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Au nom de la République #1: mission Bosphore

La BD!
BD de Jean-Claude Bartoll, Gabriel Guzman et Silvia Fabris (coul.)
Soleil (2022), 60p., série en cours.

couv_448232Voilà qui débute une nouvelle série d’espionnage qui s’inspire fortement de la série télé à succès Le Bureau des légendes. L’habillage général est alléchant en proposant un thriller hyper-réaliste plongeant dans les arcanes des opérations spéciales et clandestines des Renseignements extérieurs sur fond de terrorisme islamiste. Avec ses tampons « confidentiel défense », ses décors urbains banales entre Allemagne, France et Maroc, avec sa quatrième de couverture annonçant une cellule clandestine chargée d’éliminer les plus hauts responsables du terrorisme international on est alléché et en attente d’action et d’espionnage radical.

Mission Bosphore (par Jean-Claude Bartoll, Silvia Fabris et Gabriel Guzman)Sur l’aspect action on est plutôt servi avec une histoire qui commence par l’élimination à Istanbul d’une équipe de la DGSE par sa cible, un groupe djihadiste préparant un attentat. Le dessin et la colo sont plutôt correctes et efficaces et l’action revient à intervalle régulier tout au long de l’aventure. Rapidement le héros nous est présenté, sorte d’alter-ego du personnage de Malotru dans le Bureau, capable d’intervenir sur le terrain, déguisé ou non, comme d’élaborer une stratégie de contre-attaque avec les pontes du Renseignement. Là où on perd un peu pied c’est lorsqu’on réalise qu’il y a maldonne entre le titre, le pitch de la série et le déroulé de l’album. En effet, loin d’opérations d’assassinat ciblé sur fond de contournement de la loi on nous livre bien une énième série suivant un super-agent (au nom de code du « Renard ») en oubliant l’importance des personnages secondaires. Une grosse partie de l’intrigue suit d’ailleurs plutôt les djihadistes sans nous offrir grand chose pour raccrocher les wagons d’une intrigue qui semble prise en cours de route. Les dialogues se veulent techniques mais sont assez appuyés et trop didactiques pour une série de ce genre qui semble hésiter entre un aspect pointu et une version grand-public. Le secteur est très occupé depuis le onze septembre et les vagues d’attentats en Europe et si ce premier tome se laisse lire, ni les dessins, ni le texte ni l’intrigue apportent suffisamment de nouveauté pour donner envie de poursuivre. Au nom de la République sera donc à réserver aux fana du sujet.

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***·BD·Nouveau !

Les fiancées du califat

La BD!
BD de Matz, Marc Trévidic et Giuseppe Liotti
Rue de sèvres (2021), 64p., one-shot

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Merci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance.

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Elles sont cinq. Toutes très différentes, brunes et blondes, maghrébines ou caucasiennes, mères ou adolescentes. Elles sont réunies pour faire changer la face du Djihad en montrant aux moudjahidin comme aux mécréants que les femmes ont leur place dans la guerre sainte contre l’Occident. Elles sont les filles du Califat…

L’attrait du nom de Marc Trévidic le célèbre juge anti-terroriste adjoint au non moins célèbre Matz, scénariste de la série à succès Le Tueur (prochainement adaptée à la télévision par Fincher et Fassbender!) attire inévitablement l’œil à l’amateur de thrillers. En parcourant le net je découvre que le trio sort d’une trilogie du même type chez le même éditeur sur laquelle ils ont pu parfaire leur recette.

Les fiancées du califat | Rue de SèvresOn constate immédiatement l’incroyable progrès de Giuseppe Liotti entre cette série et les fiancées du Califat, notamment en matière de colorisation. En affirmant son style et en se rapprochant de l’école hispanique il propose de superbes séquences de dialogue où ses personnages très expressifs et physiquement caractérisés profitent d’encrages superbes. Que ce soit sur les décors, architectures et éléments techniques ou sur les personnages c’est un sans faute précis et élégant qui le hisse soudainement dans la catégorie des très bons dessinateurs capables de porter un album à eux tout seuls. Je ne connaissais pas cet auteur et ai été assez bluffé sur sa qualité graphique tout au long de l’album, jusqu’à une couverture très intelligemment composée et qui fait son office sur la pile du libraire avec ce côté sexy répondant à la silhouette voilée.

Les fiancees du califat - cartonné - Giuseppe Liotti, Marc Trévidic, Matz -  Achat Livre ou ebook | fnacCar l’intelligence et l’originalité du scénario de Matz et Trévidic est de centrer quasi exclusivement leur intrigue sur cette cellule d’apprenti-djihadistes qui doivent montrer autant à leurs frères d’armes qu’aux autorités de quoi elles sont capables.  Ainsi on prend le temps de comprendre les profiles de chacune, à la fois très différents et crédibles, sans pour autant détailler leurs motivations et itinéraires. Il aurait sans doute fallu un diptyque en cent-vingt pages pour avoir le temps d’approfondir le fonds de l’intrigue et c’est la principale limite de cet album sommes toutes très bien réalisé. Des indices sont instillés dans les dialogues mais en choisissant d’axer leur narration sur l’action et un découpage rapide et fluide les scénaristes restent un peu en surface. Sur un thème proche on aboutit à une atmosphère inverse au troisième tome de la série de Christin et Juillard, Léna,avec la volonté de rester grand public en alternant séquences de débats des deux côtés de la loi, scènes de filature et séquences d’action visuellement très efficaces.

Les fiancées du califat | Rue de SèvresOn passe ainsi comme dans toute histoire policière des filles aux flics en planque, des commanditaires en Afghanistan au juge chargé de l’affaire, tout ce petit monde articulant un récit qui se lit vite autour de bons dialogues et une intrigue sommes toutes assez construite. Les hypothèses sur l’utilisation des charmes des filles comme de la burqa pour passer soit inaperçue soit utiliser la stratégie du trop visible pour être vue sont suffisamment bien amenées pour ne pas briser la crédibilité de ce récit sérieux et documenté. Les tiraillements inhérents à ce genre de projets amènent bien entendu des tensions dans le groupe et ce sont bien ces débats houleux qui nous intéressent, non sur la finalité terroriste du projet que sur le choix des soldats envoyés mourir ou sur le mode opératoire. Cette complexité permet de maintenir la tension que l’enquête policière, un poil linéaire, effleure.

Les fiancées du califat est au final un ouvrage à la réalisation sans faute, élégant, aussi bien écrit que dessiné et qui aborde le thème terroriste sous un angle inédit. L’ambition (et la qualité) des auteurs aurait largement justifié un second tome qui aurait permis de densifier et complexifier l’intrigue d’un album qui mérite néanmoins amplement votre intérêt.

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