odyssées graphiques alliées à la profondeur des thèmes philosophiques de la SF la plus exigeante.

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