***·BD·Mercredi BD·Rapidos·Service Presse

Jamais #2: le jour J

image
couv_453295
BD de Duhamel
Grand Angle (2022), 54 p. one shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

En 2019 on découvrait Madeleine, sorte de grande sœur des vieux fourneaux qui se retranchait dans sa maison au bord du précipice tels les gaulois d’Asterix. Après quelques albums revoilà la mamie que l’auteur Bruno Duhamel avait promis de venir retrouver. Alors comment relancer la machine maintenant que le point de fixation (la maison) était libéré et sans redondance? C’est bien là la question et la limite de cet album qui comme toute suite de ce qui n’était à l’origine pas prévu en série, trouve le risque de refaire le précédent mais sans la découverte.

Jamais (tome 2) - (Bruno Duhamel) - Comédie [CANAL-BD]Car pour la mécanique tout baigne: les dialogues sont toujours aussi mordants, les personnages juste ce qu’il faut de caricatural sans oublier le petit vernis d’actualité politique via cet opposant au maire tout droit issu du Rassemblement National. En perdant une part de l’absurde et de la mise en place, Duhamel compense par une dose d’aventure lorsque le maire, personnage central de l’intrigue, se retrouve à explorer des galeries dans la falaise en mode Club des 5 après un sauvetage branquignole d’une gamine forte tête. Le jour J du titre fait bien entendu référence au Débarquement et permet une liaison avec le mari décédé de Madeleine, avec une part d’histoire locale qu’a tout blède de France et, malin, de faire la liaison avec l’affreux facho de l’album, son crane chauve et son œil déviant. Graphiquement la colo est toujours aussi élégante et le trait semi-réaliste efficace même si le thème ne permet guère de « belles » planches comme ce fut le cas sur d’autres albums.

Chez Bruno Duhamel tout le monde en prend pour son grade, des babos aux jeunes technophiles (on l’avait compris dans #Nouveau contact_) et les maisons connectées. Le monde est peuplé de crétins et hormis les chats personne ne mérite beaucoup de compassion. C’est le point de vue de Madeleine et de son auteur. C’est souvent juste et très rigolo. On sent que l’auteur s’est fait plaisir, alors pourquoi bouder le notre?

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·BD·Mercredi BD

Jamais

BD du mercredi
BD Duhamel
Grand Angle (2018), 54 p. one shot.

couv_319410

Cet album fait partie de la sélection du prix des médiathèques de l’Ouest lyonnais.

Ouvrage grand format qui donne de l’espace à un découpage aéré. L’album se termine par quelques pages de repérages photos mis en regard des illustrations qu’ils ont inspirés. Album de facture classique, sans commentaire particulier.

Sur la côté normande les falaises s’effondrent. Madeleine, nonagénaire et aveugle ne veut pas quitter sa maison dont la disparition est inéluctable, plongeant le maire dans une solution inextricable. Mais le ce dernier est un crétin et Madeleine n’a besoin de personne…

J’ai découvert Dhuamel avec ma lecture surprise du Retour (… là aussi conseillé via le prix des lycéens, comme quoi les sélections locales ça donne de bonnes découvertes!) qui traitait déjà peu ou prou des mêmes thématiques: l’identité territoriale, le temps qui passe, la contestation radicale, l’humour… Si je devais résumer Jamais, nouvelle grande réussite de cet auteur donc, je dirais qu’on est au croisement exacte entre Le retour et Résultat de recherche d'images pour "jamais duhamel"les Vieux fourneaux, comme si Madeleine était le quatrième larron des affreux de Cauuet et Lupano qui se serait perdu sur la côte normande. Et ce sera le seul bémol éventuel que l’on peut trouver à cette BD qui est très proche de ce que Duhamel a pu faire. Mais quand c’est bien pourquoi se priver?

Car l’auteur a un vrai talent de dialoguiste à coup de punchlines percutantes issues de la culture Audiard. Madeleine est une très forte tête, qui n’est pas là pour faire chier le monde comme une Carmen Cru mais est fondamentalement solitaire dans son monde de silence, accompagnée par son chat obèse et le fantôme de son mari. Elle ne demande rien à personne et seule la confrontation de deux mondes, celui du maire, moderne et réglementé, qui ne conçoit pas que les précautions de sécurité ne soient pas respectées (un vieux c’est dans une maison de retraite et les zones dangereuses on les évacue manu militari!) et celui de la mamie va créer le conflit.

Image associéeGraphiquement on est dans l’école Pilote avec des orientations semi-réalistes par moment, notamment au niveau du découpage et des effets graphiques inspirés (notamment ces pages de souvenir ou de visualisation de l’effet « Daredevil »…) qui peuvent rappeler Janry dans ses années Spirou. Ça n’a rien de révolutionnaire mais c’est très solide dans le style humour, accompagnant ce pour quoi on lit l’album, les dialogues.

Dès la première page Duhamel nous place dans le contexte d’Astérix, avec une tordante variation des engueulades entre le forgeron et le poissonnier gaulois. L’esprit est posé et l’humour avec. On se poile tout le long, tant par les situations que par les tronches que tirent les personnages. Beaucoup moins mélancolique que son précédent album, Jamais est un cri d’amour à la liberté et l’on aimerait qu’il prolonge les aventures de Madeleine, un vrai bon personnage, attachant et fort.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv